Skip to main content

Full text of "L'esprit de l'Encyclopédie, ou choix des articles les plus curieux, les plus agréables, les plus ..."

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 




m 



TAYLOR 

INSTITUTION 

LIBRARY 




SX GILES OXFORD 



VOLTAIRE FOUNDATION FUND 



■^ 




¥ 



'^ 



,r 



X' E s P R I T 

DE 

L'ENCYCLOPÉDIE* 

'■' ou 

CHOIX 

; DES ARTICLES' 

I L^s plus curieux , les plus agréables , les plus piquant j 
\) les plus phUoIbphiques de ce grand Diôionnaire* 

- 0/1 ne s*efi attaché qu*aux morceaux qui peuvent plaire 
univerfetUment , 0» fournir i toutes fortes de leéeurs, 
& fur-tout aux gens du monde i la matière d'une /ec« 
tare intérefante^ 

; TOME TROISIEME ' 

■ y III ■ I m il III il I I I . I . y tiMÎ 



A GENEVE. 

l ^^J^ trouve à Paris , 

I ..f BriAsson, Libraire , rue S. Jacques; ^ . 
" Chez < Le Breton, premier Imprimeur ordinaire' 
Y, du Roi y rue de la Harpe. 



NL DCC. LXVIIIL 



T* 



* * * :^^ * -^ -^ î!; 

, >^' 4- i^. r- ■■" vf •:. * »:J,îu 



> f Ci 



f. S ^ "ï a 









r -- /• ^. %• . ; /i • \ 









I 

\ 






î******* *«^ #**%*#! 



}6 



U E S P R I T 

D £ 

UENCrCLOPÉDIE. 

GOUVERNANTE 

D^ E N F A N s. 

f^ ■ jl ' E S T là première perfonne i qui les 

|î't?î I grands & les riches confient Téduca* 
+♦♦+ I ^*o" ^^^^ enfant , lorfqu'il fort des 
^ % bras de la nourrice : les impreiiîons 
qu'il reçoit de la gouvernante , font plus im^ 
portantes qu'on ne croit ; celles mèmt que la 
/nourrice lui donne » ne font pas fans confé- 
quence. 

Des premières impreffions que reçoit un cn- 

fànt,dépendent fes premiers penchans; defes pre- 

iniers penchans , fes premières habitudes ; & de 

ces habitudes , dépendront peut-être un jour , les 

qualités ou les défauts de fon efprit , & pref- 

que toujours les vertus ou les vices de fon cœur. 

Confiderons-le depuis l'inftant qu'il eft né. Le 

premier fentiment qu'il éprouve , eft celui de 

la douleur; il la manifefle par des cris & par des 

larmes : fi cette douleur vient de befoln , U 

Tome UL Â 



2 GOUVERNA NT E 

nourrice ^•epipr^ffe 4e }e^ f^^hfaii'e.i fi^lefl, d'un 
dérangeflie;n.t M^^ l'économk anknîiftifdla nour- 
rice ne pouvant y apporter remède , tâche au 
moins de .l'en diftraire^ f^ lui parlft-fi^jdre- 
jnent ; elle VembraÇe, ôc, le. c;^p<r€i.^G4:S fjfolns & 
ces ç^effes.,, tqvjô^.i^^, aTOn^s par.ite,^ Iwiaeç de 
renfant,,,^lpf;Lt j^ Pf^tWi^e^ r^p^^tiquràl àpper- 
çoit ^ We^tft?:p>.pQU;:.lei,9t^^t, il^Biianiffftera 
^ajT. ksjçpêmes figpes un jpejCola.mçinî^-igrand , 
des douleurs imojas.viv^s ;.t)ip(|[it|Sçi^-n^e,,?.pour 
€t.re,Ç9relR\'ii jette/a de^jCrfs, &..|iëp^inàr'a des 
larmes , i'ans épro^vier^ni befoipî^dojijle»ir, Que 
fi , apjès s'être aflurée.de la far?tA,d.ç l'eétftjît » lé- 
noùrricç n'iEfl,pas .attemivp,à,réç|:in|er.ç^çN rpre- 
jjaier?. m.buvemens 'd'imp^tier^çe ,^, il jf ^^..(^(aotrac- 
ijçra rfiabitude , fa çjpindrc^vçlontft.çk^îleflioin- 
dre retard à^lé.'iatisfi^îre • ier9ï^Lt^Jf^ivip 4§'çÙs •& 
de mouvemèps, violeps- Que («r/a^Çfyjjfij^^inere 
idolâtre veut .non-feukmei^t^^a'pn pjjéiUfe'jà^on 
enfant , mais qu'on, ajlle aun^eviiiî^oîi*»/ fts^ 
moindres fatitaiH^s i Alors Ces cap ^^çe^. augmen- 
teront dans une proportioncent^p^ j,à lafwpref- 
fement qu'on aura pour les iatiçfeiretitt'^gera 
des ç}i^es^ TriTpp,iJîbles ; il vçudï».^pi\tr4ja-fois» 
8J;*n^ youcîp pas,; chacun de £^ ^m^T^^^§Sera 
maraïiéjp^jr, toutes les yio^ençe^ fdqn^ijqa. ^ eft 
capalDle ; xl ;i'a pas vécu deua^,anf5.'4ç.jYq)!JïV déjà 
bîèn jdes défauts acquis. ,. .','!k.ri;c 

.iDcsbrâs dé la nourrice , il paOTerwCnti^ les 
mains d'\ine. gquyernante : elle eftbie^ loin de 
fé 'douter qy'il 'faille travailief.^J'^bp^'d à^^n^ 
mer feS; n|auv^ife$ habitudes. pgyej^i'^flftiÇL^jfc^t 
avbîr ;'quaA^ elle l'imagiaeroit ,, fite^pgnÇfroit 
empé^ee.-pa.rles parens :.on a^,v^.uiii?i|*./}Aoc.on,' 
tfafier^'op craindrpit dç U i^âçli^r* ^IfuY^/JP^^C » 
pduri'WûUtû^ier a'v^c.elie » lulptç^feuef » s'il 
eft pôflîble , avec plus d'excès & plus mal-à-pro- 
pos, 1^ mêmes foins , & les mêmes carefl'es ; 



8c., an-lfeu de '^rèhdfé de ifafdefitliah^ fiir l\ji , elle 
va cùmmtatétyàP'M^êri lâHFer '^téîîdre iur 

'Çepenctent ilfe ifettifîë V!&'ftn ifprit commen- 
te 'à <e dévéWppér*; ïeV ^étïx'brit vu plus d'ob- 
jets ,'(eiô" mains" eti ont plus touché , plus de 
mot^ ontfrappé'lfes dreiïïes ; éc ces mots , tou- 
)où)ns'idhits à la ^réfe^ce de certains objets , ea 
retracent l'image' dâûs fon cerveau: de tputes 
parts •fe*y*fa{Rriïbîc'rit dei idèes,houv'elIes ; dé- 
jà rèmant les cothpart' ■; '& fon efprît devient 
ca'pabk des combinaifonsmorales. 

' Il feV6lt aîors^de la plus grande, importance , 
Àe n'àifrir k fôH efprit & à fés yeu3t , que des ob- 
jets capables de lui donner des idées )uftes , 8c 
de lui infpiiisrdes fentimens louables: 11 fem- 
ble qu'on fe propofe tout le contraire. 

Les premières chofés qu*dn lui feit valoir , ne 
font capables que de flatter fa vanité , ou d'irri- 
ter fa gourfnandife ; les premières louanges qu'il 
reçoit toulent fur fon efprît Bc fur fa figure ; les 
premières notions qu'on lui donne de lui-même , 
c*€ft'q[û'il efl rîeiîe , ou que fa naiflanCe e/l il- 
luflre , 8c la naiffance ou les richblTes font les 
premiers objets dont il entend parler avecrefped 
ou avec ertviéi s'il fait des queftions , oh le trom- 
pe ; veution Tamufcr , on lui dit des abfurdités ; 
s'il commande , on obéit ; s'il parle à; tort 8c à 
travers, on applaudit ; on rit , s'il fait des mé- 
chancetés 9 'on lui apprend à. frapper, à dire des 
injures , è contrefaire , à fe mocquer : ce qu'on 
lui recommande comme^raifonnàble^ on lui per- 
met de ne le pas fuîvre:cequ'oijlui a défendu com. 
me condamn4ble,o'n permet qu^it le faife, 8c fou- 
vent on lui en donne Pexemple : on le menace 
fans le ptattir : on'le carefle par foiblefle 8c par 
fantaifie ; on le gronde par liuraeur 8c mal-à- pro- 
pos ; ce qu'on a refufé à fa prière , on l'accordç 

Aij 



4 ,GOUVERNANTE^ 
à fon importunitè, â fori opiniâtreté ,■ aie» 
pleurs , à f«s violences. Pbuïroit-on s'y prendre 
lutreVeiit, 11 l'on fë proi«.f6lt de lui déranger 
J^,^jg j &,d'étemdi!^ eii lui' %ôut fentjment de 

'**ÏÏ'Lar<i'aes prihCiptS'qtfon'ci'oit lui^doiiner , 
':..-.?:''?l„,.n;An ^*„f.on atfilâ''feff«nt fur lui , 




»ireli>ieaera-t-il la reugiou i i«...<iw "r- .- 

' aJjrrenfeigni'les Aé^otii , en «e'tesilui fera pjra- 
\Sr ni^af^c refpeff'mavec ^StMàet Com- 
pilent crairiàra.t-»lfesparefl«', ^"««f '^l!, °\î"' , 
feront pas.reçonijoître leur autorité ,&. qu ils 
;3LoWrendre beaucoup p us^^ ne eur 
îçnîî Comment fçaurâ.t-il qu'il- -dwt^ quoique 
•éhofc àialbcUté , quand il verfâ^'iortftBlt^mond. 

■\ *° Abandinni au dérïgltetairit'de fts g»û.s. , & au 

, ôéfordre de fes idées , îl s>é levew «i^4me Je 

Blus doucement & le plus mal qu'il lui fera-pcffi- 

^ Ik- le moindre penchant qu'il aura , .iL voudra 

lefa'tUfaTrer ce penchant deviendra fort par 

.ISudri les habitudes fe multiplieront ; & 

"fflHemblage fe formera datt^i'enfam l'ha- 

:'fê^teéSle Se compter pourrieno.,«'o. lui 

.%_S?Sre;a raifon , & de n'écouter qoe-lcn capri- 

'■' "Ainfjfepaïentlesfept premiows années de fa 

■ vi* • & lis défauts fe fonttetteiwjnt accrus:, que 

"■:flï, ;a?eus euilmémes ne peuvent ph« fe Us diffi. 

■ muter • l'enfant leur cédeencore,' quand ils pren- 

■.::,Cat un ton plus férieux , parce qu'ils font plus 

" ,|^rts que lui^ mais d4s-lors il fe I'-»*;/-'^^/;^ 

• «è reconnoître aucune autorité , quand il lera 

plus grand: à l'égard de la gouvernante , elle 

, . n'a plus d'empire fur lui ; il ft mocque d'elle } 



3 TDÎ ]R$ï|îAî^5re» t t 

liîaim^piifeèiffi^jWv^eén^ent^^^de.^ ta ûiauvaife 

^'tta>:p«îft> àtirépa^iff ||^,m^|. qu'on,* à^'frfirV'Bn 
croit la chofe fort aiiee •/ on Jfé'fTat^té' ûùf*aVaWt 
iMttsdtfiQm l!einfaft;c,i?^^Mjpa5 recopi^oifrablé^' ^n 




li^Has zfpittfiidj^yepufiSi^c^^q^^Oi^ appelle iàm- 

^u^i 6BttBLf»ek?jtî^r^ jn> i;(fn i^cxagé/éV ]?c!at^e- 
nfrioii|)àTl«èuq(]rii|!,41iduçayiqns ', les ti^iWétf^nt 

•^pliitôt!af6]tii)Us,qye, chargés. Ainfi foiit ^elè'^és, 

T,j| akeèdjB^p^s îfS; ^.nfqps flè^^ partîc?'ùJièf/'/''(îbntr la 

mauvaife éducation e(t'bren''môih's 'dSff^<5Pèsre 

»jf l&MKtûflÇi £& fftojns importante pour lîl fbc'îé'té , 

'^^ maisieich&n^^' grands &J des riches , ^'e^-à- 

ifi<d^eïf'ic«U3tf 'qui.devïoient êtrç' rcfpétarice' de la 
^ii«widh^i&xïui ij'jfai leur fortune* &'îeti^^^^ ^iâiig , 
t"f3îiïjkÈrorttîibe««:oup uw jçiir furïes'hidfufs-it'lur 

«-ft / îOoi.'j^ifnagjfte qu'ij,ne ^ut pdirft'^i:orrtl:^i|{dre 
•*'- Wicn£aiWT(iflafi}eAJrs,pi;êmieres ahnée^;^biV refait 
'•''fpasiattaBqlitOTqw&J^s cOjptraciiftions. '(^^ 

épargne,ne font rien ; que celles qU^o'nleûr pré- 

- ^' ^^îttév^i^e/wW.TrwiWeis. . On fe propofé" de les 

•îi/p pKerjyiqBflad ils /erpnt forts \ pôurqiiBi ne veut- 

''^iitiolP^ak asdtfiq^'ii fero^it, biçn. plus fzt\\e Vù^ plu» 

*-ui^ igtté> aléki^|ï4|es^ ]?pmmjs' dans leur' Herifô 




3//^tot*»CŒOT£ervésJefçfte 4^flç,U|rxîe;, ' ^^ 

On craindroit , en gênant tin enfant , de trou« 

Aiij 



* GOUVERNANTE 

i)ler fon bonheur , & d'altérer fa fanté : il eft 
cependant manifefle que celui qui efl élevé dans 
la foumiflion , efl pour le préfent même , mille 
âbis plus heureux que l'enfant le plus gâté. Qu'on 
examine & qu'on juge , on verra l'enfant bien 
élevé être gai , content , & tranquille ; tout 
fera plaifir pour lui, parce qu'on lui fait to^^t 
acheter: l'autre , au contraire , eft inquiet , iné- 
gal & colère à proportion qu'il a été plus gâté ; 
{es defirs fe détruifentl'un l'autre 5 la plus petite 
contradiûion rirrite^ rien ne l'amufe , parce qu'il 
«ft raflalîé fur tout. * 

Croit-on que ces mouvemensviolens , dont il 
eft fans celTe agité, ne puiffent pas influer fur 
Ion tempérament] Croit-on que l'inquiétude de 
fonefprit & le défordre de fes idées ne foient pas 
capables d'altérer les fibres délicates de fon cer- 
veau l Qu'on y prenne garde, il n'y a guère d'en- 
' fans gâtés, qui dans leurs premières années', 
n'ayent eu des fymptomes de vertige ; & lorf- 
c^u'ils font devenus grands , on peut juger par 
leur conduite , il leur tête eft bien faine. 
' Parens aveugles 1 vous vous trompez groflîére- 
nient furies objets que vous vous propofezj vous 
n êtes pas moins dans l'erreur fur vos propres mo- 
tifs ; vous vous croyez tendres 5 vous n'êtes que 
foibles : ce ne font pas vos enfans que vous ai- 
mez ; c'eft l'amufement qu'il vous donnent. 

Croyez-vous que le ciel vous les confie pour 
être l'objet d'une paffion folle,ou pour vous fervir 
d'amufement? Ignorez-vous que c'eft un dépôt , 
dont vous lui rendrez compte ? que veus en êtes 
comptables à la république , à la poftéritél Pour- 
. quoi faut-il vous dire que vous l'êtes à vous-mê- 
mes? Un jour viendra , que vous payerez' bien 
cher les foibles plaifirs que leur enfance vous 
donne. Quelle fera votre douleur , quand vous 
verrez l'objet de toutes vos affections devenu ce- 



D' E N.F ANS. \ 7 
lui du mépris public ^ quand fon mépris pour 
vous-mêmes deviendra le lalaire de vos mollet 
complaifances ; quand ce fils , rendu dénaturé 
par l'excès de vos tendrefles , fera le premier à 
vous reprocher tous fes vices , comme étant 
votre ouvrage ! Alors vous répandrez des lar* 
jnes de fang ; vous accuferèz la gouvernante 9 h 
précepteur , le gouverneur , tout l'univers. Pa- 
rens injudes , vous n'aurez peut-être à vous plain« 
dre que de vous! 

Si c'étoit aux mères que j'adrefTalTe ce difcoursi 
la plupart me regarderolent comme un moralise 
atrabilaire; c'eft aux pères que je m'adrefle.: en 
leur qualité d'hommes , leurame doit être moins 
foible & leurs vues moins bornées ; il ne leur 
cft pas permis de fe laifler féduire par l'objet pré- 
fent y &de ne pas porter leurs yeux dans Ta-' 
venir • 

Si vous êtes dignes de ce titre de Père , vous 
devez vous occuper de l'éducation de vos enfans ; 
même avant qu'ils foient nés. Quoique peu de 
mères foient capables de cette palHon funede , 
qui va jufqu'à l'idolâtrie 9 toutes font foibles, 
toutes font capables d'aveuglement : fi vous vou^ 
lez contenir leurs fentimens dans les bornes 
qu'ils doivent avoir , il faut vous y prendre de* ' 
bpnne.heure. Faites remarquer à votre époufè la 
mauvaife éducation qu'on donne aux' enfans de fà 
cônnoiffance 9 les'déréglemens de prefque . tous 
les jeunes gens d'un certain ordre , tpus les cha-j 
grius qu'ils donnent à leur» parens ^ & combien 
Us fentimens de la nature font éteints dans leuir 
cœur ; parlez-lui fur tout cela y avec la tendref- 
fe que vous lui devez y &. avec |a force que doit 
vous infpirer un intérêt fi grand.. Veillez en .mê- 
me tems fur la tendrcflc 5 elle même eft un enfant 
à qui il feroit dangereux de laiiïer prendre une 
mauvaife habitude,: fiejle avoit gâté votr« &ls{ 

Aiv 



} 



1 GOUVERNANTE 

ABn%h9fbriis àvlz-nwixtloe V elle côntiilïi^k'oit 
de U «gitec cncffs.ies' aiaih]r'^«'lâ''gd\i^effi[itite ; 

être n'auriez-voust-yâ^ la^folt»^^ ^mb^tii^iôu- 
v^o^i|ti»fi1teo«Qtreufils€tTbiti^9dbu9l{ïlhii^rdÉ(i&rce. 

, ^Ntonoéi'ti ktipat&Eiice^i'qtjaîidiîiêfffé'ltfitfeitrln- 
-iÛiibiJâHibneifaïuhroitpas ff'éc^tte^'êinpi MilHo- 

i tf Qit>qu3oneiatiféfl detftfiason^ ^irl^Mân^^i^Pèbr 

•:pond«mqpaB tril T&ibic iàibiàfel^i^-^î^^inftiëPiîs 
iruttdrcs deuKone» coinj«-omtt point foil ffàt%n?îf2^j 
riq^onlffipÈUi» prtt'ÇaAuiàtne^sybh'ioTi'^tifàfiïy 

ieîttkut»k:elul(qu*dUs^'ô*it paiAù}' Cé'îi'eft ^'^'la 
maladie qui vend impatient ; c'ed ThabitiÂlé^dt 
imtite ,aj^}>l^ic)qQ^»i t^ft'd'avanlia^é'^'rârtd^ oa 
âJt]f&&i;uidQi0^ft1afoibUi8c tiinkté cc^pm^àhlfé 

yitkkt^^VÀOicèsi •• • ' '.••^^■,.'» • 

un'&lirenfaiîf^lfcWïeV H cft »H(ft '^è WtWIÏè^ fo 
'iwrtifi'idc foi larnws'^^-s^il pl«uM'pttUrfeVi5îf^quèl. 
tiit t\fo& i kfi^ Ofihïàtr&té ; e^ii linp^titéfiië ; 
«?iéi(j)teiMr«^foiïSi^tt-on-voû jpoiArqAîèiV^ d^èft'^floiU 
fettr :^:rfa^tf^U^efinîiBreai^' ,:*ïï'»fo\i^Uëï<!àiWé/'; 
pôiirte-diftflalrei^ ft'SVoU' ^t^i^ViAtm^ irdbm^rf. 
dre , & faire tout le coniraijM'd^tlè 'èju'h A^éM<: 
dans le fécond t^s ^ confiâttéii vt^^ >téndÂ^{!ê ; 
elle vous 'coriieiltoa&îèïî* -^"î^^?^ ^»^^^ s'»^'^^ '^""' 



D^ E N F A N s. p 

jours foibles ; c'efl un germe qui fe développe » 
& que la moindre réfîfhiace détruit ; elle s refle* 
ront foibles « tant qu'elles lui réuffiront mal.; 
que fi foa impatience & fes volontés font for» 
tes f c'efl une preuve que la nourrice n'eft pas 
attentive , & qu'elle Ta gâté. 

Dès qu'elle ne lui fera plus nécefTaire , & 
qu'on l'aura fevré , qu'elle foit écartée. Le pre- 
mier jour j l'enfant répandra des larmes ; fi fes 
larmes viennent d'attachement & de fenfibilité , 
on ne peut payer par trop de careifes ces précieu- 
fes difpofitions j s'il s'y mêle de l'humeur » 
qu'on le carefTe encore ; mais que les carefTes di* 
mimient à mefure que l'humeur augmentera ; s'il 
demande quelque chofe avec impatience , on lui 
dira avec beaucoup de douceur , qu'on eft bien 
fàcbé de le refufer » mais qu'on n'accorde point 
aux enfans ce qu'ils demandent avec impatience : 
peut-être il n'entendra pas ce difcours ; mais il 
entendra l'air & le ton ; il verra qu'on ne lui 
donne point ce qu'il a demandé : foit étonne- 
fflent 9 foit lafiitude , il fufpendra fes larmes ; 
qu'on profite de cet intervalle pour le fatis« 
faire. • 

Le fécond jour , on mettra fa patience i une 
p\us longue épreuve \ 8c Ton continuera par de- 
gré , les jours fuivans , en obfervant toujours 
de ne le careffer » que lorfqu'il fera tranquille , 
& de celTer les carefTes qu^on lui fait , ou même 
de prendre un air plus férieux , dès qu'il fera 
opiniâtre ou impatient : cette conduite n'a rien 
de dur ni de cruel ; l'enfant s'appercevra bien- 
tôt qu'il n'eft carelTé & qu'il n'obtient ce qu'il 
veut , que quand il eft doux : & il prendra fon 
parti de le devenir. 

Dès que vous l'aurez rendu tel , comptez que 
vous aurez tout gagné ; fon ame fera entre vos 
mains , comuBie une cire molle que vous jétri- 

A y 



10 GOUVERNANTE 

Tez comme il vous plaira : vous n'aurez plus i 
travailler que fur vous-même ', pour vous Ibute- 
nir daii§ une attention contihuelle , pour démê- 
ler en lui ces iemehces de défaits ou de vices» 
fouveut fQibfâ & ohftûW; & que néanmôink îf 
faut réprimer djès qu*'ellés paroiffent; fi l'an yVut 
y parvenir avè 5 certitude &fans toûrimentéyren- 
iant ,• pour 'itiVttre votre cifp rit à la portée du 
lien , fur-toiftpour'Woif une conduite foutenue ^ 
car ne croyez pas ^li'pn élevé unenfaiit avec de 
beaux difcours 8c de belles phraies ^ vos difcours 
pourront éclairer fon efprit j mais c'eft votre 
conduite qui formera fon caraftefe. 

Ne reflemblesi point à la plûpalt rfeS gouver- 
nantes, qui font ifacaffierês , grondeufes , aca- 
riâtres , pu ,' au contraire , toujours en admira- 
tion devant leurs élevés , & leurs cohiplaifantes 
éternelles : quelques-unes même réuniffent les 
deux extrêmes , ' fuccefîîvement idolâtres & plei- 
nes d'humeur. C/eiX leur mal-adrefle , & ce font 
leurs défauts qui donnent aux enfans une partie 
de ceux qu'ils ont : avec beaucoup de fermeté 
dans la conduite , ayez beaucoïlp d'égalité dans 
rhumeur ,. de gaieté 4ans vos leçons , de dou- 
ceur dians Vos difcpurs \ prêchez d'exemple ; rien . 
n'ell plus puifTant fur les enfans comme furies 
hommes faits j de quelque tempérâmenr que fôit 
votre élevé, vous verrez ' qu'hifenfiblement la 
douceur & la férénité de votre ame pafferont 
dans la fienne. ' ' . . . 

Si vous voulez l'inflruire avec fruit , ne Voîis 
contentez pas de lui étaler votre éloquence d^e- 
Vant les autres , & quand vï)us poUfrei'*ètTé en- 
tendue; cen'eft pas quand reniant eftdilflçé'r 
^ue les chofes feni'ées , qu'on lut dit , j/euvent 
faire impreflîon fur lui : c'eft dans le particulier^ 
cjuand fon ame eft tranquille , & fon cfpriè^re- 
iueîiK- Il n'y a point d*enfaht en quf fonucpuiilt 



. D' E N F A N s. Il 

faifîr de ces momens d'attention ; une gouver. 
n^ntjç^. habile pçat le f^ire naître fouvent. ' ; 

D^.çj qu'il fera capable d'avoir une i^fe, de 
Dieu, expliquez-lui, ce qye c'eft cjue fg, toute- 
puifT^tt^çe » ,ia bpnté ^ fa j,uilice \ appcenéz-lul le 
cultè^ ^u'^n lui jQ>t , 8c les pjrierés qu'il fj^ùt lut 
adrçflf^:, pouç-^ui.çionijer l'exenipîe, jpxi^z avec 
lui., & /omettez -yojljs daqs. la PpftjJ/e o^ il doit 
ê t re,. Ç Ç; a'e il quîçfl. p aria n^t ' a fe s y e ux ^ qu 6 vo ii s 
parlerez, à (axaifon! ,A pom.mencer dii moment 
que vq^s l'aurez inftruit , n^permèttéz Jamaîsnî. 
qu'il publie dé. prier, ni qu'il prie daps une; 
pofture peu décejute , à moins qu'i} ne ipit^m^ia-; 
de : afpfs ,,.au lieu ((e fes prières, ordinaire!: ',' quJii 
en failejnie cp.u'tçe , &.qy'il n'y manque jàma)s: 
vou^Xuj^-aaprendrez.fes autrçs devoirs de réli'^ijan,. 
. &J"^$.lqï?eife;ç.pi:Mtiqu^^ i meluri q^i^fn .fefa\e^i$^ 

âge àj^'ùirtmp^ff.' " . -^ , '";" \;/^'','. 

Se5 Revoirs envers fes parens marcheront aç^ 
pair ajVf ç <^ux de la religion; apprenez'-Iûî^ que' 
fon J^onhe^r pu foy malheur eil dans leurs mains /j^ 
qu'il , tient de leuj* bon^jé tout, ce qu'il eft & toàt 
ce qu'H a j qu'ils font pour lui rimage de bieïi ;! 
que biCfU leuf a donné ', pay rapport , a lui'i unf 
parfie ^e./a,pJ5iVÏÎanç,e , de fa Vonté ,' de ^ fa juïlî- 
ce y qu'il ordonne d^è les aimer 8c d^ ïes honorer ; 
8c qu'il n'a ^ioinisune longue vie qu'aux enfans 
qui les^ïtonoréni: i mais il faut que lesparertS 
entre|^f^ien 4ans,Yps vues ; car fi vos difcours 
ne font pas fécondés par leur conduite , touteâ 
ICjS leçons , que vous pourrez faire â Tenfant , 
font alitant ,de pj^rples j)erdues 



il ïav^ç^coipiiti^ncer par s'en faire craindre ; celui 
qu'op^^Jeve dans l'indépendance , n'eft oCc«pi 
qaç ZQ^M-mîm 7 &. foa cœur s'endurcit ; ce. 
^ "" • Avj- ' ^ 



i^ G O U V E'ilN-A N T £ 

foirl^c[il*ÏI''a"MVppui , Bt ff'attac1i«inatiir©Iiemént 
^ûij^kriôtHie^ àont fltWj^ètad. • ' »- ' ' 

'Qàç'Fes pàrens' hii cath«nt toiitc^k tendfeffe 
qù^nsbirt pouf lui ;rerifàïlt%ft>abufe l'oit aiju'Uf 
viennent râretticnt k 'trouver'', ^©Xi du aiinhs 
qu'ils reftent peu avec lui j qu'ils ayent l'air .de 
Venir 'plutôt pour s*}nfdrtaer '4:û Ca conduire » 
que pour le carefTei' , qu'ils M badinent point 
avec lui d'une manière indécente 9 comme avec 
un perroquet on unfe poupée. Quand on eft père , 
petjt-oh ne pas fentirU refpiîft qii^on doit à fou 
iils ! Que tous les jours l'enfant aille rendre, à 
fes parens ce qui leur eft dû ; qu'il y refît peu à 
moins que ce ne' foit par récompcafe ç; fi vous 
,êtés contente de lui, qu'il y foit reçu avec bon- 
ite 5' qu'on lui faffc quelques carefles*; qu*on lui 
donne quelques avis , toujours conformes à'celîx 
'^e vous lui auress donnés ^ car il faut* qu'il y 
'ait une correfpondancc exaâe entre %JUs k$ dif- 
' cours qu^ilefitendt^. Pour cela, il eft â propos 
'^ue quelqu'un d'inteHigent vienne tous k$ ma- 
tins fcavoir de. vous C9 qui s'eft paflTéi ce que 
vouVâvei'St irenfônt, ce que vous ju^z à 
:^fei'oJof,'qii*fah'liiiïiife. Sî VoiîS n'êtes pas cemtn- 
le et ïui ,' qu'il fe préfente toujours ,' c'eft un 
'ÀGyoh auquel îl ne doit jamais manquer; mais 
qu'alors U fatisfaôion de voir fes parens lui' foit 
>efiiréé;; =' '■ 

y lî èftvralfembïabîè qu'il fondra en'larmes , 
l^ViI eft' toucjbë comme îl doit l'être 5 ne^ /ôigïica 
' point d'autre peine à cette puiinion , au- contrai- 
re , il faut 1^ .confoîer.' Entrez dans (^ iottleur ; 
'^Ites^-lui'i^^êM'eft jliftéi, mais quMlM'jr^ eft 
■^ Wpdfé,' & qu'il ne tient qu'à lu4 de r«rtt¥eî'- en 
/'grw , par une metlieure conduite : fl'^iDFicpn. 
\ trnîre ; il n Vft'pat afSkt fenfible «â? CtU6-àïigpgti , 
ib'ighéz-/t6titei Us fit'mtiont^ 'ga^lin^r^.h 



lui faire &ji^lri Imjp<)jr^z-UfS lui 9 non comme la 
perae de ià^prtmicrer faute , mais cpmme celle 
de fon infenfîbilité : au r.eile 9 dans. une,^(luca- 
tîim bien £titq «..ce der{iler ,^a.s ^e ^pejut guère 
ùn^iAjper ; il ia.uMrQijC:<qLae j'enfaar eû't éxi^ bien 
gâcérv po^^ j^e foA «ipe^ fe fût endurcie â ce poinr- 

là,-i/J -...-s .i;'.^ ...'•'.. 

J&r.sùii i^foui^ iP^rU ^e Tobili^îiace., quoi 

qu?e|le5feitï;)Jl% We de toute éd4^c^tio(^ v fans 

eli«, iirie/iûiipoflttil/B^^ dn^x.^ucuïi princ^jpe dans 

rci^it'd'uo ônCant : elle, doit être ^tabli^ dans 

ibttâcomr,, ivya^at même qu'il fçache ce que c'eft 

«i^u'iàbétr ^!S(; je 1*^ fuppo.fée « en paxlant des 

devQir$:pjr^c^clen^« Les ^aus i^ font défobéif- 

fknsitqu'auîéi} t. qu'on, veut bien qu^iU le foient; 

ilf.É'ïfi/efisiipMn.qui.pfe réfiftej;, foit à ce qu'on 

iui.oid^l)Q9i' (o\%à ce ^u'pn lui 4efetj4 t quand 

3ljcft;'fttr4'êtreîpu,oi; il |ie' faut pas fbiiffrîr qu'il 

balaoce; la plus légère défobéifTance doit être 

-|}uaie. St. 9 jdès 1^ première enfance « on. ne 

ji'?cc9Utume point à fuivre la raifofi d^autrul 9 on 

peut 4tre; fur .qu'il ne fuivrapî^s U ficane , quand 

.il fiyra plifcsav^nci en;âge. . . ,,. ". 

< sJ^Uqh de aourrir fon orgueil 9. e>pp9f tant fes 

•oreçiids'f^rifp^avaa^tîige^ de (n.hrtmç. & (fe fon- 

niarfg'v fixe'34es fur îbaétat préfçnt; , faîtes-luî 

'MMT qt4'i|>«ft dépourvu de tout ce .<}^i mérite Te f- 

.itsncrd^) .hommes jqu'il nV ni fcience^ ni raifon 9 

ni vertus , qu'il ne peut rien par lui-même » & 

4ttftipftrio9ne.n!a,i)efQin de lui; .nfe lui. donnez 

...f^i^ 4e^ tit^s 9 . 8^ ne. fouSVez pas qu'on, lui en 

■idi«iWb;,ç'ilL«^.?.>. il .(«rji X(tn\^- qu'aies coinnoifTe 

. quafeUl m^fif^ 45^08 If mf).9de*. 

ii- ^lè'iJifpi^ a,tî:.efttif&poli$.q,^'il reçoive avec 

jStç^n9Ï(^ce,\tsl}pnt^s,q\i'ptïii]xn pour lui»; 

ifqiif.perfonn^ ne-ibit fon-complaifantm fon adu- 

ikUi^ïhfh{ç>(k^i^gmyou9 permet pas de le 

:g*awîlÎ4lM«««iflMeft^ea& > qu'il fçache que 



14^ GOUVERNANTE 

c'efl à fes pàrens qu'ils s'adreffent , & qu'ils font 
le prix de leurs bienfaits ou d^ J«ws vertus. 
Qu'il ne commande à pedbnne 5. qu'il demande 
avecdoticeur ; qu'il remercie avec poiit^flèv: s'il 
commande , que tout le. .moftde, foipfourd , & 
que lemotie w«3tf, s'il fort de fa i>puche , (bit 
un arrêt de refus, prononcé par lui-mâme. 

Qu'il ne^ foit point comme . Ioms , les enùns 9 
avide de recevoir , éloigné de donner j qu'il doi?^ 
ne de bonne grâce 9 fînon 9 qu'il foitpirivé de ce 
qu'il a reftifé de donner ; qu'il reçoive difficile- 
ment ; qu'il ne demande jamais* On ne pei^c lui 
apprendre trpp tôt 9 qu'il eft humiliant . de reç^*; 
voir ; qu'il e(t doux de donner , Ôc que c'«A un 
devoir pourceux qui font dans l'aboiid^çe ^ par 
rapport à ceux' qui font dans le befoini 

S'ilreftcontre un pauvre ou un malheureux , 
qu'il lui donne quelque fecours : s'il reçois, un fer- 
vice ou unpréfent de gens au-deflbusde lui 9 qu'il 
les récompenfe , ou leur rende au-delà de ce qu'il a 
reçu: s'il brife quelque' chofe qu'on lui aura 
confié 9 qu'il répare le dommage par un préfent; 
qui y foit fupérieur ; que tout cela fe faffe p^r 
fes mains 9 & de fon argent ; c'ed ainli qu'on 
lui en apprendra Tufage 9 & qu'en roêmj&K^msDR 
lui infpirera les premiers fentimens- d'hui^anité r 
de générofité 9 de juftice. Puifqu'on. donne,, de 
l'argent aux enfans , il. ne faut pas quece fajit 
pour PamQfrer9 comme quelques parens l'exige.nt,r 
ni pour le dépenfer en faiitaifij^s 9 con^tpie ç'eft 
l'intention de beaucoup d'autres 9 a moî^squ^oa 
n'ait envie de les rendre avares ou.difîîpatîeurs». 
Il iemble qu'on ne fçache loiier 4es,^fan^:, 
qne'fur leur efprit & fur leur, 6gure i ..fon^ce.là 
les objets qu'il faut leur préfenter cp m in^ loua- 
bles î Veut-on les rendre fats 9 préfomptueux 9 
frivoles ? Ces louanges font d'aut^t plus ri- 
dicules 9 qu^elles font pref^ue tou)ou£$ fauf^. 



D' E N F A N S. r$ 

Ces. Ce qu*n ùut louer devant rtîx 9 ce foHt 
leschofes véritablemenrl&UâbleJs : ce qu'on doit 
louer étièux, c*eft ltfUrdo»céur, lecr obéHranct: » 
leur exsfârhtrde à retnplirleurs devoir» , leur ref- 
peft 8c 'feiiï^ attachement pour. les peffonnes 
qu'ils doivëntâh^et^; ri ne faut les louer qu'au- 
tant qu*ÎI k' méritent. Dites à votre élevé , que , 
lorfqti'blft lotie tin entant fur fon efpTit 81 lur fa fi- 
gure'C\ft qu'on îe méprife , & qu'on ce voit 
rien en'Hil ^i mérite d'être loué. 

Veillez fur les perfonne» qui l'approcheront ^ 
ne lelaifl^z jamais entre les mains des valets 9 ou 
d'autres gens imprudens Ôcgroffiers; que l'en- 
trée defa chambre né foit peimliie qu'à des per- 
fonnes prudentes Se polies , qui , quand elles 
ioueront avec lui j fçachent conferver de la dé- 
' cence 9 & qui , lorsqu'elles lui parleront raifon> 
ne s'écartent jamais de >a morale la plus exadte. 

Faites enforte qu'itnefoit point dans le falon, 
quand ifyauta beaucoup de monade ; il n'y trou- 
veroit que de complaifans ou des gens qui en fe- 
îoîfent leur jôuet: ni l'un ni' l'autre ne doivent 
convenir àdes* parens fenfés. Les exemples , 
qu'il' Tè'erroît, ne ferôïent point afTe^- bons j les 
conyeffatîorts , quMl entesidroit , ne feroient 
poîht' aflee exaâes 5 beaucoup d'aftions faUs 
cortféquéttce i' ne le: font point pour un enfant ; 
beaucoup de'difcours , irrépréhenfibles pour des 
genslairs / pourroient l'indnixe en erreur. Peu 
de gen!?'lbttt capables de fentir tout le repeft 
qir^ofifdô'ît irrenfonce ; aucun n'eft capabje de 
- s'ypfkf^à'moïnn qu'il n'en falTe fon unit^ue af- 
faire^' ^ Les parents eux- ntêmes ne le poUrroient 
pas-J'-St^Wurs diffeours & leurs exemples feroient 
un-'^îieg^i d'iatitant piu« dangereux pour l'enfant ^ 
qu'il ^ j^lii^ï de refpeft pour eux. 

Il fiî^dW fautes ; il tfi de l'humanité d'en 
fake^j lâttîè fi^vomjôtes attentive , ilea f«Mpu*' 



\6 G O U ViE^Ri N. A( NqT E 

cluilent , que de la leur. Plus votre Ç9fi43iSÇ:f^- 
ra igqle^ fcçfraiteflue.» is^jjftSritQjÇef^.^Jéjç^^tçr -de 
c« qu^ vôii^rltti pmfçfweZîf.iPte^^ÎN»eJyfç'iJde 
dotiMur 9 d'affeàioii/ & die «fe^o^. d^n? yosAçç^O/^s 
&.'daaw vos x^tmnttmç^h ;^u^Ai^i,f^ju^'(^f]ie de 
»V^o»for«n^''iI^?îf^WJfiii'*?Vfr^4ri|?n4ç.lî^^ 

moîds H:fe|a,eii.4a^gf^K % W>S»^ftft<t , ex;- 
: IWeiades feut^^par. JjQor^^c^î H.:.ç(u6tif ra .ce 
qw voms ^Ûii ^iir*^ jd^c .^ parce f q^'c^^j K^^^ .^^^^ 
trait ; ;il brijCeni ou r^nverfera quelque p^ofe par 
é-touc^eM^' ; il minager^ peuije^ vêrçmpaf ., &c. 
G«â bagatelles vifinrient de l.'4g€^ « "^ ^f f^^^*^^ 
poinD à caille qu^itee - popr l'avenir;,;; jln^ùt^rea 
sePBàLaf^ir\aïsi tl.n« fH^t4^^,^«tl>p^^ix;^tJà(;noins 
f»'^ihn^~dltîmiiiv2<ife.intiçjirioiV;o' 3114';. ^ 

'.'Une .déCebéi&nee «Jin ,ftfajljt.t4'^u;tnic^r , un 
mo^t'qui'Vdftpa&cotifarme àla \^dté , une pa- 
role tmd-héoaète , un côup> épiifké tnM^. difpute 
av£^ Tes Areresoii fœurs , tout cie q^i peyt être 
lé'hgernw d'un ' vice , tow ce qiii(fai|^oncW{j^e^ Ja 
bafl^fleo'ude riplenfibiUti; voilà dpL$ |aige^;pu- 

o€f9^in^fllds;fQtit^ deviendrotatjdfSf^^e^ du 
p>eini8rIordr«'i qwwîd' il'yraijrjiii^fnjcijw^^r- 
quéey» »&cédfiye ou habitude ; CAV JV^f^it^pn- 
ikiifejr f«y$,.feutÈS . d'uft enfant , p^plt^i j^x jCt 
qu'elles font , que par leur priaçipf? j^p^^f,7if^ 
fi^itciSHqnVlks peuvent^^Vo^* > ^.iiMjni ù:' i'. 

>l>a piinicion des failt€i5.iLe[geresi.97C^ Tefia. .â]en 
âvcr;tjir'lesi païens, &.ri<Brlie$ i|iiiiiqp|95^ie^iaevint 
tout Icmondei-rU vou* pr#0rflî4^»pj^i^i|^^ai)çç ; 

tes' i lilrfemJ ys: exagérer-. Ilftuç.le ifei^qr^ Anfî». 
bic âtb^hoilte/, iliVOû^ViOvJ^a qu'illf jjeyif^^çe à 
VhxkLCkeur. Les fautesrles piusJegeres deviftpdf&nc 
^rjives^^,?» mefur^^^ qu'il y £sx? imoiasii^^j^^ ^.c<^ 



iiilPd&^'ë^oi^pkr'^H^ftiiaAê à' la hôm'r d'une 

^^Eâ^Wîtidiî^fes' jg|iâ*ldS' crimet fet^ vla^friva- 
fiôif 'a«s^«#é{ft%^iïê -fw^ pyreùs , liiéiiw «la privai 
%W^i^lé ffi^bcmheufrrfe tes Vdir. Oa y joindra, 
imf^iiV'rédôrAiité dé U'fatitei minet lear mcres 
pHVàtîW^p^è'ffiblèi , horî<ctmime^jothaiit.à la 
première , rfi&îf totame ett étant la fuitie. Uen- 
MfWi^'^'ii'é^ligé' dans fon extédeor, c&mtneil 
û^rètiV^à vth enfant- diigracié de {es pareas» 
'P&it'liB^lTlotttle fHiira qir'il ei\ en dilgrace j & tout 
Jè^Qndè' itf'fuh^. Vous ne lui accorderez d'amu- 
ftï^ift ï bû'autattt cj[u'il éii faut pour Teiop^cker 
d'^icteb^rdans'la'hfigiKur & dans l'abbateineac. 
Ve^^litrêmê 'Vents 'ferea froide avec lui, mais ûu» 
ceHer d'être àoviéiiVoMt lui fef«x faixe ^nr fon 
St^r,'^l^'^r^itiflrqfi&e(4es plus ^ropresi lelui ren« 
d?ô ifcfer-, Vote lui rappellerez qu'il eft .jpjai , 
âMii^lë'srhbmen«<>ù il ferok le plus tenté de-l'ou- 
BVëYJVàiàûrte ^e fa punition' dépendra du i»- 
foiflpqu^il'é'a'ètre ^uni ; «lie fera , s'il le finit-, de 
^^%i¥i îo<ié :'il taut mi^ux qu^elle foit! plus 
longue ^ 8c n'être pas obligé d'y revenir* Il aura 
iMP^k^àiiti)[é^mUt flMÈ rdifonnabb ^.tfet pio- 
i&tBs^héVèibivî 'p<ii^t écoutées. Pour obtenir fa 
^àf(fç'j^iV£k\iàrà qu'il la mérite ^ & elle >ne fera îa- 
tii^^totâ^^j qu'à l'excès de fa douleur ,.& i" 
/#Wntoe*iotlduite; <: 

]^n lui annonçant que fe» parens conCenteat de 
B'^rèv^i fMtcsî^lui' valoir l'excès de-kurs bdn- 
t^fe^;''ra^^^H^ir4h4i' la grandeur de la faute qit'il 
à\'î5t^Wî^Wïi(feVatiettdrîflfeaf fon âltne y pour y por- 
fïqrfai Wà^iït'la'^^ le repentir :• 

4ï!?Su^lëtirt ti^efîts !aur0nt mis le fceau à fon 
fe?d^d'/'h tëhtriir^eit'pofieflion de'fométiatnà* 
méi%''éi îèut^réptendta fa face «cèoiitumée;; 
mais î^'iTiàiii ^U'îl yatiMi'nefi gfaiidcdlffiéTenc€ 



>S GOUVERNANTE. 

entre cet érat & celui ^dedtfgrace-^ qu«>l'enfant 
tremble' toujours d'encourir le demieif;- * t 

J'ai parlé dt cette grandef pifaid«ka*v perfuadé 
qu'elle.nç peut avoir Heu qaei9iettient^$i Vont ^ 
été atteaitif à punir 178 tifant tU&^p%tite9>6&iru^ , il 
i;e s'expoiera pas à en/faire^de plus^grirndes. A 
l'égard des verges, je n^ènai rieii'dîit, parce "iqu^l. 
n'en doit pas être qu«fiioii dpft-s VAt éducation^* 
bien faite', & as n.-eîl.peurJètre' àerns ietlems où 
la douleur cft le feiiMnngàge qiwi l'enfant piiifTe 
entendre; ou bieit Jorfqu^ayant été précédent- 
ment gâté , ibit parce qu'il a été malade , £bit par^ 
négligence, il eâ parvenu à ce point d'opiniâtre- 
té , de dire affirmativement , non : alors, comme 
il e(l de la plus grande importance de ne lui pas- 
céder y c eil asvec la verge qu il faut lui répondre. 
Il feroit afonhaiter qu'on le fît fans humeur ^ 
mais fi jatonielllois d'attendre que ia colère 'fut 
pafTée, îeferoissûc que la faute re:roit oubliée » 
& que l'enfant ne ferait pas puni. A l'â^eoù il eH, 
il vaut mieux quil foit puni avec un peu d'hu* 
meur, que.de ne l'être pas. 

Dans tout autre. cas, 8c dès que Tenfant eft ca- 
pable d'un fentiment honnête^ les verges doi- 
vent êtrtc bannies. On n'en fait ufage fl fouvent y 
que par négligence , parliumeuty ou par incapa- 
cité; on rend ce châtiment inutile, par la ma-~ 
niere dont on l'emploie ; on n'y attachepasiafleB 
de honte. Il faudroit qu'il fut l'annonce 6c lepr^é- 
lude de toutes les autres ..punitiocbs poflibles; 
que ces punitions lui fuâfeint impbfée^ , parce 
' qu'il s'efl..fait traiter comme un enfant fans ame 
& fans honneur : alors ce châtiment deviendroit i 
pour lut un . événement «nique , dont la>feule 
idée le feroit frémir ; au lieu quctk la façon 
dont àa s'y prend , il s'accoutume à cette puni- 
tion, comme à toute autre chûfe ) 8c n'y gagne 
qu'un défaut de plus. 



D' E HF A N s. 19 

Les coups font, un châûmcut d'efclave ; & je 
veux que votre élevé foit un enfant -bien né. Mé- 
nagez* la fenfibilicé de (on ame 9 & vous aurez 
mille moyen» de le f^unir on de le récompenfer ; 
accoutumez-le à penfer noblement ; cela n'eft 
Ipas G. difficile qu'on le croit. Le principe de 
i'Aonneur eft. dans les enfans comme dans les 
iiommes faits , puifque Tamoifr propre y eft ^ il 
n'eil qui^ftion que de le bien diriger, 8c de l'atta- 
cher invariablement à des objets bonaêtes. Les 
enfans font incapables de dilcuÛîon; ils ne jugent 
des chofes, que par le prix qu'on y met^ mettez 
à un haut prix celles que vous voudrez qu il ef- 
time ; & vous verrez qu'il les efltmera , faites lui 
faire une chofe louable , pour mériter d'en faire 
tme autre ; c'efl une excellente économie* Accdr- 
dez-lui les chofes de^lbn ége,«non comme. bon- 
nes, mais comme népeffaires à fa foibleffc ; refu- * 
fez-les lui , non comme eflimables, mais parce 
qu'il les aime , & qu'on ne doit point avoir d'in- 
dulgence pour un enfant qui fe conduit malj ne 
les lui propofez jamais comme des récompenfes 
dignes de lui ; cherchez ces récompenfes dans 
des objets qu'il doive aimer , & dont il doive 
i^in cas toute fa vie ; placezJes dans les c^reiTes 
de les parens , dans quelque devoir jde religioa 
qu'il n'ait point encore rempli, dans linéique ac- 
tion fupérieure à fon âge , qu il n'ait point enco- 
re faite, dans le plaifîr d'apprendre quelque 
chofe qu'il ignore , dans la considération, dans 
l'eftime, dans les louanges-, car il faut lui faire 
aimer les 'ipu<3nges , pour l'amener au goût des 
chofes 'louables»:: ri • . ) 

Quand il t^tû diftingué-par quelque qualité 
louable , qu^eft*ce qui empêcheroit qu'on ne lui 
donnât, un furnôm qui exprimât cette qualité^ 
qu'on ne l'appcllât ie Raisonnable , le Vëridlquey 
U Bienfaifant > U Poli ^ qu on ne lui écrivît, foit 



HHr»=feR44^ A M T 11 ^ ^ 

pour le louer de ce qu'il auroit fait de bien , (oit 
pour lui reprocher '^s^^é&uts. , en mettant en 
tête de la lettre ,1es titres qu'il auroit mérités , 
ou en le menaçant de les lui lupprimer) s il con- . 
tinuok-às'tnttndréindigttCi'/'- 1 c^. '^'^/T 

C'cft •aî'nfî qu^onpewt élfevtrjXor^iame.iaïkdif- 
fus de« («ntimens de Hcfû âge /s- èoh^viSSçdjpaaiiin:^^ 
mnlat^ion 8c par Pamoup-^4agtaij» 9& aÙei^'iMi- 
vrrra ^ d^elle-'mème à t&vit^n hnikm^ncat. dcji ètî- 
lbn"& de vertu , que vou«y»voudi|ea. -wpsattied ; 
toiVte raftivité qui raiaroit-enerQÎiiéèt^efskaiS^^l» 
la portera vers le bicnj à meiiirejifli^ei.A»W|y 
vèrrtî croîtreles lemeflcesprécidiiAaique ^rtyijîy 
auret verfées, cûlrivez-les par lesimêms9àiaoyiifig 
4ue votls les' aurez fait naître« C»reâibz{loii«ib4p« 
pkudiffez* Dhs que , de Ton propre 'monveni^itf f 
ilaûra fdt ou penfé quelque cbofé dicnioiitfal^ » 
im^ginez-en quelqu'autre à lui faiive.Ëme yirpâur 
le técotnpenfer. Que tout le mooÀieMtna» liui 
faire compliment avec un air de conddécsUj^n* 
J^di teeommandé auxparens d'allericaneoiQnjr chez 
' leùts^enfarfts , & d^^tre ménagers^ de. leuc^jc'&ii^f- 
fes>; mais ceci e(l un cas à part ; eIeft]£^!.fi^uj|OÙ 
il letîf fôit permis de laifler éclater tO(Ul»\;leur 
tendrelTe vpuifque l'enfant a été capable d'uQiSen- 
timent vtertueux , il faDt , pour riaikuvtitJe re- 
.garder comme un homme ùit^ iScaUelr :tAav$ fa 
chambre lui Tendre l'hommage qu'da doitli lafa« 
geffe & à la vertu. . ; ..DMuq 

QùàHâ Tenfant fer» près de. fortifie vôSjSivns, 

ne Vcfns relâchez en rien de vos ^oinsiiût^dq^tre 

attènticm. Ne fouffre^ pas qu'il iVétaiîtel^ la 

' foiinlilïri^raccotrtttm^ée;' C'eft uaejçhofcjj9e®dé- 

' nlKbnnabl^ lqu'ondi(lâire^)' dejpsépares/iid^M'ant 

par 'plus d'mdépendftoci é ùtkiêtat pIiM)6f^0J?- 



11 

I Ans les perfosn^r f dgnfS Usouyrage^ ^ ce 

iBQbifiE;qe3qMjpltût av«ç attfpij:* iC'eil pourquoi l^s 

iMieUti» ayaxent^iriagini ^u^]la.cUç(rç<ije UiBeau- 

lé neb d^vxricrîaitiakl pnfpiçr^ ^f.ksGracç^ La 
'b«imè:ke copiait jamais | xç^i^ eij«^pçut.ê|ré d^- 

^oup^ae^de cfi^ohacmefeçret <|ui ioyite à la re« 
'^réer ^-quianire , quiremplu Tam^ d'un fenti- 
^ftM^nc ^^dpuxw.Les. grâces dans la figure « dans le 

ttï«mieti> V dans; Tmâion 9 dans, les diCcours , dé- 
ipimdttiit^dètse mérite qui attire. Une belle per- 

^^^e'n^anra 'point tde grâces dans le vlfage » (i 

Ikiioothcbellifiemnée fans^tbttrire) fi Us.yeux font 
'•^feiiSr doiEeeinr«^Le férieux n';eft jamais gracieux ; 

il iihattîre -^nt \ il approi:hf trop du i(6vere qui 

'teiaiteJ''-'-- y ■ 

i\: Uir faoBime bien fait ^ dont le maintien ed mal 
-^Sai^iou gèaé« la démarche ptécipitée ou pefan. 

'^ te lies gfeftes lourds , n'a point de grâce, parce 

' '^u'ii n^ rieade douXf djê liant dans fon exté. 

'i^ie«r^ '•""'■'.i./ -r ; • .:.^ . 

^^ ^LaViH&ixi'liii.'or^tettr qui manquera d'inflexion 
"^^ tc^Ae d^cedr , fera fans grâce. 

'^^^^ Uîieit efbdiq m^me dans tous les arfs» La pro- 
J)ortion , la beauté , peuvent n'être point gra- 
'^ifc«fet.*©aMw^pimt .dire;quie les pyramide!^ d'E- 
gypte irienti des grâces On ne pouvoit le dire du 

' âloft^dt 'Rfcodps^jcomme.dela Venues de Gnide. 

^^■^OfiHee.tjutsft Unique^IWiC 4dn% le^gjÇffre iTort & 

^"s*<^«tr»HKf ^a(un péfitft q«i n'ifftpae celui des 

'^'^ïaeesir <}« âroic xhal ponnoître^ Miçhel-Ange 8c 
ic Caravage , que de leur attribuer les grâces de 
TAlbane* Le fiiieme livre de TEneide eft fublime : 



iz GRACE. 

le quatrième a plus de grâce. Quelques^ odes ga- 
lantes d'Horace refpfrent les grâces , comme 
queiques-uiies de fes épitres enieignent laraifon. 
> Il iemble qu'en général 1« petit , le ^oli en 
tout genre , foit plusiufceptible de grâces, que 
le grand. Onloueroit mal une araiibn fbncbrc , 
une tragédie, uniermon, fl on leur donnoit Té- 
pithete de gracieux. 

Ce n*eft pas qu'il y ait un feul genre d'ouvra- 
ge, qui puifTe être bon en étant oppolé aux grâ- 
ces ; car leur oppofé eft la rudefle , le iauvage , 
la fécheréffe. L'Hercule Farnèle ne devoit point 
avoir les grates de l'Apollon du Belvédère & de 
l'Antinous ; mais il n'ed ni fec , ni rude , ni 
agrefle. L'incendie de Troye , dans Virgile^ n'cft 
point décrit avec les grâces d'une élégie de Ti- 
bulle. Il plaît par des beautés fortes. Un ouvra- 
ge peut donc être fi^ns grâces , fans <[ue cet ou- 
vrage ait le moindre défagrément. Le terrible , 
l'horrible, la defcription, la peinture d'unmonf- 
tre, exigent qu'on s'éloigne de' tout ce qui.eft 
gracieux; mais non pas qu'on affeÔe uniquement 
l'oppofé 'y car Ci unartiile , en quelque genre qiîe 
ce foit , n'exprime que des chofes afFreuies , s'il 
ne les adoucit pas par des contrades agréables , 
il rebutera. 

La grâce en peinture, en fculpture , confîfte 
dans la moUefle des contours, dans une expref- 
fîon douce ; & la peinture a , par-defTus la fculp- 
^ture., la grâce de-l'unioin des parties, celle des 
figures qui s'animent Tune par l'autre , & qui fe 
prêtent des agrémens par leurs aj^titudes Àipar 
leurs regards. -^3! , 

Les grac«s de. la didion, foit enikrquesnoe, 

foit en poëfîet ^dépendent du. choix des jsioés f^ide 

l'haimonie des phrafors, &^eUctilre pltt^ide-l^ndé- 

: licateflê des idées , & des defièriptioas^ riants. 

L'abus des grâces efl l'afféterie , comme ^ Vsbus^ 



/ 



G R A C £• 2 1 

du fublime e(b l'ampoulé j toute perfection eft 
près d'un défaut. 

Avoir de la grâce , s^entend de la chofe 8c de 
la perfoniie. Cet aiuftetnent j cet ouvrage , cette 
kmmfa de la* grâce. Ld bonne grâce appartient 
àia^ribnne feulement. EUefe préfente de bon- 
oe grâce; li a fait de bonne grâce , ce qu'on at- 
tendoit de lui. Avoir des grâces , dépend de l'ac- 
tion. Cette femme ai des grâces dans fon main- 
tien y dan^'ce qu'elle dit, dans ce qu'elle fait. 

Obtenir fa grâce , c'eft , par métaphore , obte- 
nir ibn pardon , comme faire grâce , eft pardon- 
ner. Oir fait grâce d'une chofe, en s'eœparantdu 
relie. Le« commis lui prirent tous fes effets , 8c 
lui firent. grâce de fon argent. Faire des grâces , 
lèpairdre des grâces, eftle plus bel apanage de 
la fouveraineté ; c'eft faire du bien ^ c'ed plus 
que jufticc. Avoir les bonnes grâces de quelqu'un, 
ne £e dit que par rapport à un fupérieur. Avoir 
lesi bonnes grâces d'une femme , c'eft être fon 
amant favoriCié. Etre en grâce , fe dit d'un courti- 
fan qui a été en difgrace ; on ne doit pas faire dé- 
pendre fon bonheur de l'iin, ni fon malheur de 
l'autre. On appelle bonnes grâces , ces demi-ri- 
dcaux d'un lit , qui font aux côtés du chevet. 
Les grâces , en latin Charités , terme qwi fignifîe 
aimaèlesm 

Les Grâces ^ divinités de l'antiquité, font une 
de^.phis belles allégories de la mythokigie des 
Grecs. Ck>mme cette mythologie varia toujours , 
tantôt; par l'imagination d«s poètes , qui en fu- 
rent les théfologiens , tantôt par les ufoges des 
peuples , le nombre , les noms , les attiibMts des 
Grac3es^r<)hiingerent fouvent y mais enr6n on s'ac- 
coàia ^âJicsafiker-ftfii nombre de ti^is ^ 8t â les 
nomm«t oW^Éf yf%M/fe,'E«/>*»»o/F«e , c'eft-à-dîre 
brillant V il«ur; gaieté. Elles ëtoient toujours au- 
près de Vénus. Nul voile ne devoit couvrir leurs 



24 GRACE. 

charmes. Elles préfidoient aux bienfaits, à Ist 
concorde 9 aux réjouiâàaces 9 aux M»ottr»»^ Ti* 
ioquence même ^ elles étoient l'embliiiit £MiiîUe 
de tout ce quip«ut rendrez la vie agréaUt*.Oak s 
peignoir danfantes , & feaenaiit pur la mai»^cta 
n^entroit dans leurs temjpies , qu^-cq^riMiai 4« 
fleurs. Ceux qui ont iniuité à 1» miftbolofit fit- 
buleufe , dévoient au moios avoutr k métib^ de 
ces fîâions riantes., qui imnonccnt des vérités 
dont réiulterôit la félicité du genre humaJA* 

Le mot de Graçe eft d'un ulage trèi-friquent 
dans les arts. Il femble cepeadaiH qu'on a tou* 
jours attribué au fens , qu'il enjporte avec lut , 
quelque chofe d'indécis , de oiyfîérieux , 8c que , 
par une convention générale , on s'efl contenté 
defentir, à- peu-près, ce qu'il veut dire fans 
l'expliquer. Seroit-il vrai que la grâce , qui a 
tant de pouvoir fur XXQ^S , oàquli d'un principe 
inexplicable 1 Et peiit-.Gn peofer que , pour l'i- 
jiiirer dans les ouvrages des arts , il fuffîfe d'un 
fentiment aveugle , & d'une certaine difpontion 
qu'on ne peut comprendre ? Non , fans doute. Je 
crois 9 pour me renfermer dans ce qui jregarde 
l'art de la peinture^ que la grâce des figures iml« 
tées 9 comme celle des corps vivans , confiée 
principalement dans la parfaite flruâure des 
membres 9 dans leur exacte proportion 9 & dans 
la judeffe de leurs emmanchemens. C'efl dans les 
niouvemens & les attitudes d'un homme , ou 
d'une femme 9 qu'on didingue fur-tout cette gra* 
ce qui charme les yeux : or û les membres ont la 
mefure qu'ils doivent avoir 9 relativement à leur 
ufage ; fi rien ne nuit à leur développement : fî 
enfin les charnières & les jointures font telleoient 
parfaites 9 que la volonté de fe mouvoir ne trcHi- 
ve aucun obftacle 9 5c que les môuvemens doux 
& lians fe faffent fuccefîivement dans Tordre le 
plus précis 9 c'efl alors que l'idée que nous expri- 
mons 



r . .♦ *J' ^ Q^R A CE, - * •• tf 
sMs^af k «Idt^cW ^ra^e, fera cxcî'tée; & qu^o^ 
n!Maièc« ptfS^cMlffié-tlne ob}c^ioii raifontiable ; 
qii^«é>^6^ttt« y &i^ ^tr^ t>lle que je viens de la 
décrite 9 'p«ttt «vdir une 'certaine grâce particu- 
liiîef'^'^Mf nt' lli£e'pa$ ,qifi! y a des défauts 
aust[litdi^ G#r{ikl0t gracésfoni: attadiées. I!feroit 
iïïipM)àm^ à <m qat fe élrois , de prouver que ^ 
celtr doriez être ainfi ; & lorfqu'on effayeroit d'é- 
tablir ^-opimo A que j'attaqae, on démêleroit fans 
doute 9^âfisr f eifiaitien des faits , des circonflan- 
ces étrsftigerest des goûts particuliers, des ufa-' 
ges établis > des kabitudes qui tiennent aux 
mœiU9 f '^aân des {préjugés fur lefquels on fonde 
le fentmi^nt que j'attaque. Rien ne me paroît 
devokk toontîibuer davantage à la corruption des 
arts 8c des' lettres, que d'établir qu'il y a des 
moyeas de plaire & de réuffîr , indépendans des 
grands principe que la f^lfon & la nature ont 
établis. Oa a peuv-ètfe un aufli grand tort de 
féparer t çomme.oa le fait aujourd'hui , Tidée de 
la Âe^Blté de celle -des grâces , que de trop diflin- 
gue^Tt.dans les lettres, un bon ouvrage d'avec un 
ouvrage.de goût. Un peintre ,' en peignant une 
figure de femme , croit lui avoir donné la grâce 
qui'lui convient, en la rendantplus longue d'une 
tête f qttîelle ne doit Têtre , c'eft-à-dire , en don- 
nam aeiif fois la longueur de la tête à fa figure , 
au lieu tdeliuit. Seroit-il pofllble qu'on arrivât , 
par42Ai£cret£ facile, à cet effet fi puiffant , à 
cette graee qu\on rencontre fî rarement? Non 
fans )Âau£B*^Mai^ ii e(l plus aifé de prendre ce 
moyenv que 'iîl^obferver parfaitement la condruc- 
tioaiilftiËlteiure^le» membres , la jufle pofition 8c 
le jei»iieeîlBttfcler'^ ^^e - mouvement des jointures 
& -^bntommmiJ^ àcà corps. 11 arrive quelque. 
foisk:#fiffndànt »4ub' i^artifte dont j'ai parlé , fait 
une-itUatitOfiftpaff^^re ; mais il ne doit ce fuccès 
qu'à*!»- examen aufli peu réfléchi , 8c aulii aveu- 
Tomc m. B 



fins GRACE. 

4 



oont le plan n*eft pas rempli, 



ou qui en manque ^ 
dans lequel 1& TMfonjeiïi^m^t^bltffée , oh la 
langue fi'eft ^as Mpettée » u(urpe quelquefois le 
nom à*ouvra^e de goût. Je laifle à juger s'il peut 

4li>9lulRie c«»ftl>9Râ«fou«<lélVi^lt^^5t'a^ WH^Aa. 

i!i^4liaiiffî jff^tf^i'Idl^vMtllbU'^a^^, qUIh^lc 

pour principe la perfeôion des QOV^f^tVbi^^ 

3tu< , j . 5. • ■. . lui: j'iiîuu':;» bl 

:,., .-,■-■,. ,. -^soe* ,„..'-.. 



?,' ' 






\ 



t. s 






■ *i 7 <? r>- 'i«- * 

/.' j. /•;> iiu:il tf4 ii'*q 



tiii iiiitiiii niiii fir ^ »■ Tiii>"> 'l'Mii iji^ 

if J?j «glîjft A li R S : On rt<v»mçrB«fi «n ginir^I 
JUç«u?ç HMié>QCÇ^|«n^:lw .prwi#w« places de 
ïJpéî^^j» fQ^4^m,|4^;e9U>wnw»«ni , foir auprès 

On peut^t$priW-^r$^cztel gfpM*-» PU PV /ap- 
port aux mœurs de la fociété , ou par rapport i 
1? conftitution politic^ue : par rapport aux 
mœurs. 

Dans la démocratie pure, il n'y a de grands » 
que les magidrats , ou plutôt il n'y a de grand 
que le peuple. Les magiftrats ne font grands, que 
par le peuple & pour le peuple ; c'eft fon pou- 
voir, fa dignité , fy nw'jefté^, qu'il leur confie s 
4e-là vient que , %lln» (m l'épiubliques bien conf- 
tituées, onfairoit^^ciime autj;efois de chercher 
â acquérir une^Ul^rk^é peffoifnelle. Les gêné, 
raux d*armée n'ét/>ient grands qu*à la tête des ar« 
mées ) leur autorité étoit celle de la difcipline | 
ils la dépofoient en lii^me tems que le foldat 
quîttoit les armes *, & la paix les rendoit égaux. 
Il efl de l'efTence de la démocratie , que le£ 
grandeurs foient éleôives , & que perfonne n'en 
foit exclus par état. Dès qu'une feule clafTe de 
citoyens efl condamnée à fervir fans efpoir de 
commander , le gouvernement eft ariflocra tique. 
La moins mauvaife ariflocratie eft celle où 
l^autorité des grands fe fait le moins fentir. La 
plus vicieufe eft celle où les grands font defpo-« 
tes , & les peuples efclaves. Si les nobles font 
des tyrans , le mai eft fans remède : un fénat ne 
meurt point. 

Si l'ariftocratie eft militaire ^ l'atitorité det 
jpands tead à £b léuair dans un feul ; le gouver^^ 



»8- GRANDS. 

sitmént touche à la monarchie ou au defpotifm«« 
Si i'driilocratie n'a que le bouclier <les loix , il 
faut , pour fubfiiler , qu'elle Toit le plus julle & 
le plus modéré de tous les gouverne mens. Le peu-, 
pie , pour fupporter Pautorité excluiîve des 
grands , doit être heureux comme à Venife , ou 
Aupide comme en Pologne. 

De quelle fagefie , de quelle modeftie la no« 
bleffe Vénitienne n'a-t-elle pas befoin , pour mé- 
Ha^^l: robéiflance du peuple \ De quels moyens 
«iWe-t-elle pas pour le confoler de l'inégalité ? 
iiW'iCOUrtifanes & le carnaval de Venile font 
^'înftitution politique. Par Tun de ces moyens f 
lès ridieires ties grands refluent fans faflc & fans 
iéfet v^€ le peuple : par l'autre , le peuple fe 
f^dWé Ils mois de l'année au pair des grands , 8c 
4^blil^^i^6c eux, fous le mafque, fa dépendence 
Sf leur domination. 

^[^'iM^^h'érié Romaine avoit* chéri l'autorité de6 
îi>îi f "elle rie put fouffrir l'autorité des grands* 
li'e^Ôf ^républicain fut indigné d'une il iftinûioii 
IMftmiaAfe* M Le peuple voulut bien s'exclure àes 
|fràn^é¥e«^ places ; mais il ne voulut pas en être 
^dlôVp&i la preuve qu'il méritoit d'y préten- 
'jfjgy :|îeÛ- qu'il eut la fageâe & la vertu de s'en 
WYféhir. 

£n un mot, la république n'ed une , que dans' 
^cas du droit univerfel aux premières dignités, 
^oute prééminence héréditaire y dérruit l'éga- 
fïféî, rompt la chaîne politique , & divife les ci-' 
'èôyens. 

Le danger de U liberté n'ell donc pas que lé" 
'peuple prétende élire entre les citoyens fans ex- 
^iïi^tion, fes magiftrats & fes juges, iv.nis qu'il 
^$ls tnéconnoifle après les. avoir élus, C'cil ainfi 
-Jgfue les Romains ont pafle delà liL erré a la îi- 
'^teîîce , de la licence à la fervitude. 

Daiis les^ gouvernemens répi.blicaîiis ^ Ur 



G R A N D ?. « 29 

grandi,. revêtus cfe Paifari*é'i Vtxtrctnt dsm» 

t&i<[^4 Hk^r(j[«li^4?nt Qjû^uefoi» ,.&.ne Ta ^qC^ 

èlbatâé^^L^^â^ ^i|M»iCi^ enimzFrB; Si^i^nie ^s| 

f lume .'en obferve & dmp'ibjcbnssit'n.r^.o -*f.",î. v 

f^^^or^aI:<l^lrm1âIfl^1e*ifti>aarqtle auprès xUiJI^ 
}A«f'^^ lii J)«pplëlbu|)fè< dq nionHrqiir;5iJf pHOr 
x^é^^^dù'igbiWcrMinent eâi comoispu. daiiS:;;d!eA 
gm^dt^^ril fatidrà bunic la.ve^tii'& «lafisI^^PKili. 
ca>9cc^ns:^-ie .^pefiiflef jsottr .maiouoi^ 4^nA not 
iaâie4qBttf&i« ; Tautorité pnHcaui^ ^4(Vl)|1-» 4l 
14 4tiNvt|^ Ugkhne dô Paiftre ;r Biak fi ^^^Q^du 
^<«ém^tir<^% fi^e^es fu^ts & dis boof p^^r^ot^ft 

lieu de l'obéiflance Scdcraiuroiité^ m .. . ; ., 
^^41 ëll-^IU' f 0â«ii«e dtf'goûyecttciitenr'inonai'chî* 
i^V^oftnhe' da «épublioâin , que T^t^i: /i« fpjf 
%^tt';^i<)ue'le0 papticsidoat iLsft^cpitip^ix °P 
wmedp 'q'tt^ifip tbm ■foIide^.&tîcortipa.âbB- Ç*L\t§ 
lâàftbifie vafttf^itcmtc fimple qu'elfe feA«.«.^.ï^ 
1*î*e-fQbgfter qiwfar une exaàfe combin^ifer»,^ 
*&§ pletf^ i'&'»4î fè'j^mDUvew«rts'iqnria^r^9aîr 
pns ou oppofés , le principe même de K^^^ctî^ 
^de^iéFfltr celui' de^ladeSraôion. . { > 
•'-"ÙT^ila po^fion des grands » dans unitat tncu 
âlrcbî>que r^fert mervèilienrement èrré^blir ,. ^ 
icoéfelveir ^tte c)onimun»catiOn«» cett^e ;hannp- 
nie, cetenfemble , d'où refaite la cont incité/ ré- 
*gulier%i<l|UJmouvement géniéraL .' .• 1:. j ,^ 

Il n'enr eâr/pâs- ainn-^dans un goHVecof ment^mix- 
'te, où Taiïtdrtté #ft.partagée,& balancée entre 
le prince & la nation. Si le prince difpenfe le» 
grâces , le» grands feront les mercenaires du 
prince » & les corrupteurs de l'état : au nombre 

BU) 



30 •GRAND S? . ^ 

des fubfiJcs Impotés fur ie peuplé jïcira &fflW^^^ 
tacitement l'achat annuel des .iuffTaçes,^c"^È«-I^ 
dire , ce qu'il en- coûte au prince pour piayer aux 
grands la liberté du peuple. Le j>^ince( auira le 
tarif des voix j & l'on calculera en fon conTeil y 
combien telle & telle vertu peuvent ' lu i| coûter 
à corrompre. 

Mais » dans un état monarchique kîed^cond!- 
tué, où la plénitude de Uautorité réfî^e dansùn? 
' ieul fans jaloufie 8c fans partage , ou par confé« 
quent toute la puifTance du fouverain efl datas la 
jlchefTe , k bonheur & la fidélité de fès fujets , 
le prince n'a aucune raifon de furprendre le peu- 
ple ; le peuple n'a aucune raifon de fe défier du 
prince : les grands ne peuvent fervir ni trahir 
l'un fatis l'autre ; ce feroît en eux une fureur ab- 
furde , que déporter le prince i la tyrannie , ou 
If peuple à la révolte. Premiers fiifets, 'premiers 
citoyens , lis font efclaves , fi l^Etat devient def^ 
potique ; ils* retombent dans la 'feule, îi l'État 
devient républicain ^ ils tiennent dpnc au prince 
par leur fupériorité fur le peuple ; Ifs'tiennenf 
au peuple par leur dépendance du prince', Se par 
igut ce qui leur eft commun avec îé peuple, lî- 
Certé , prpjirïété , fureté, &c; auflî lés gràn'ds 
lonç attaché^ 3 la conttïtutîon monarchique , païf 
intérêt & par dévoir j deux liens îndifTolUbles , 
lorfqu'^ls font entrelacés. 

Cependant l'ambition des grands femblê devoir 
tendre à l'ariflocratie^ mais, quand le peuple s'y 
laifTerpit conduir*^,' la fimple noblefTe s'y oppo- 
•fcroit^và-Tiroîns qu'elle ne fûtadmife au partage 
de l'autorité, condition qui donneroit aux pre- 
\ïïHers de l'Etat*^ vingt mille égaux , au lieu d'un 
maître., 8c à laquelle , par conféquent , ils ne fe 
réfoudront jamais ; car l'orgueil de dominer , qui 
fait feul les révolutions , fouifre bien moins im^ 
patiemment la fupériorité d'un feul » que l'éga* 
Iité d'iHi grand nombre. 



G R A N D S. fï 

, ^orçl|» le plus effroyable de lamonarchief, 
\^e les grands parviennent à ufurper TaïK- 
torjté qui leur ef^ confiée , & qu'ils tournent 
contre le prince & contre TEtat lui-ménie 9 les 
forpes. de TEtat déchiré par les faâions. Telle 
étoit fa fîtuation de la France, lorfque le cardi- 
nal de Richelieu, ce génie hardi 8c vafte , rame- 
najjçs ^gr^nds Ibus l'obéiflancedu prince , 8c les' 
peuplés IÔdus la proteâion de la Loi. On lui re-^ 
proche d'avoir été trop loin ; mais peut-être n'ia* 
voit-il pas d'autre moyen d'affermir la monar^^ 
chie , de rétablir , dans fa direâion naturelle , ce 
grand arbre courbé par l'orage , que de ie plie]r| 
dans le fens oppofé. • ' / 

La France formoît autrefois un gouvernement! 

fédératif, très-mal combiné , 8c fsms'ceffe ea! 

guerre avec lui-même. Depuis Louis XI , tous 

ces co-états avoient été réunis en un.Vipàis le& 

' grands vaffaux confervoient encore daiis' leurs 

domaines , l'autorité qu'ils avôieilt eue fou^ 

leurs premiers Touverains; Scies gouverneurs qui 

«voient pris la' placé de ces fouveraîns, s'en àt- 

tribuoîent la puiffance. Ces deux partis oppo-* 

foient à l'autorité du monarque des obftaclieS 

qu'il falloit vaincre., Le moyen le" plus doux» 8< 

par conféquent le plus lage , étoît d'aïtirer a 1^ 

cour ceux qui, danis Téloignement & au mitieù 

f des peuples accoutumés à leur obéir , s*é'toie'rit 

rendus û redoutables. Le prince fit briller Je'i 

didlnâions 8c les grâces , les grands accoururent 

I enfouie; les gouverneurs furent captivés j teuc 

autorité perfonnelle s^évanouit en leur abfence ; 

leurs gouvernemens hérWitaires devinrent amoi- 

vibles j 8c l'on s'affura de leurs fucceffeurs \ lei 

fcigdeurs 'oublièrent leurs vaffaux; ils en furénjf 

oubliés ; leurs domaines furent divifés , aliénés ^ 

dégradés înfenfibleraent ; 8c il ne refta plus tfli 

gouvernement féodal y que des blafons 8>c iii 

ruines. * , B iii ' î 



32 G.R A N D S. 

qiî une foible image,dç^]^i çjMdjit,e^^e^mi>^jait 






^èire qiie'les pnrices,^u'iia^çl^ UiçniteQt^^j^U^^r 




j dans la' maifojh'joyalje v.mais le titre, de grands t 
^idans i(^t^jBt]^o>tf'apcçp^ i;ie poqyjer^l j'^u'^yx 

^jîârrsdiiroyaVm?^^,.^. ; ';,.,; ^u -^^'^q. 
Cette redu£\ion du gouvernement. Féodal».,* 




Vaiuagé de n'être^ plus en bute au caprice ayfv^ 
& tyrannîque de l^utorité iîdqçi^i^rç ,,|e.Jiou^ur 
ile vivre fous la tutefle învîplabîe des'l'oj^f ^pu- 
jotin pr&tes â s'armer contre k^ ufurpât jpns i Içj 
VÊxations Si les violences ; il eft^^çeria^^^^e 
âc telr biens n^. feront Jamais troj^payiés.ij,. 

Dans ]j cDn[titution pré|e^teTdc,s, chp{^s ^ p 
ji p u s fe ni b l e d p n c, qu e le^s . g[an d s . fofl t ^.^^f^ *» 
Jndnarchîe Françoife^ ce'qu^^^Js ^do^tvent etf^^^pf- 
"infeUeniênt dans toiiteS^ïes pion^rchies (Je T^pi^ 
rin; ta nation ks. çefijefte Jans les craindre ; le 
fûuvenuiHe les att^thVfans'les eijphaîner, Scies 
'coîîtieat fans les abattre : pour, le' biçr}i. leur çiréy 
dit ell Immçnfe j iîs li'én ont aucu^jpo^r Ifjn^^ï-^ 
^^Êjj^r^s prcro^atiyeiSi^iÇêçie (o!nt de aojiv.eauj;,gî^ 



GRANDS. jl 

fAi'féXtt rétat, du zèle & du dévotiemeût donc 
elfif* font les récompenfes* 

" Daris ' le gouvernement dcfpotique \tp\ qu'il 
eft féuiFert en Aiîe 9 les grands font les efclaves 
dii tyran y 8c les tyrans des cfclaves ,• ils tremblent 
& ils font trembler : auffi barbares dans leur do- 
miha'tion, que lâches dans leiir dépendance 9 ils 
achetèrft par leur fervitude auprès du maître « 
leur autorité fur les fujets, également prêts à 
vendre l'Etat au prince , & le prince à l'Etat ; 
chefs du peuple , dès qu'il fe révolte , & fes op- 
preiïeurs , tant qu'il eft fournis. 

Si le prince eft vertueux , s'il Veut être jufte , 
s'il peut s'iiiftruire » ils font perdus : aufli veil- 
lent-ils nuit & jour à la barrière qu'ils ont éle-^ 
vée entre le trône 8c la vérité ; ils ne cefTent de 
dire au fouverain : vous pouv^ï tout y afin qu'il 
leur permette de tout ofer; ils lui crient : votre 
peuple eft heureux , au moment c^'îls expriment 
les dernières gouttes de fa fueur & de Ion faîig f 
& fi quelquefdis'ils confultent fes forces, il fem-' 
ble que Ce Yo^ît pour calculer , en l'opprimant , 
combien ii'inftans encpi^ il peut fouffrir fan^ 
«xpirer. " ' . 

Màîheqrei/fertiéfitpour les Etats ofi de pareifs- 
monfttts gouvehient , les loix rt'y ortt point d& 
tribunaux Vf^ foibleflfe n'y a'point de refiigé : lé 
prince s'y réferve à lui feuî le droit de la vindifte 
publique ; 8c, tant que Toppreflion lui eft incon^ 
mxe, les^preftêuTS {ont impums. 

Telle eft la- conftftution de ce gouvernement 
déplorable, que non- feulement le fouverain,. 
mais chacun àes grands , dans la partiie qui 
lui efll^oniiée , tient îa pface de la l'oi<. 11^ 
faut rfonc , pour que la juftice y regn« , qu*' 
110 n-feule ment un homme , mais une multitude: 
d'hommes , (oient irifaillibles j exempts d'erreuir 
& de p*fEo» ^ <ïétî>chi* d'eux-mêmes y ac<«iSî-' 



(14 GRANDS. ..^^. 

blés à touSi égaux pour tous comme la loi} 
c*eft-à-(iire , qu'il faut que les grands d*un 
Etat deipotiqut , "folciit des^ieik- A'ufli n'y a- 
t.il que la théocratie j qui ait le droit d'être 
deipotiqueiçcÔi. o'e^ tej iPOmbJeitie r^l^tttÈ|l«P<'* 
dans ks hommes, ;q[i». à^y f*«4mfl4|e,v««*djP 
.coafcntir** »»'t :>*• ;rn^,]«,i.^i jj/ '; ^ noiihis.-! 




1?MW 



. :rÂÏ 

', ' ' ' * ' ' ' '■• * ' -.^iq 23i 






1 iii 



d 



I 



jr^^ttHWè l 4rtphfa^m 8t en gêomii^rie , eft 
l3f fflâv^é^ittfifeUi ^ k ittJj|^fiwûi.:aiitua0 com^ 
paraifon; il eft fyaonyme de quantit4^dlét9nr 
due* En morale , il eil relatif, & porte Tidée de 
Supériorité. Ainfî , quand on rapplique aux qua* 
lires de refprit ou de l'ame ,ou colleâiyement à 
la perfonne , f^p^prime un haut degré d'élévation 
au-deffus de la multitude* 

Mais cette élévation peut être ou naturelle f 
oufaâice; Se c'efl-là ce qui diftinguela grandeur 
réelle de la grandeur 4rioûitution. Effayons de 
les définir. ^^ '. 

La grandeur imviti ë^^dire , la fermeté ^ 
la droiture, rélégf(ioa«4i$ Ilt|icimens, eft la plus 
belle partie d^la^graddeui perfs^^elle. Ajoutez- 
y un efprit vafti;| luiaiiïeux^ profond ;..& vous 
aurez un grand kmàme. . . ' ^ 

Dans ridée colleàive *& générale de grand 
homme, il femble que'ron devroit comprendre 
les plus belles proportions du corps ; le peuple 
n'y manque jamais. On eft furpris de lire qu'A- 
lexandre étoit petit •, Se Ton trouve Achille bien 
plus grand , lorfqu'on voit dans l'Iliade , qu'au- 
cun de fes compagnons ne pouvoit remuer fa lan- 
ce. Cette propcnfion que nous avons tous , à»* 
mêler du phylique au moral dans l'idée de la 
grandeur , vient i° de l'imagination j i°. de l'é- 
preuve habituelle qlie nous faiibns de l'union de 
l'ame Se du corps , de leur dépendance Se de leur 
aôion réciproque , des opérations qui reluirent 
du concours de leurs facultés. Il étoit naturel 
fur-tout que , dans les tems oCi la fupériorité en" 
Ue le« boiQfiies fe décidoit â force de bras % Ut 

Bvj 



5(5- - G R^A N D EU R. 

avantagea corporels fulTentmis au nombre dei: 
qualité »'lié'f(A'iqi]<^^i Dâtis des (lecles moins har-- 
Éi^t^f&h d'^anj^é^dahs rieurs ciades Us qualités* 
qiH A^ûil Tdrit cotnmi^M^ avec les bètfls^' & que 
le9^M#er ^t' aUtddiTus 'à«i ftèBSu .Un . gcaifd àommo 
st'-'t^é * dN]j>ehi^^ d'aire rbeau ^yinem^va y .& > ro* 

Mais 'if H^en 4<àot*biiew>qaev«il3ifcSrL'opinioa du* 
wfgafrê, likiée de'grattdJemripferibiiAeJle.:foit ré* 
^ke'tneotle â'f»' ]^ui:«t>é:>pliilii&)ph|quie. La<rai- 
fon e(l efclaye de rimagiiiation ; & rimaginatioa 
M ^efove-dés f<^ns.'Gille'.ci.n^rc..^Sr.caurcs^ 
HK^tes*^ la grafnd^ur phyftque des «ffeu.qu'clles- 
élit {ik^d'ItË'sS St' ks^pprétie à ia toifei > 

nétV'yrairembkibI» que^e^QÎ iz%. loïs à'E^yp'-* 

fe , ^î'âvok'faît élever la plus hau^tcidlcs pyra* 

ixiîdes , fe croyoir Ig plus gr^ind desjx>Lff;r'efl â^ 

|4u-pi4*'^a'iAfi qtfe r^tfn ju«^ei viïlgsiifeiBBiit/ ce 

^^fi 'appelle ie/ grand^^hammes. y. î .. ^ 

* ^Le fiômbi^ cfes eombatt^an:! qju'ilfi ootcflcoiés ,► 

dâ'^iï'ils <)iit vdit)cif« ; ^^etendtie du;paysi.qi&'iU> 

ckft^^vâgéé où c^nqnife ,'le' pio^r donti Isus &r« 

tMé^M rfsans'îà èfâhance du monde, {bm-xom- 

inféllès ^è'tériatïx de l-iéée de grandeur que 1!uie 

a^n^etf letfr- pèifoiïfte* La répoiïfc' dit Pirate à 

^fex^n(fr^ t^ t^2/^lf f/lr'f^^yiâ cic^€ hnptTàt9t\ exf»ri«^ 

ètte àViif^âtâat deibrce que de Twri^i notre 

ttfsrtifeté d'cj calteu!er'&<le peler ta ^^aé^xir diïu 

lé^in'e.- • ■ ■ ' ' ■ •>!': t - u: , 

'^ni.Uri roilqurâtnra'pa(fé Ta vi» à ^etlttretem^'dao•r 

fé^'^Etffts Taboridance , rbarmonée.&'Ji ^laixv 

tPëmIra peit^de pl&cè dîWs l^H:ifto«;Jî€)Tli'diTaf dé 

ÎUi frfli^elnent , H fiât boir î onmeldira.^ïamaiRiT 

fur ûtixià. il^uii^ :i^ fi^it oublié^ iSw^ ÏAM^fhf^ 

#&l)(fd ekpédkk»fliefii^oHbdlt(»'' '^^n■^^ a.jp-^: . / 

>'^ A^ti^oft jdmart'ettteïrdurparlef dp raffBrad^iipé& 

lJf>atrt; mcorrufftaJtetff»r ifti^œœttfs-vinéfcrattl^ 

filent &«^]to^^ k»ia.eiblci9ii«Ia^i&idleiat 1^^ 



GRANDEUR. ^y 

térité ^e fa difciplincLl £{t-ce à Rome vertucul'e 
\i & libre que Ton penfe , en rappeilant fa gran* 
fleuri L'idée qu'on y attache e(l, formée de toute» 
kSfCaufes de*^- décadence. On appelle fa grati'^ 
def»fTi<~Qe^t^n »nttaÎAa fa ruine ; Téclat des triom* 
phes ^le fraca5^ide£ t conquêtes y les folles entre- 
prifes , les furcès infouten^bles , les richeffes- 
; cdrmptnriqci'^ è'cnûnri^ du; pouvoir , & cette do« 
i mknutionjiid^ej, 'éqnt.ViM\i\ie faifoit la foi-. 
l Ueffe^j: ^ qui aidais csovi^lei £pu$ foa propre 
f fovà^iK'.: :t.:' 

[ ?)1(}eii:@fl|u> ont eu^r^fprit itfi^z i^u)$e,,pour ne 
. yatislit^rrr^^ par. tout! cet alliage phyfique , Tidée 

[ morale de.'grandéujTifjont; icjr¥ dja moins pouvoir 

I hc^n^'éinàcQ à 3quelques^^n«s àfi» qualités qu'el- 

: le emhtaÊkiiGar^ y aiï n<iuv^r,}i(\ grand homme j à 

* pTeild're;ce te Eme a ki rigueur ? 

^jAieamtàae-^yoit <le retendue- dans Tefprit j & 
.* de la force dans rame-; mai« ^^ît-on daiK.fes pro- 

!^ >etè{C3Stpta3i de iuûice iS^4^ fageilb « ^ui annonce 
m^amviii&fé^jSiL uni géni^ lumineux 1 Ce plao' 
^ab ttaàr&(Sâ.ds, éi£f(^e. Uavenic , où tgus les re- 
vws-Tontieurrttffiftur^e, touslefi Apcçès Icvrs avan- 
tagée, où tfiusi^ maux iikévicablie^ fûBÇ compen- 
fê»çar de pkis grands bUnsl DeteBg fine terra'» 
n»B^j^? per fit»fnr.edîtnri4j orbem^^ tfÂfiii efi \ ( Se- 
nccï ) 1/îesttv^ues.de Céfar étoicint pin» belles 8ç 
pàos fagèsy.Maiâ il f»m comoKncer par l'abfou- 
dre du çrrme de haute trahifon , & oublier le ci- 
toytïmrfans^Fjesnpemur^ pQUli',tjf<vuver en lui un 
gAQ^ i^ittmeb Vk ea^ e(l à^peUrprè^s de même de 
eôurtlèsrpirtîacfis. Auxquels k itat«rie ou TadmiraT 
lQ0n.ep4oniié:le.nom de ^nr/i^f .. Ils Tout été dans 
<fiiqlc|uei «pjailties'^ r dans. < la Urgiflaiipn' , dans la 
politique, dans Tari' de lit^w^r^^ dans te choiic 
dfesL'h^bmafss.; qh^U lOnt. employés çr & au lieu de 
^actcôraîteiieomteik.gi^adfe •qualité, on a dit 
^i#LQ&rilbii<dUïlpoUti^^ d)i' légiflateur x, c'ciOt 



j^p^i ï^«s ioute foa ^^c'acl^, ^l^d^èMy véri-. 

çfari^ni 4ff <?Wi^Utt avec l'a ^anûcùi^'^lçKôp^^^ 
lp.'^:l}^,fout ^e^ gjrands ian§ up^ùti'& l'piyi^j 
P^çjtowjourf d"ç gjrââds homioes, Oa a dojic îraa- 
g^né (^''ilevçif aubcibin ceux. qVôn nè'pouvoit a|| 
gt%tiiix'f,ii^ctttc élévation artificieJUa pns''ïg 
nom. de ^rahdejir* Cp terme au finguîî^r eft .'cJong 
f^fccpti^ç.. dç^ de^xfç»s -^ & les grands n'oiirjjàj 
flanqué die ik prévaloir de réquivoque. Mais Ion 



homme, pei^t n'avpir aucun des carafteres quv^i 
IÇipgueiit ce qu'oa appelle les grands , & qu^Hg 
grand peut n'avoir aucune des qualités qui conjÇ 
tituent |e grand' homme- 




a[it, pas Jaiblidite.Rien.de plus beau que dç Voi 
réunis le mérite avec la place. ïîs le font*qii(^t 
^ucfois à beaucoup d'égards \ &»nptre fied|'e% 
a des e^cmplesj mais, fans faire la fa^yred^u^- 
çun tejns ni d'aucun pays , nous dirons un feôt 
de la condition & des mœurs des grands ^^^ets 
.^û'ii en eft par-tout , ^n protéftant Aayaii^Cc 
contre toute îUufion & toute applicatiçn jJerfo^- 

^,'-.|/ji^gri?i>4 doit êtrç auprès du peùpltî Thomme 
de iaJcaiir, &,a ia cour Fhommc du l^«^P^^%kf^ 




jouer. L'ex^érîéiif d*urt' grand clefvroit étrtl la dé-- 
cencé Si'îa.dîgnîfé. Là déceûte cft urre ^gnJré*' 
ijég^atîve , q\il confîfte à ne Hcn £t pcrmtttre dé 
^ë'q^ùî^, peut avllii^bti d^gra'dèr fort étàr , y atta- 
çhçr.le rfdidùlei puy Vépâhdre le m'éprîs-. H t'agit 
âe modifier 1e$ diehôrs de là grand^jur ,^fuivant !é 
goût,'le cafaftére*, & les mœurj des dations. Une 
gravité tacîturae eft ridicule en France j elle Pao- 
rbit été "â Athènes. Une poîitcflè îcgtrc eut éfi 
ridicule à Lacédémone ; elfe le feroit en Ef^agne. 
La popularité des pairs d*Angïeterre feroît dépla- 
cée dans les nobles Vénitiens. C*cft ce que 
Çexèmple &Tufage nous èîilièïgrtcttt fansétadaSit 
fans reÔèiibn. 11 femblé donc aÔès facKè d*ëtrt 
graild avec détencc. . : ..' 

j\Àlais.îa dignité pofîtîve dâhstmgi'ancrctt Pac- 
c;6rd' parfait de fes adions , de fon langage , dé 
fa conduite , en iin mot « avec la place qu'il otcu^ 
pie^ Ôr cette cjignité fuppcffe le mérite', & un pié: 
Xit^'igal au rang.'C'eft ce qu'on appelle payer <fe 
J'a ferfonnè, MnCi les premiers hommes d^ lïtât 
^.evrôlenft faire les plus grandes tihofes ; coridri 
tion toujjo\jrs jériible i fouvcht Impolflble à tctti^ 
jjilir. . ' 

, IJ â donc failli f\jppîécf à la dignité par la décè- 
^at}on;'& cet appareil a produit fon effet. L'è 
vulgaire a prfs le phantôme pour la réalité; il à 
Confondù'lâ perfonfic avec la place. C^eft uflc tf- 

Seur qu'il' faut lui ïaiffér ; car Pillufion eft la reîû^ 
'iiih^è:-y .•■ ^' ^'^ >■ . -'^-, '^ 

g . .|yjaifi| a^'il nous foit permis de U dire « Ife 
jr^iiils font Quelquefois les premiers' à' détriiire 
, cette 'ïWuIîbti y par une Hauteur révoltante; '^ 



J 



^ â H A N B E a. 

'fBtttiipiiic[o(ie4i8rtnèûa^er*du 1110ms fes^cm^ 

• qui >^6i2?ks*0hefèS':èiii«M8i«in^e& y i^j «efpeâe 

alIaiodrezKe^ii'iin .grandif aTcv Éi/<fiii^l(c^tèldVûddl^ 
« feff(q^flrfc»ltM>CB le nsiçdivè av^o iieej'nEiH cUf iiWpéw 
triante quLlpèacvgèi & hafiiiâK^^ lttiilÊicc>q]^erp|e«» 

^3ffiirtcoirefrverai4c^>Aoénfrtiide^6t^vê'rè ifÇtioni 
<âiaindei«^&: fim -bagage ni» ttelgnent) piis^s^hrama- 
.itÊiBn^ rdKiiifme fimple fe tetcre oeitifouriant , 8c 
^lix^Wnt^dé rhomme fa^rbe ^ tC9 qu'eân dilbir 
du comédien Banur-; i^ >oit«t^f|ct)ye 'h<3rs dir 
théâtre. 

JI l|HiM:ÎQfl^J^^>i&iI'^»ft k-idî«» qu'à chlî-mê- 
tfie ^ccaridfage ed bon citoyen* Il fçait que la 
grandeur, même fî-âive ^ exige des ménagemens.' 
îl.^çifeft^iî*.:da<n$ .<elui q^ir^n. ^abufe y ou les^ 
*arW5r-,q*H ^3 Juio^nf naofiBtife ^ ou le choix d» 
Bgiiicç-5QMi,^*eA *. décoré » ou » quoi fiu'il en foit ^ . 
^j^oitituttpn. ide rtTtat <}ui demande. ^que les- 
grands fôient en honneur» & à la coui' , Si 

^4yîli5^té»^c^jïx.«[!ai ontria pinitif8ti:on»;tiu ft- 
g(93K 4ïf'£^.jQnft:I>dsJ«)BPd'ir«tk>cu^P^ri(^r i9nponir 
h^U^Tf èPi^iafeÂi^ ^ indttta facier ». jr» . < 3Vj?ii e > e/F 
mendacium z perlucet , jî 4Uf ganter, in/pifiçerh, 
^ S9mç*'^ Oansnnmcrndejcuïtivé fur tout «, Fa 
^nité^. .des .petits humiliée. a, des yeux 'd«. lynxV 
pogr-pé-jïiétFW.Ia petitefleiorjCBeiJlcttfe des grands;: 
& pehiii <f uu . <Hrfat(ànt . fefi^ir Jbe |iqid6[ijd«i &>gra n^ 
dftii*.-, cil iat(re*»apptBrcevuin}e VnidiRTti^ïeHt! sjaf^ 
furerqu-ileft dc.rdii* h^^h^mms W pftw fevérci- 

Ub homnre de médte.^ ^kvi vaux grandeur» ^ 
tâcbe d« con£;>hj l'en>m «; fit dfifiluif>p«r à la 



^]t*c)i«è!bopi&itfteIttre!p»ftic!diBf^^ 

&^tfdt2&itiftlti>n^li{iri«co4' YOittiifiirpircrlfi TBiu 
I^Q i|U;H(iûiQiif Ut) ÀluiimliiMé. U s'haJbltneiaveà 
•ît^[1hB]s^ièp)mm^\i^é^ti hommes libveSi^^B^ouc 

ef 9up lh;j'K'I .:v3 < v:* /oc •• ■ .: GLL ai>«. 'j * 

#i)it^iSdr)oWsU[^trcHirp«hr^ Ca# uti 4«til itiécotitent 

kiir9pprâ]hnmgah'efA>plfis-(tuie Hd 

Qu'un grand qui a befoin d*ell Jm^c^r^^iltt 
MiilRtcud&^t8V}l^ii^t>idoifc av9c lè«^g€«^'^i|/kn* 

«btil«éft\avec«mïgàfïcev • ''■^' ^^\ --v'.^' "'^- ■'• -' 
QlQu6iesr.fuH(movp^uqr^ m^i^^^'f^* Eammei^ t 
£i(iqbitféi<ve'^awd0(r»9''d^&fiat ?' T<s llbrviees / 

ph«i^eflrt»èua6qU(î ^ivrp|)utfiâfooVmiXv!|^iu^»^i^ 
]âs?2Ta^i(r»itf0't ^Oa ladpô^eâe'3^^oiî :falut^^ 
tosâ^oibbrbjdal t&pàacètr» ^uM^itéfù-ciC'^l'xmi^ 
bre à s'enorgueillir des hommages r^Mo^-'S»* 
cor{xs3tnTi;|a3UGDia'lèéa ie>:ténigièriû'et^i'^û ifhti 






i^is,K n'ejJ.pA^ipt ^n^ns. (.$e;|ef. ) En u^nnqtjSj 
Ujg^ke.d^ft^^cèt^es fc cqmfluùai^juejÇopuîJfila» 

raliment, C£^ju.tpi.,-.^^|^ç9,jfft» tçfc^^mf ^j» 
Nudum infpice animum intnere , qualis quantHjqtie 
fit j aliéna anfuo magnus* ( Ibid. ) . 

Il n'y a que la véritable grandeur , nous dira* 
t-on , qui puiiie foutenir cette épreuve. La gran- 
deur factice n*Q&. impofaj^ que par fes dehors. 
Hé bien ! qu'elle ait un cojjege jaftueux & des 
mœurs iîmples 5 dP^qv^le'^riF* de dominant , 
fera de l'état , nc^ àt 'b^pèsTiMne' ; mais ua 
grand , dont l^^^l^ %^ ^s l*^rni,^ous infuU 
te corps à coifeT. ^^^^Vhtàxitnf J^'i^it à l'hom- 
me, tu rampes au>d«(roit»de mm : ce n'eft pat 
ilu haut de fon ran^ c^|^ duij^uJltfle Ton orgueil , 
qu'il nous regarde 8c rtdù^ méprife. 

Mais ne faut-il paî^i^^ mérite fupérleur , ^ 
pour conferver des mœurs fîmples dans un rang 
il élevé. Cela ^eut être ; Se cela prouve qu'il 
e(t très-difficile d'occuper décemment les gran« 
deurs fans Us remplir, & de n'être pas ridi* 
cule , par-tout ou l'on efl déplacé. 

Un grand « lorfqu'il e(l un grand homme , n'a 
recours ni à cette hauteur humiliante , qui eft 
le iinge delà dignité 9 ni à ce faite impofaat » 



\ 



o^^aWd^^^Ï^ 



(• r?aijftt?dtt d#ia'v'àrfftéi' ^' '5 ■•' ' »' '-' ' •• ' ^ 

Lî?$«èWèît ^idéVàfrèei laVéTîèrâtitrtiPénvitomre;^ 

Iiîlifiittttlfcîi'-^te'ïeiré'fdber •&' ttos^BomW^ess «toi» 
hdlfiftta^t v^À'ili ^eWéïthèi'.' Mâly^jù'H feut^tbîr" 
uû fe'fHiUiènt Mofeït Bc puif' de^fa Vérîtefalë 'gran-' 
dçUtî' pV)u¥^ Ae pais èrâindi'te de ' Pavillt , «rf I^' 
dépotiînânt «letoTït ce qui eft étrânigei' î (Ju^^ 
d'«ntte'le* grands de notre âge, vbirrfroît 'éttW^ 
fitrprîi ', caniwie" Fabrice , pat \ei ambaflideuijf* 
de PyrfiST ,' faîi'aût cuire l'es léèuriiÉl î * 





; l 


J . J , , ♦ . • < * • • 


î 


• rf********fc 


• mT 
.- i 

V. ) ^T 

/ 1 






- ./> «Pû *ii*'xr. /]. A a- r •' '.* 


y • . . 




l . ' ■ ^ 



•' ».-,'n / jj>;,* , • * 4. 



>1 \ / ^ f^- ^ '^ ^ " '- J^ ^ ^ .,., ..^ 

tfefirèns^daris la dédarâtiotj jc^jçlaii^^.^Çhgflgjjf 
^r-toiit Sant' èehii' tfii 'tliJéàtK.» j^n paiçlklgïait» 
Oh chàHt¥ -ferai , lof rcfu^on doij|iç Jç^^A^r^^ gm^^ 
me fi elle étoit précédée d'iMiVl.0Uj.4'Mj§'^^ 

qliand'^éllèeft double. Amfi Te ,rôo^,^fj? , gqjffi» 
làboucfie-êé'c^uit gui graffeyent •^Tp^pKc^jy^ 
lè rioli'jgîrariè'olî icmré'dansceïle des gens qni^p^ 
létit ou chantent bien ^ & an;,lipy^.Af ^Jïp W^ 
î^fi*? ^rtifeifle J'oii ptononce. iiï^ijpenji^é^t caryp^^« 

^^LtirjgratreyemeiTsfur les aiitres fèttre?, m^^ 
gïite y/ K)rft au moins a«ffi înfuppbrt'abJpSv^fl.y 
eif a^uif le <? qu'o A prononce co.^mf s'il.^^ôi^ua 
fi Oh ^ a mis fur le théâtre dès^^petfoim^g^^ 
ce genre , qui y ont beaucoup graiRyé:&,)çït 
rîhe.H' Jr.àetixin motif râifonnaÇje de V^i«f^ 
fer de' défaut , 'rarement naturel , •& qui pfjelpjje 
tôu-joùrs ' n^'eft produit /que paf lj^tfeÔatip4r,ipU 
la! mignardîfe. ... ., j i - - 

On avu fin:' le théâtre lyrique , t»ne je^jne ac- 
trice qui auroit peut-être difttait les ft)eaâteijrs 
de' ce défaut , fi fa voix ^voit fefcondé ion taîçnt. 
Elle arriva un jour (urla (cène , pa|? et n\o!nol"a- 
gue qu'on eut la mal-acire(& de lui faire chan- 
ter: 

Déefle des amours. Vémis , daigne m'entendrc; 
Sois fenfible auxfoupirs de mon cœur amoureux. 

Il efl rare que > dans les premiers aas j on ti^ 



G R A s s E Y E_M.E.N T. -^ 

nonciatioa , qui ne vient prel'qiae jamais, du dé- 
faurnleJ'or^neCfl cHuiVddlr?, -^a/- eirim^îe , 
n'eft form4 que par un mouvement d'habitude t 
qu'oi| donne aux çarnjjaççs^df. Jcf ^orçe^, Z^W 
éH poiiïTé; 'd'u^flje^àrfs au-dehôrs^. Çe^flipi^v^ine^ 
éft' Ihuf ii^à, |byf ^a ^r^^nonciariôa ^ cle .rf i^ :^,^ 

peur^iiétn ti^t rnfaifej^6çpér|encjf.;,^af.9p,.grrf- 

feye-quaarfonvM;.;;, ,^ ^l^.^^ :nj^^'- ' ^^-^ 
Ce défaut elt laiiTé aux enrans t lur-tfnit .<^j^ 
|éunes fiHes, lorfqu'eljef paroiflent, devoi;; êtr* 
jolies, comme une eilpece d*agrement.qyi,Ji<n^> 
devient chef, yarce que" la flatteri«.iç^it^,t;out 
gâter. f .„ . •' ., ._^, , M-r.r.U^' ' '-"^ 

QnauTi graftd' fdîn dVrr'êjer le .,gr^^e)¥m«int 
furie es ie-^" &'la double t , qui eft' ie,u^,4| 
prefque tous les.enfi)ns,.par;Ce^ w!^sl?iWJ**'^^'* 
pefant 8c unàir'bête. U leroit auâpf facile de Jle« 
guérir de célili-'qui gâte fa prononciation , de. r.| 
quoiqu'il foif plus, lujpportabU , il n'en eftr pas 
moins un défaut. , v . ^ ' .»* • '^ 

LorCqu'Û eft queftîbn du'çliant ^,,,le grafleyc* 
ment eft encore plus vicieux que ,dan5 i^ parler» 
Le fori a donner change , parce que les,fliauv^. , 
mens'qùe''le'gra{}eyement emploie ^".fçpt.étjça a- . 
gers à celui que forment , ^our readre r ^ les 
voix flns défaut. . 

. Sur le théâtre , on ne paffe gueres ce défaut 
d'organe , qu'^a dés^tjaléris Supérieurs , qui ont 
l'adrefle de le raçKete|'r ou par 1^ beauté de Jq 
voix , ou par rexceilénce'de leur jeu. Telle fut 
la célèbre Peliflier qui , dans le tragique fur-tout, 
cmployoit toutes les reflburces de l'art, j^^pour 
rendre Ce défaut. moins défagréablè. . . , .^ , r 
Gra^eyér , c'eifl chanter par une prononciation 
d'habitude ou naturelle , de fon articulé de la 
Voix ; ainfi on 'graffeye i lorfqu'on prononce les 



^6 GRASSEYEMENT. 

woatïJTtrll gôrgêlaléttre r , en lorte qu'oiTMi 
fait précéder d'upr ou d'un ^ C'çft le plus Ibu- 
vent par Thabitisbe y' qiA>n «cqiiert c; défaut 
txès-déiagréable. 

iD fcss iîBitfaiu.'ost çréfq^ .tom 'Jbe iigfJttiftiicTk 
.lbi;<? & dli 44 ainâ qtfe celui desi doabUraF^if. S-ifs 
ie,qttitteiU cepcadaiit av^ciacilii^ ^) ^ df^anit^ 
xut.plus k>rfqu!oR^ eft bien éJ&7i.)i.9<tmfa^ni£k 
fQiir compagnie ', ni iVeviojcâ ^^ou»^ Ve^rHÙÏtal 
ir^ JinnsAtii précopteuxsi quand iU^levepl^t'^ 
r^arent fans peine ie vice qu'ont doiméiowlaM'é 
ie^$.«omplalâMices des gouvernantcs:oi} n'eft^at :â 
atldtuif iflur ie graficyement de rfur^toutl pumir 
W fiUesdont on efpere de ragrément ;^oA/i«j!re<i 
ganii aiofiâ , em le gâtant 9 comme un^ ittfgiikr# 
licfe. ^ iSc.on ne corrige point xe défauil y^^P^S 
J[9.;/i»uire' peribaliont qii'il eft un ivroro^tlde 
gracttâ. -.: •' ' • - •.( n -i: c V 

. Mai; il £uic toujours en revenir aux priTïcqpes'â 
taiprononctatioo nepeuc être bonae, que loti* 
^'eliejeft ians défaut. Aiaft^ dans r«duCatî(mi«bé 
cnfans ,' on ne peut veiller à la oorrQ£tioft->der 
défaittsde ia voix $ de la prononciation v&c -d^ 
ton que leurs organes prennent Souvent dc^èues 
iiféftns catours : dans ces montent i^-* le. 'piny» 
petit défaut deviuit fucce^vemènt .un.> df^âgcéi 
Ui^^nt .^ 3c f dans iia âge plus aTajicé , k^fi^u'cctf» 
entre dans le monde , le ton qvCim^fiAfÊàtiQâ 
les premiers ans « produit des effets prefque auffi 
prompts y que ceux qu'on voit produire au pre* 
mier abord à certaine» phiJS^omies.. 



^. 



^1^ 



.T V: 3 M a <^ H 2 >: A i! O ^^ 

jF^iïdi^tnbo^nk groTe^^p(bp9rcelm> qui 'M ri€ 
Al^ jaoklfi'^^ maisicsékii qi|i dschoque p^int^M 
girdaôîc laés ^kniéaaa» de ilctti état'^ defon âgte 
fo^^bcDcajaûeie : Fëamne> quiidôi confta^m* 
JRfiUOLlad^rkéiiiprd^ine du inenfongr « un écit^ 
{rataïqairi&'kppulîe.toMiouxs furlai^f^bn, «m pT#. 
fâBuiUittafinagiftrat attachés aux ; devoirs auft^- 
fietid^^leiif |»ffo£effîon ^uachoyen obfctir ^ «alis 
dMtf IcS'jBixurs font ptnret &iagemeat léglétt^ 
fontldaopeiibanages graves. Si kur conduirt eft 
éda^i^&ieufs^fcours (udicieux , leur timoiii 
goage &r Jeur exemple auront toujours iu poids* 
sitLlmaunie fériëiw efldâfFévctii de l'iiomjne^i«« 
ve; témoin Dom Quichotte , qui médite & râi^ 
£ttmfa^a¥|;menii fes folies «ntrepriiSss Scfes aVen- 
tvrei^ pénlleu£ea; témoias le», fanatiques , q«l 
biltfarèsb-féricufeiaeiit des extravagances- U-n pvé«^ 
di)(rattucqai<annonce des vérités terribles ibua 
àés lâiages. ridicules 9 ou qui explique des jnjfte* 
HBSi^^aff lies .compacaifoQS. imjwrtinemes » n'efi 
quli|ii:tbQuffoin £éfiieBx« Un miniftre^ un -généf al 
dbçRÊsiqfiiiprodigvem leurs décrets, on quipla* 
centiiattf conâance iûcoiiiidér«me0t t -font da> 



w^ 



49 *' 



G R A V r.T.É; 



' Jt .'t, -v^' 



LA gravité^t^ c«t»ii ££KieMK fMt.iftdnttim ^ 

précier la dignité , aon de fiLperteiiMu» Éiait de 
ion être , répand ùxx fet aâions ^ fiicrlîtf.dif«buvi 
& fur Ton matntieiii £Ue eft èwirle&siKBVfs , «« ^ 
qu'eft la baiie fiDodonéatale làm: 4a OTlfiq«« » 
le foutien de Thaf mosift. lalKpnrâbk 4«.<^b <««M|i > 
dans ks caoïps , «Ue eft r«€et-d» l'inHUieur 
éprouvé; au faamau ^ Peiet â^ ïiinMétgtké.'^ dam 
les temples 9, Teâet diela ptéték. Sttv ife vifiîfeMde 
la beauté, elle awionce 1» pudw» on ^l'^innocpiice, 
& fur le front desgen» ea; pia«e v lUnBOVfMj^ti* 
bilité« La gravité f«rt lie ftitpBtt àVètm^xe^ 
publique. Auffi ie^tce eoBBkieticecpali^ déciMKtr- 
tercclle^làt-afin de4^enMTfes:pkisiâreaciii)cellk- 
ci. Tout ce que le libertinage d^]n feJM*>itM 
en ofruvoe pour féduin la ckoftefté ik V)àUtPb^' uà 
prince Tèniployera poifr corramiiplret J» pii»èité'de 
fon peuple. S'il ôte aux affaires & 9^x «waeiirt ' le 
férieux qui les décore , dès-lorr toutet^c» v«rtu» 
perdront leur Ûu^*«garde:^ ^ i& lii «gnivllé nt 
femblera qu'un Mafque Iprif- rendra ^nifct M àié 
homme déjà difforme* Un Ymi^ 4l(reild>fi»<aèif 
railleur dans les traités publics % «péaiM^oftiM^te 
la gravité , comme Un pr^re^^qtn plalfen#eroit 
fur la religion ; & quiconque oflfîênie la 'gravité « 
blcffe en même tems fes moeurs, fe manque à 
lui-même & à la fociété. Un peuple véritable- 
ment grave , quoique peu nombreux , ou fort 
ignorant , ne paroîtra ridicule qu'aux yeux d'un 
peuple frivole; & celui-ci ne fer*^^amais vertueux. 
Les defcendansde ces fénafeurs Romains que 

les 



GRAVITÉ. 4^ 

IS^guer les Gaules. 
] Ùi gr^kvité elt«j^p<>£^ ^la frivolité , & non à 
tia gaieté. La gravité ùt fied'point a ux grands dés- 
I boaorés par eux-mêmes ^ mais elle ptut cojivér 
. nir^ 4%ommê 4»ba8 peuple qui ns fs repiei^ 
'ch^^m imâk remarqnera^t.on que les raiU 
Ileilce (k les piaiiané 4e profeffîoo 9 piut6r 
S qwil'4#. icaAiâeM 9 tbnc erdinairement dês'fri-. 
p#«& ew-Hlee liimfini* La gravité eft un ri^' 
dic«l^ 4bas le» eitfaiiSt -àmkt. tes iîorts « & dane 
les '^Mibilnee svUtee par des métiers infâmes. 
Le .#owef aft» du maintien avec l'-ége, le carac. 
tentuV l»«e!pdusire A lu .profefiîtm excite aiore^ 
le^na^péto* Lorl^ue» lagtavscé leiable demander 
du;ie%cft',p4uc. de» joâ^jets qui ne militent par 
eux^qpÉHMS» iujçuae. iorse d!ej§Ume , -«lie: iaipire' 
une» iâdijfÉhtiogte^liét d'une pitié dédAigotu. 
fe ^t|ttii$^âiUe',pcii>y ^uvef .une pauv/eté^ noble:, 
8c A • méfit» ' ïéSQXt^aà dci •outrages.^ de lUxtih. 
miÙi^iM*' 

iJaJaiif t/#« fin dM^d:ie eft de ^jetter du si^ .^ 
diciUe'^ilft'^in&ffians les plue iérîftt£e's ^.& . 
d'6tey<jyitgxperfonBagee importa ns -, ^e. maf^-- 
que d^ giivvité^ qui les défend centre .ria£b4 
iei)0e |(i#T||isdlgolté de r«ovte. Les-. petiêsimàlK. 
^i^^f ki ^écieuiet: ridicules »& de (êtnbiables. 
êtr^ inutiles & «mportuni à la fàciété font des 
^uiec/it^mi^uef. Mais Us médecins , les avo- 
cats , & tous cepx qui exercent un miniflere 
utile , doivent 4tre refpeaés. Il n'y a point 
d'inconvéniens à préfenter Turcaret fur la 
fcene \ mais il y en 'a peut-être à jouer le 
Tartuéie. Le financier gagne à n'exciter que la 
rifée iiu peuple , mais la vraie dévotion perd 
beaucoup au fidicule qu*on féme fur les faux 
dévots. 
tome lUt C 



^6 GRAVITÉ. 

^. Tia gravkfi di fffr f. rip h Hi^ rp nrf ^ Aj^. dkt 
mgnité * en ce que la décence renferme Tés 
égards mie ^'oo^ doil aiL puhlic ; la dignité 
2?ux qu^«i bt)it4 liH)lalft ,4«: * gravité ceux 
^u'oo fe doit à foi-même. 
^ j !3"}..; ■)'D3;n >3 oïLpni amnirvi^'h 3 D 3 q (^ '" "> 

^ rrjiTmurjq.-iijJ ijd noixt>/qmûQ cl é èib^ji-Ji 

'{U\} .*■'- '..tus >■ .^ • :• ■■'-••O >^. 'jîiSidiut KÎ 'il 

:îii»Ju pc^ fi^ •''' - j'^. • !.:■: :-:•( I 'U jtjvn oiiq?" 
•J;-.'- .![■».• .J 'h î<- /■'■■ ■?■' t..^ •''-ô'» «^^ji 2U0Î *)]. 



no 
1 














!» 




;is.^ -n ■>:.,; ' 


.•' 


i. /'». ; »'i :. „-'"ii ^'; . 


:r.''"3 ''JJ OJVi, î 


i .' 


j'i;. J Z . '. r.îi(,ir: ^a* dL 






; .'• '>j /. -J' .'Ob -.9Tj'j 

■ . ^K'!'.^ -.'.W. ^.-i\\:ï\i ■ 


.i..: >'; • ^' - 


,■ : 


'- : ! ••' r " ..r^- -i .;o. oô r-t:r > 


. -ît»:;':- ;' f. ^'i 




.' ,^'- . . ; .r.jfq -h iiilofsj 


,'ob ^'^.-i- ■ -> 




M . • . ^ l' t ' ■ ■ • ') - : ^ ' J j'> i f> . 




\ , 




' •■■'i.-.f. 


■;: 1 


2j; !. 'ip \6"ii*!G îio*} ; -rnr.': 


•■"'■< 


.-. 


I • . ". sH >r' i */• tr:*jr.; '^.. 






H 



ESPECE d'homme inquiet Sl méçonttnt i 
qui exhale fa mauvaife humeur en paroles* 
L'habitude de gronder eil un vice domeilique « 
attaché à la complexion du tempéramment » 
plutôt qu'au caràftere de Teiprit. Quoiqu'il iem- 
ble appartenir aux vieillfirds comme un apanage 
de la foiblelTe 8c comme un relie d'autorité qui 
expire avec un long murmure , il eft pourtant 
de tous les âges. Eraftè naquit avec une bile 
prompte à fermantetV;^^ à s'enilâmer. Dans les 
langes , il poufT^ des cri^jserpétuels qui dé- 
chiroient les eQtjr|^lle$;,i&uterneJles ^ fans qu'oa 
vit la caufe de 'féWbuâilMices* Au fortir du ber-> 
ceau y il pleurOR quand on liii avoir refufé 
quelque jouet ; & dès qu'il l'avoit obtenu 9 il 
lerejettoit. Si quelqu'un l'avoit pris en tombant 
de fes mains , il auroir encore pleuré jusqu'à 
ce qu'on le lui eût rendu. A peine Içut-il former 
des fons mieux articulés , il ne fit que le plain- 
dre de Ces maîtres , & fe quereller avec ies com- 
pagnons d'étude ou d'exercice , même dans les 
heures des ieux.Sc des plaiflrs. Après beaucoup 
d^iffaires défagréables , que lui avoient attiré les 
écarts de fon humeur, rebute mais non corrigé , 
il rélblut de prendre une femme pour gronder à 
fon aife : celle-ci , qui étoit d'une humeur dou- 
ce , devint aigre auprès d'un mari fâcheux. Il 
eut des enfans , & les gronda tonjours, foit 
avant , foit après' qu'il les eût carefles. S'ils 
portoient la tête haute, ils tournoient mal les 
pieds ; s'ils élevoient la voix , ils rompoient les 
oreilles; s'ils ne difoientmot , c^étoient àet 
ftupides* Apprennoient-ils une langue , ils ou. 

Cij 




F 

f 



fi . ^ O R.PIÎf JQ.E U R. _^ 

iîioîènTTiûtre ; cùltîvoiêflf-iis î?5ïi'-1S!cîÉhr«f 
faiibient dela^épçnf^ ^ avoient ils des mœurs 9 
ils manquoieiK d4nt<îgQ^ ^uL*la£brcuae. Enfia 
ces «afans devinrent grands, & leur père vieux. 
£ffff^ieu^|l.Qr3 ^e bric ^t«ll^^^t , i^ |)Q(^ip(yi ^4^ 
gà>aideirV r4u'U . q^ iSprtix jamai^ de. ia maijonl^ 
iansnaV»li récapitv4ér.à.lef-,dpn?,e/li^ues icpi^^^^i^^ 
iiutf^fiqv'ijlleur av5cH* i:ep|f /(ï^^/é|ïrfac^ees,,;*n^J9 
ipiafcèUitT n^rft 1 qtt»>prPiortpïuil'^e;ipj^YitleIy;i 
il0[|aufaaipa(ga«< des çjU , des- plainte); ^;4^S48^ 
fttrei^v^es mèn^ic^s j une tempête ^^autant'pfu» 
wkhte t qu'elle avoit été réfferrée & groffie par 
la; contrainte de la bienféafice publique, & du ref* 
péô humain^ Erafte vit aujourd'hui Tans époufe» 
fanS'famtik i fans domeftique , fans amis , ianè 
&ciété].>Cependant Eraile a de la fortune , un 
cheôr! généreux 3( fenûble , des vertus & dcli 
f»obitki ^^s Ef^fte cit né grpod^ur i il mdurrt 



XI? 



******** 



W * * if, 



îSœ^^^tt ^^ëVrjlfif"&Jfl§pâtniiPdaii»iîaiifiem# 

d&Wri/!Wddf)VVé^ft^'ifi^mfer rietitv,f.)X)b^i&iip 
iil^ilc^f lé âlètt'dWlK^oMè^V'à lj»^'eki|9r<lu«li0ti 
àrti^ik^^: lCt^.t<t' r^nglaivte^itlHBofi^ibjrç»;^ 
îl&s'^i^âpâ^otiibVe' dts-Pej^fe» di ronoiYctrâiUt rcf 

âiffiëi'ferëttt étt différons 'Hèiiii (U l^ATioi^iiàii, 
i5aWié:8é'i><is iM'imépriÇét 8Cli«3^dc8Jiiitnei 
jj[iti(f&'i''^ hlvfhtiblem«nl a^ttCkés,iJluif»i]i£». 
|er, m.aHtVfufittfâ'préreffr, c^nfetiréib^liéad» 
ZÀifM/i / f^iSwamrifle!^ mëgtï,2&aie^oalcbd« 
feu y comme pour fervir de monument à l'unétàds 
plus anciennes religions du monde. 

Quoiqu^il y ait beaucoup de fuperftitîon 8c 
encore plus d'ignorance parmi les Guèbres , les 
voyageurs font aflez df^i^rd pour nous en do^ 
ner une idée qui npus inSrêflc à leur fort. Paii- 
vres & fîmples l/fï^f (eur» |i«Mf s 9 doux 8c hnm-- 
blés dans leurs iftsinHrts^ * t«@^ns 9 ' charitables 
& laborieux ; ils i^^ot poin«^'^e mendians parmi 
eux ; mais ils font f^usrartifans , ouvriers , 8c 
grands agriculteurs. 1} femble même qu'un des 
dogmes de leur ancienne religion ait été , qub 
rhomme eft fur la terre pour la cultiver 8c pour 
Tëmbeliir , ainfi que pour la peupler. Car îk 
elliment que l'agriculture eft non-feulement unb 
profeffîon belle & innocente , mais noble dam 
la fociété , & méritoire devant Dieu. C'eft h» 
prier, difent-ils , que de labourer; 8cleur créan- 
ce met au nombre des aâioQs vertueufes^ dl 

Ciij 



i4 o u e É R Ë $/ 

planter un* arbre',' d^ ^Mëhti'^ûtP^zëf\ium 

d'cnéend'rfer des ^fenVi-TMi» uàé'M^s ^'^cés 
yrîncipei'fî âhtiq^S', sqA'ili'fdtfPi^t'étt^ië cyuèl^% 
par-tout ^aHleurt j'ils t^'^i&atîi^tn^'fùint'ïé btètif , 
parce qu'il fert au labouragfe^Jf'iîi^îiif'f*ahé^' ^ai 
leur donne dii*' lait ; ils^ éfârghéttV^ée'ihêhie' le 
coq , anki1àrdon^eftH{Ue , quM%^ averti)^ ^u'Iêver 
du foleil V & ' ils eflimeA^'fsartkûlIétjèmeftt 'i« 
chien qyâ yeiWt auji tro^f^eatixV & qUi'^atkie la 
inaifon. Ils ie foinaCtffî \in reli^Uxi ^^*MÀ\:- dm 
suer les iilCedes St tous les ohii^aux 'iti^aifôiis ; 
& c'eft par reKetcice de ce dernier précepte y 
qu'ils croient expier leurs péchés ; -pénitence 
iinguliere ; mais utile. Avec une morale pratique 
êe cette rare efpece , les Guèbres ne font nulle 
part des hôtes incommodes ; on reeonnott par- 
tout leurs habitations au coup d'oril , tandis que 
lé\ir ancienne patrie , dont THifboii'e nous a vanté 
la fertilité , n*eft plus qu'un' défert 8t qu'une 
2erre inculte , fous la loi de Mahomet , qui joint 
la contemplation au defpoftifme. - - <? 
' .p». font prévenans envers les 'étrangers , de 
^ueltjue 'nation qu'ils foient ; ils ne parlent point 
devant eux de leur reli^on ; mais: ils ne condam- 
nent perfbnne , leur maxime étant de bien vivre 
dvec tout le monde , Se de n'offenfer qin que ee 
ibir. Ils haTûênt en général tous les conqu^fans ; 
ils méprifent 8c déteftent iinguliérement Alexan- 
dre y comme un des plus grands ennemis'- qn-'ait 
«u le genre-humain. Quoiqu'ils ayènt- lieli de 
liaïr particulièrement les Mahométatis 9 ils fe 
font toujours repofés fur la ptpvfderice ,*'tftt foin 
de punir ^ces- cruels •ufnfpatcnrs*; &^^?h?ffe;cbnfo- 
lent, par une trèî-ancitfhife tràîUtîo^-flo^ ils 
entretiehnenlP leub 'ehFans i'^t^e^itxfi' î^llj^oa 
reprendra un Jour le delUis , & ijif^èHéS fe¥a^ prôi. 
kffét de tous les peuples du nfondé : -â'cëf article 
dç leur croyance > ils joignent auili ceJte attente 



G U E B H E Si X\ 

FOui'(%9fcttw,4ô|tftffii9e^,^e.-;eyi: r^^qp,ift flÇ 

P«fsMsA%m>^ft«ôr« rU#i^.:f<WPOd^ femme. a;i,^q\;|; 
<î« 99i^4\^"*^ô«t»^^«ii g4r(lai)tjcep^pdant k,ftr^ 
«itc«#i R^ï-tÉHii.ai ilslbnt tQléjcés ^ H^ xtçoïyxxi^ 
Ujou^idii prince i^ 6c viv.ejat ent.r'fiux Squi. la 
C0Qduk«,,de leurs anciens, qui leur. f^XN^^t^i dp^ 
«agiiUats.. •••,.-' :^ v 

-Ils oîit auflî, des prêtres , q\i| fed^ij^a.^ jjUjj 
^fBs.ancieps magep^i 8t qui dépfi^djent ^4^ y?^: 
vcraÎAi pontife , & rque les Guèbres app^I.Unt 
Deftoar , M^flQuran , /j r^^/e /f^j riglts^ i>yiX^ 
loi des loix* Ces prêtres n*ont aucun habit par* 
ticulieir ; 6c leur ignorance les didingue à peine 
du peuple. Ce font eux qui ont U frin d" fçiji 
fycïi , qui impofent la.pénite^ncç » qpi po^n^Jjt 
îe^ abfolutions , & qui , pour de JL'axgent >i^if^ 
içibu^m cha^que mois dans les. maifons |e feÛ 
fj^cré , 8c l'urine de vache , qui fert aux purifii 
cations. 

IIç prétendent pofféder encore les livrés que 
Zoroaftre a reçus du Ciel j mais ils ne peuvent 
plus les lire \ ils n'en ont que des Commentaires, 
qui font eux-mêfnes très-anciens. Ces Livres 
conçieryient des révélations fur ce qui doit arrî- 
Vfr-jMfq"'? la fiï? <^e,s tems , des Traités d'aftrç* 
Jagiç^ de- 4ivin?tioiv Du refte, leurs traditions 
fur leujrs prophètes , & fur tout ce qui concerne 
Torigine de leur culte , ne forment qu'un tifTn 
ffiaUaJÔbrti de fables mcrveilleufes , & de gravef 

C iv 



V« 6 U E B R E s. 

puérilitiés. Il en efl à cet égard de btceligi^fi 
dés Guèbrrs y conaime de toutes les amwa^ttil- 
glons d'A/îe4<la'ntoraleie|i efbtKniJBfiiiS;lbiiiin&^ 

maii^y rnkfi^jYBBCiQafAati) fièailiCHsdH^toÉnsnv «il 
eft ;^rai, ^evvoieitri^treiftfrtripdLiffére^eiipebti]» 
cult&:eci.gé(aéraljptnaiirlieiaielfc:(kvIcgQè Eesbkan^ 
2nof,rïkiiDt &it^que'itnai'pjooB;j^fl£lri^B&iitQalodéj}a 
religion dans un nom. Si les nanmtd itffnfticpKâs 
vouleiëitc :c£|ieitdant^&Vcât«n^nénemt'èli}ss )tSt^iu 
blier tes nQqs^Hiv£i'5.dt.€ailâKriiaSi^')de>jBTahsia^ 
de Jj^ïo^^^ &.deTMa|ioinèt^ .il<»:rured'0dt}fl[u'ic)/. 
le» iiVuarofiéiiii.pFefîqi& tvutiBSr^u'^ieas^dBe'Qrësiu 
ce , &i.t|u^ëllesi£âroi0nfc p«r«4làid(^aittant'^t)lusuprcfr 
chejs de, ia vérijraWèir.! :.?--• r; ';f -ïi.à , oiuilinii^s'i 
..»iPlufieinstiî{aau<09 nmTCouveiciDitatoètlre&fidaiâsMt 
jHabksnqiiejkfioQiKibîres/ àébvknttàiSil^Qftvàûanqf. 
^u^^p(iesjpti;aâtmrd)Q irtâisâilila^nc&.rarfsonChanip, 
Abrahqim^^fk Motiît^i; on pcmnfokrâifputeâr anffi t 
aveic ?GinEÎs.v^MinQ$ &£ Ronauti» ;> niais iiyjarlikn 
jAuss d^)pfft^llG£''qu&l^lrrs \¥Mes ?{à'nti râc^s 
<Unnsfofmtiiefg^nérab.^quie les léneitcsis^iicâiBOt 
faire. <po tir éodrerrHiitoiiie de Xetii^s :gr^BdinbmHf 
mesty^ieol aj^ofizfitnd'cts 6)mbr<s veÔiges!^e4âHi& 
t9fcra«rôcttcîkieiid«^laliiatore>»«"* n> } >8 ^^jnr>viJo^\ 
!Hus?ra!afdehî6nt«v'da»s.raAtiquit4]^r&)n^Hl;j 
pn «^teâiafqoejque /Uiiifk>fiqtrç Si -lj[a^p>9fifi^ifdfir 
prcmiçTéBiiïeUa^bas, oii.t été' jpiri£és jidâàs edkqi^ 
reillesfbarcesi Toujtea IfiS(fêUi^ jes^Miisés it4im« 
»fiptilètsules mé^^^àaux Ç'&vià en ^.«gfiraî^iirim- 
fChttl .ptanks ii£age^ de^eutsd^ceqd^e^il^Bdito 
peut gue'rfit.jdoute r que^ k^fi JBijlt^jn'a^trii&ïoôiêrm- 
jo^ntMè^ ti>i.re«.de^ aadenhe^dcpmcnidi^Oii^^ts 
disiU i36ii)ei;^ dii soncaiYfil&smnt)iriiiinândft^»iqi&i 
«,dû:ÂtiKf uordfSip^inctpanx «j^jtii'l ditoHiimaltitc^ 
& die la.religioi}. /aujrlâ loi die oaf^iri^cNMSofç^ 
vpits ique.,, ibifs. liarplQi^^critc^f&bifpujîslat W[\Af 



gu;ï;bres, 57 

Itîi^UbrxËaib ât^éwétianeù\ qui ont Sôûtïé & 
preiduifiicffB hoik i^aons pbuyoos donepenfer que;» 
fau^bdlQJridcrjixtuite qaHes a précédées , les fdl 
tes) ont dûi^air&ionteu pour objet les grande 
Cvénemeiir iie FHiftotrc de la nature , entre lef^ 
queis il ii'Y ^n a pas eu « fans doutii » de plu$ 
grands & de plus mémorables , que les révolution^ 
qui!.on£tlérruit'le genre humain » & changée 
éAcpiéeiïn terre* - i.. 

CÛifl ^après lavok profondément étudié les dif- 
féneas^e^du monde (bus ces trois points de vue , 
que AOiK ofons hazarder ({ue telle a été Toriginè 
de la religion des Guèbres Se des anciens Mages. 
Si nous les confîdérons dans leurs dogmes fur 
l'agriculture , fur la population , 8c dans leur 
difcipline domeftique , tout nous y retracera les 
premiers befoins & les vrais devoirs de ThoBime'', 
qui n'ont, jamais été fi; bier^ connus , qu'après la 
ruine du genre humain » devenu fage par fes 
malheurs. Si nous les envifageons dans les ter- 
reur» qu'ils ont dés éclipfes , de^ iC^mietes « 8c de 
tour les écarh de la nature 9 Se 9 dahs. leuts) tra- 
ditions apocalypfes , nous y reconnohrons les 
triffes reftes de Tefpece humaine y long-tems 
épouvantée 8c effrayée par le feul ibuvenir des 
pHéno%ieii?s de leurs anciens défaflres» Si nous 
aoalyfons leur dogme Ats deux principes , 8c leurs 
Fabfbs <-itfries anqens combats de la lumière con- 
tre' la» ténéBf es t 8c que nous en rapprochions 
tant d^aucrcfs traditions analogues -y répandues 
lrhe2 divers peuples 9 nous y reverrons auffi ce 
IKéhïe)faitV que^quelqttés-uns ont appelle chaos ^ 
•déértui^MMiHf'^^ii^SLUtxet îetéation ir nnouvtU 
'lm9r»b^n\ étrudimit four culte du fisu , 8c leurs 
|}Té{!è{itifrieiit fltr^ks incendies futures , nous n'y 
ittv&a^ttoîti que le reifentiment des incendies 
pafî5l9 , ■ 8fe 'que des ufages qui en dévoient per- 
pétuer îe&urcnir : eofiB,fi bous les fuirons dans 

Cv 



91 6 U E B R E S« 

les {ttcfrquMU céîébrent pour 1^ foUti Se ^ur 
tous lèl^ éléihéiilV'Cout ncnt /^retrâeterâdèbmêm» 
des inflhutJt^^'Mmves^à «e«^«fi€i6)ii«)ib^ti/>^l 

paiflts^Péirfi^'^b.xftâiiift»^ te>j)ai9«0l«|vtestMt4re« 

facré eft Tobjet réel de leur adoratiotf'^t^ielfte. 
LeS'Tulrc«^i^W¥'P(ét«ans «ïletf Ïitt*fei>s5lfe«irtrfé^r- 

EutôpéertÈ ;"k.<t' "Gnitèb^-es^ i!^rét%tidlânt^i)^4ifi|iiKivoè 
le feu'V QùVèttiémoi«>#.tU'leUt> légifi^éi«iqv il^^ 

tttir^& ^«Ai-tevàtèur^^te la lumière j- ïUM': Jbn- 
jfbhè ft^.'^iftl^è^'/^ <fe^minriir«<-éAx^èth^ 
th'6*t»^^uftès'^2ili îrtvô<jUe'm âUffi'Ciàitti«ê.:gté- 
iiîés'Srtt€#e^&\hi l- PWre fuprêitte édî^Aipèrittàï 
auk' p*fti(ffj()W'&i6ii^ Cfeufiis ; m«ïs44 td vtei^qiïè 
Ifeftr^'éKrabgfe'Jott leuï"fti]>emii!ioifïi^a«rlbâfe mn% 
<îe ptrtJvdîlfvà'desiprfAd^es ^ubafeerirti '# vu^ 
ri^èn^iffen'r' giieres au (baveràiw v "dii* <qi'kn«tt 
làft p^a d'yfar'ge'; ils àdweltetitîufiï^^Aeà tAttlli* 
%étïcéi ^ii!;tén^eii^ datirle^ jrtnil-e^ &! ^èPU^iim^ak 
le^'ioîtirtic^ I. îe d€S ««ge« bu créatUi*s^fcfë*ii[1ï^* 
¥e^ ; ' xfâv ^oVivtfHetiVlGs tb^s ti^ani^S^'iSe^'dbfiv 

^^B^ crtit'f èW[îfté'^aàtts^'^.4ogtefe^ndii>fc<w^«t 3itïî 
-faàftVaftF^rîïiéi^:.'î^et#i' ttirî^Vi^Urt&çtatipfcifC- 
être l'ar'Jjltcfbîttré* d'etbuté^'^^ rt'tf^' étafc Vra«;f«ttifo&. 



i 



6 U E B R E s. ^ f » 
tej^Jiammes^ le {pe^^ji^e.gjSj^eia^çJes ançiMil malt 
b€A^«;dM>]|»PAdf «^ âç h i;i93f^ue9iÇç.flç^,premUrs 
j:ajfonA^BW»feiqH'rf)»tî« çr^mÛ^^(myW devoir 
feiff . r: pWXiù^^Mfh^m i^^c^rfe^; i|ft, P.igfi «Raseur 
5feft<au693vat6wrK,4^9« aaçwWî ;Ajép^isqs, Vem- 

pour dej paawMl g^iitw lieUrfli»^ ».}??< ifi^res , 
P4li(^ii«iê«0|^i 8ihdQ{fl^igrf^d^hg/IP}e%,Pptf.|?(riiyé 

ï 4u-£ imccii J**- Py èbttîs. A>n;ri ftu/ç«n? i WqH ^ & 

3«£i^l3^Wag^ ;*^;ap foj[tt;yrr?ift|9bl^bl<îpi^nf.ks 

mèwe av»#3l.eurtijkçnjB , jern vpmIau^ ^.^j||fflcii^ 
C'rBiWea^ittJ^t^u.q*^.'iilsprj|çi\t;di(iJ!iV^^^ 

U}ç^yt f^oi^im fe pari4K«ri^,i^uiMi4.jiif^,j|\i[i^> 

luiieu,4e fç^ «efpf,a , .ilfi ^îîÇftîi^iIEii^^rfiftj îflM? 
t'flins Jedff^k .d«. rl^fir .%efni[il?on'ii^gjVW^'ïi??? 

rftnji'lçs .i-aceadi|?M/<iu'ilfi' s'fi|fq|r<îenjij,^4'^5ouffejc 
aMè«44 W/e^ IlsîfPfti ,ftuûi^fliyeTie:i,:0^r4TO5^^ 

rfpWâr4eï'i;>japîte.^ 3 leiMhoaUr^fiÇ<5 » &» un^,.4bir« 
dt(9fffQ(8f5?9iMiÀftev^^ i {iUi .pïipi)t cii?q,/( * 






hors de chez eux ; ils ont desjeûn^j^gi4sr|.,qi»« 



<f« 1(5 U E B R E s. 

on partage également ce que chacun y apporte 
,uivautfes facultés- ... .i.; ..v^. 

Ils uat herreur cled'attfiiioliQnMiitidesim^xey.» - 
n'eAT^t^eÀr point .le«is<moft9i^^ni sKblesri^gdttti 
i)s fdjctmtèiutfnt ^edeSid^G^tï àil^^i^ vjditn&^e^ 
eneqteta^jnHM^s^'etKOiettaat ffiiprèsrd'ebstfliivex^ 
iiftenèiie» de^ Alpage* -iilan:j& >j0i;fScliea»ifeid^ 
pays perme'àetitifîms dbtit^ cc&iurage;,^ £sfPH: 
dangeji^akt&'idéËij^éabk't^iafjls^'jflrî^fti ibi:i» 
tout autyei'dhiTat^^ihaii^ il en- câ{fii|rti4jcikMèribf 
Guèbres cette fujperditioflw'itngirlifinû ^ind^alfer 
ob&r«ter^âe ip$tfileilaçon*Ies ai£baimfdiiiqièli>$en- 
n^ttt àltraq^jeV'MrfeJt «îofpt.: /Stie, «Qtrtt^ï* ^pXft«4 
rûeil-iâ^ir>^b''eft qn^fi^ne d^^faijiK^ ^&7l/o^ i» 
zi'jBil^^f s'il fténû l'œi^dlucfecî^ ç'el^^ufifk aiarque 
de répi'(dMnâot»S''& t^«t pièurè)^l\ii^ilièu ibilr{ àyr 

le tiiiiiv^j^pW^^ipar^ùn autre jdogôke'lqÉbâièiiQdt 
l>Httiartk^'d6«^0u^Dre^ ^wiqne»: daaâl^^utiBe^iec^ 
ùs- prêKiWïà^m ^ue 3e <iiauvfi(ts> prtacspeVSii'eQfkf 
ieront détruits ave^iW: inpndie^iqu«. Tcfs dëriioni 
&té^x ratl^^tii âve>c4tfur eik]t)ir«:^i 8f. quèjle&lré- 
P^iWi'i ^ 'àpfèfr Uuits ibuffcancies v»trouveixxnriè 
liPiftt'âfr'Il^U'C'tément Si mifÀricordteu2ç.y^(dDitt 
J&^^i^myhitî<>itfeAi knfs-déiicfiis^Malgabl'igBO. 
làlft:^ d«6^ Gi^bki ^>ïl fembi^ qu'ilsi a)^ vcmisi 
]Kèfidiie' On' tll)li#U'«atre le paradis iextijavagœit 
d^ Mahomet^ de le redoutable ^enfcr du chrii^ 

-ï-''!Dés'petip*ôs.<jttî oftroin' cuite. fi iûaiflc;,8c.de5 
ê&^^t '4i'pBeliq[t^W-4i''attvpie(}t poiiit^dû,^. fsait 
4i6}k^ yémi \'l>b^ èé Ir^hainei&x^uaqiéprrs dra 
Mahométans ; mais non- feulement c«m»oîtiM 
^êtéieh^v^^l^ôntf -etK^d^ie^accdféi t^idarai'tèus 
lei^^si,-d>idoItttikv d'impiété ^ d'atNi^en} & 
dél^ieriniti U'à^^f^rit^àmts^ Tout^ kfl^^Ttligtaiiv 
jr^^réfltW/^obîJgéM é^'tuttk Mental f^omh}éet 



G U E B R E s. 6i 

^e9^caîomti«BSi8cdes injures <{e ce genre. Le» 
Payens ont accufé les premurs Chrétiens de 
irtaiigtfr cites efiÊiss f& àt fe mêler fans dlAin^ion 
d^âge/lBcIdeofexe c qvielquflS-iM»s.de nos' hérétiques ^ 
4>fetfP«biirV'j6fcû lilb^.'uavpaifeîi tiîaijc«em .j 8c 
8t3«)éA(de Inèihqic venin ^ calomnitux ^uc répafi- 
Iibi«^tte8»il)^utds ide iieIi|ioB f quL a dooiii aux 
Mt#it Jdbpraa^lsiisrPeEfbcJe twsti ût^^uèbrr^ quii 
dâ«Â lmàyôinck9^àe$<Sffstù^hs.a^^â^VlU , Jifigne en 
l^éMbuif lEu^e» , itm lii£id«lie^ un btoiQW aiionni 
^ti^ef-kn^ GQ[Qtk«;Llaàtun. : •: ; 
n<J}oèéqiiei>un&>l£is. 4>nt' auJLilQipmfts parfis f 

4t àt^ûttês Màitùus'% pwoe qu'IU defcend^nt des 
«iriens iVfagfes ;, mofo bs^r nOih ife pllis coDnu 8c 
té ptuir uiîfcéivleftil^étkfâdnfi.n9|n ,df ,G«j{ire« 
• eiCirTqi^iki^vaiiiéifiBgttiiffc ^^l|9 (^fy^v^\ c'eft 
«piàîBeiftiii'B&go/chtz plnfieii«i| n^iioftt ck^rJÈuro- 
çei&dée.PAâs ^.Sc iqù» » ^KutL dUBriBatAf forincf 
tdoa kîifféfqirtûs..diaifcaer> il cft |)ar>**«^>t i'ex- 
fi^offîbh dfbiM pnjuce gro(ÏÛ3re>w ^ 
-^ibeidujpgâmeBt du ^«n /< doon^.^it«rr « -«utre 
liKnir>d«:^Tjèfarei;MnA tnflexwn d^jiijc? yvyelleç 
i^aWner ^9fir chez Wfi Turcs <:q^î ;Qhti gféqu^m- 
JWf^r (deï,#hdf à^laI>o«che., &^qwiiU p«)4igu«nt 
)»Iu9ict]iié|«iii[éht;^ ei) fîi^seurcleS'JuU'rv 4ç& Çhré- 
ticii^.Vfdcx loAdtflef 9 Si de touâ Citusi qii!>U veii- 
lèiitiDuufragrkr'&tiiÊftker.tie cJi^Ogemen.t du*^ en 
t donne Kebre , qui eft aufîi d'ufage ; Sc.celuj^ du 
isftmji/if prçdaîit \K4/î/rre 8c Ki«fre v'9Dhi que plu- 
ifeLirS({iidi)pi«s>4^'afBÎqu« omt^ r«çu d«s Ar^he^ leurs 
»iâ7insc^'jrpar^:oqufiIs nci foi veut pemt la i^ol de 

zud/ionrefcre, SèlbtioéïiaiiWîfod^^radlc^ttXjd» ce 
■i)Rt).tfeiip**r'i) quî^i 4»fW.^rh4bfep.» font gahar ^ 
pÀÀi^^hem &9^âr,?ftftt|>0r|é;da.ft$ TEurope^,. 
pnàriJrielKal^eSiJPWnijEUftS'^ .ou (lesf/^Arabes El* 



6i G U E B R E S. 

horgi , hougari & bougeti ^ qui C0fi{cvvt!;ifiM)COX^{» 
V'iÀie du crim« ^^bomiuabû » dQP|.,|le^ Guèbrçf 
font accui<és par Us p£fl'a{a5;PKi4f^0S ; iPo^.^yeux 
ii'onj pas» mâoqMé dç ménie,4'mi:4«f;;ijre/,tiff Jiér' 
reliques duA^vukm^ Çc<èkiijSt,4>«f jRfyjpipJpgjP 
tes oat 4'av«flWT»CiU Mm^ ce^.ffQî.l^4^f<y'tef»t^*. 
4 hulg^M'*^ c .. •-. .«^ . ;.: .s^'-j , ii;riv/J) ii.oJ 

portent Qepeedaof powu. î^V^c çàlp^lfj^jÇiaiiYp^* 
fens que IcpréhiftéifeM^' ■araibi^e35,^4^ri:.,34?^|is. 
rhébreuj'.figttAfife.êu-^ fprt ., '^toif pMif5w:«,i(trf' 
valeureux , dominer.; gi/'^r 8; ^/ï'.^r y (ç^f^tj^^es" 
épithetes qni îmdiqufiAt Ja force ,, le. fio^juj-ftge ^Ja 
j^uiflance & rempire.* Ge^er d'éfigne le maître ^ 
î© dominateur ; & gehercth , la rtjaîrrefTe : d'où 
iios ancêtres ont formé berger & betgereth» Les 
GHaldéens dérivent auffi de cette fource^^tt^eriw , 
€n latin gubernJtores y & en françoi's gouverneurs. 
•Les Orientaux anciens & modernes en ont tiré' 
Gabr-el 9 Ktbrail y K-^bril y Giaber&i Giafar^ noms- 
îïluftres d'Archanges &'de grands hommes. 

Les dérivés de g^hor y d'« hngri 8c de ^or^a ,• 
défignent eaicore cfiez les ^Fîammands , un bel 
ïomme ,- «n homme puiiTartt & de taillie avanta- 
geufe ; Se nous exprimons le contraire par le di- 
minutif r^io«^ri .• ce qui prouve que nos anciens' 
ont connu le fenis naturel 8( véritable de ces dé«- 
nominations. 

Si cependant elles font devenues iujurîeufes' 
pour la plupart, c'eftparune allufion dont il faur 
ici chercher la fôurce dans les légendes des pre- 
miers âges du monde j elles nous difcnt qu'il y a* 
4u autrefois des hommes qui ont rendu leur nom' 
eélebre par l^urpuiflance & leur grandeur ; que 
Ces hommes couvrirent la terre de leurs crimes ^ 
dl« leurs forfaits , & qu'ils furent à là fin eîCtermi-- 
nés par le feu du Ciel : cetre race ûiperbe e(l lai 
piàax^ qpe celle dès géants ^cpiie les^ Arabes nom^ 



G U; E B R E s. 6^ 

■fenr «^01% giabàr ^'^ tiU pluriel ghharoun ^ 
phunfes i Se que les anciens ont appelle gibor & 
^/Çi?^;*'^}flin4r qu'on le voit en pIufMiirB etxlroits 
dc^li ^4bI^'Myu« €kvOH9 donc pc4i'ui]M4* qu4 <:'elt 
foÙii<èfe^%(>4ft l^ûP^o^Her , «ï»*' ^ n«m de '^i/^f 

£)nt devenus r cbes tant de peuples diHvér«ns , 
ééï féfit^s '4»A}ltà'^ ; âc^ qiM <î*eil dewià^qu'tft 
fèi*tîé'4^ppheâH^i>;prefqUe? gértéMle ,,qu^olî..exl 
a'iattetà^n^fr cetnc '^jue la*jufticti ou - k fonatifm» 
€âîèlnnièi!«!ciWfk ii<?cfuft6 de ce' mémecrimé , qui 
afffit^tdtfib^r'k feudu ciel fut la léte d«» puii^r 
&^a ^%iàiî; abominables Gibhorjm^ 

'■•j'b : vrîji :» 1 . ' . , . 

Ai-t^i\ttàûj.i.'/' ■ • -. . . ' ' :..•■!■ 

"'■^.^^v^-^^'îv... ^ ^•' , ■' ' •' <- f ' ;. .' •. '. '> r.Mï, 

-d .,:; , .'.;: 






niofi TU jI ij}^« j* : • 

3Up ; lU'jbfllîl^ h" 

^ 23rniio ^7ij jÎ j*. . 
^î lia tidiarjU/ ^ 'i 



y'. 



I 'I ... ^ 



:i..l 



^ Ciiiii/^ 'i-iJ *ii' ;'' 



<^ 'E S T ainfi qu'on appelle un^iv^tfOfMtivLn^ 
y^t fc^âle» f«)€tsi'Adgl(rilii;i*iqcri liùwkts^iàSun 

ï^oVHtJîî^efttcrft44«?tmifflto^,^W<fai0p fif^^ 

tènefdit pour crime digne de loort '^riV jèn^e 
une copie du "mittimus au chàifcfttîtr i <Mi à quel- 
que juge de réchiquier qud ce'fcxit , lequel eft 
obligé , fans déplacer , de lui accorder Taâe 
iM>mm^- habeas corpus* Sur la lefturedc cet aÔe , 
le g46lUr ou concjerge dok amener le psifbnnxer ^ 
&' i^rfdte cohîpte des raifoiîs; de l£a/àèt(ftkioa , 
au tril^mïal auqiieM'aâe «ft renvoyé. Alors le }u* 
ge prononce 'fî le prifonnier eftdans !e cas de 
pouvoir donner caution ou non ; s'il n'eft pas 
dfffts le cas> de la donner, il «ft renvoyé dans la 
pi^on*^ s'il en a le droit , il eil renvoyé fous 
cautfo-ni-. ' ■ ' ' ' <» - . 

• iù^Ûiiki d:^ plutf beaux privilèges doat4in6aa<r 
t1orfHbrB;:piliÏÏ€ jo»uiir;JCar » «it:c6nfêc;{otnc«<'d« 
ceta^^^ Uesiprifonmers d*:£taf 'Ogtniefidcoit' d» 
choifir téttlbon^i où ih. VeUlèn^ ^tre^ju^s i^uSc 
d'être élargis fous camion pfiiCKiiiiJ^HéguétpDint 
la cauie de leur déTerïtion» 6a f^ii'oii.^dif&Ennudll 
Us \ïi^r, ^ .'■••/r.! îiii nonrii-iit.-^ 

Cette '"^îoî "néceflaîrc pcwr .^prévényr^ips! cat4 
prifonneïiaen's-^krair^s. ^ iï(aitf.^a-f)ofc& iWiv^ 
roit poin-îJfeiPétttire abfoitt-'i 3{ro«'irpi;t2i»T©îr'ld^ 
fâcheufes i\m^'d{(n$1e ricâs^^eKiMpr^ÎDaiMiiqiaK 
exemple , dansi^lfç •con^irattidnH>oà'i'0biinY]a>^ 
tion exafte des foffnalitis* f^v<rriieiK5it les tel- 
iarentiomiés '^ Si alTureindit aux perfoaiiA» fidy^ 



HA BEA s CORPUS. €f 

' Ijfi^^j^' fag ni Té Ji^Ji»Lc)il^t leurs ^mauvajs def- 

leins. Il femblê clone que V^ans des cas de cenê 

natoire^ l^ieppjob^ic demaide qu^on {ufp^nd* 

I la ifo J*ui*- uîf cWt^ tems j^ & ^n^UâSet ,' '^e- 

i puis fon établiiïement 9 elle Ta été quelquefois 

eniAn^liKteM^nii Bllaqqs no'np '!nii; ■: <; j' " ' 

aïooix dbdibMWi^èd'^li^ifolfpir^ioBifofgîftft^pp^^ 
tre le roi Georges I & contre Fétat. Les iej« 
gneiQ^ c{Ukî&'bfâiveît«ia^«^s e^«%^^<i)v^gib#f r hau- 
te, ipoamottti^ fi^{ptf^im i^iïtenh^y^.i quafldim 
afta nëe^cnoitiowitf ^i»7;§U>hiwt pi*Wiç 1 '^9t des 
circpf^a(iac^t:fiâ[9C9iSl!imp[.réxMSivil &Uoj^( néce f- 
fàirdm^I 1^ n)^t(<î}4j^'^ri^ p'Qij)! w certaiil 
fié^i; ïjutedbaiwià'îl téfHWiqMJe-cRoiï^ipe,. com- 
pose îdîii sïfcomcflçlreyafViï 4ft\ç«lui^^* tifihie^ , 
dcjCfihiîi)cl(ÇfieiipUnïéF'^ï)ï«» îP^r Ae:£éfta|ti8èf ax' 
les'odtsbisàîi^'î'iles'jOSial'ilb n!avoi«/M::'qu^i^ pou<« 
voirjaâitsilitxéréynGtiS.^u^^u iflHJpmi 'kf*èi^\à]\}nt 
con%tira!îioBrv,ûeîoiagift?i»t$.érole»ft '^.ii^oïÇ' rç^ 
vètuîlad'iUiic 2 a^torité,iwpr«i»u,^rp<mrnV:0iUw A M 
côirfeEiatiqiivdo J»'îBéJ)iibIiqttç* Gtpfbtii^t » dJa*^ 
tfesi fèigneiKS a iî^ ^ er eni ? J a^ ; iÀi %« nS$t>n ^ eiv gé - 
néral , & plus encore la durée , à laquçU^- Us 
s^'sxppo&tvDb perdes >£^te«,fiii£9iis* Jh fyufi^t^nt 
<}À'aanS€ib^ilica!e6ordi«itf au'fcti â'A9tg\fiX^irq^iin 
pôuvMK^jaiifnigC0iTdvi:iùe l'étolt cél^LÎ'un-fdi£la<» 
téur ^I^indiai ; ^'il faudroic qiB«^per&nf$&.:ffe 
fntcaf rèt4 ^1 (}tt'>0(D ià(^ lui« nommât te .é^fem: ^1i 
^auaxflôiiendui fitfp'eflt , i»fin:qBÎil-.p^r«i| 4»^' I9 
conipiratiori ne iervoit pas de couverturrj^.rf'aii-t 
tw9 6ijfetsi(iiéiàé<fontettfemeô1-;:^c V^St^M^at 
{fovfiai f^â\»itiqpas/fijjcore>é^it)Q^drt^>p.Qtir!^lttt 
-défixiOTaisi^quf'ftnfle faf(>etid^8f pQ/Ur}«unj6a ».on 
awtpriferoflrt ?vi (:]sar>3De ^funefte «^eiopk^ 4«: fouve-* 
rûmi^én^tmaitàBY Ja protogation p&u^ $iînf[ fé? 
conde «rinéiff^otl.^vanta^e'» ^u moyc'» de,qR0Î 
Voa «oflaniiffolt mfeQiibUx«ent''>Faâe-qui .,^uh 



U HABBÀ f CORP US 

itoit mieux que tout autre la liberté *de la tkà4 

Il eft vrai dit à ce fujet Tauteur de refprit des' 
loix , qMe-<di UpifiinH^cdll^adtijiQfiiiià Texé- 
cutrice le droit d'emprifonner des citoyens qui 




... que pour reponare ians deial a une accuia-> 

ré^elletftep^Ç -UljreSj» P.uUcju il^s ne Foiil fournis aifà 
lkjP4iflai>(fe'de1a Ipi/Ênnn/u ^^ pûittançe |X| 
giflative,le croit en danger par quelque" bon ipi- 
ration lecrete contre r£tat , ou quelque intelli. 
gence avec les ennemis du dehors , elle peut >■ 
pour un tems court & limité , permettre à 'la 
puiifdnce exécutrice de faire arrêter les citoyens 
lurpeÇh*, qui ne perdront leur liberté pourua 
tems ,' c[ue pour Ta conieiver pour toujours. 






71 %\^ "^ 



fçta 






91 

^i" -■■'- '-'■'•'■ - " • - ■ - j^ 

-"L.i'-H.E r'c'UL a- h U M« . 

ir.É'k^'tr't A Sf Û M eft une andeiin* vlf- 
JÊ^He'ê^taiic 1 dàa* la Camp'anie , fur la cAtc lit 

ïl'affitiifif éruption duVéfuve qai f engloutît 
a\ç<F à'aprif^cs /«ft'unc'<|ioquè bien. célèbre (!ahf 
VaAiirt i on U date âts la première année .d« 
iVlhprrié it Titns, & de la 7pe. de Ferc Chrè- 
tienne. . 

La dçfcnption de cet événement à été donnée 
par Pline le jeune ^ témoin oculaire. On fait que 
ion oncle le Katuraliile y perdit la vie ; il ft 
trouvoit pour lors au Cap de Mifène, en qualité 
de co^m ma ridant de la flotte des Romains. Spec** 
tateur d'un phénomène inouï & terrible» il vou- 
lut s'approcher du rivage d'Herculanum , pour 
porter » dit M. Vénuti , quelques fecours à tant 
de viâimes de ces eâbrts infenl'és de la natUM } 
la cendre ^Ats dammes » & les pierres calcinées 
remplifToient l'air , obrcurcifToient le foleil , dé« 
truifoient pèle mêk «les hommes , les troupeaux» 
les poiflTons & les oileauic. L» pluie de cendres & 
l'épouvante s'étendirent non-leulement jufqu'à 
Rome r ni^ais dans l'Afrique , l'Egypte & la Sy- 
rie. Enfin ks deux, villes d'Herculanum & de 
Pompéii , périrent avec leurs habitans , ainli 
qu'avec l'Hiftorien naturalifte de l'univers ; fur 
quoi Pline le jeune remarque noblement, que )a 
mort de ion oncle a été caufée par un accident 
némorable , qui> ayant enveloppé de villes Se des 
peuples entiers , doit contribuer à éternifer fa 
mémoire. 

Ce défaftre avoit été précédé d'un furieux 
tiemi3lemeiit déterre^ & même abrs , félon plu« 



^ H E R Ç.U LAN VM. 

£eurs,.aut^ur9., U.tplut gm^^e^pank «dlUoroi^bi^ 
fium fut abîraée# ^ oj • -^'J '■' '/.o- *i si; .1/ 
. ,Quoi.,qy'il*fQ ibitj. ç^t§>vateaYûiiwui àaJU 
iner,j fitjyic ?^ qi^atrc;nyœ*^tt>etcàO'id©iN«pte»:y 

jfi le vilUgft idej,Héti«\f (i.fea.'PCW:^ n^<4)ùte pafljkJia. 

Jki.^ieça^ U;.T<îiar- A* Çrw<5 oùJlfoaiMfokèiMiii 

■q^?eft.çpt;irçé€j^yiJrled« Poi|iqpéiK'-''Mc. vh ^h5l.^ 

ijV Xj a|.pifè^ri^.yi/igt,affs queirôôjffttlè aS(««ad^ 

i:|4r|^yoii ,de M d^jkouv0|f« li-HtrculRuiaiiib : tst^ 

arîSJ/.rW.^^^Û^è • «peivili8.ciWbrïf.vicn©loitt. 
i^^ l|RWi?i^i clf,j|;^opi w^i fifij-euldi^fin c|iidk 
^^If l^o^if-i^^fJQçiierf »,>, iÇaskit dpibl^^ds «pua. 
feveU^e^^a^p bis (grande- i^jflféjfi80C«ij;t#chaili ot^k 

iQ^^n^^'PpfikjpqiV^^'le |)©iit<lit laiiiMctq&i^ 
dçU^t 4wr9rTtwi^34ftfpaft*esbt.anei0n5!, lÉàipVy* 
fa^jp, 4^1i«^ li%,SflK*ppoi^^'.<te, tjrès-bwia • i^ifi*) 
^vo^t; UQftY^i c|ir,f jîf^ftiQt?ip^ fO^its.èlwfciirîsBMr 
djpl^eta 4e^f;SfiFfîn}:idifi|'rpay^s/Çc y:>fiticirayfailliB8n 
^eç*^ia[illès lui.çfQ,çuj^reftt,4'*boid ite pDur^uicl 
i^arbrçs ^raWnd^tiçe^f S<.) çe-^ tq^it. iv«l<»ittbean«/ 
CQi^p piieu3f.,,Éipt tfat4|^s,d«..fmdptiif< ^fectpieiit 
l<cs çi-ava^yeijr^ p$»urf«ivi;iqf.leu8 hefo^t^ptroau^ 
vêxt^ntjpluîiçvrç; Cftlçffni^s^flîflJbâtWifltfir^ »i8tid« 
nouvelles flatues doi^ij^.' ii'Klh09f:fitijp«éfiml(iiiif 
pjrinçe Çpgèn^,Af^S5iypjf;;A^t«pi)dé«0uvita!télde 
ftât^u^Sj^ Uwédp^i^4'«^etgîimdf; cplaniàténb; 
mafbi:e4 d;4iffi<itteB:gi^cîier«îrj*fli«bi'/airj«iWî^ ftmW 
de'.pêtît^.^gjble^.vi çfiS jiicb^ifts lesHéi^S) oïl^Qf» 
par la Boucbeûe Isitiij^Qsr^vgAt ) ou^riretittlesi^to 



HX.R eu L A N U m; 69, 

M'goiBfdrnesieaf','*^ili^^dèttetiti jaloux > fit Tuf. 
pendre & ceiTer les excavations. 
$Ilié) âmVimir^0/c#7^ire"clè êéèoUvtttéi Câ 
ilfoofiqn/'dip'jpiiéiottwl^fteht , ^ànfi le tems où I9 

dei /.Portxoh» ^Jwm» i<y:if»éttiagéi:|«n ' lejoâr dé-* 
ttcfi^iOiq nUov^i rtt>qilfd^AaFfqtfe 'ne-' Yo^à qu'i 
pkni^iivo^ V^c^^^^i^dif. i^^ ibUUle/ ehralfeée» 
pûCiie p»nc«^-tf'£lbettf 1'"^ >le ifuccès' iW^aliii 
de^lîfenniDiii iroiT^i-atte'ncé* Là- terré a^ànt M 
dtà&^i'fkt'^&s otûtet fttfqii'à quatre • vingt 
pieds de profoildeur , l'on découvrit le fol d'u^ 
âe ville abîmée tous Portici & Rétine , vil- 
lages diftans de lîx milles de Naples , entre 
le mont Véfuve & le bord de la mer. Enfîi^ 
I^s excavations ayant été pouflees plus avant , 
on a >tiré de ce terrein tant d'antiqaltés dt* 
toute ei'pece , qure , dans i'efpacede ûx ou 
fept aor^ elles ont formé au roi des OeuxSi^ 
ciles^ un muliée tel qu'un prince de la ter* 
:k , quel qu'il foit , né «fauroit r dans le conrr 
dé pUiiieurs fiecles , s'en procurer un pareiU 
Voilà l'avantage des potentats. Un parti* 
culier , comme le prince d'Ëlbeuf , auroit en« 
oare .trouvé quelques fragiilens d^anriquités $ 
maik le roi de Naples faifant creufer dahs 
k.' grand 9 & en ayant les moyens, a' déterré 
une ville eotîerre , pleine d^embéliflènfiens , de 
théâtres , de temples , de peintures , de fia-» 
tues coiofiales 8c équeflres de bronze , & de 
marbre , enfouis dans le fein de la terre. Dé- 
taillons toutes CCS merveilles. 

Parmi les débris d*Herculafi«m 9 on y re« 
conatvt . dtt premier coup tf œil , des édificet 
à^Uîié gDiivde «te'ildue; De ce nombre font un 
temphe oii!Kdjé«oit line ^t^e de Jupitet, & un 
' vtliéafrs.'bi»ii cénfeivé j* comme c*eft ici le pre* 
aler I 8c le plus beau des monumeAS que l'oa 



^Xt^ri^çe^ étQif ,4f^^,;j9^>r pijnlfiooôi 4;^fi4««Ht 

<^ ^o.ijeiji^ iç-oMuk^^.fih a^rinjfinyiH^a 

■..Jf^t)%n>R.4f, çayt>ÇWi«i)ef# ^i^bfri^ïq^T 

|açî^. ^e .dçy^t ,.'çha^iHv4efqifl?is p«r$j*j xn^ 

jLî^r„^s 4fîUft^x;ç^TOÛ^,.ç«.,.Uft g¥#Ffé:4^v4SI' 
^^i^ ppriie^v.--» ' ;•:...■-■.(•; :>r:!.j-i ^nn't 

murs du dedans étoieiit fuccef&vement^Xi;)|t|3^ 
ïJM^.P^iTf, IjÇR g^ifti? y .,kïVQmX: dp. poffiiqyics 
p^^f .i^Ve/ i^tU /thé^tr-ç 5 .&, pour s'y .pJ^fi^çÀ 
foa.rf^^eV'il»« çûfïidpa:.^d'.ç«.h^^t r^p^çîjt fi^y^ 
gr^^li^f^de^W^firp^m^:, kfqjif,te éw€9^(t^«r 
ver^>»,.&:ri pat ^flpnftq^^oCi 'dfiift^^f FftWcjd» 
daiç^* ^.i :». ,. -.s , • . . ■ ? J.:•J'..cov-^• 
Cfçll^ ,4e ,fesr:yç^efi4 Vifitim^t de ^ftife èo«Aq 
4oj;$ .,coftftruiits ^ft-rbriqWiBi.iamiïPlîipj^Snipa». 
cfes. çorftKhcs ,de;JUPTbrp., fe« .ViVnitoitf8it;:f«lb 
cicalier:S ..diftingMfiS , .|^^. Ift^li^is j^A ft^V^Wf ■ 
paflQi^ttt pow aller. é-ffP.raflg .à;)^uii»î ^fiiCflec 
obferv^ en jpême tfti»sj4f^,fif?gfltif5«Sj,id^,p^l0»i 
nés t les .ftatues djçoîWîe inftlifrf f!8«ii4«nftfi8t« 
grandeViTé Ufi ,: ioiaifere^t .4«î VW4le-j^^)(f#fi#j,G'a^l*5 
çains , grecs , égyptiens ,, jli^jrftg^th/is ^Ifleèwt».. 
qui tapif&Ua^î la^ftèa^nÇ^ 4^rqfc?ftrcai.^^ pfta- 
fera, lans.4oMte , q^e., ç^ !9QWi|»4«t itoit 4'unc 
grande Ôiagnificence» . * i _, . 

Mais étrfiiurpris d'cAUiulre p^rl$l4jin{ ttapt, 



H E R C U L A N U M. 'yt 

irillê^i^ dlftante de RohiéS à*M' édifice «h 
itet«Pbè^»tés-'é*JEfft oublier cdmbîeiî Pexempl^ 
d'une ^^à]SStaié^W d'influente- ftiiT le»' provîncèf 
VdftîA^J^^ tit* Mcitôytns'-d'HerCulanum ne de. 
^««^èiiëiit i'^coïtiiA^. \é^RoitiarAt\'qut rfû pain 
»f^:aèi fpeâ^riéi ,i-' r^VitJîF»^ l Ô- Wrcen/^j. Leur 
viHei*^ndeiAement''^ihéWtée' pét lésr Oiqiie$y 
Qfsi'i'^làuthMW^ des JtbnVédiek ôbfcèfies , 8c oC- 
cupée'^;i^l^^^à8 hk £trif^que^,'Tn\^efntèurs des 
rtpré^nTta^ïiS 1i4ftrtoft?qiic» < dèVoW'ft» dWAn- 
|ti(?rï^^lii«?*'^ri^rië' fitJtfe; pàr'îa fpierfdéur dé 
fi^ffî tfl^âtW ,^'^i l'^awout des ' jjîectes ^iïu%:)ii'y 
^ttlÇP Aiffli^-quèlqite^ ^uttlits dût Wtlt^qUe 
cfii*^^iS^ftj>!fe»in quoique Éfienadés pat' Ifc Véfuvo 
d'une ruine prochaine 9 préféreferti 1è 'fyèRà* 
cU'à ku¥'-^ro>pre ^fôliit ,'- ïk Ct hâfkrtnt kc* 
^èilHf fàJ?^îà llafrmfc ai isèpW ek^^t^lÏÏtm 

^»H^âe faa^ pa$ çrbire toutefaît de ptfréiHefc 
atoéeâër^s ^ i'êmbratement du VéfuVe'V au f^p* 
ptH% ^fe^'EWati , fut précéd'é vVvtri nimbfement 
dëC)gBri-e^qù^ dura plufrtfti^ jObr^S %aisf' qiJl 
ne^pà'éut' t^&'VedoutabU à'»'<ks' Campanieris ,' 
accoutumés à cçs agitations de la nature : bien-* 
tôtiîli' Vaô'èr«t ^«llettiént , qu^ tô^t ftteWbit 
^«Qà^ èftte ^enyiéric» On vit "for tir du 'toltân 
yiifit|iuàîgi|''d'Ufrte grandeur îttimenfe, blanc , noir^ 

, ot>^tad*tfté*i'fèlon qu'il éttiit plus ou moins 
éf»a,i»V''^ i^^ 'ékvdit fiVéc lui ia terre , la 
cdôHrè^^ JdU^^^m \&î l*autre. A cette vue , il 
n'M^(^P^^6ms\^ ériitifi}gitiet que ceu)^ d'Her^ 
cûUti^n»^aièx\i?^f<)ii^é V^iAovii des rpeaaclcs , 
jnr^^'àeâW^reJÎëW p^ttc' inévitable dans l'en» 
c«i««é^iïe2teUl^;a*è^rev^'"> ' '/^ • ' 

• 'Du ip^s^p^tfh^^titii i^néoûtfé aïKîUrts veftîges 
d'û» àaTfl>%3déeouVe¥te'de'OÇ théâtre; le feul 
fpjet de curiofité en ce geiite « ^eft uit fque- 
i^««r ^i'Kômtne prefque tout entier , que i'oQ 



7x HERCULANUM. 

k trouvé fur l'elcalicr d'une muilon , tenatit a 
{» maia unt bourite pltinc de petite nieniioie* 
En v«iia Ton tenta de porter cet ancien iquc* 
lette I â peine Teut-on touché légèrement f 
t|u'il le coaverttt en poullîere. 

Après avmr décrit le théâtre « c*eft k lie| 
d'obierver qu'on trouva dans ion enceinte quaj 
ciré de Aatues , qui , ielon les apparence^ 
ftrvorentà ion embéliflêment. U y avoit d^ 
de ces flatues de bronze « représentant 
^ufte & Livie ; cellelà ayant la tète 
le corps vêtu de la toge ; celle-ci la tète 
lée 9 & la coëfFure à petits triangles 9 feu 
ble à une couronne rayonnante. On décou^ 
à quelque diflance , deux autres ftatuet| 
femme, & bientôt après « cinq autres fta^^ 
de marbre , plus grandes que le naturel « àk^ 
quatre étoient couvertes de la toge. U ^^^ 
obCerver que toutes ces ftatues ont les bra 
les mains d'un marbre différent de celui 
refte du corps , mais d'un marbre plus beaî 

Entre les (latues de toute efpece 8c de tout 
grandeur , qu'on a déterrées dans cet endroit »! 
«n met au nombre des principales , les iui»l 
vantes; celle de Néron , fous la figure de Jtt-1 
jiiiter tonnant > 8c celle de Germanicus , l'aifi^i 
8c l'autre , plus grandes que-^ nature ; celle 9ë f 
Claude , 8c de deux femmes inconnues ; une 
ftatue de marbre , reprefenrant Vefpafien ; lûféf 
Atalante « dans laquelle on remarque la- ttté^' ' 
«îere gréque ; enfin, deux ftatHes de la |Mrci' 
miere beauté , ai&fes ftfr la challV cufWWv'"'*' 

On découvrit anfli douée autres ftatlies^ W^ 
jiHte, fix reprefenrant des kocnmes 9 8t* todètf^ 
femmes : ce font peut-être telles é^s dWiilf| 
eonfentes^ qui , félon Topînîon de PanVinlO f * 
fe plaçoient dans le lieu des fpeft'ades. ' '^ ^! 

Parmi lu bviAts de maxbre déttuti"^t((]^ 



/•'^ 



^^., li.E'R C,V L^A N U M. 7% 

UMffiKM ^mà^Qk^ ,.oii.4iftingufi uq Jugitcr Am- 
9|jKAiv.U(ve<iJM^iir "4^,T P^il<is , une Ce.iès « 
uikjN^p^j^^ y pn.Jç^ous^ à. cUiix faces 1^ une pe- 
tite fille 9 & ui)4ett||,e gai^çoa avec .un« bullt 
d^'gf ^ qo} , qui lui, dçfcend fui. la poitrine | 
nuirS^e^:^^^M^^^v^'4^. ^.^f^^ ^^ qualité. Cette 
hv\j^ pV^ . P^^. cependant ici tfi forme dt 
cg^i^v. ^«sloiv la- CQUtunif ufité« chez les J^**. 
qunsi:.eUv6^ <lc^ 4&"r^ ovale» 

. .^ (^çoux^rte 4u '{^éatre d'Herculai)um & 
it, (tf fuperb«s indrumen^ 9 fut fui vie de celle 
d|s teiçplef .» aio/I qu'on j'efpéroit ; ca^ tous 
les {^ava9< conviennent que ies Romaîni a- 
voient coutume d'en bâtir au voiûnag/s de 
IfUfs.^ théâtre;. Comme les facriiicesprccédpien^ç 
IçSiieip^S ^ ^uc les jeux avoient rappôrt.^uz, 
rep{4feiit^tiûn.s ^de ,Ia fcène, 5 on devoit ren- 
^m^^ quelques, temples vjoi£lns du théâtre 
(bi^s , r^i^cîen pays des Ofques » où les. jeux 
<l&^jnom>, & les pièces Atellane« ^voienc 
^f..i«iVj^ntfe^ 

. ^,1 e^i^t, il ejd arrivé qu'à quelque diAance 
^ /thi^^re .d'Herculanum , on a découvert deux 
tfjpfj4f^i;de d^ifTére^te grandeur; Tun a çen^ 
c^^içii)t>Q p>e.4« iç Iqngueui:, fur foixante de 
l%|g^;f^J'au^e a i^ulement foixante pieds tle 
1<^ 9 . i^f quarante.deuX' de large ; ik cp der- 
imv?. t^ple n'étoit peut-être qu'une eipece de 
^w^^^ naiiuné^ par les Latins MdicuU* Ce. 
PmJuii^ riptérÎAur. avoit A^$ colomnes y entre 
leiqu.^i|ff./4ta^^| . alteia?tive9»cnt des peintu- 
re â^4f4fu^jii ^. 4e grandes tabUs de mar- 
t^;^ .enfchâ^^, <i'e(^ce ^a efpace , dans 
Mpif , k^JpnSîWr 4<s'murs. Sur ces tablas on 
UIm^, lctfr.^n|i^ dfi|. zbagiftrats qui ont préiîdé 
à la décli^^^. dfi^ çbaqi^e temple , ainfî que 
les fltoin%|46 ceu^ qui ont coatjfibué â les bi» 
|ir ou à lés répaier» 



f4 ,B JP H C H b A W S M. 

kni^ Péf^s,^,,^4ftrgp,i'4^i^ftji^ ijreftt§tjieu»9<fl 

jrante-deux ; les Aatues 4^. ïfXQnz^j 1^ d*ç ^.BMC' 
W^i'.'^^HiW' trqipvé^S fojïdueSt, ^^^tijuitj^ ,nferi- 

tfI«Cî5fiHBei,j^rtM4f •<^^^' a?i»M}Wft7aiiétéKtgiJ- 

îi^fii.^yef .1^ . mu;raJdU , 8c .uanfpqriie) diiftSi.d» 
,4îjib^n«,t;. dj|, ffti dw Deux-Siciics,- ' , ; . , r : 
^ . I^^ae fa,ut p^^.OJ^iWjçr de dira.,,qp'«tti;re^lig 

fo|tHfl5:.dtf.ç :dM«3ç.» d'empereurs, Si df Afroi^,» 
.4p9t iVQln^. aHQW ;Pjarlé jufqii^ici^î^iji'^ dét«r- 
.iri:4^ps.W i4iftc«« publics , .qn$ntu4 d*i ffai- 
.,|^^sr4'irtP^Pfi«l ^ autres de divers pftrfQao»- 
!jK^ >■ . BripçaiPfûment d«s faroillesi Anojl^ U Npp- 

jjia,. Ij-a pl«5 belle de toutes fft la M^t i^ 
,queÂ>re, érigée à ia mémoire de Npçni^. .B#J- 

bus , ayiBC , une iofcription en , ion, .,hpj^e<ur. 
yJQpiT) Ç?rlos a placé cette AaiWe .4aftfrlfi^(vef- 

tiUule .de .fon p^l^is* ^Çlle fi^t^^^s^^iiàlu^t 
. «(iiqyinade de m^^à^x^j,^ fit cj^u^ gçi)JlBg«^;£?f : 
.j4çv^,p-liefçalier,,du,..;î>ê;ne .pa]f|i/t^ .9fiioY9it'4a 

ftam^.de YiteUii^ Xj^^X^/tnx^^^SYf^jL^gt^^^ 
,deut. na^tur^Je j. ^jomo^a^.-flue^i^jfgftf Al iRlaffe 

desi pçtit;fs ftatucs.de (3^r0nisf^.^(îl ^ S'^ffcilrfM* 

Çeurs qu'q/} c^qif^ êtrf 4f«^ d}ei^3t?r%»/9M,«^ 



H E R C U L A N U M. ;« 

Ç^ea efl affez fur les édifices publics de cette 
ville : les éflifices particuliers que Ton a dé. 
couvevts dans une efpace d'environ tiois cens 
perches de longueur y & cent cinquante de lar* 
geur , ont paru d'une architeôure uniforme* 

Toutes les rues d'Herculanum font tirées au 
cordeau, & ont , de chaque côté, des para-. 
pets pour la commodité des gens de pied ; 
'elles font pavées de pierres femblables à cel- 
les dont la ville de Naples eil auffi pavée ; 
ce qui donne lieu de croire qu'elles ont été 
tirées de la même carrière , c*eil-à-dire , d'un 
amas de laves de Véfuve. 

L'intérieur de quelques maifon^ d'HeituIa<« 
num étoit peint à frefque de charmans ta- 
bleaux , repréfentans des fujets tirés de la fa* 
ble ou de l'hifloire. Le roi des Deux-Slciles 
en a fait tranfporter tant qu'il a pu dans fou 
palais. Ces peintures font d'ordinaire , accom- 
pagnées d'ornemens de fleurs, d'bifeaux pofés 
'inr d«s cordelettes , fufpendus par le bec ou 
-par les pieds , de poîfTons ou d*autres animaux. 
En un mot, les peintures tranfportées chez. 
'k. roi d^s Deux-Siciles , forment près de fepr 
' tfens ' ^tableaux de toute grandeur. Il eflvraî 
•tpl/ Itf plupart n'ont que dix ou douze pouces 
-€e;lihilteur fur une largeur proportionnée. Ils 
re^'réftntent de petits amours , des bètes fau- 
-Và]g«'v'des poîflbiis, des oifeaux , &c. 
"iï/Patm-l les grands tableaux , il y m a deux 
^Qtti - méritent ' d^être ici décrits , & qui furent 
■fjféUVésrd'anr deux niches au fond d'nn temple 
^'HrtcvAe. Uàhs la première dé ces niche? étoit 
-Wftta'^ii^Théïlè , feihbîàblé à urt athlète , te- 
%ht iJi «fairue- kvée ^8c appuyée fdr le bras 
"'MsiiChe'^^ Se ayatit fur répdule trn nianteau de 
*î4itf«i<#îWuge j avee V^nntzu au d<)igt. • Le 
^inotaure eft étendu à Ut ^» avèc'-la^fê.» 

Dï} 



j6 H E R C U L A'NU/Mi .,.30.; 

te d*un taui'e^u' & lël'k^tirf^fefjpd'uQoiidMnic^ X^ 
tête du moniltè t>'âtbh ^»M)9e.emiërel$3fe «Ol^j» 
cfl repi-éftftrt en'"iigiié'JrtÇçu*^dfoiunfilftt*S». 
. bieii i-âccôiffci/ Trbli^ Jffim'e» ^ôvécst^Tcwl^zrM-t 
tour du héros; Tuh'ltii tttbtJir^DleRig^Ml^^ 
lé feéond I\ir bair«; }à jki^ia dtfoite)$r;l«Dtf9ifie. 
me lui ferre le'b^S' ga^iche- aWc ^ttoe .afttito^ 
de jgracfeule: uhb ''fin% , c{U^ioiA''€']à>îtré«rsi»^i9iI{i. 
ne 9 toùdhef ûéAdUtéméêt^ùmgssSSàt^nQn zylait 
dans raif uft'e^Tépt^refhà'^fîgftre^^ qncpfUt^ ib^. 
noter iihe'^Vîftdîre^''& 'ân'jppetçok'-eji4Q«4#« 
détouri'dtf làbyflhthe.' • -' - ^ .) i:. ^j, >5 , ;,^. 
Le 'tableau' de l'^urre^n'îbhd dfb aaiîr^dedm* 
pofé de' plbiîVut-s figuYe^ 'd6>'gfàn(biiiivRsftucdi« 
le. Oii y Voit une 'femme sffife;^iûouf0nnée 
fl'herb€\< Sc'^de âevrâ,' tiiiialitidansjiaojiiatftii^ 
Bâtoh' de' '(^ôdleiff'd^fen à iai%aaielic!^]«flriàac 
corbeille pleine d'œufs & de fruits , '-{uv-tout 
(Tes grenade^ : derrière elle efl un Faune qui 
jjoue de iâ ilÛte à fept tuyaux : en face de cet- 
te femme aflti^^'On voit debout un homme â 
biirbe courte & noire , ayant l'arc , le car- 
quois plein de -'déciles Y & la malTue. Derrière 
cet Hoûîttië'efl mie femttie couronnée ^d'épis , 
^lii' Wkbïé"p;ài'kr*à 4â-pPemiew.;, k .feife j^ie^s , 
cltMhé bfdhé'cftiî bîkitè tt» potit, «nfent*..Au 
milieu diï tàblâdu y & ttans le yuidD^;fn9ai<^it 
iine âîgie â ài!e$ déployées \ & fuicJ^^fjBiême 
ligne, uii lion dans une attitude; ^tf^qquiUe. 
Il faat aVolièr que \ts tabhauxi ^e ce|^;4eux 
nichée n'è font pas <ieflîfliés »avfcj corjceûion , 
& qùV'i*ex!prel!îan itianque dans la pliOpajrt des 

têtes. '^•^^^^^'- '^ -î- ^ , '.Jb.Wn;,, ,„^j,, 

Ali foVtti^'dtt'teMpk 3dîHerfful«., J'on^écou- 
yrir' jV '&' I1B ' plufi^irs autres tableaux, en 
jparticulier'uii Hercule de grandeur naturelle; 
Virginie accompagnée de foii père & d'Icilius 
(on époux , en préfence d^Appius i décemvir y 



r 



HERCULANUM. 7; 

fiseant fufT^ Ton /trj^i^ifatj^ ï'ié^pc^tian d'Achil* 

^kflisidi^faaci&É^s *5«taj>Maiift^|, S^^f;4>j|;|e^, ea 

-3il4««ïc©h9caffoiifcs niSMe^i cwfLB^uftîUffj,^ie|jta^. 
Mflitftc, fines oIba. fQriiU^s^ 4'jy(fr<5pl^i^m ,j,ïioi,. 

ge, 8c les gradations raçfjflVÇn^.fSptorm^giu^ 
fltepift«Kdtflïaïttjyrt?Ct,ftHlje|cq^^r.ft9^^ 

}«anlaiiiofoatjci(teipftftfti4c f^V^Tir^i* Jtoi^^ 44 

prfrétota»tld«s#«irs/^ p&-f<iWtiiÇjl^fc^9ui^r^îiiï}: 

iupAwflt <[ueddîqu4««r Çf <;nv.j?;p|a^jl^ ^^ôeintu- 

hkamùé rcAé jdads Teft^rit rf,^s, î?j^fiuriçQÎM;f"lV^ 

mîiPàapattMii Us à»m3^mf^h\F^m%ou^^ 

tpW^Acàtkmadaa» c«jÇî,Qpéç?^)oâ^ ^SnMtf nff Pj^- 

ïftivînwnmêttioqnériioà^f rf|iy fvr^, js^^îs-ne jïfe^fié- 
^ârnti^iiipdbyifi pburrle^ (Hiyrf^gçs,;^^ Paipoph'ite 
sfc^ôof^a&i, >icvlpîrpy ÇÇfpciaçrp ,illvi/t;:?s V, ,3u£ 
•îWbirtPt>éç«drél0i«rn^ 4#,,Çirèi^,# fitii^ près' du 
»g»itt<>9€irliu«4:Hdine<>« L^tr , ,4j)i; jfaVrpn,; l^ye 
fl^i^to iipairec&{ii8é4>if 4^ 9^;^e^u'i^s .i^urs 

étoient peints deifus y & on les dépofà dâfi^s^d^s 
'*fl*ttsfiti iTiéinaa(fflùfc^(fjft9pr^^qçi/ç^,>pPVr les 
fifobtld^ifioidhHeBealaniU8i4;QRj%d'^^oi^ c/p^imencé 
^^Îfo9fi^ftifi«fl|ian^eifri««ejs«yw: dfi,larpicixe'pro. 
^]^t^;;)|[bç^€tfeti9nâlr^IaqEJièfM«^(^j<JF par le 



7t H E R C U L A NU M/ 

moyen du plâtre , Tendirit & fes pcintilrtff ;*'c<îti^ " 
pant cnfuite le tout , & le ferrant avéC^be^tfcoup 

de précaution dans des caifles de bois y cn.l^â ti* 
ré du fond de la ville fouteYrcifTC'aveeailfà'ftt'de 
dextérité que de bonheur. Enth!k)h arn^l^é ' 
fur ces peintures un vernie trâh'l\)l^r\^tttî,'pfltiîr*IW5 - 
ranimer & les pouvoir CQttieY\l€'r"ï)etldéil¥<^4e$'^ 
fiecles. • ■»'' --'i'' "î '•^■^ t'.'^r.-r-ji t :• 

Qu'on fe repréfente à <?éné'liléU1?érfô^ftfpHfc 
des gens de l'art , à la-vûe'^e'tfaïrt^de^èîfttUrt» 
renaiflTantes , pour ainfî dire -^ avèclcliffràÇith^ur: 
nï celles du tombeau des Nafons , Iffvl^s ■& pref- 
c|ue effacées par letems, nî ceVles queXyfegorio 
Capponi a Ci fort vantées , ne fauïoicnt être com- 
parées aux peintures d'Hercuhlium. Lfe-ibi des 
Deux-Siciles peut feul fe vanter d'a^oiV? ^ la' ■ 
plus vafte colleôion qu'on COflftoiflTe'^rt^efe'gèrtpei 
2c même d«9 efpeces de cheft-d*ceu^e*>^ftrfâiW- ^ 
ment confervés. > .* ^> na -i^ ' 

A peine les tableaux ^t% murs -d'HétculâfîUtft 
avoient paffé des ténèbres au grand jour, quVon 
jorta la curtofité dans l'intérieur d*une maifoft 
«lu'on venoit de découvrir à fouhait. Orty Wt!r*î 
2c dans une chambre de pleiii-pied , on tr'obva 
quelques caraffes de cryftal , un petit étui de 
bronze renfermant des poinçons , pour écrire fur 
des tablettes de cire ; 8c une lame d'airain , fur 
laquelle on lifoit des immunités accordées par 
Titus, aux affranchis qui voudroient s'appliquer 
à la navigation. 

£n parcourant la maifon dont nous parlons , 
jon trouva dans une chambre du haut , ( qui 
étoit peut-être la icuifine , ) plu(i»urs vafes de 
ïerre & de bronze , 8t , entr'autres , des œufs cn- 
2ieri, des noix , àd^ noifettes ^ belles en dehors, 
jnais pleines de cendres en dedans. 

Près de cette maifon étoit un temple de Nep- 
tune , avec la flatue du dieu. Dans un autre en- 



HJ? 8 C U L A î^ U M. 7p 

ÏHttbl^î ffftftffi^ t^W fflpr4fentéwjd«S galères 

grèn^îl^^. WfrfW <U«^^<pofts 4aiVi le giravois, 
& :«ff jfg^s, limA^'il^i ifoMfii t^ V^ V à. Jlexcçptioa 
def jgovi^p^c^H§béfli^i&,4a«^.un bpHC de itiaxbjre , 
qui régnoit tout autour de la cave. La capacité 
depJî^Yrt'ei?l »9tfyilÎ5ï4W i à,ç« Jlu-oaîCQnjeaure^ 

à c^if^m<^Pn}%&^f9 9 C9r tnâlheureuienicat tout 
futh«^é^i|.g^;^d irepfit'dec aati^pMijpes^ Au for- 
tiibi^d^tOe. «i^v^ .4 >i> 4; découvrît ufte ftatue de 
bro<(K^',cj^prî^^{KW(' 1^ SU de Jupiter Sic d'Ak* 

Jetjj^'iîr çifel^f. .. .. / 

fWft^i'^iVtfiitiiGOflirWeflcé^de.Wliipre.Ie ^vé 

fous ce pavé des piedeflaux de marbre^ plufieurs 
làcf^m^toif^^ ,$Cpdiversr fragment de métal blano 
gu^feip)^Wt de wirpùr 

K<Aism9§%m d'iWtres foMUlcs., oa appcrçut 
qu|4ft«<^ éiiftcA^ qui. avoi^at uiie fuiftei uniforme 
def«tîftQsigfil^rJie,| pflvéï^p «A iwMqu^ * 4/e». fer ^ 
nêtt^sid^ mîWipcffft gr*ftdi8^; t;»c d^«.qyelqiie$-f.. 
wnpejdMiïôftefijd^pi*yr/e)i|.<U»pMni^kfri^ei»'4e'j^Jc 
oujd^yîétg^ifeffes^' / . . ,- ^ -' 

Awrèf jiJfTf.iifiWve^uX'tr^vaçx, rétonnemenr re- 
cloiiU;b^4f(;V^e,d^ bi&it^atuçs colofiales afiîfes f 
qui ont été reflaurées , & qui ferveiît d'em- 
bellifiMitft!^ a»<^é#tite dd ia maifon royale d» 

Ltea^fci* «iifojteicréctéé i^iirle ff^eftefil^r d«/ 
quao|i«é;dJe> ot5afefe# jirépieàs .» ^ . ô^tjuesU'id^les 
de pbâ>â«lM:fi^HMPfeldi .<^ f^mhl(mnX fortir .de ces 
fouilles , comme dUiA^'fource^.Pan^jq^telques^uns 
de ces.vafes , Von a trouvé «les pyoyi6otl« de tou- 
te efpece, comme grain».,.. fruits i.oUves, ré*^. 

Div 



»o H E R C U L A N U M. 

duitlen charbon^ ^ ainfi qu'un p|;é^^^vi$fltl ni 

dans ie fpfyr, >.-Jt:iu'i9ias^ ifiksàl^. ojftif-'i 

de %Hr«î,^,j3 JpttXj^Md^^^JiyVj/ufallîgsîfo, 
M| iÇî% ,4ÇlAîfmÇP2BH'iJfiHïa 8» «ftlsiii^ 

têtes de médule ^ deux têtes d'animaux iswsigîiQ^i- 
ttSi^ ««i>affiàariqui?M0Uife^sW^W^n4\uno5«lrfilun 
l^«4tjic;^ Bacjdhiit qui JMif d^srrt^ymWe^^ajm- 
JEM^9gejde'ia>.iiiiBr;, &T^Àft43q«ibs^fHilSi6»tif«li 

diliiUiediiqttbdre/p«é|^j|feA«49A&t(^ Sf^qVkirt^A'Vèl^UC 
4>i«ieu^tôffiBb dr'S42A<»^«y«c tQu|e/U recherche 
imaginable \ pour former la nuditiéf variée .d|| 



HERCULANUM. «i 

épaules 8tdu fein : enfin d'autres peintures oF* 
^efit dérnntirîÀeSydes coupes d'archite£ture,8c des 
édifices élégans 9 repréientés en perfpedive Se 
dâriiS^tdiit^^ViTeglès de ce genre (I difficile. 
''liliifR^é aiM:*àini(ïuaires le foin de parler des 
nrôWlflci^tjiii^iM^înes d'Herculanum ont pro- 
Ctréëi^^ fS irfîfïaié'rfés Deux-Siciles , '& enparti- 
ctiller tfé^é^àHlé^ dé Vitellius en bronze , gran- 
t^im-^mfj^Mkfi'i tfii font rares -, la légende de 
tellek-él /f?ftfcHif côté , eïïiA. Vitellius Ger^, 
manicus imp* Àkg. "i*. iïf • Fr. P. les revers font 
diâférens. Dans quelques-uns , on voit Mars avec 
la lance 8C' îtehfetgde Romaine. Dans d'autres , 
la Paix tient de la main droite le rameau d'olivier^ 
& de la gauche la corne d'abondance. 

Mais'vfidus ne devons pas taire les lampes en 
^jrand^'floiiibre', qui ont été trouvées à Hercula- 
fiuàl^'^St qui font prefque toutes confacrées à 
Vénus. Les anciens poètes nous peignent cette 
ville & fes environs , comme un àts fieges de 
Tempire de cette déelTe. Pour iuger à quel point ^ 
on y portoit fon cuite , il ne faut que jette r un 
coup d'oeil fur les lampes dont nous parlons. Si 
celles de terre- cuite font modeftes en général ' 
les lampes de cuivre font autant de moqumens 9 
]^ar leurs différentes figures, deMa dépravation de 
r.efprit y & des mœurs des habltans qui les pof- 
fédoif nt. 

Il fcroit long de décrire les uftenfîles des faerî- 
fices; & ce n'en efl pas ici le lieu. Peut-être 
awffi fera-il împoffible de connoître précifément 
h deflination de chacun. Il fuffira donc de re- 
nurqu^r qu'on en a découvert de toute efpece 9 
en .marbre 9 en verre , en cuivre , en terre cuite ; 
les uns pour les facrifices proprement dits ; les 
autres pour les libations \ ceux-ci pour l'eau lut 
traie , ^eux-lâ pour recevoir U vin dont on arrob. 

lait les viâijBies y Scci^ _ 

Bit 



^^. , rf%^1c U L A NU M; ^ 

nî giulques meubles de jnénliy^tirirtîé'hi^ë , com- 
Xii&^abieSf &!%é'^ierfi;¥aVfeî''fePfa!^fe^' entières , 
on t:i vanti; ujie rfé' 'màitVè' CtSiflè^ir 'd'e^'Pe^r avec 
fon pied a^^ la hlê^ ttatifeïiïV''lAt/*eVitaht lo. 
On ne IcJUA pn$ nioîrtsTe ttt'^kS y' dAxè'lê M des ' 
Deiix^SiciTes d pïÀeè dah^ïin^k^barftnftïrt. Les 
orhemeiis d<^ ce^'trl&piéd'fai^t;'^A^h'^ô'ûi'kW ; 
& îa cuvette erifïoiifeHlie è^k^ ttoï^m^iix^Hlé»-^ 
dryne nèi-bellé.'clielure: '^'^ ''^"'^^ iJ^id.rî .,. .. 

te? autres curïo'fi't^t 'Cû'nfïfleht' 4ti'^iqtiè^ f 
armes" dé différentes' erpé(iÈt'i*^ét1ïllit!rsV"bbu-. 
t'eilfes ^, yalis / cjiaiidèriers ; v'paèèVfe^^, *ârnês 9' 
ànïiéaux ,' agraffes ',' boudés d^o^erWW^Volticra 
Se ijraceîïets , indépendamment d'ufte'*^çfeffitt«f 
qqi ' çoàtenbît les înflrumens prôfitcVà^i'ôctu- 
patiains des femmes , comme tlfeinï^ ^WMWIle's y 
4ès â-coudre', '&c." " ; ' "' '^ 7'^*^^^ ^ ^ ^^^';- 
.j^^Alà jdiè ferdit graîlcfé , ' fif iéVoflVoftHtrfrfîh^r 
cet article par la nouvelte d'an 'teair m^àrcrîV , 
xir^ de» ruines d'Herçulanum 5 mais darfs'lè^'iiè- 
m nombre' dé ceux/qd'bn* a' 'déYfcri'éii''dl! 'cfettc ' 
vîne fouterreine\^ ou récHrnre'^tbi't!''fcfRlcéé'V 
ou 'les feuilles fi fort collées les ' un'els kutfér, 
qu'elles ont p;irti par lambeaux r lioii^S' feridn*» 
t^op heureux , fi les excavations fvlffétii'^ toûi-' 
hé^S fur, le temple d'un homme 'de' ltftre«';''Jè? 
veux dire , fur une maifon écartée, cdnïÀcrle 
aux Mufes ', dans laqqelle on eûf'Itfbtivé 'en bo'n 
^tat, quelqu'un de CCS précieux ouvrages dortii- 
plets qui nous manquent toujours',^ coniteè'/âiî 
IJtiodore de Sicile, un PoIyBe , itti $^l\iûi ,• 
III? Xite-tive, un Tacite, la'fecohd'é ttartiêtf^ï 
^(^es d'Ovide , les vingt-qdàff-fe ^ irvWi^dè^^f? 
gl^e^re des Germains , que'Wihe cdmWriçâ'ïîtSrïtî 
q^'ifiervoît dans'ce pajrs; bu bFén''èbifîh piSfî 
qii|^'"^'e peuple aimoît tant le théâtre ','^i^'E1^ 
chyîe , ua Euripide , ua AtiHopltsht j •bil MSi 






trpit 

^wf^i^sJf^^%8^ ;u^u >■ - . tin*/- 'v-i. 

foifi{«to?^ beaux . 

venir habirer toutes les çampî^pies. d^lepto'ur. 
Ç^Bt^f Ma^fH^if W.^ ' J^-^»" ?'''(' f''l > > ,"!'Vte • 

lie^l^gs b^^jiW.arts. Cicçroa , Pompée t celui 
^^mo^('^!ft^j^/'!^VJ&^^ V ^ ^^'^^ d*autres Ro-* 
maiOfS •^auài.cefejs.res, par leur fçavoir , que 'pa]( 




%iR?ï^xll^?f .4^ CCS. ^^fands génies , pbur cultive/ 
leiffj.,^Ap^^j Çi.^toi'iii|er d^^^ a leur 

•:3iW?? cfjUiçef {peaie de cette place • ou Fort ft a 
ri^^jgaperçtf'çùi feiitît la barbarie', maii au 
cc^tifa^rc^ei, édifices ,facrfs & prbfifnes , pu, 
%6!ï^ gaitJcuUers • , trèj-bîen jciiteiidus , très- 
^liiBj ^f'?9f^^» .^" théâtre , des temples', âes' 
gorugjï^s , t^t de peintures', deftatuesdebron- 
;^ç,,!(ieJ&as-reliers & de colomnes ; tous cesfno- 
xwn^a^ j'di.s.-j^f ^ont une preuve incônteilable , 
ga' j^èrj.iil9aui:çi étoît habitée par des hommes cu- 
^fgu3|j^g^bçlles chpfes., ./ 

^flg^on^-nous doiic de la perte des^ manut 
ipl^iffliiP^!^}^^ quelque part daris les abîmes de 
çêttif K vj§f,^j|'j puiyqu^eafin ces fouilles pratiquéést 
deji^uig Ujir9t/l^^iy^*^}pi » ont produit d'aufréSf 
raxe/téi^lino'içbreufes , que fa majefté Sicilien- 
ne a'jMge néççlTaîfe de deftiner dans fon pataîs 
ime vaSe feU voûtée , remplie d^armoires'dilKlr 



I4 H E R C U L A N U M. 

rentes I pour les pouvoir placer^ Se montrer It 
tous les curieux de Tunivers. 

Ce prince a fait plus j il a nommé > en 175 $ » 
une fociété de très-habiles gens y' fi)ut mettre 
tn ordre tous ces précieux monumens d'antiqui- 
té , en donner Thifloire , \b, repiféf^y^tif^ en . 
tailledquce , & \'e^\i€SLliqfi*. Qa jif^fç^urpît 
employer de trop lipi|« ^riif^f^pço^j;)^ ijjefl^ïi 
la gravMre >;..car» q^^çt i IjeqtpUç^t^^ çjjft 
aux içayans(fR^VEuçop« tntvrcà y -fWcoMÇMrt. 
Il faut efpérer que. ToMViage çomgle^.Xottiici^^ 
la preflc 1 avca^le ipin qu'il méiitf* . :, c, ,. , 



.f.î 





' Tf 11/ , j^^Lir 5 • 




• - M : < îp-ji- 


: 


1' .' ".nfl! 1 ^;> 


j ' . * ' ■ 


, ■^\ H ^iriqolc* 


$r^S 




% U ^ 




^^* 






-T" ' y v.fgib 




.< 6y?^ 




/ - ,^.'3•î^^) 


■ ' . > •■) » 


' ' • i/./.j Ml ah 2ei 


•• -> >. 


• 'ir^ îlri.'.-j/î,'] 


. - , 


j' ?. -.oV/ jf 3 li ;: 


' ', ■ .' • • . >'■ 


. ^M ".*• 5{Jp , 01 b 


;f(; ., t,..^^ -h 


>? immori'h 3xtP 


... 


l: ' ."i^ .lU M 3 'iUl> 



i .'^ .. 



»\ 



H£R]^Af HRODITÉ. 



L'HE'itiirlPMtliô^OîtË ett uiité pèrfowne- 
qttl^ !é^ â«]x*^ftxe^^ dti les partit! ûàt\ïttl^ 
Us àe'nomdéé^^é'ik^kmmé. .' '^ ' - > 

€é tehtfë^MU&f Vient dck 4drec«; ife fbfiti^èin^' 

ptimtr en un ùxA mot , firivant- HUt coutiîthk i' 
le mélange ou la conionâion de Merctire âr'4é 
Venus , qu'ils, ont cru préûder à la naiflance de 
ce fu)et extraordinaire. Mais foit que les Grecf 
aient puifé cette prévention dans les principef 
de l'aftrologie 9 ou qu'ils l'aient tirée de la phi* 
lofophie Hermétique 9 ils ont ingénieufement 
iiâaginé qu'Hiermaphrodbe^ étoit fils de Mercure 
& de Vénus. Il falloir b%i enfuite donner au file 
d'un dieu 8c d'une^Hé^fft 9%^^lace honorable^ 
8c c^eft à quoi la faMè a^^ptiteé de prêter fes 
.illufions» La ng^le'^aî^acS^^nt devenue 
éperduement amour^ufôr Aa jei^le Hermaphrodi« 
te 9 & n'ayant pu le ^endja» '{enfible , pria les 
dieux de ne faire de letirs deux corps qu'un feul 
afiemblage. Salmacrs obtiâlf cette grâce ^ mais les 
dieux y laîfferent le type imprimé des deux 
fexes» 

Cependant ce prodige delà nature 9 qui réunit 
les deux fexes dans un même être 9 n'a pas été 
lavorablement accueilli de plufieurs peuples» 
t*il e/l vrai ce que raconte Alexander-ab-Alexan* 
dro 9 que les perfonnes qui portoient en elles le 
iêxe d'homme & de femme 9 ou , pour m'expli* 
quer en un feul mot 9 les Hermaphrodites furent 
Regardes parles Athéniens & les Romains 9 corn* 
«se des œonilres 9 qu*on prfoipîtoit dans la mef 
i Atbèflee» &iRome dans le Tibre» 



»« H E R M A P H .R 'O Dil T E-M 

Maiis' y 2t^Ai d^ -vif^Qfilbt^ tjbffliMf btcv^feiSJ'- 
Oa pouvoir agiter c«t0 .q^âii)ni'4i4^ iWj»ii^" 
crignoraac*;ort nç «Uvroit pIu^te^rq^M' i?nS' 
des iie'cUs édairés^ Si lailR^Ht ^igerei^M^q^fc^, 
fois dans in proiduû]k>tt 4enVbpmm« < Wli^rH^rr^r? 
jamais jufqn'à faire deS4»<«HWQf#Jwtr^?:o»rj4^j 
cônfudoasr die àubSiinc«f t, ^ 3fi d«^ n^^bl^agi s 
parfaits dcss^deux fexes* ■CfJbAiiqM'çJteftjéôWéj^', 
la naiffànct f^ màlne pftlt^fkHH è Ufl<in^(dliA|^^v 
ne fechaagicj point dww-unjQWr» 4;{ii7l*'^?.S*lfcçîhr 
fonne en t^iii les deuKffxe$foieatj)>9t}fafi|,i;^ ^•Afk-'r 
â-ilire , qui .ptitife engendrer «n foi ^Pmme^^n^.. 
me , 6c kars de foi* comme, honuB^ i^t^^fH^t^m^j^- 
generure en aiio ; ^tawqMm fymi^^ i^m^tiàrfi'^ 
in fetpfo , diibit^ un canonide^ La nature «« ^ 
confond, janaifs pour touiojurs ni . ii^f vMrM>les 
marques ,.,mfea véritables focaux ; >çtle n^p^oHct 
à iaûn/lt cardâere qiui diAiogMe^^ (p^Hy fiifiiéo^ 
tems à autres elle le i voile 4 quelques 4g<u^fi:#} 
dans Ten&nce » elle le décelé indubit^^lçi^finc 
dans rage de ptibcfté* - .; 

Tout cela. fetBOttve également vcai peur l'un 
Se pour l'autre iease : que la nature puiÇ^ cacber 
quelquefois la femme fous le dehors d'un boni- 
me, ce. dehors , cette écorce ext^ieDrç*) pfU^ 
apparancen'en impofe point aux ^ns i^^ijfisnidfi 
ne co nâitue. point idans cette &inti)e h feexe^a&n 
culln. Qu'il y ait des hommes qui ont paiïîT.pour. 
femmes , c'eft certainement par «dçs ciK'aâeres 
équivoques ; mais la furabondance di^viot four* 
ce de la force & de la fanté , qui ne pouvant plus 
être contenue au-dedans dans Tâge qui ell la 
faifon des plaifîrs, cherche dans cet 4ge heu- 
reux à fe manifeder au>dehors , . s'annonce , S^ 
y parvient efie£tiveraerit. C'eft ce qu'on vit ar- 
river â la prétendue fille Italienne 9 qui devint 
homme du tems de Conftantîn , au rapport d'uo 
]f9xe de l'églife» Dans cçt état vivifiant àtt ïhn^ 



H * ft MAP *[ .R O D I T E. ?; 

. 1ï^mt(^^ptë%mwéie tmf^pmix produire des par- 
rîèSi^^ôh ft^i^^iC» p4toPenél>re . iâpî>erçiies ; te- 
rooii»' Marté^it^Âittiiiy tient parle Paré , qui 
aprèJJtfw^intkUffetfrtTdOë, ^arur homme à la 
inème^^héûrt i ftCf««i{« ircftiva: pto$ dw fcM^, .fouff 

^I^tiprfWn^fii li^mm*«' 'hèrhîâpkrodkes qui 

oftt^rëeèuléétVil^mè^fk^ier^ -, tie fém^'^qua^ de 

véAf^hlë§nm^i^tii^3nt^Qe\oitàmB tUt avoir bxb- 

mîW*le^p«rtSci fttftft«^e!lèfs?iottrtic»^ fa^siyawif 

trét^é rféÂ^lt^«Ce^Y4«^ ,;/^î'ft*t ^iff^emt de» 

paffWsf^ff&l«¥tl*è5 ^l*ej amres fenïfittf. :€€ petit 

cô¥psî*Wftd^V*eat«i'fléiaf3Cs fi Xtnûhy ,. «{vii ait fiw 

tti^âsiiapartlevaméï^ieijrè de la «vuiv» v, a -pnef* 

^«1 «otf|éartf- fait qualifier 4'li«rinàî>brodttM ,^ 

dël^^fille^/qtri, par on jeu de la aatui», a(voient 

c#Wfl«?. difêz Jofig pmir en ab»fer* Le m^aie Co- 

Itftftblii^, r(fewt ftbiis;véAorïs^ dis palier.,, a^vaimé 

BoStesâ^né^ <ïui'ai*i demanda 4^6 «tiancherce 

c^t^ji«é «^élargir îe conduH de A^pndeur , 

pour pouvoir , difoit-elle , recevoir les embraf» 

i&Aeii^^û^irï- htm»vt qu*tlU aimoM • . . 

^^^H^m^phf(fâh^ Négye ' d'An^oiH ^ qni feit 

taffiPÔe'bfiwt à Lofïdre» , auwidieo ide ce fiecle » 

éfd]^^nëi^«{ti^me qui (e trouva dans le nêioe cas 

^It^Boét^UhM' d9'Go\ûn\bm ; & ce cas cil . 

mk(» ^m^ ûkm les p^ë brâlons d^ Afrique & d'A^ 

fiîfeS'-qu^''j^àrhll notis-, . . 

2Êa-Afni«uiÎ5 MMguefitè Mabiuîie eût paffépQur 

irffcohe^ajihrëdiw indubitable ,. fenr Savîard. 

fâ>èqvî«#'éfjPariâ ëii ï^^?^ Vcn bsbit de garçon , 

l^|>^ë>aU'eôt4: i le chapeau retroufïé j & ayant 

retirée *»fteîde r4l!aMlleitttttt de Pbonim^ , elle 

clSy©ît3«tt^£*iéme %re hermaphrodite 4 elle dr- 

foî^ rit«*é*lét'Bv^tîksJpaftie* natarellet (tes deux 

llkèpii^<B[a'el^'^totv eti état defe feisvir det 

lifkîiSc^^iû^Xitfes. Elle fe prodniibit dans les af* 

fMlil)IMlr|>4ib%tte»'& particulières . des méit* 



8« HERMAPHRODITE* 
cins &des chirurgiens ; & elle fe laifToit eximî« 
ner, pour une légère gratification i par ceux qui 
en avoient la cu^riofité. 

Parmi ces curieux qui Texaminoient 9 H y 
enavoit fans doute pluiieurs » qui manquant de 
lumières fuffiiantes pour bien juger de iofl état , 
fe laiflferent entraîner à l'opinion la plus commu-^ 
ne qu'elle leur infpiroit , de la regarder comme, 
une hermaphrodite. Il y eut même des médecins 
& des chirurgiens d'un grand nom 9 qui affure- 
rent hautement ,. qu'elle étoit réellement telle 
qu'elle fe difoit être , & juftifiereut par leurs^ 
certificats 9 que l'on peut avoir acquis beaucoup 
de réputation en imédécine & en chirurgie 9 fans 
avoir un grand fonds de ConnoifiTances folides » 
& de véritable capacitéé • , 

Enfin M. Saviard fe trouvant 'iprefque le feul 
bomme de l'art t. qui fut l^cff dule 9 fe rendit 
aux preffantes foUicitations'^e lui firent fes 
confrères 9 de jettçr les yeux 9 6c d'examiner ce 
prodige en leurpréfence. Il ne l'eût pas plutôt 
vu 9 qu'il leur déclara que ce garçpn avoir une 
defcente de motrice ; en conféquence , il rédui* 
fit cette defcente 9 & la guérit parfaitement* 
Ainfi rénigii>e inexplicable ^d'Hermaphrodifme 
• dans ce fujet , fe trouva développé plus clair que 
le jour. Marguerite Malaure 9 rétablie de fa ma* 
ladie 9 préfenta au roi fa requête très bien écrl-* 
te 9 pour obtenir h permifiion de reprendre l'ha- 
bit df femme 9 malgré la fentence àts capitouls 
de Touloufe , qui lui enjoignoit de porter rha« 
bit d'homme. 

Concluons donc > que Fhermaph^odifme n'eft 
qu'une chimère 9 & que les exemples qu'on rap- 
porte d'hermaphrodites mariés j qui ont eu des 
enfans l'un de l'autre 9 chacun comme homme Sç 
comme femme 9 font Aes fables puériles 9 puifées 
êms le feln de l'ignorance & ians Vsm0xa 4l| 



JIERMAÇ^HRODITE 8|» 

tierveilleijç », dont on sktant de peine à fe dé- 

Il faut pourtant demeurer d'accord , que la 
A?<»>fS fMfj5fii'te?>'^'V^^' étranges fur lef par- 
tW» m^km iaS^ l^ll.f P^r». quelquefois det 

j"7lt iup f mon nnbjj^ ^ <ji -, um.i 





•^ • 


• 1 iboid'iBniial»' a -r. ^ 
. jp lïnh zuk- 3 T- ' - 


il. ^r; 


,". p' - > ■ ' : 





lèi L-JL I I I ■ "'T'i'f ■nnriîliiij a r? 

■, -•••;:■ Ti -j'i jlljijnilfioa ar-'-f 

H E tr n:n:v:^^:£'^i:; 

CE mot vient ivukm!iientclîA»fir,jd»ittîè»ar#9? 
efl Toriginfi ; à^ik.iosrjatbclcakeàiénptefir ^ 
fions : à la èonnt^jheKr9i^\ilztimMmârei>^csmMoM^ ^ 
pères qui n^2^oit^t}p(ïiu /tombai fhilp^phïéy^iul^^ 
quelques préjuges iksT:aiuUfnia:];0ut; ^a^timues!,^'' 
admettoient d«s hetires fa^vorabksr&l.fiace^'^^ 

tes. • . •- ■ r-.- -'• : *-..':■ iJ i '■' 

On pourrait» «n voyant qite le bolilhtturii^.: 
toit autrefois qu'ufie .hcttre^rtuoéeviairepitû '■ 
d'honneur i^uic anciens «[u'ib n«iaiéritehtyi5 j8c ^ 
conclure .^fwlà qu'ils regardoifint le. l>0ttJiei^'- 
comnt^mie d^fe pj^&fere ^ teU« aftHell^ ciâi r«fli r 

effet* ;£e,qu'cm '^élle -^/loft^r^ >til;Mid^ t^idép 
abflraite 9 compofée de quelquiea Idées i déplais 
lîr ; Ctfr quî n'« qu'un moment jdeiilaiûr , rnfell 
point un h cwi me heureux 4 de mtême^qU'uA: mo-. 4 
ment de 4ou)evx ne fait poiot nn'hoiiiiRerfflalH ' 
heureux* Le plaifir-eil. plus rapiiie: que^et^ibon*. ' 
iieur , & le bonheur plvspa{Eigergue> la ftllîdeé» -■* 
Quand on dit :.iQ iuis JMitare^x dans, ce mob^eat^^ f 
on abuic du mot, &.celaactventidîr^9:<qBtîfiàtr '^ 
du plaifir: qmnA ona-écs plfttfir&tint psu jrcpé* 
tés , on peut , dans cet efpace ieumps^^ritliité t 
heureux; quand ce bonheur dtit» un p«i4;pi|iS9f. 
c'efl un état de félicité 9 oji 'ejft,qKiieiquefo)ijiiifaiiin 
loin d'être heureux dansia ^mCpikiïtà:^ )Oomme . 
un malade dégoûté n>e mangé clejn éf ua gcand^feC* 
tin préparé pour lui. , . ^ /-:• ^: înr.h wj'y.- • 

L'ancien adage : On nct d0tt()9i)pielkff3{xc!rfon^ 
ne heureux avant faiaortf' fembLejTDiiler^&iir^ hs 
bien ; faux principes : on diroÂtr par .cette 
maxime , qn'on ne devroit le nom A*heureux , • 
qu'à un homme qui le ferôit conflamment depuk 



HEUREUX. fV 

ià(-4]4^(Btfice fufqu'à fa dernière heure. Cent 
ferle continuelle de momens agréables efl im- 
])oflible , par la con/licution de nos organes , par 
celle des ëlemens de qui nous dépendons, par 
celle des hommes dont nous dépendons davanta- 
ge. Prétendre erre toujours heureux , eft la pierre 
philoropkale de Tame; c'efl beaucoup pour nous , 
de n'être pas long-tWs dans un état trifle ; mais 
Celui qu'on fuppoferoit avoir toujours joui d'une 
vie heureufc , & qui périroit miférablement, aw- 
ïoit certainement mérité le nom d^hettreux jui> 
qu'à la mort ; & on pourroît prononcer hardi- 
ment , qu'il a été le plus heureux des hommes* 
Il Te peut très bien que Socrate ait été le plut 
heureux des Grecs , quoique des juges y ou fu- 
perflitieux & abfuvdet , ou iniques , ou tout cefa 
tnfemble ,. l'aient ^empoiibnné juridiquement à 
l'âge de foixante & dix ans y fur ie foupçon qu'il 
croyoit un feul Drcti* ' • 

Cette maxime phîlorophique tant rebattue 9 
fifmoante obitum felix>, paroît donc abfolument 
îaulTe en tout fens-; 8c fi elle figniiîe qu'un hom- 
me heureux peut mourir d'une mort malheureufe , 
tlle ne lignifie rien que de trivial. Le proverbe 
du peuple , Heureux comme dn roi , eft enco- 
re plus faux ; quiconque a lu , quiconque a vccu » 
ioit fçavoir combien le vulgaire fe trompe. 

On demande s'il y a une condition plus hcu- 
ï'eufe qu'une autrei fi l'homme en général , e(l 
PÎus heureux que la femme 1 II faudroit avoir 
^é homme & femme , comme Tireftas & Iphis , 
pour décider cette queflion ; encore faudroit-if 
avoirvécu dans toutes les conditions avec un 
cfprit également propre à chacune ; & il faudroit' 
avoir pafTé par totjs les états poflîbles de Thom- 
ûJe 3c de la' femme , pour en juger. 

On demande encore fi de deux hommes l'uH 
«ftplus heureux que l'autre ? Il eft bien clair que- 



$t HEUREUX. 

celui qui a la pierre & la goutte; <fô|^^f% 
fon bien , fon honneur f fa femme ot fés eniails.^, 
& qui eft condamné à être pendtî'jpiiifcftaèS? ' 
xnent apris avoir été taillé j' e(l, mcims^ J^b&r^ 
dans ce monde , à tout prendre ^ H^^Hj^ 6jt^^^ 
Saltan vigoureux, ou qu^.le ùyeji^^J^^^^ 

"mIIs on veut fçavoîr ^uël «^^^tyill^l^^^ ' 
de deux hommes également 'âii^i^f¥gai|n?e?ij iU^ 
ches , & d'une condition%ât-e' ^ 2Tfl^clrfiFi|«? 
c'eft leur humeur qui tnAMSe^L^^fW 
ré , le moins inquiet y & , en mèm^ tém^ )^)^^ 
fenfible , e(l le plus heureux ; ma!s ûjalh'edmifê^ 
mentle plus fenfible e(l toujours le ^oiâ^Mf^l* 
xé : ce n'eft pas notre condition'., c*^ fiV^là^ 
pe de notre ame qui nous rend heure^i^ |v^^^^ 
difpofîtition de notre amé iiépend de nâë|6te^^ 
nés , & nos organes ont été atrsln^'é^^^ï^è^^^ 
nous y ayons aucune part rc'eft au léa^^rà'ièSrç, 
là-deuus fes réflexions ; il y a bien des àrt^clè^'!, 
fur lefquels il peut s'en dire plus gîi'ott ii)&||iii ëit 
doit dire : en fait d'arts , il faut 1 IhAruifi'^ l'a 
fait de morale , il faut le laiflèr pejifef^, ^^ 1'^ 

Il y a des chiens qu'on careiïe , (|U^ôn j^éij^ê^i 
qu'on nourrit de bifcuits , à qui pxi donné oeTÎâ^* 
lies chiennes ; il y en a d'autres qui ^t^ 2oiif{ 
verts de gale, qui meurent de ifiim^f,^,.i^fô'fi 
chaffe & qu'on bat,& qu'enfuîte un jeune chiïiir» 
giendiffeque lentement , après leur avoïx tflnËbâ- 
cé quatre gros doux dans les pâtés :à-t-ll4!^Ben« 
du de ces pauvres chiens d'être heUjTetix mL^iiS& 
heureux? v. ,ioitn.vn, .nr in; 



On dit penfèe heureufe, trait Aèir^wï ,Vrw 
heureufe , phyjionomie heureufe f/iii&z^^.neireî^ j 
ces penfées , ces traits heureux , q'iiî^no'iï^ viÂi- 
nent comme des infpirations foudaines ,'&' qi^'ûn 
appelle des bonnes fortunes (P hommes d^efprh , 
nous font donnés comme la lumière entre dans 



»?f?ifiH<f>%'',/f?fl?.^f°^ q"*^ nous lâcher. 
i??/&3Îr^-fu "^ r "^ ?r^. P "* *" "°'^^ pouvoir ," 
î^iMpIpy?-"?^^^^ » c'eft-à-dire , dou- 

«^ê^t.P^le ^fî indé|end;anie de nous & fi fouvent 

Le curaatïeurcux eit cfelui que la nature fa- 
•WifSilMii??;. hfp^^^i»^^:^?? heureufes, 
im^Wm^^^^ » le grand 

WÎAlM^P^:HH:4^/ÉP°5r le génie ? Qui 
P|fi>m^H?/r ^-^ J^Çl^^^^^V^^^ <le cette 

fl^.iq^, Jf, co.niçrvertoujîouî's brillant? Puifque 
te .Âot^ heureux vient de la bonne heure, Scmal- 
he^rèpx 4e"Iainalh.eure ,^ dire que 

ceuxgui'p.enfeht, qui écrivent avec génie, qui 
réuÇÇent !d"ans les ouvrages dé goût , écrivent à 
labMç^'héuré^. le grand noinj^re eft de ceux 

On dit , éh fait d'arts , heureux géme , & ja. 
fliaîs inàlheureux génie '^ la râlCon en eft palpable, 
c'eft que celui qui ne réuflit pas , manque de gé- 
nie abfoluriient. 

Le génie eft feulement plus ou moins heureux; 
celqî de Virgile fut plus heureux dans Tépifode 
de Didoj^^^jgije.rfans'lâ fable de Lavinie ; dans 
là «Ijfcngjîog de ja p^^ , que dans Ja 

fuer^rf d^^[t^rnus^|'^om^ eft plus heureux 
anç/ï'jVentioh (Je de Vénus, que 

dançcel|e'.3eV vents enfermés idans une outre. 

On : clït Vnvéwr/o» heûreufe' ou malheureufe \ 
maisc^ft au moVat,'c*çft'enconfîdé^^ les maux 
qu'une invention produit : la malheureufe inven- 
tion de la coudre; l'heureufe invention de la bouf- 
foie, de iVrirplabe, du compas de proportion, &c» 
Le cardinal' Mazarin demandoit un général 
houroux 9 heureuÀ\ îl.entendoit , ou devoit en- 
tendre , un général habile ; car lorfqu'on a eu 
des ifuccès réitérés , habileté & bonheur font 
d'ordinaire fyaonimes. 



^4 HEUREUX. 

Quand on dit heureux fcéUrat , oit n*eiitciWt 

par ce mot , que fcs fuccès , felÎM Sylla , heu- • 
reux Sylla \ un Alexandre VI , un duc de Bor- 
gia, ont heureufement pilié y trahi > empoifon^ 
né 9 ravagé , égorgé ; il y a gtande apparence » 
qu'ils étoient très-malheureux , quand même ils 
n^auroient pas craint leurs femblables* 

Il fe pourroit qu^un fcélérat mal élevé , un 
grand Turc 9 par exemple » à qui on auroit ait. 
qu'il lui eil permis de manquer de foi aux- Chré- 
tiens , de faire ferrer d'un cordon de foie le xou 
de Us Vifirs quand ils font riches, de jetter dans 
le canal de la mer Noire fes frères étranglés ou 
xna(racrés 9 8c de ravager cent lieues de pays pour 
fa gloire ; il fe pourroit , dis-je , à toute force » 
que cet homme n'eût pas plus de remord que fou 
Mufti , & fût très-heureux. C'eft fur quoi le lec- 
teur peut encore pcpfer beaucoup ; tout ce qu'on 
peut dire ici, c'eft qu'il eft à défirer 4"« ce Sul- 
tan foit le plus malheureux des hommes. 

Ce qu'on a peut-être écrit de mieux dir le 
moyen d'être heureux > <îft le livre de Séneque 9 
de Vitâheatâ\ maïs ce livre n'a rendu heureux 
fiï fon auteur ni £esleâeurs. 

Il y avoir autrefois des planettes heureufes 9 
'^'autres malheureufês ^ heureufement' il n'y en 
©plus. 

Dts âmes de boue , 4«s fanatiques abfurde? , 
préviennent tous les jours les puiflans les ignô^ 
rans , contre les phijofoptes ^ 1 fî malheutewte*- 
ment on les écoutoit , nous retomberions dans^ 
barbarie , dont les feuls phikifophes nous oët 

tirés. : - . '. 37:ilt' 




_, 


-■ -.1 


./;, , 


VTîSt" 






MCI 


:ouo3. 




. , ,. 


:.q ^ 


-l 






\- 


\ ^*'^^. 


;v 


»Jd 


4iiU> 


^Viïm 



r 



fi 



:';Ct-i'.t.oiRE. 



\ 



ndiio'jm^ 

e#^iiriS tTnl^précit'^ft f^its donnés pour vrais ; 
Vj au comkàue.da'la fable , qui eft le récit de« 

I&itS^tfotÀlâKfftOtlï ÛMH* 

2\bl\\ji^^i'hiÀokepâe$ ^inions ^ qui n'eft guère 
-4\HtJey.CBCUfdi des erreurs humaines ; l'hiftoire des 
sftfSs fieut: êti^ fta plus utile de toutes , quand elle 
vÎQJIltià-tiacOnneiiïance de Tinvention, 8c du pro-> 
igJ^HAftê actfi « iadeicription de leur méchaniijne ; 
Xhj^'^t^ aacurelie ^ improprement dite hidoire ,' 
,8(^qui eft une partie eflentielle de la phyfique* 
'.-ujI^'hiAoiixr des événemens fe divife en fa crée 8c 
.^^/^^tifMykti\»irQ'(acxée efl une fuite des opé- 
«ff^tÂfns^diKrîaes & miraculeufes 9 par lefquelles il 
-ft^^lvi i è . pieu de conduire autrefois la nation 
Juive , 3c d'exetcer aujourd'hui notre foi. Je ne 
|piHhei?ai point à cette matière refpe6lâble. 
.yJ^ {MTejAiers fondemens de tours hidoire font 
iHjdfdts des pères aux enfans , tranlinis enfuite 
d'une génération à une autre ; ils ne ion^-que 
ff9b^les.daii&Uur origine 9 & perd|||p un degré 
il^vpliobabUité à chaque génération. Avec le tems 
la table fe groffît , 8c la vérité fe perd ; de-là vient 
e^^ti^. toutes les origines ées peuples font abfurdes. 
4i^ ùi £gypciens avoient été gouvernés parlée 
^«m.jpdhdant beaucoup de (îecïes ; ils l'avoient 
^jbi.ejnfttîtB !paf des demi-dieux ; enfin ils avoîent 
f^dp9(MQlt)p^a£atat onze mille trois cens qua« 
rante ans ; èi le foleil 9 dans cet efpace de 
tems 9 avoit changé quatre fois d'orient 8c de 
couchant. 

Les Phéniciens prîtendoîent être établis dantf 
leur pays 9 depuis trente mille ans ^ 8c ces trente 
fille 4A$ étoieat remplis d'autant de prodigef 



5>6 HISTOIRE. 

<2Ué la chronolQgie égyptienne. On fçait quel 
niervei^leiix ridicule régne danis Fancienne hiiloire 
des^ Grecs. Les Romains, tout férieux qu'il» 
étoient , n'ont pas moins "enveloppé- de fables 
rhiÇoîi'e^ (le leurs premiers fiecles. Ce peuple & 
récent i"en comparaifon des nations Afîatiques , 
a été cina cens années fans hiflori'en^. 'Ainû il 
n*erf'pas furprenant que Romulus ait été le fils 
4e Mars 1 qu'une' louve ait été fa nourrice •, qu'il 
ait niarcné $vec vingt mille hom'mes de fon vil- 
lage de Rome , contre vingt-cinq mille combat- 
tanS 'du voilage des Sabins ; qu'enfuite il foic 
. âevenu dî'eu ^ que Tarquin l'Ancien ait coupé 
Une 'pierre avec un ravoir , & qu'une Veftale ait 
■tiri'â féri'é uh vaiflêau avec fa ceinture , 8cc. 
'' lies premières annales de toutes nos nations 
mûJèrries dé font pas moins fabuleufes : les cho- 
Ùs jJrocligîeufes & improbables doivent être rap- 
portées ,* mais comme des preuve^s de la crédulité 
ni^miine j elles entrent dans l'hifloire des opi« 
nions; ' " * 

*: Pouf connoître' avec certitude quelc^fli 'chofe 
âe rhîftoire ancienne, il n'y a qu'un feul moyen, 
c'ell de voir s'il refle quelques monumens incon- 
teflables ;^us n'eu avons que trois par écrit : 
le premier en le Recueil des obfervations aflro- 
jiomiques faites pendant dix-neuf cens ans de 
fuite à Babylone , envoyées par Alexandre en 
Grèce , & employées dans l'Almagefte de Pto- 
iomée. Cette fuite d'obfervations , qui remonte 
à deux mille deux cens trente-quatre ans avant 
notre ère vulgaire , prouve invinciblement que 
les Babyloniens exiûoîent en corps de |»cttple 
pluHeui^ fiecles auparavant ; car les ^fU ne tmi 
que l'ouvrage du tems ; & la parefle nàtttï^uî; npàr 
hommes les lalflTe des milliers d'années' îâiti M» 
très connoifTauces & fans autres talens , que cew 
ie fe nourrir i de fe déftndrç dei iniurtid^ !'»&*» 



r 

I HISTOIRE. ft 

I k'de s^égorger. Qu'on en juge par les Germains. 

\ & par les Anglois du tems de Céfar > par let 
Tartares d'aujourd*hui , par la moitié de l'Afri-. 
que f 8c par tous les peuples que noas avôn» 
trouvés dans l'Amérique , en exceptant , â queU 
ques égards > les royaumes du Pérou & du Mexi-*. 
que , & la république de TlaCcala. 

Le fécond monument eft réciipfe centrale ia, 
foleU , calculée à la Chine deux mille cent cia« 
quante-cinq ans , avant notre ère vulgaire y &. 
reconnue véritable par tous nos aftronomes. II 
faut dire la même chofe des Chinois que des peu-, 
pies de Babylone y ils compofoient déjà , fans 
cloute « un vafte empire policé. Mais ce qui met 
les Chinois au-defTus de tous les peuples de la 
terre « c'efl que ni leurs loix, ni leurs mœurs, ni 
la langue que parlent chez eux les Lettrés, n^ont 
pas changé depuis environ quatre mille ans. Ce- 
pendant cette nation , la plus ancienne de tous 
les peuples qui fubildent aujourd'hui , celle qui, 
a poffédé le plus vafte & le plus beau pays , celle 
qui a îayenté prefque tous les arts avant que 
nous en eu filons appris quelques-uns , a toujours, 
été omife jufqu'à nos jours , dans nos prétendues 
hidoires univerfe'lies ; 8c quand^ un Efpagnol Se 
un François faifoient le dénombrement des na* 
tions ,' ni Tun ni l'autre ne manquoit d'appelier 

i fonpays la première monarchie du monde» 

Le .tî'oifieme monument , fort inférieur aux 

I deux autres , fubfiile dans les marbres d'Arondel : 

|a éhroniqUé d'Athènes y eft gravée deux cens 

^oIx3nte-trois ans avant notre ère j mais elle ne 

lîK/^que jufqu'à Cécrops , treize cens dix- 

liiÂau'àelâ du tems où elle fut gravée. Voi- 

L?(£i(il Vhilloife dé tovite l'antiquité , les feules 

^/nâSfiWÂ'i'es îriconteftables que nous ayons. 

*"V*ft*eA'pas/étbnnant qu'on n'ait, point' d'hif- 

fâÀ'îLicleniie* profane au-9elà d'environ trois 



lilSTOtRB. 

.lpa£^..-& umv?rfelU igaocfuit^ dçice^ 9^t ^ni 
tr^infinct Us faits par Viçxiturc , en font ç^ué^ : 
il ]r a encore plufieurs peupl«sj[{i)i n'eoQnt^«ac«n 
ttfagc» Cet ait i»(.fut commun ^e ch^H^tcés- 

Îftij(,. nombre de nations poUcie%. h, ;8f> encore 
toit*il «9 très-peu de mains* Rien de^pJiHL «raxe 
^M U^ Franco^ & ches l^s Germainsu .que. 4e 
i^v^ir ^rire. jufqu'au trciiième <8c.qiHit^|EÎeine 
fiiclfs.: prefque tous les aû«s -n'iiipieat attelles 
que par témoins* Ce ne fut, en France, que fous 
Charles Vn, en i454« qu*on rédigea par écrit 
les coutumes de France. L'art d'écrire étoit en-^ 
cote plus rare chez les £fpagnols \ 8c 4e*là,vient 
que ieur.hiftoire e(t fi féche & fi incertaine > juf- 
qu'au t^ifis de Ferdinand & d'Ifabelie« On voit 
paC'là coipbien le très-petit nombse ^'hofames , 
q\\t fçavo^nt^ écrire » pouvaient eo,'impp(er. 

Il y a des nations qui ont fubjugué i^n^ partie 
delà tçrre<, fans avoir i'ufage des . çamoeres. 
Nous fçavons que Genghis-Kan conquit u^e par-p 
tie de TÂfie ;|u commencement du tireizMI^ fie-r 
cle ; mais ce n'eil ni p^r lui $ ni p^r les Tartares , 
que nous U fçavons» Leur hiftoire écrite par les 
Chinois « & traduite par le P. QsiubiLf dit q)ie ces 
Tartares n'avoient point Tart d'écrire, 

Il ne dut pas être moins inconnu au, S^ythf 
Oguskan , nommé Madies par les Perfans & par 
les GrecVf qui conquit une partie de l'Europe 
ëc de l'Alîe , fi loh^-tems avant le regn^ dç 
Cyrus. 

Il eft prefque fur qu*alors , fur cent nations , 
il y en avoit à peine deux qui ^faf^ent de carac* 
tçres. 

Il refle des monumens d'une autre efpçce , qui 
fervent à conflater l'antiquité reculée de certains 
jpeuples qui précédent toutes les époques con* 
Hues 8c tous les livres \ ce font les prodiges 



HISTOIRE. ^ 

^Tft^lfciacrrcF, comme IttpftshaiiAéi fttét fltiÉk 
à*Eéfpxe y q^lotitltéfUié au* terni. HértfâcM^'^i 
Wfbit , il y a deâx miUe deux cens »ns V l^^'^i 
Ut av^ît vus , n-aVoit pu apprendre é^^ ptêtrst 
figy^iiedi^ ; ^^ani; quel tems on lëtf avoit Hé^éi. 
^^ ir^flTdiffieHé de donner à la plus ancienne dès 
'^yramiâes , Aiétn^de quatre mille afls^-d^âtitf* 
l^uité ; iiiaiy if If^^it eonfidérer que ces effbrM' et 
^^y^têxWérhSH^éea rois n'ont pu être ctatmcm^t 
f(tKr^K>iig-teihs apirés rét/ibliiTemenr' des Vîlks. 
Mïis pour -bptir des villes dans un pays ii^ndé 
tous les ans , il avolt fallu d'abord relever le ter- 
rein , fonder les villes fur des pilotis danr et 
terxein de vâfe , 8c les rendre inacceflibles à TU 
nondatiofl : il ^voit fallu , avant de prendi* ce 
parti néceflajre» & avant d'être en ^rat de teniier 
ces grands travaux , que les peuple^ €t ûtiktt 
^pratiqués des retraites pendant la cfoe dû Nil f 
9u milteo des rochers qui forment ditm chaînes » 
i droite 8c«â gauche de ce fleuve. Il aVoit fallu 
4ue ces peuples raffembl^s euflent les inilrUmelis 
du i^BôUrj^ge , ceux de l'architeâure , une gi^an- 
de connoiifànce de l'arpentage y avec des loix ^ 
me police : tout cela demande nécelTairement ua 
efpace de tems prodigieux. Nous voyons par les 
longs détajlsqui retardent tous les jours nosen« 
treprifes les plus néceffaires 8c les plus petites , 
cbmbiea il eft difficile de faire de grandes chofes , 
8c qu'il faut non feulement une opinjatreté infa* 
tigable , mais plufîeurs générations atfimées d« 
cette opiniâtreté. * 

Cependant que ce Ibit Menés ou Thot , on 
^G^êèps , ou RamefTès , qui aient élevé une ou 
deux de ces prodtgie^fes maCTes, nous n'en ferons 
>â$ jïl^rS^lÂftruits de rMftoire de l'ancienne Egyp, 
^te|la langue de ce peuple eft perdjue : nous ne 
fçavon« donc autre chofe , finon qu'avant les p lu« 
i'^ E ij 



^9Ç'W Mm^^^^t ^I.Th^VOi^ de qi^oi faire >ifl|^ 

; 1 ÇelièTqueno«5^.nj3ïiiiiJôAs,^^cf^^jîe »' « cflii'eft 

W^^ a^ .^ ,^î^ laVpn^,^ av .que 

quelques probabilités ;,^-et^xleuI$ livres m'ofa.nes^ 

«9ifr,«; 8^ i;fimoire d %ro^^te.^1,ef^a^^^^^ 
ç^)Ç09)5fif^s jChinçjlfS ;73jç,,jç^çard^^ quejcét*èm- 

|Qi:*é|:fjf^;pQW;jôi^ , parie dé la terre>1^?iîïîi^ 
|i;|ë iil,ei>f;lwata.,les Grecs en léy^ recftahr^^& 
if^l\JLYf^s^ ,de ion piiioirp^)yar' h'rT^\Ifc^M^ 
f:^tçvefli^fegj:iie i, & par lecnarme de'ià'àiaiàii!! 
j^J^f.Utvf par les. fables, Preifqii^tfcxit ce-JiA 
raconte fyr,ljsl fj^i ,dqS; étrangers V'^cftfabw 
§lf^i%itP)^cc^ «^*f!,* yù.eft vrai%^t^h'ayp^èl^^ 
Jui^ipaj:.exç;npliÇ,v qMelle, extrême omxlélkS^d fif, 
rfîu^- fpleo^eur réinoir dans l^^Afie i81}fè*à\n 
^awiowrd'hui pauvre oc dépeuplée,'!! a v'u"â^^ 
^hes les prélens d'or prodigieux qUe l^S"ii^ri^ift 
iLydie avoient envoyés à Delphes j &' il'pàrîèfft 
y^e^ auditeurs- qui connoîflbient t)elphes cômî)^ 
^>lui. Ôr quej efpace de tems a dû s*écoulér^Vâ^ 
,m)% des xo\^ de liydie eufleiit pu ama(fer ral^' 
-^tUfyvi iiujerflûs', pour faire des*preïïn$ ffïiffi: 
,ilérabu7I un temple étranger f^'"/ ^^^ ^f 5 "«^ 
Mais quand Hérodote rapporté le s'çp^tli'^qtl'îl 
^H eat?ndu:s , Ibn livre n'eft plus qi^ïïn ^îfflf^ 
^lî^i rcû-embk aux Tables .Mîn^îi^JinèVi^^eft un 
, Ç^ndaule qui iBontrié fa femme "tptàe^flàS^ÎVcïa 



qu'il parje, Ç?réfus ^'à c'erit îféucV àëtS'^Tait 
-r^^JjTÇi'Wrf^.Wtu'e dans un plat d*airaïn. Rôlfin , 
' qai t^petç tcHis leV contes de cette efpéte i s/d* 



H I S.T O I RE, 10, 

Iplr^^a fci^nce de Toraçle , & là véracité à^A% 
pollon , ainfi'que lâ'pudéur de la^fe^fe «tM^-hil 
Cfindaula ; & à ce fujet , il proporc à la fîdllct ^ 
d^mpêcher les jeunes* geiîï de fe haî|HèV Ams U 
rivière.^ jXe'tèms eft iî cher ;^ & i'fiîftdirë-èMm- 
menffi!;^,^'' qu'il faut épargn'erâiiiJeQÉHjrs^]^ telles 
fables & de telles moralités."'''' ' ^c^r ■:>ir^l^ . 

L'hiftbîre'de Cyrus eft^tpute êéRgvfréé^piii Sèn 
traditions fabuleufes. Il y ^ g^diide a^pai^éè 
que ce Ki,ro , iqu'ori nomme C>yi//ï à !à^tiôW*"'a'és 
peuples guerriers d'E^an, corfqùit eh cfFét B^y- 
lone amollie par Jes délices. Mais on ne fçah pas 
feulement guel roi régnoit alors à Qabylone ; (es 
uns (flfenii'Baltazar, les autres Âtiabot. Hérodote 
fa|^. tirrr.Çyrus dan^ une expédition contre les 
MaiS'^i^li^s^^ Xénophon , daps £on Rotiii^ ïHéxH 
& pQhtioué ^^le fait mourir dahs fôri^lît.-'^i^"^' 
- . Ôq n|]4aî^a«t<'Ç chofé , ftatis^'Cfe^^étt^rëè'^^e 
l'hmoUe,.' fiqon q}ri\y ' àvéiv âé^mHxV^lfin^'^ 
Items ., ne v^ftes empires ,'& ûeï'i^àkf d^ift'hi 
puiÇance étoit fondée fuf la niîfiiré''piAîîque ; 
que. la tyraniiie étoit parvenue jufqd^^ dépouiller 
les hommes de leur virilité , pchit's'en ferviti 
d'infâme^, plaifirs au fortir de l'enflinte» 8<'p^ur 

Îes çii^roj^r dans leU| vieiiiéf^e ^^ là' ^àii^ des 
ém|iê« i j^Vê la ftjperftitîo'rt gbtimrtfaît léfi'lftjàl- 
3tnes ; qu un fohge étoit regardé' comme up'a'^is 
du cie| , ?c^^qu;i.l décidoît de la paix & de la 
guerife, $tc. 

A mefure qu'Hérodote , dans fon hifloire , fe 
ïappr^lie de fon tems , il eft mieux inftruit Se 
plus lyjçau,' Il faut avouer que l'hlfloire ne com- 
nj^e 'pjpur'noi|s \ qu'aux entreprifes des Petfes 
contre les Grecs, On ne trouve avant ces grands 
jév^nemens , que quelques récits vagues v^ èhye- 
ioppis d» contes puériles. Hérodote devient le 
jnodele des hiiloriens , qi^and 11 décrit ces pro- 
digieux préparatifs de Xexxèipour aller fubjuguigr 

E iij 



ïe* B IS T ttl R «- 

J^ Grèce » & enfuite TEurope. Il lenii«»vMV> 
die pvèv^e deux millions de {oïiatê ^ depuis Suae 
jlèfqu'i Athènes • Il nons appreaâlcoiniiMMt 4tfol«at 
armés tarit de peuples différons , qiiie ce AM»aar«<^^ 
^ue trafnoit' après tui : ditcBit b^eit oublié ^ ^ tfà* 
foitd de TArabieêc de l'Egypte ^ );afqu'aii«de}a dé 
la Bad^riane & de Textrémité ^ptentrionale de 
la mer Caif)ienfie , pay« ak>rs habitév par des 
yenpks puiâTans 9 & aujourd'hui par des Tarta^ 
res vagflboAds* Toutes les narioiii 9 depuis le 
'Bofphore de Trace jufqu'au Gange , iont Ibus 
le ^étendards* Ôit vok avec étoiinement, que ce 
prince poâl^doit autant de terrein V qu^ei) eut 
Wmpite< RbiAain : il avôk tout ce ^ui appartient 
sHij&drd^hiiî^ Gi'iin>dwMegoi^^ft.deçà du Gange ; 
iréiH^4t^Pcrfe'# tout le pays^ des Us Wcs', tout 
l'empire des Turcr, fi^^s'eUex^épt^^'-'Ia^koU 
'mmi^ 'Mniî'ih t^inpëf]f(ë)^4^pofll^dOt^44Sra. 

e^VèWdét^^éclâihsitèUf s • en vers'Sc^ ità'oioi^^/iqttl 
«jiter'cr^Tou^Aiexaiidre , verigëâi-'tiëlaâd^ët^i^ 
frbî 'srvâ}^ fubjugué^^ l'empire dlf'l^ékfÀeâfi'I^iëK 
«i^«^ if Â'altîà en Egypte , à Tyi" ,^8i^àH9Hft£i 
*H, 'Çoe parce ^qu'Hie devoit i ^'-qôèl^r s 3<'©> 
gVfrtV 8C rtii^é appartenoiéflt^'li^ddMflftfkW 
5ws*c«t^*#^aft€la^i»ct?;; • '^^ ^fJ^^ ^^'^ c «ifi«î 
» »éf\S>(!é^të 'etirb'iâêthè^di<^îfe -^^HÀrfl^i^ifii}^ 
IW)è>remier hift^rieii i comÀî^ HéAre^#f^èsi^ 
irfîéf poéff épique ; '& r<5«B«^d<ux^ CM¥ém^m 
BiàWéiV^^ie^ 'd'an 'àrt^ ihkJdhtiu ^avâtft' ;rtfif. 
€?tûûn ^ftacle admirable ^nsHéè^oré^fâUè 
âi<r^epeur de PAiie SiderMfiqik^V^^iqAit 
pMëë%rk armée rasrkeÂCé'CmMA fcHi^^i'^hi^iy^ 
rf^fie eh Europe ,: qnl pft^d Wll^^ieé \^ M&^ 
ëédëiî^ , ta^Th^fTâHe ,« l'Achète 'Tiijtéfe^èUi'c^^Bc^ 
qisi etkft dans Atheitn a&an^niiee« 8t^;dé(erté^ 
On ne s'ittend point qfte les Atbénlens^ns-Vilte's 
jf^9 tétûtoirt^ réfugiés ias leiurt Tai&H Ox à^eu 



Hrl s TO I RB. vj 

rite d'iua.pttit^p^pla^aiwr^iix S( :iiërfaifptf^(9tM/ 

plçs, A^atiqiifiS, ..Q^and 9i0 iU i'blftoÂm«ft4«if ^ 
la viq;air^ de\b<pjame.ifait. fojtyeflii;4fio^y^':Al| 
Sialamine 5 ^jjpii^cprnp^ïft 4am. ^ijgftc^^SAWîïFJiÇj^ 
Ôc^Çolone , 4oTrii^ife€UA4i!£6riW?di«s-.yeU4j 

-B?*P9y<^i4ft.oq%cfifew<^4;g^-p49tf,i:t(^ hç^g^^ 

BftP^efto« f flys>i<M*l n'^A P^si ipl«?. .. giand», qn'iwiei* 
jr^iTOB K^«|Ff39J5ft-^ii d'AilWîlg^e .,; maisgui % 
OW^MtftaAffe^oçHn^s.iRO tout genre , diga«s d^M-j, 
'^Vtium'^n i|Qttiort€!llf,5 8c.co9ime il b gu^r^ 
ds^te^:,lfplM^^Wnl>>U dus âiauVf ^joutoit un^, 
WJiTiftftifeH ft{*î JW^y^ilJlx^eabru à lyi^rîtW 
main 9 c^efl dans et terj^jt^f^ 1tp^p.l^^skr|:sAçm^^ 
fei^n*i«fti<Qf«iÇ?. 9Ç'ieA:a^fi ,qu'ys.iÇ0i9inw»cW i 
(l^pçi^pâiMaer eofuit^ à Ram« r dan» d'aytr^ir 
gl^f rs^f çiMi}es^4,4;i teo» df^^Céf^^rr^ «qu'ils r«iMiil. 
fj%nte^tîÇftr;e;d^nffnOit:re q^iniiitue fei^i^iem^i^cl^. 
d«,yèi%^g^Ke,,.fi?rxnkl« ti^ubUs M l'Italicà, 
;,4pïfe{,CfttîÇ>gq^i!c.>i^i| Pélpponnefe ; àicx'i», 
l»raTA«cyi4i4fr)i| vjje^f .Iç ii%i^$ célcbr* d'Aleaçiiijj^ 
4>^A 4î"'^^^8rtft'ï^'êW*iUv4 par Ariflot^,, fl^fc 
%i4«3h^ft**«?tfP piMfl'4^fviJlcs que les autres .^)ç;l, 
oç^d.^Wuit ,i ^/.qui çi^^aoge le commerce de lîup, 
niy)çrS'',I>e {on tems ^& 4e celui d^ Us fuccc^) 



f 04 HISTOIRE* 

jnEÛH« eoinmtnçokÂJ«er «fur die tes têg^rAsitÉ 

:}iicmoirè&tltifçléôhiifn£>itulov9i 2^b «^hun;..! 

^Mit eue nmriA^îrfes ttiniàfclégKklbiitto^^euEsiièiix 
iftioâiënmvi «tr<«igiienri}Atiœlaii^lAfa!nm%2ii[:qK 

admb Uqttt^ oft9?Î4^&C9'i^ssaEt6îœipâfaiiits zeù 
JtfiM^yneoiAttaiiaiguitf)) en Efpsgixc^^ rncjfoaHc«r^ 

^h Amtb^xatnibfdfncantt âeièlèiBfiiffiffnBFOinBâi «lucA 

Àeè'AI éa<^'(mlap](lllè L'Aïoli») ^&ii^^.^cii 

A$Aoa^iiidyWâ'i'e(deIp6â^ècai»aHâar0sVp<|[uï ^^^n^'^ 
mpi^hsitfeiit'^si^iBtLivieai&Bianpasfsdîlfti^ot 
^ 9ffcH&a0a|ttei^Ea>cipi&kfti^infi(|}a(Qleiserfériu^ 

}s)fiB^K)de ikurrieai{>ire;àiGoiiibihit»K>pk iullbofift» 
iiiu,Anaîùln»amé)ftÔcleil3rJif}J'h an^'jf uK'uplur 
jR&cft'fiérJB:^itnfib£a QllÛc^îiiit^^ûnàhili^è^Wf^ 
itl^^àUàxPtegt ti&YbL^uièt?ap^èç îil»')ïWiHQ»4 
daî-ifEaïèqfïe^^. &i ks aDri.riprèttipei»ft9{tnyei&r#CÉ 
fibuiteHe. Uartftlé'i^imiqprin)dmeïfi& JanCf^t^rAH 
tioni dits fokaoé» v]^ontq(pi'rc;tâi|qttffe %4d4 iviftfti^H 
agc^'ifîdelcâ , au Vuwi detqdgjroidiwpi^ rMtfeuW.t 
mfaimiéep (kns ieiidQ$afqs;de))iai^ ij^i;ég^^||«i4f 
'JknoTjii ^lufqt»')iismQrni dafiAi'<Bun(l^aE)>M5^ 
fes hlAoriens. L'ancienne indis«ici AitM^Mi «^ 
iffpeirftiidfliri^ftîpoîniDidé ylHjif^iH«f:^«èHlte»^ir 
fon hiftoite partficiriÎKre,. Oh .«A âccaW. ft»^o}t 
P9Îds its minncits* ya )u9iOQieT4uirv«ijtMniii^ 



HISTOIRE. lof 

tmniffrH^Dbligé'dcrfi'cftctiefitr jtUifil des gvaAét 
éyibkcmuar j$b8ciil^a9tltotids'iUl ipims £ait9/|Mu^ 
té&nii^s qbktfMiV)câHfe»ia^^n9leffe39iy3aîÛt djHZS 
la multitude des révolutiQa8iiriàd^itidbi}t«ms:& 
lesiflnœlupdb«l|^«qdfiS^lstÉiftofiâr-^«tis%ikt^^^ 
à liUri(lâiGe)deffi patûf » k'iaiiijak^:iimfaSk4ti i 
réftrvcid,4)oufj«lfalil]|^àIdfanife ^ jSftîjotMritiiiè m» 
j^sj^aiÊa^klfymïattMtntmsu^rmu lamuùxï&ûire 
T^ttMiAéfirmmt ^iipt{Kd)>80Jeftlrspftm»à3|iildies 
oj^sfeéuBÎèusi vàt^epaM iey ^tfttxdf gg^hd fi if b cpift ft L* 
les onldÊi^cBS^^sapi'eiât^&gefla àâpiùpià dbttte 
dr>K8in|)nrt Jlnifsî^^ ne foaig^iCOÉiâseiéivHàa^ 
marqué ailleurs , quen^eio^\K«t|ien:»fai[)^iQâres^ 
iùu^ j|ion(K9in«ilfaiifàreé) itttatatfékiim^imtK de 
Qjfaift»nÊgacb-iLÙngletc«râ3i»ftêi|U2^ig^ 
j«^\a^<iégisé^di£dSittôlrd]II]i^faxfi)1^iâcl éft'ia]& 
'^«gè îii|^u'am'^£feû&B»éqfiec^eh;9i'sA(Uciha9Ée^^^ 
]oisgittii»iiiaBqnardiiiu/lÀ9iqUc;eliffiîiikriâDqM 
«durt3ÏC9âe^s^âr'(yfyeiip3ib:^èosfpOBdUtfl^ ; 
jl8Jllje<fdà&i)e^â?a^pBn»rrqk la.véxttéiàiit4[aBia« 
iBti^dlIotarèâ^iéeriv^ïiBsnpeu^itkfttnus î»! ^ttàpûni 
ibinvébleoQCiivcfmqûesiliiifcx^ ttenib mal» 

taéèàUifScHi^e$iaâh ¥i(^oithsf }fLickti«réjieii||iEi$ 
^0(iui dqoia:deil8ll^iom^.iTt}«^uesft uocàifiifioii 
Jusqu'au régne à'îCahel\e[jèè\é€nStrdutBuà.Llià 
^fvm(féi!^fafy^^iÏL"QniisifSLi4 eft ^etn iptcâbià/'dâ»%l. 
fkVUtfibbfcdrs ^bf(0fiis7ilargôâv]â'i^iX)iQat;&)ni)]iégit& 
DirHftt^ibe4n3i]urét€pi(biec^ IkI prei^eiisdtfeiiib 
é!l?l^ftiin«fe ^nts^kpsîinpitâffeii'àfmfl^iie .etioxude 
SididSi^ f^hds ^iPppén^fJ^pat^Mft éesidcdhrâikim^ 

fèr«âto^^11sr<dht^ii»tolt»iidks2^!& qa^antaim«c 

te iMklfU^cï^ kirttîrëiii snnaiDiiBM .zn^iioflirl zok 
• 'f^#i»éiiH^tfth'#aaUhlàhyrio<|Iiiè3é6nlébrcrti»'^ 
jHo^ ^^^ jl Mxif9 £hrt»hiod»9rriiixâ«i;nae 
jOia i^etl^a^pÎK%ue7(»ft<» 'QudipBsifimaishs^^ttH 



««m ontèohfervé det ^èfrt^r^ aè¥<IK)Htffait4f{l^ 
i|Mi contiennent des donations , dont Tautolftè^ 
•ft quelquefois contëftÊè ui^é^tP^(¥})y»l»^lkii^«t^ 
cntit où l'on pn^fiè s'échii^ér^W4'«$ftd!^êi&%lft4^> 
qt» , Se fiir ie ât^^p^Iiè'Wf«iâa^yi.%fii 
Jkterre «A^ ,' âè' ^iSvfs lès' B^à^^^ éJÎIMStfiSiis^ ; m^ 

Us a'ufpice^ de la ;-eine Anne , ccyi^itff^iiVF^d^ iM^ 
inplrtto ^jdrqtMÎ hliW. 'ioârj- Ils 'téfkÀàm^^iîU' 
voit ,^îy#eién$ffe'V^<]^^^'^G^n5ntiè^^à¥i:fe^ 




arrêtai 'Kl^^Hékfp^^'fàf^ léif^Adife#.-' QhVa^^ 

wihe =E»ï*AH"^é\i^ir'»Mtr?ïî»'^X5ifaîk i ^'WtP 

Me d^%^£bi^râ{tirn'aâ'lm'ftoy^'d*é^slt ,'fiàe 
citoyen peut fiaire'^t^lb'fif fié^»êl,^tf li¥l éi^r^ft^^ 
3»:? 'âSret; gia^diî ïbtf i»ay^ V 'é^cHt^^ ^bi^eit^le»' 

Wês dans'leiia'tt^^y da-néfïfe'ci^Artï^riëV fl^î*^^ 
gticuîtirri^; tes gl-àndesr tl^tls^'fiafll^é^^^rfoirt* 
beaucoup en totit getiirè.' 'Q4f 1i^ l^s^^êiÎP^H^ 
fctnettre devient les ycujè lè^^ cWlntr »"1é# ftîfSk 
àénrs caiïfés par dey <ll^(éHrs'^bpiWMMF^||» 
cettakrqtr'à forée dé re1t^'mUér^%iêâfèi?ê^i!tf 
ces qtierelks:, onîfes tthpktMWii^Xt^l^^'^}^'''^ 
C'eft pour avoir fu 1er d^faH^^ b^ifiéfék ^é 
Créci , de Poitiers, d'Àt>îiî^îiW>d^Slfefi.^n> 
tih, rfe Grarelfîifs, ficfc.^tjtit^ïè'^^fcéï^kiô^rffai^ 
tkal de Sise iiAixmAàAWV^imi% iftMl 




11 verra ;que U f^ine Elkabeth t par lesieuieg», 
rflflburces du commerce 5t d'uoc fage éconocnie,, 
réfifta âu puifllattt Philippe U , & qy^ de ç^p|L 
vaiir*;awx qu'eUr mit en mer contre, 1^ .%^îf e i^^ 
vin cible ^ les traî^ qu^irt» étoiecit fpi^r^^i^p^]^^ |^ 
viUe s çoiu m erçantes d'Angleterre- f,. s ■- joi 

La France nc^p, étitamée Ibns Louis XÎV i apjrigj 
n^ufati&de Id.guirre U ptiis AïwlUçtAieiife , raoa-^. 
t^^a^^yici^iiiment Tu^ïilité des places fr<Jiuier«pjv 
t^'^i . çonft ry ifit;, , E t\ y aiii l>iitt ut 4^ s, Ca ntÊ s d», 
l'^iplï^té ;de;rcmpire Roflia^ta J^lânie^tfi^l Juftinîeii^ 
d^avoir en la même pplitiqi^e ^u^Xo^us XIV'^ ^ 
B^idçVQit Jbklimer que !es impereuj^ ijul négiiseo- 
ient c^s places ftontieres , ,& qui ouvrirent le^ 
VS 




if^M^^t^l^^.qn s>ft .toujours. rcMni CQtttr^.iiije 
tt^j^ài^f^iy-op pi;4ppi>dérapte. Cç^JVftÊine d'iqui^f 
ÏÏf^ st,tou^ù;-f ^tè iofonnu de$ aacieos ;, & c^eiOl 
L|^a^on.dç^;4^cè&)dM, peuple Romain, qui ayan| . 
tçifmi,^i^.4RÙic(^Supèjçie}ixe à celle des autrç^ 
peuples^ tk^v^^i^S^^ ^'"^ après l'autre » du T|«- 

rtj^ç^^.-^î^çfài^^e de^HiJloijre. Toute certitu^j 
q^pl»:eâ:^9S iémo^ftratic^ mathématique , n'^if , 
Wmi exu^^^prçb^bMÛjê. U n'y a jas d'a^t;ç<| 
jEseititudê hifionque» 



iô« H I s t o i.îi ter 

^T^ 4eu^, FOI .1 tjrqis . lii}ft0H«|ïft r,f«Mt^|iMîi«DîiYftii»tr 

4wî|!«f» ;ii a'Wen, Aâluja çrQ>re:, fWKs^i^^'iplRiii 
*mHI>» «;^^iî^f»'eft ni fag^ç , ni ordiRftlftewçcltei 
ï^T^/MC9$it?#Eç' njl api; loix d€(}a .<iatBr^#i.m3«ir 
cî^fa^J^fil^tdik'bérpf, ^ y ^^u^ ?^\ znz'r 

, L'^iii^rfc 4e l^'i'^niRH au inafqite ^ftjf i «vroHh 

lartftiViif /iv^;d.q gç^dr^ du.ctôrnrgUaj «rt ^mp 

MaUrqfSeieç qui Ugardoit^IofSLj.fn^^WaaUiJfii 
^^j^^e/ii JP fair , 3t tpus ceux qui ^«voUi^i «t^fl^* 
I ûftruîçs , me rayant confirmé y Çc le^jm^^^^d^:^ 
jni^flrrçs^ d'état j dép^fitaiw^ 4^^ ç^fec-rjBl ,r f»* 
yiv€i>t ençqre , en étant ifU^çpitSjtçQiîntiif ;itoot3q 
i'aî;4o,ané. à cette hiftoîraMUi: gw^du^eintlftet 
probafe^JJ^I i^ jdfegré^«r|^nt aMfd^(Sw«dft«tîfcm 
qui/ftitv%«rfrii;ia^i;i^fe di^iJRi^<J^f.»ifflïfl? HfkeiV»^ 
vefîRR,!py(U S^»4^. & ^u îiiu s ,4«(itéwàA5î q«fe «•Btl 
de i'|i|^înm^' ail mafqire.de fer/ - . . /ivJ '.!. oiiot 
- (^ ^ui «f ^ugne.avû <?ours ordinaire ijoia-oaittiM;) 



H I s T O I RE.' 109 

attefté'Jjar des homrfies animés de refprît divin* 
Vtrlà pty\ttqvioik^tirticl^Cérrimth de TEncydo- 
piédte»S£fe^fl^'«rtn^#a*i. i*Sfi^d»5ce't=d<f di^e qu'on 

tairt>*#rfà^ ^*îij'3ïriâfitf>^'é^tf:^è^i§éld bataille' 

iriteaé»r#nègit9<|tfitfmôignaëé«d^#oW'W*fe^fiîr 
une chofe probabl^.^i€8i^{m^.|ÔJ3Je?|i¥'ft^rrc» 

eiWeiafebrt àïfeA'ért^'j Ort'-art|telfe'aèÎÉ''t»oiTige»r 

éèitnèfrtf%felWirej)Wtfllh«rortëJpl»A*dairA^'-* i 

fflwvétifti €tî3ên^febîes.-ijë^^jp^îésp*iféç.^{fe> 

prfâ3qii^l6ftij>^ap 'ciKmj^fe i-a*5^>i^îgé!s rd»4ttf 
TïiteMLîir#iHîwinbtH^(^tt gâ=té Yoii lïi^oft^Ç'-^lVfeS* 
dans les faits les plus reçus , <|fifé^'iléfifeK»S«s^' 
dbQtVP \ Qè^h^^g!fe;^rfttën«OH-^iié ^fr ^f^Mi^e 
Hondtrfè a éfér^dWif 'té^5 ân¥îfàî¥s1tHlbi?I^!ft 5 '» 
cïw* Tfhè.L*»SUiifti!to^>d^tfi la> ^^ «tfM^wr 
Mfeptte» îWftrtféfi- 8d dè^ àiim^f ^rtfoiî^ihe^s ^jàî 
l^fielftf¥(ife'(^ueft6us'd^nsPiflberiflië «^Moitié , 
fft^ïk^utmMe^^e y cfu*t>n'fbffge^ (fiïedaift^4fes^tr<yî« 
c^2pdflrt«ft^ ftiftéieff i«rart^d¥c^iré? «toîf ti'èsi 

peif«te%(||mp^eèMrtè»id¥fdtts ^ é^ftèÀfens^qt^fc 

ltfrf»ftftbS«(àÛ^4!l|«^fl^^i^èbâbîé (^lldi^irfï^^ le 







i4^. Ha»TOIRE.i 

codcr4irc% ÀoroânB Balrbfvivmit^rià ï/^f 3Wy%*î* 

fermé par les Carthaginois dans m%^§fffe9H ^^^ 
dtipdmusidA&tifi: mil i^-MU|^téiWéM^Msiaif ^ . 
Bûiyl» osi|tenipMri»m>«)nlffi ^mSîyilMtf mft^^^cf 
elfe iawii idé ^»a(feiilrsIbn'iiP»9A¥(Jif»fséMftiÇR^4 
Nk(bcé:pasi>iiid^an4e.iïrtf90qif W# llAe q^($^9^^ 

l«s.Cdi;thiittâGMiodiiH»y VX^^ivmf^kOJ^MPyl^i 
dailVbireii^ ilar^d4;Kéf||lbtli«fti^fi«foa4>9r^fljnlp 
le fupplictf de.fiift..Ro»ai^«ft Itj^ft^^fiX^H-^ 

sient de Freinshemius \ & il Te trouve q^nfM 
IHaiDAn0MAtii!a 9Ci|é£Qib'l»frt<âlW8¥lP4oi^ id^^r 
ff p?kBBèiij(itclè>r^Qregtafturtt^ ;ijfli Rl^^ 34f« 

libetuavimuttesif cér» k$. ijC^remftfl^r«ftfive^fY9 
ki^jmédjqlia i9émQ:fiwr-eJIAe»pd«9 P^i^Vi^^ÔIdni 
»^nca^j^..Û« «ft /îvlturtU«!mf0ii p^léi'èpcmkftt 
c|UîuninîoniiotBnt..iT^é^^^|jW u|i»u7ï?|ipft,^ipAWb 
dJébr«r un(évéo«iwpiH»^ eni««flfte, l^^ qirt|ti)4fe 
Cependant « iî ces monumens n'ont pas éih^^^ 
Véf^par dtr çontiemporaitn^v ^'il^^^l^>^ft0>ifrHl¥Y^- 
fsies faits peu vrairembUbU<rt,^r^i^|i4t-i4i9|^H& 
citôfev fiooRi qu*on avoi^iUfCOiiÂicrAVirii^^ff^^ 
iiîon. populaire î zf •M3i3fiu g^fe ^-ïJî 

La colomne roftraîe j^ érigé^gdappîiRpfcwi^ g| ^^ 
lti& CDntMBporaMs, de^DiiilJiius,, iîftK>èft$ ^ffUtc 
«aeîisjireuve dtt^la viaoiii^,in,iwaWdïk/^5P^i«fTj 
Mais k ftatiïc de raMgure^IvIaYiiw.,! «li^^pûfe 
«a c^mUoi» avec. «n. wfpîr»:RWi|YiS^T^ye^ifl¥» 



H t S^T O I R E-i If» 

^ik^9^^^Wiifkmm,^tm A«ltèii0scvMtoletis»<î 
elfes Àèé^fÉfmiAinêM'ni^atitîkzbïwv^Kfd^X)é^ 

'1/éiiièértÉliidWièsViki liiéfn.anii«ibMiis^^tabtîe«' 
l'tirfif(flft<^2fotIu«Ae4Mifleilanribii«w iLa »w^'A^ 

. 'ëV'CMtfeiii^idècé(>dét-Li^e«^^fos'jécaîtvi^rabti«^ 
.enP'4ifi«4tfiif^de4d tt>uve»4tbi^4llâits^ Rtkmqhrt tef 

Mfee ^^^& iaës a%^ilfal^ L^ivoidMlîrécnMfqf > 
chëk^Mi Jâ^èi'V N^ptUftt^t&iRercdl'c ^ J^ <jfi>aiiiil - 

n'avoit puint rf« femme t & qui voulo€ti>:ai^rW 

cWWineilV^i felfutoi Cétte^ v^iàu; id^ttn opeiT' : d^ 
tif^èfùii^p a^làiinat^ir Oliotmaa^^boQ» driièiif 

-^PVeCtal^^t^^les fèHi Romames , Synennery 
QH^4li«i<ï^Egy^t6nne« V <t<»efn f»n4iet ftrr dev- 

ttes dcf» anciens hérot. Qétoiept dei^'lkus|iiitnefir 

^^fe «^afffe r,2Wi^Àf)cdiitém))omfieV n'«ft 

A9))erV«ièi.-Maé^e» ^< l^tiâlsfiées deviaoii^^ te 



/ 



in H I S T O IREv 

dernier lieu, pendant la guerre de i740fSyàH 
AngbA» 2CQrti9e'3k& r^ ^W^^'%i<^liâçfhlêM 
xtfààmilez ^uu ^à:tii|i»i 1 1 la3pnfc^lteaC«vi}k|S)^^^ 
ramèiialiVWnâioit^taiMiiélqi») cdti^amhaiQkKveiblB 
fte^e If îi,. j:53 ?^h hrioi -.a zn^L imm^-^ilï aiii jjibi 
-'|[e$iifib]aWanîe f<attiiléi.fiS«fèigiiBgMiii»]^ 
chables , que lorfque révénelAt^tdci^ aRBffa&iMÉr 
d69SBÏtt*^i^^sQrrft0tfi|)«]n8ms ; aloffttoesipreU^â le 
l0U)tènaa&tl%»él f$(i û^uvi^^ «ohftfi&dtit ku9^ 

• '(l^èits»ohTitots7l^kaftoîrtififf<én«(dje3i i^aogvzs:^ 
& &itiattes>yphtr|it»i^ Sio^ âa»$ «tttèGracoÉdâ io»^ 
p^t^fiM ydi^rn^iisë^lfi'ad'afltsdâ^'xtnvlvatBiàà 
c&i(tiatf{arfallbé^H»ÉdfH^i^ev&^ftgulèavet^ ftvqqi^ 

f«up, ââin^ àdbof^q tifi^ixtz^^a'éiiicé^ri taièv 

pdc»|cn9den^[iiâùh-enL.h -^iir^fxitileJ MaK)4)Qiii32 
quoi faire dire %'uiii^mmt ce «{à'flmi^'lptisidsttâr 
jyfai^rolvfidfqtfe airtanvi^tii ^tvribbaf^ qli*il 
iv^çp^ii^»^ ^è(|t.iBn<ri fîaimt /bxiiféé îd^l^ttidrcd 

à la rigu'eut^sffiiffot^eJda^Âs'iinkmû^iift^^^^ 
sâtatonioÀit-tdai (ret|émédhodi$:; rcuïmmû'^t^àBvt 
SBàtié c^ofeu,iinfîât»Yvq^iYpiûlf]e «);$)» ataàQÏadiKi^ 

^vlâuîf%îwf^p^de^'iddiëfiT-iélï>quomJc mk éé^ 

plus d'envie de briller que d'inftruire:. éimfikàùq 

lKiiiitf)^'d^iKC..,£titv^ikC(fflÇ<'tîtis'o 
d£i8Jràtt{(rau(2rifott«<) <|él 1& ' eifpii^t^ladlgaenep 
Wrtî afifcî{|ri<èflcà3tWitmllie^^iftpftai]^inc€lwno foît? 
guidé c]là4p}i(f^ien'!'>âf-^(^ <pj<iilhsn^)«(m-aitè> 
^if»hrt!/otiv^^if«<CfaiPeml<$tt«f;i âvàt nfeitsc ap»«F 
^u^e'partlalifé^ de gravitè^Sc d& fa^^A vi V^t 




H I s T O I RE. Ml 

(eux qn^oii) lî«/Kiree fUtâ&pdziit lût^tàin^kM 

niei» /aDOÉmimfsdf l^ «supâckcir. ^ aycs^nklIitUcIsntid 
peut lire fûrement dans le fond des cœurs -jf ^éè 
uAB^semte^gnfi^iitt^ éAmât ^\ dlâkhkiiSdiiu-/ 

' £lv i/flTx ipxaoïvfolc jp tfnfipn of MtotfMnft uéifio îvtb & 
n^Qtti IMiiiftârMO i^'oCeudtftfe uoe fimiAràv^.iiiiCBd 
>f-cher une vérité. » La première partie de'^co' 
préixgtevii iindDttIfllaiîlt ; )A£ltlt?.eaeÉmiaeliè^- 
tre; 8èiÉctov)éfttié fteftttâxrë de!i|iielqi^ft4itilti!â à: 
rètati^ votreefibfMr«^]eftIciÉid||^aié(l^^^ Matt!(îi[ 
fuppo(ft jfueittilliéélârmftr] riHiiàofte àdfu^ rprînkld: 
qui sforàaiica iipftJM:ua^(^i^9niivffeMMitsiie lèf 

^umfiuûesqcoiqlaldir^ :Aq'^ ridî»^! iei^ Sfe^retriàtimiç 
ftiiJq4i(2Ésifti3Le;.devc)tf df uabiftoirito lfciBiaa£<[ 
tefâkaMcfittitifî'dcAreiri^tocgftrafUl'l j- '} -j.iû i^.'p 
^'ip feppofeinque }H>vitïïf€Z ^iltitpoio? d?utiii 
{bibbâH^ui^larfoîfttf^litflttéttoles fi&ireicptf^. 
blique^M 3die!!re«-v^t réYfilfitacftftèL&îbieilcIl 

«vHo^utnaviauor : ^Ue biyMffSS ;^9ficimîitfc 
t}^aiiecdfifiefGr(»««4»tiiirriiidifcreti^u'uiJlesV: Mai& 
qàb dîne ^.eej cocnpikteurs''io£blenA.,.igiÛ¥i&^ 
faifant un mérite de médire 9 imprilttèeit & vei^. 
à^aû:jdÊrà fcsfldakfiY coisme I>eC9ufte.v€«d(oi&dlBS 
pui^ibttSii.'' : 0Ti.;ri'.' "^ . ;• • d . .j . -:.•.■, 

Hèîodf^tei dene'atoiffpa» releyé ia glwe>d«.quelM 
qarsaf^cRÎgrifatuQ'î* A iîsfvoit çmis piwfîewa») 
fiîti eflniws>fîi^igiî^;^)irtéi»o*fe;5.coi*liien ftoftl 
piiiscéiMc^heiffiUeiS mi^^h^Hiirifhuî^ ,.'C$^vx qtt),ibn^ 
ayain aufcain ides ipértjUfrs i'Hérodofe^ imputenij:- 
a|^ prii^^ '9 ' ^x< iaarîpns 1 des avions, pju&; 
odieujfes , l&ns la plus légère apparence de preu* 



\ 



§14; HIS T 1 R^p 

(kk trouv* 1 daw c«tu, hiuoire ^qu'à k;b^ç^Mr^ 
de Fonuftçj , les FwnçpUjtirwr^f^ /m ^s^Aj^r»- 
glois', avec des balles ew«iiÎ9ftft4e|:>ÇCï4§^çfSf 

bejrUnd f nwoya ^u ijoijde}Fr^n^ ufif^^'i^^ Pififtft^ 
4e€esjpri^ndus poifons, trQj^yj^^idftf^s ,\m$^^n^ 
it$ Anglpisblq®«,oL^ mê^c ay^yç.îâoMiffJ»" 
ks FfaaçoU.5yaa)C,p^4u^vajr;y^^€ pyj^^j^iç^n^q 

arrlt pajr l.eqv<«l.il .^toit ^iSpïndP/^d*** paiplt^tv»- 
fou> d«?$ peines corporelles* ,.,: : .. ^ j 

i,©Ç«LWéffloires frî^u^^leujç.,, -iiîip/i^^^'jdî^^jys 
V^m^fQA^ fs^^pUs.dij.ij)a.reill/Bç. .abfj^çditéfaW^ 
î«lr«irÇe(S. .Qi^,y«,^rp*iy« qu'^u fieg^ d«i jL4!Je,>j|€» 
alliés.iB^çç^ip^f 4««. WWeçf d^iw, l« yilliçit,HfR«ç>^ • 

Prefque chaque page efl remplie 4'WMp<)9ilff %h 

c^jitrf i^ Am^lleâ priacipales .du ro^^^i^Rie ^f^iV|f 
«Wg««^ te 4^iû^ i«g«r€ vr^CambUiice'' qwijP W^b 
d«^Afier b b«indr«^ouleur â c«s ipe^ib^g^Cf^^ 
n>jft, ppîirt étrircJ'liiftoire 4 <^^ ^^\Ai^^^j 
%^ Mr i^lpcHiiff. . , T ... j '.. . . . S3ix,9m ?ijov 
Qft ;a.i9i|jpràmé, . eq Jlo^Us^f, ,., fojjs Uyggg^t| 

eft aiifli groflier q«e^ les injiir^ 1 .8^ j[/çs,Çf jt^^iiÇ.,^ 
faux y qu'ils font mal écrits. C'eff , dit-Qn.y^.go - 
mf MV^is fxmx . de Texcellent arbre d^ la hbexxju 
M^js .r^.leç Qi,alheure,ux auteucsi.de çti^i^^ffkji- 
oi^nm lapUbçrté de tJ'pi|ipfïf'lesJ*efteuM^--il,\ 
fauXjU^fjj jci de la lifc)^rtéid^ j^js déuaiqBer,^ ^^^^j, 

<t 4i^fyfU. On en.5» tan^ ^î^Juç^ c^te ^flUXlç.»?. ,►. 
qiV'U^^VIt.icijen dire très.p^p^ «Oa içait ^{lezquf^ 
la.inf^hode.i)6cleftyle dç Tite-Livç ,.fa.grav:iU^ 



HISTOIRE* î>t^ 

■ pèlMit'^ei lyran«> ^Pi>)ybc pour donner def 
UçiJks^Ék lif^viétl^t^^ Dênh àlibiio^tttiiltt peut 

'iMi «ivft dodehint , tn général , (iir Jcei 
gi^tfdr J mii$v#e$ , bn a auiourd'liiii lua fardeau* 
pkif'i^t&iit^ue lelettr àfoutedin On exige des 
lifftërieiis modernes plus de dét^filc , dei faiîl' 
pHltf' iiàtikefii^i des dates prétifes » des autori- 
tés » idiîs'd'Mrtèntionaustùf^eSf '«mtlôix ,aiuc 
jDGeiiVs 9: a« commerce , à k irnanee V ^ ^'^gri^ 
culture 9 â la population. lien eft de i*ihilloire'i 
comme dei^mathénratiqiics & de la phy^^ue«lia 
cactiere s'eft- ^ prodigieufement àec^rue. Autanr il \ 
eft-^ifé^dè îaire iâi '^Reeiieil dê'^a^ettês ' 9 à^ttanf ^ 
il^ mifidBé' aujioinrd^kiiî ^'écrive llilftolrtt. ^' 

-mt4xlr^e ^ei^kî^ire d^nn pays étrah^er < h» ' 
foit point jettée danr te même moùlè'9 4^'ct41^ ^ 

^f/Vbns faites l'hHloîré dfe Frante , VoUs n*t^ 
t^P^is dbligé'd^ décriri le edurs de Ta Seine 8t 
d^%iiOir^ ; mais fi vous donnez au public tes 
cc^n^ès étÈ Portugais en Afîe 9 on exige une 
to^ètfphîe* des pays découverts. On teut que^ 
vous meniez votre leâeur par la main le Ibng de ' 
rAÏHauf ^ « des ctkes de la Perfe & de Tlride j 
oifteteî^ dé vous'tfès inftruaîè'fts fur ks mœurs , ' 
le?taf Vl^s'tifafees de ces» nations nouvettes pour ^ 

*9làfk^' aVbn^'vtngt hiftoires de rétablifTement 
d^^^Vbifuials ^Âan^ les Indes ; ' mais aucune- 
nrf'noifi"à^'liiî^,^cértnoitre les divers gourernè^^ 
menf àé'/^kié^pàfi 9 fes t^lîèièns j fes anciquité^^ 
les^br^tiAïs ? léstlifdpics de Jean^ les giièbres , 
les bli^Bs..^^Ç^te teftéxioh peut s'applî^quer â- 
pi%((|àé^h>6teé^ lés;|hiftôires des pays étrangers* 

6?youfeîn'âvez aJtrc chofeànous dire , fînon 
fii^y^infbàit^afuccédéittn auUi bnxbare fur 



fi« HISTOIRE 

les bpids 4c VJ))axk Se. ifJ^, 
vous mile au'pùblic î 
. La méthode convenable irb^ire de votr« 
pays 9 n'efl pal propre^ a écrire les découverte» 
du nouveau monde. Vous n'écrivez point fur une 
ville comme fur lui grand 'lea^^irct^'i^ottsiie ferev 
point la vie d'un particulkf coimne v0tis.é<irlrer 
rhifloirij d'£fpagne ou d'-Anglettrre* * 

Ci^s xeg{es./oQ^ aflexi connues ^'^mais^^ait de 
bien écrire Thi/loire fera loujoun tsès-teiPeJ^Oif 
fçaijt adez qu'il faut un (lyk grave , piati,^ ^ié f. 
agréable. Il en cil des loix pour écrire l^kfifttiire^ 
cornue ,de celle de tous les aru de i^éfp^t $ 
beaucoup de préceptes 9 & peu de grands asf 
fiftes« 



•sut* ,. ■:;;. 



• tu> rrifOff s'j/n^j îr ' >- '' -jJi * f» ^î' •'• -' ; 

mais ce que iifHi>iâimnkel>,i|fe|)lW^psk êf^ tont- 
pôsiiailsaiatftci^&iirâoni pc^éfl'tkértVtérRtile- 
^ jii^t4ioe-fâiDCkiv<ii -^t' <no6i«^([lës'cHVrfî<)nfs^ 
* desitlÂcailfii'Nomsn» fiavleVèriV'pèMtf^ici de 'notre 
fofiRKrfljltéBeufiéy'af de'Uorgimtftiilbii^ qui nbéi 
nmj^lAâbs^fai ^abiflVdiertfafii^uxi IPhëttimë'^b'tf 
B0«si»bfl8^€^n»4'. MQ>t%^^^ -^iii'pefifif; ^^ï; 
veut 9 8c qui agit. Nous chercherons donc ftiirc^^ 
ment , quels ibnt les reflbrts qui le font mou* 
Voir , & les motifs qui le déterminent» Ce qui 
peut rendre cet examen épineux , c'eft qu'on ne 
voit point dans Tefpece un caraâe/e diflinâif , 
auquel on puiflfe reconnoître tous les individus. 
Il y a tant de différence eatre leurs avions, qu'on 
feroit tenté d'en fujifoier dain». leurs motifs. De- 
puis Tefclave qui Eàfe IndîgfHément fon maître , 
jufqu'à Thamas apfc'égorgè ^es^milliers de fes 
femblables, pournti V<»lpeffonne au-deffus de 
lui , on voit des ^Htlf ^s nombre. Nous 
croyons appercevoir dai|f;)es bêtes des traits de 
earaâere plus marqués. Il eft vrai que nous ne 
connoiflibns que les apparences groiiieres de leur 
Indtnâ. L'habitude de voir , qui nous ap- 
prend à diftinguer « nous manque par rapport à 
leurs opérations. En obférvant les bêtes de près, 
on les juge plus capables de progrès, qu'on ne 
le croit ordinairement. Mais toutes leurs aâions 
raffemblées laiiTent encore , entr'elles 8c Thommet 
iroe diftance infinie. QueTempire qu'il a fur elles 
foit ufurpé , fi l'on veut , il n'en eft pas moins 
iine preuve de U fupériorité de< fes moyens , Sq 



^Inrf HOMME. 

pên^^i^i<pitnxi€ fa iHiiiire.tOn.iM pfttlhtt^èli^ 

ilîip^^ 4e cet avantage ^ Iorfi|ii'0n4rcganiq4eajtrs»» 
Taux immenies de Thomme, q^'oa ûxamat^im d^ 
tail de (es arts , & le progrèe 4e fee fcieasesi^ 
qu'on le voit franchir kj i|Mra * we&rcr lés 
f ieuz 9* & difputer au tonnerre iotLbjmk ^ féà 
effets. Mais comment ne pas fr&mir de la baflTefle» 
de l'atrocité des aâions par lef$|uelles s'avilit £on* 
vent ce roi de la nature.! £fifray4s it ce mélange 
monftrueux, quelques Moralises ont eu recours « 
pour expliquer Thomme , à un mélange de bons 
& de mauvais principes ^ qui lui-même a grand 
befoin d'être expliqué. L'orgueil I 4a fuperftitioii 
& la crainte ont produit des fyftlmes » & ont em-^ 
barrafTé la connoinfance de l'homme de mille pré- 
jugé^ que l'obfervation doit détruire. La religion 
e(l chargée de nous conduire dans la route du bon^ 
beur qu'elle nous prépare aurdel^ des teips* L» 
philolophie doit étudier les motifs naturels d^t 
aâions de Thomme » pour trouver des mpyenf 
du même genre $ de le rendre meilieyr 9c plus neu« 
reux pendant cette vie palTa^e^e, 

Nous ne fommes affurés de notre exiflence qu^ 
par des fenfations. C'eA la faculté de fentir qui 
nous rend préfens à nous-mêmes, & qui bientôt 
établit des rapports entre nous & les objets .qui 
nous font extérieurs. M«iis qf tte faculté a deuK 
effets qui doivent être confiderés féparément t 

2uoique nous les éprouvions touiours enfemble» 
e premier effet ta, \t principe de nos idées & 
de nos cornoiffances ; le fécond eft celui de Qot 
mouvemens 8c de nos inclinations. Les phiïofb* 
phes qui ont examiné l'entendement humain 9 ont 
marqué l'ordre dans lequel naiff«nt en nous 1* 
perception 9 l'attention , la réminifoeiice, l'ima* 
gination9 & tous ces produits d'une faculté gé^ 
nérale 9 qui forment & étendent la chaîne de no^ 
idées» Notre objet do:it éuf ici de lec^iaoUrf 



'HOMME. ^if« 

tÉàpittt^f^^ 9ff^t ckt^eltr. C'eft rag«fltiiA|r(^ 
^mxo'<^t mm ttttiae , & le créateur de toutes 
flOr'bâ^îoAfv La faculté de fentir appartient faut 
ûmu» iVamt ^ inais elle n*a d'exercice 9 que par 
^entvcitiHÀr det^rganes matériels 9 dont Taflem- 
é^su/^ ^uk^nbtft corps. De-là natt une diflférea. 
«e4la«a]^le,«fnre' les hommes. Le tifllt des fibres 
fl^am yae le même dans tous, quelques-uns doi* 
naac avoir oerfaios organes plus fenfibles « 8c ea 
confeifueate 'recevoir des objets qui les ébraa* 
len« 9 une imprefiion dont la force elt inconnu» 
a d^autres. Nos jugemens & nos choix ne font 
que le rèfultat d*une comparaifon entre les diffé- 
rentes impreflîons que nous recevons. Ils font 
donc aulfi peu femblables d*un homme à un au« 
tre 9 que ces imprefiions mêmes. Ces variétés doi« 
vent donner à chaque homme une forte d'apti* 
tudepafticuliere 9 qui le didiugue des autres par 
les inclinations 9 comme il e(l diftingué à Texte» 
rieur par les traits de fon vifage. De-là on peut 
conclure qu» le jugement qu'on porte de la con^ 
duite d'autrui 9 eft fouvent injufte , & que les 
confeils qu'on lui donne 9 font plus fouvent en.» 
core inutiles. Maraifon eft étrangère à celle d'un 
homxie qui ne fent pas comme* moi ; 8c 9 fî je Iç 
pivmls- pour un fou 9 il a drpit de me regarder 
comme un imbéciUe. Mais toutes nos fenfations 
particulières, tous les jugemens qui en réfultent» 
aboutiffent à une difpofition commune à tous les 
êtres 'fenfibles; te deiîr du bien être. Ce defir 
fans ceife agiifant 9 eft déterminé par nos befoine 
vers certains objets. S'il rencontre des obftacles 9 
11 devient plus aident ; il s'irrite ; 8c ledefir irrité 
eft^ceiqtt'on ocelle paffion ; c'eil-à-dire un état 
de^fouffeanoe; dans 'lequel l'ame toutfç entière fe 
porte vers un objet , comme vers le point de foo 
bonheur. Pour connoître tout ce dont l'homme 
cû ûapabie , il faut 4e voir lorfqu'il e(t paffionné« 



ft9 HOMME. 

Si vous regardez ua loup raflafîé , vous ne foajp» 
}onnere« pas fa Toracité. Les mouvemens de la 
^affîon font toujours vrais , & trop marqués , 
pour qu'on pu iflTe s'y méprendre. Or , en iuivant 
tm homme agité par quelque paflîon > je le vois 
fixé fur un objet dont il pouruiit la jouiflance i 
11 écarte avec fureur tout ce qui Ten fépare. Le 
péril difparoit à fes yeux^ &ilfemble s'oublier 
foi-m^me. Le béfoin qui le tourmente i ne lui 
laiffe voir que ce qui peut le fouiager. Cette diù 
|)ontion frappante dans un état extrême , agît 
tonflamment , quoic^ue d*une manière moins €ca» 
ilble dans tout autre état. L'homme , fans avoir 
un caraôere particulier qui le diilingue, efl donc 
toujours ce que fes befoins le font être. S'il n'efî 
pas naturellement cruel , il ne lui faut qu'une 
paffion & des obflacles , pour Texciter à faire 
couler le fang. Le méchant , dit Hobbes 9 n'efl 
qu'un enfant robufle. En eâet , fuppofez l'hom-r 
me fans expérience comme e(l un enfant ; quel 
motif pourroit t'arrêter dans la pourfuite de ce 
qu'il délire ? C'eft l'expérience qui nous fait 
trouver dans notre union avec les autres « des 
facilités pour la fatisfa£tion de nos befoins. 
Alors l'intérêt de chacun établit dans fon efprit 
line idée de proportion entre le-plaifîr qu'il cher- 
che , & le dommage qu'il fouffriroit , s'il aliénoit 
les autres. De-là naiffent les égards qui ne peu- 
Vent avoir lieu , qu'autant que les intérêts font 
fuperfîciels. Les pailions nous ramènent a l'en* 
fance , en nous préfentant vivement un objet 
unique 9 avec ce degré d'intérêt qui éclipfe tout« 
Ce n'eft point ici le lieu d'examiner quels peu* 
vent être l'origine 8c les fondemens de la fo« 
ciété. 

Quels que puiffent être les motifs qui for* 
ment 3c reflerrent nos liens réciproques, il ell 
certain que le feul reifort qui puiiïe nous met« 



HOMME. n.ï 

tfc jcn mouvement • le defir du. bien-être tend 
ïans cefTe â nous iibler. Voiis retrouverez par- 
tout les effets . 4e ce principe -dominant. Jettez 
.un coup d'œil fur Tunivers , vous verrez les 
.natioqs féparéès enrr'elles , les fociétès particu- 
lières former des cercles plus étroits , les fa- 
inilles. encore plus reflerrées , & nos vœux tou- 
jours circoarcrits par nos intérêts , énir par n'a- 
voir d'objet que'nous mêmes.. Ce mot que Paf- 
chal ne haïflbit dans les autres , que parce 
gu'un grand philofophe s'aime comme un hom- 
îmç du peuple , n'efl donc pas haiïTable » puif- 
.quUl eft univerfel Se nécefTaire. C'ed une difpofî- 
fïqa réciproque que chacun de nous éprouve de 
la part des autres , 5ç lui rend. Cette connoiC- 
faace doit nous rendre fort indulgens 'fiir ce que 
pous regardons c*omme torts à notre égard. Oa 
ne peut raifonnablement attendre deTattache- 
;ment de la part des hommes , qu'autant qu'on 
leur eft utile. Il ne faut pas fe plaindre que le 
degré d'utilité en foit toujours la mefure ; puif- 
qu'il eft irapoffible. qu^il y en ait un autre. L'at- 
tachement d'un chien pour le maître qui le nour- 
•rit , eft un image fîdelle de l'union àes hommes 
.entr'eux. Si les carefTes durent encore lorfqu'il 
eft raflalié , c'eft que l'expérience de {es befoins 
paflcs lui en fait prévoir de nouveaux. Ce qu'on 
.appelle ingratitude^ doit donc être très-ordinaire 
parmi les hommesjles bienfaits ne peuvent exci- 
ter un fentiment durable & défîntéreffé , que 
dans le petit nombre de ceux en qui l'habitude; 
fait attacher « aux actions rares , une dignité 
.qui les élevé à leurs propres yeux. La reconnoif- 
fance eft un tribut qu'uil orgueil eftimable fe 
paye à lui-même Se cet orgueil n'eft pas donné 
atout le monde. Dans la fociét^, telle que nous 
. la voyons , les lie^s n'étant pas toujours formés 
terne m. F 



H 'Ô M M £• 



car des fcefoins apparent , cfiVde néceffaiittoota i 
Ils ont quelquefois i»n aJBde liberté. qtrtflwu^fi 
impofe à nous-mêmes. On nJ«n«fage par,cairi»e 
effets du befoin , les pUfilJ» -«ncftadteursiule 
Tamitii, ni Us Mt^'àé&ativiSisi'^el^ -nous 
ïait prendre ; mSfeftoaPttepenlbOT a»ii&,',«I«e 
■faute de connoître^towt et qm eft befauiçotir 
nous. Cëthomtte-dont^a.ttOBverfation vivj.:feit 
paffer dans mon am>ï Une foule d'.dies .• d'^Hto- 
Ss , de feiitimens . m'eft auflineceffaire.qire.lii 
'nourriture l'eftâcelui qui a faim.ll eft en poffeffian 
Semé délivrer de fennui . ^i eft une. fenfaaon 



^è me dèlivrpr ac icuuui , ^m. -" — 

fuflUmportune que la faim même. Pkrnçratta- 
ch S font Vife , pU's nous fp'nf^«;?»f*f«'»* 
;Ss fur leur véritable motif, L'^vité^des 
iaSns éKcite & raffemble^yné- fo«le!d>dee.. 
Kt l'union' produit des chimareM;«omm« 1. 
- " . i-.^-L j« ,6«P.i un mahde 4 «eui irreur , 



dont lunion proauu "*» ........v.w- , -- 

ivre forgé des rêvesà un mahde V«^i.irreur, 

Se but^de nos pàffions , ne nôus^fédu.^,ama(.» 

ïune manière plus marquée , que*datfs4'a«ibar. 

iorfqi^le printemS de notre âge aclével«ppév«n 

nous ce befoîn qui rajiprochre. 1« f«ces,. l'tfpé. 

Vance jointe à quelques rapportsy f^vjelit.mi.1 

examiiis , fi« fur un' obj^^y^rt.cuhet .nos 

vœux, "abord' errans ; bientôt cet^obfet; tou- 

Lurs préfentânos deilrs . anéannt. pour ■nous 

'tous ks autres : l'imagination aftivfev, chercher 

les fleurs de toute efpece , pourembell.rnotre 

fdole. Adorateur de fon propre «".v'^R? » ,"« Jf "j 

ne homme ardent voit dans iamaîtreflTe te chef 

i' J^^e de «races , le module de la perfedron , 

1' %!mh1aee complet des merveilles de' ta nature; 

• *fon action con'centrée , ne s'échappe fur d^au- 

• c nhiets . que pour les fubordonner à eeUu-là, 
^ '^"foÎSe^ientls'épuifer par des ^O^^mm 

n- «nides , une langueur tendre l'appéfahrit 
rn?orédamê«ei<iie. L'image chéri. n« P.- 



H O M M E. n^ 

bandonne dans le fommeil , qu'avec le feBdinent 
de Texiftence ; les longes la lui repréfentent ; & 
plus intéreffante que la lumière > c'eft elle qui 
lui rend la vie au moment du réveil. Alors , fi 
l'art ou la pudeur d'une femme » fans défefpérec 
ùs voeux y vient à les irriter par le refped & par 
la crainte , l'idée des vertus jointe à celle des 
charmes 9 lui laifTe àpeine lever les yeux trem- 
bla ns fur c«t objet majeftueux : fes defirs font 
éclipfés par Tadmiration ; il croit ne refpirer 
que pour ce qu'il adore ; fa vie feroit mille foi$ 
prodiguée , fi Ton defiroit de lui cet hommage. 
Enfin arrive ce moment qu'il n'ofoit prévoir , 8c 
qui le rend égal aux dieux : le charme cefTe 
avec le befoin de jouir » les guirlandes fe fan- 
nent ; 8c Us fleurs deflechées lui laifTent voir 
une femme fouvent auffi flétrie qu'elles : il ea 
eft ainfi de tous nos facrifices. Les idées faâices 
que nous devons à la fociété , nous préièntentr 
le bien-être fous tant de formes différentes , que 
nos motifs originels fe dérobent. Ce font ces 
idées qui , en multipliant nos befoins , multi- 
plient nos piaifîrs & nospafllons « Scproduifent 
nos vertus , nos progrès & nos crimes. La natu- 
re ne nous a donné que de befoins aifés à fa- 
îisfaire : il femble d'après cela , qu'une paix pro- 
fonde dût régner parmi les hommes; 8c lapa- 
reiTe qu'il leur eft naturelle 9 paroîrroit devoir 
encore la cimenter. Le repos-, ce partage réfer-» 
vé aux dieux , eft l'objet éloigné que fe propo- 
fent tous les hommes , 8c chacun envifage la fa- 
cilité d'être heureux fans peine , comme le pri- 
vilège de ceux qui fe didinguent; de-là naît dans 
chaque homme 9 un deflr inquiet , qui l'éveille 8c 
U tourmente. Ce befoin nouveau produit des 
efforts que la concurrence entretient , 8c par- 
là la. parefle devient le principe de la plus gra»^ 

Fi) ^ 



124 HOMME. 

de partie du mouvement dont les hommes four 
SL^ïtés» Ces eÔbrts devroient ai^ moins s'arrêter 
au point « où doit cefler la crainte de manquer 
du iiéceOaire j mais l'idée de diflin^ioa éranr 
une fois formée , elle devient' dominante ; 6c 
cette paffîon fécoudaire détruit celle qui lui a 
doi)né la uaiiTa^ce. Dès qu'un homme s'efl com-* 
paré avec ceux qui l'environnent , & qu^l ^a ar** 
taché' d% ]limpor%i^gcc ^.s^çQ,(^ïft regarder , fes 
véritable» '^e^itu ne font plus l'objet de fonar» 
fentio^ 9 Qéde fe^ démarches. Le repos , en perf- 
peStivje, .qui fiiiiipit courir Pyrrus, fatigue en- 
jQore tout aiirttbitieux qui veut s^élever , tout ava- 
r& qyi amai& '^u-d^Ià de ^es befoins , tout bom- 
930) pAffionoé pi^ur la gloire > qui craint des ri- 
v»vw;i^.gi/fliftd^^atiaat,qui n'çftque l'effet d'Uné 
i^alkife 4^9 pr<3fpfide « eii devenue, alTez rare pour 
iêtre admirée; & dès-lors elle a pu'^tre encore ûil 
obi9%4^ j«ioufie, pullqu'elle etoit^. lin Jpîoj^éii 
Jie efi^HCiàira^ioç. La plupart des hommes mode* 
<f4s oiît; ^pêque; été de tout teças foûpçorin^s^'ft 
inafci^er . des ' defleiiis ; parée qu*on pe voit^âaiîï 
le3/jmt|(«^, qi\€ 1^ difpOjiitioa qu'on éprouVi. Se 
,q|)e ! U^ dflArs de chaque homme ne' foht'orîÂi- 
liairemeot arrêtés , que par le féhtàmént de. ton 
impuUance. Si on ne peut pas attirer fur foi' les 
regards d'une république entière > on fe con- 
tente d'être remarqué de fes voilîns ; 8c on eft 
fieureux par l'attention concentrée de fon petit 
cercle. Des prétentions particularifées naiflTent 
ces différentes choies qui divifent les Connoif- 
fances , & qui n'ont rien à démêler entr'elles. 
Beaucoup d'individus s'agitent dans chacfue tour- 
bouillon y pour arriver aux premiers rangs : le 
foible ne pouvant s'élever , eft envieux , & tâ- 
che d'abaifler ceux qui s'élèvent ; l'envie exal- 
tée ^rodui; des crimes ; 8c voilà Cje qu'ell la fO'- 



i 



HOMME. 42|. 

dit^é Ce deiîr , par lequel chacun tend fans ce^ 
fe à s^élever, .paroît contredire une pente à 
ref«]avage 9 qu'on peut remarquer dans la pliU 
part des hommes 9 & qui en eft une fuite. Autre- 
fois la crainte ». & une forte de faififFement d*ad-« 
miration 9 on|: dû foumettre les hommes ordi- 
naires à ceux que des pallions fortes portoiemr 
à des aôions rares & hardies ; mats depuis que 
la recônnoiifance a des degrés 9 c'eft l'ambition 
qui m^ne à l'efclavage. On rampe aux pieds du 
trône , où l'on eft encore au-deflus d'une fouI.e 
de têtes qu'on fait courber. Les hommes qui ont 
des prétentions communes 9 font donc les uns 
ii regard des autres 9 dans un état d'efifort réci« 
proque. Si les hoftilités ne font pas continuelles 
entr'eûx^ c'e/l un repos femblable à celui Atjf 
gardés avancées de deux camps ennemis ^ l'inu- 
tilité reconnue de l'attaque maintient entr'ellef 
les apparences de la paix* 

Cette difpoj(Itioninquiette9 qui agite intérieu* 
rement les hommes 9 e il encore aidée par un 
autre » doilt Tefiet) aiïez femblable à celui de 
la fermentation fur les corps 9 eft d^argrir nos 
aflFeôions 9 foit naturelles 9 foit acquifes. Nous 
ne fbmmes préfens à nous-mêmes , que par dis 
feniations immédiates 9 ou àes idées ; 8c le bon- 
heur que nous pourfuivons néceifairement , n'eft 
point fans un vif fentiment de l'exiftence ; mal- 
heureufement la continuité afFoiblit tomes nos 
fenfations. Ce que nous avons regardé Iong-tems« 
devient pour nous comme les objets qui s'éloi- 
gnent 9 dont nous n'appercevons plus qu'une 
image confufe & mal terminée. Le befoin d'exif- 
ter vivement eft augmenté fans ceflfe par cet af- 
foibliflement de nos fenfations, qui ne nous laif. 
fe que le fouvenir importun d'un état précé- 
dent. Nous fommes donc forcés « pour être 

Fii) 



ii6 HOMME. 

hcureuï » ou de changer continuellement d'obw 
jets 9 ou d'outrer les ienfations du même gen- 
re. Oe-là vient une inconfiance naturelle , qui 
ne permet pas à nos vœux de s^arrêter , ou une 
pjogrelHon de défirs qui 9 toujours anéantis par 
la jouiifance 9 s'élancent jufques dans l'infini. 
Cette dirpofîtion malheureufe altère en nous les 
impreflions les plus facrées de la nature « & nous 
rend aujourd'hui néceffaire , ce dont hier nous 
aurions frémi. Les jeux ducirque , ou les gla- 
diateurs ne recevoient que des bleifures , parurent 
bientôt infipides aux dames Romaines. On vit ce 
fexe , fait pour la pitié , pourfuivre à grands cris 
la mort des combattans. On exigea dans la fuite» 
qu'ils expiraiïent avec grâce y dit l'abbé Dubos ; 
& ce fpeftacle affreux devint néceffaire 9 pour 
achever l'émotion , & completter le plaifîr. Par- 
là notre attention fe porte fur les chofes nouvel- 
les 8c extraordinaires ; nous recherchons avec in- 
térêt , tout ce qui réveille en nous beaucoup d'i- 
dées ; par-là font déterminés même nos goûts pu- 
rement phyfîques. Les liqueurs fortes nous plai* 
fent principalement, parce que la chaleur qu'el- 
les communiquent au fang , produit des idées vî* 
ves 9 & femble doubler l'exiftence : on pourroic 
en conclure , que le plaifir ne confifte que dans 
le fentîment dé l'exiflence , porté à un certain 
degré. En effet 9 en fuivant ceux du chatouillt- 
ment , depuis cette fenfation vague 9 qui efl une 
importunité , jufqu'à ce dernier terme, au-delà 
duquel eft la douleur: en defcendant du chagrin 
le plus profond , jufqu'à cette douleur tendre & 
jntéreffante, qui en eft une teinte affoiblie , on 
feroit tenté de croire que la douleuV & le -plaifir 
ne différent que par des nuances. 

Quoi qu'il en foit , il eft certain que nous de- 
vons au befoin d'être émus , une curioflté qui de 



HOMME^ 117 

vicnt^ la pa^oa.(]p. ceux gui n'en ont point d'au- 
tJref^ lu^ goût, pqvii^Jç, pji^erveîlleux, qui nous en-* 
traîne ik to^jf . le^Jpçdacle^ extraordinaires \ une 
in^inQXude,^q^i,yioi|s p^rQiTjene dans la religion 
des chia^èxe^$.,C|^ qui, eft. renfermé dans ce qu'oa 
afxprelU les* tfir^(^ 4çJaraifop ^ Qe peut dbiîc pas 
$^e ^loi>g«-temi^ ^poujr npus Je point fixe du bon- 
^BF* X^^^ f^Pfc^ .'^iffi9i!^? ^ outrées , les idées 
i^^fde^l^ ç.4i;;urc, dôiyeni noùs/féduire prefi^ue 
%|m^^^t^)Uà Yigjl^;içc; çeïîgîéufe^ à: rbccupatiôri 
d^.J^ij,,,prierf £ifç rufEfen| pas a rîmagination mé- 
lancgl^oli^ie ^'^abp^zev.^i lui faut dès cbafnes 
df^Ht,^ip,ch^rge ^.des charbons ardens qu'il met- 
te jf^^ '^£^ tê.te,,4w pou3^ qu'il 1É|nfonce . dans ùij 
ck^\t^^^ii(f^(iay^frxl de fon exift.ence ^'^d*une mal 
ç4ç^ pl«^, iqtiine .Çc plus forte , que cefuî ^quî 
ïfg«plij;i(^^injenç le^.devoirs de;Ia vie. civile & 
^^^na;:iféT5"i,Y«fie. cours dé., toutes les atfe^T 
^91%% jf ui^^i^5 , vQus les verrea? tendre a s*e5call 
Jj&r^^.^ointf'de paroitrê entièrement délîgilrées. 
V^oa^^e délicat Ôc fenfible devient fqîbîe S^pu- 
^U^pipiie : U, dureté fuccede au courage j ]t con- 
|^i^|^af,i,f,cl)i}vie;»t.quiétîf^e.i & le zélé eft tientât 
if^ b^m^^tiçQCfs!}! en eft> ainÇ 4.ÇS autres carac- 
fl^Ffjj,,^jman]ie^fi,^ fe montre^ de .ïa ma- 

l^i/çfie Jtfpl^^TiÇanft^tf daps qiîerques'ind;îvidu$ , 
la, ^ift^tl ^if )çfire^qu*ejle du re. plus long- fems 
gue la.ie^n^{rei,parce qu'elle eft abfortée par les 
paflioas Q,ui occupent Tame plus profondément , 
ou détruit^ par fon exercice même. Mais , dan s 
ceux en qui çe.car^â^re.fubfifte plus long-tems » 
parceqv'iU.Jqc fontcaptables que d'ii;térêts fu" . 
perfîçieU , H s'alteje par degrés , & perd beau" 
C0up)d£ fon^ honnêteté première» Les hommes lé- 
gers, q\xi n'ont que la gaieté pou/ attribut , ref- 
femblent affez à ces jeunes animaux qui , après. 
avoir épuifé toutes les fituations plaifautes » &* 

Fiv 



ïîa HOMME. 

Se leur ferviroient fûrement, plus que ne peuvenr 
faire les mots barbares dont on les fatigue. Si 
ces idées ne font pas fort a£tives pendant refTcr- 
vefcence de la jeunefie, elles s'emparent du ter- 
rein que les pallions abandonnent ; 8c leur dou- 
ceur remplafTe Tyvrefle de celles-ci. Elles élevenr 
& rempHITent l'ame. Malheureux qui n*a poinr 
éprouvé la fenfation complette qu'elles procu- 
rent. Nous difons qu'on pourroit développer 
dans les enfans le fentiment vertueux de lar 
pitié. 

L'expérience apprend qu'on pourroit auiS 
leur înfpirer tous les préjugés favorables , foit au 
bien des hommes en général , foit à l'avantage 
de la fociété particulière , dans laquelle ils vi- 
vent. Ces heureux préjugés faifoient à Sparte 
autant de héros, que de ciotyens^ 8c ils pour- 
roient produire , dans tous les hommes , toutes^ 
les vertus relatives aux fituations 9 dans lefquel- 
les ils font placés ; l'amour propre étant une foisr 
dirigé vers un objet , une première a£lion géné- 
reufe eft un engagement pour la féconde ; & des 
facrifices qu'on a faits , naît Teftimc de (Vi-mê- 
xne , qui foutient Scaflufe le caraftere qu'on s'eft 
donné. On devient pour foi le juge le plus févé- 
re. Cet orgueil eflimable maîtrife l'arae , 8c pro- 
duit ces mouvemens de vertu , que leur rareté fait 
regarder comme hors de la nature» Cet eftime de 
foi-même eft le principe le plus sûr de toute ac- 
tïon forte 8c généreufe; on ne doit point en at. 
tendre d'efclaves avilis par la crainte. L'affervif- 
fement ne peut conduire qu'à la baireffe 8c au cri- 
jne. Mais Téducation ne peut pas ôere regardé^ 
comme une affaire de préceptes ; c'eft l'exemple , 
Texemple feul , qui modifie les hommes,, excepté 
«ïueîques âmes privilégiées , qui jugent de i'eflTen* 
tgr des chofes , pacce qu'elles leatent elles - aè^ 



HOMME. ijt 

nMS«v<ïl^ les^a>itres font entraînas par rimita- 
tion. jC'eft elle qui fait profterner l'enfant aux 
pieds d« s. autels f qui doiine Pair grave au fils 
d'iva ^nagiftrat^ éa la contenance fiere à celui 
d'uii gue|pne)> Cette pent;e à imiter 9 cette facili- 
té que nou§ avoiL^. d'être emi^s pair les paillons 
de$. autres t iemblentaivioncer que les hommes 
ont . entrVux des. rapports fecr^ts qui les unif- 
feajc* Jba fociété:£e trouve compofée d'hommes 
modifiés Hs^Ufis ppr.ies aiitres, ScJ' opinion pu- 
blique ^onne a tous ceux de chaque lociété par. 
ticuli^rè 9 'un air de reHemblance , qui perce à 
travers la différepce des'c^rafteres. La continuiJ 
té des exemples clomeiliques fai,t fans doute une 
1 mpr^effîo IL , fuite fqr lesinfans; mais elle n^ell 
riea-en (comparaifon de celle qu'ils reçoivent de 
larmaffe générale des mœurs de leur tçms. Cha- 
qHe,/îec}e a donc les traits marques 9 qui le dif- 
tîflguent 4'un autre. On dit. 9 le ÏÏeçU dé la che- 
va^fie .: on pourroit ^Ue ^ le iieçle des beaux 
arts.,, ceiiii de ,1a philofophiç ^ ^ plût â Diea 
qu'iï en Yifftt ,Mi\ I. qu'on pût appeller lefiecle de la 
bicafififyfii^e. it d^ Cbumanitié. Puifquc ce font 
réxe^ipïe & {'opinion qui défignen^ les différens ^ 
-pdintSit vers>ii^fquels doit fe tourner l'amour 
propre des, particuliers , & qui déterminent en 
euiramourriu bien-être , il s'enfuit (fue les hom- 
' mes.ft'fQnt ",. & qu'il eft à-peu-près poflîble de 
leur donner J^îfoVipejqu.'an voudra. Ççla peut ar- 
.3;iver ,fur.>tout;i0an» une monarchie : le trône e(l 
.u&.pÂed^flMfi Ojr lequel l'imitation va chercher 
..foajjx^dé^le, pans .l^s républiques, l'égalité ne 
iïHijÇi^ poiiit qu'i|n. homme s*éleve aflez , pour 
.être faflrS içfîe en fpeftacle- La vertu de Caton 
ne fut ^(;^'^nç f^tyre inutile des vices de fon te m s. 
!Mais » dans tout gouvernement, le^ opinions & 
ies mœurs dépendent infiniment de fa fituation 

■' ■ • - Fvr 



sfrv. HOMME. 

aâuelie. S*il eft tranquille au-<iehors , 8( qu'au-^ 
dedans « le bon ordre & Tailance rendent le». 
citoyens heureux, vous verrez écloire leis arts<' 
de plaiHr, 8c la moilefle marchant à leuè lui. 
te , énerver hi corps , engourdir le courage ^^ 
& conduire à rafFaifTement ^r h voiu)>té. Sir 
des troubles étrangers , ou des dividons In-' 
teflines menacent la fureté de l'état àes ci- 
toyens , la vigilance naîtra de l'inquiétude ;.. 
Fefprit , la c/alnte & la haine fermeront dcsr 
projets 'j 8c ces paiSons tiimtilttieufes prpdui.-* 
sdnt des efforts , des talens Se â^s crimes har^-- 
dis. Il faudroit des révolutions bien extraor-^ 
dinaires dans les fltuatlons , pour en produi- 
re d'aufii fubites dans les fentimens publics;;. 
Le caractère des nations e(l ordinairement l^ef^ 
ftt des préjugés de Tenfance > qui tiennent à" 
ta forme de leur gouvernement- A l'empire dé- 
l^habitude > on ajoûtetoit , pour' les htrmmes ^. 
la force beaucoup plus puisante du' ^taifir r 
û l'onprerîoit foin de réducation (jlès lemmes.Oa 
fie peut que gémir 9 en voyant ce fexe aimable „ 
i privé des fecours qui feroient également fon^ 
bonheur !k fa gloire. Les femmes doivent à des< 
organes délicats & fenllbles , des paffidns plust 
vives que ne font celles des hommes. Mais fi ra** 
mour propre 81 le goût du plaifir excitent en elle» 
des mouvemens plus rapides y ellfes éprouvent 
auflî, d'une manière plus forte, le fentrment de 
Va pitié , qui en eft la balance. Elle» ont donc le- 
germe des qualités les plus brillantes; 8c (î l'otu 
jpiat à cet avantage le» charmes dé la- beauté ^ 
tout annonce en elles les reines die l'univers. Il 
fèmbleque la jaloude des hommes ait pris à tâche: 
d'fi défigurer ces traits. Dès l'enfance ,, on con- 
centre leurs idées dans nn. petit cercle d'objets ^ 
eai kur r^ndî la £au&tâ âéceilâicel L^«fc2avast 



H O M M E. Tîf 

sRfqueî on les prépare , en altérant Tilévation d» 
leur caraâere , ne leur laide qu'un orgueil fourd^ 
qui n'emploie que.de petits moyens : dàs-lors el-^ 
les ne régnent p!u$ (ftfe dans l'empire de la baga* 
telle. Les coliliclvets y devenus entre leurs main» 
éés baguette» magiquer, transforment leurs ado> 
rateurs , comme le forent autrefois ceux de Cir- 
cé. Si k» femmes putfoient dan» le» principes 
qui forment leur enfance « reftime des qualité» 
nobles & généreu&s ; fi la pâture ne les embéliiV 
feît qu'en laveur du courage ». ou de» talens fu» 
périeurs 9 on venroit ramour.cooconrir avec le» 
autres paÛîons , à faire éclore le mérite en tout 
genre ; les femmes recueilleroient le fruit de» 
vertus qu'elle» aucDÎentfait naStre. Combien au- 
>ourd'hui , viâimes d'une frivolité quj efl leur 
•avrage , foot puoîes de leur» foins pat leur» 
fiiccès t 



, * * * -^-^ 






******** 



îî4 



HONNETE, . 

ON dofrne ce nom aux aâioaf^aux fehtî-* 
mens , aux ciifcours qui prouvent -1» rci*- 
pea de l'ordre en général , & ^Uk- bomtat « qui 
ne fe permettent rien de contraii^' aux loixde *la 
vertu , & du véritable honneur. 

L'honnête homme eft attaché à fes devoirs ; 
& il fait par godt , pour l'ordre » & par inti- 
ment , des aâions honnêtes y que les devoirs 
ne lui impofent pas. 

L'honnête eft im mérite que le peuple 
adore dans l'homme en place , &- le princi- 
pal mérite de la morale des citoyens ; il nourrit 
l'habitude des vertus tranquilles ,, des vertus fo- 
ciales ; il fait les bonnes mœurs , les qualités 
aimablesj &, s'il n'eft pas le caraûere des grands 
hommes qu'on admire , il eft le caraûtere des 
hommes qu'on eftime», qu'on aime,- que Ton 
recherche , & qui , par le refpeft que leUr con- 
duite s'attire ,•& l'envie qu'elle înfpite de l'i- 
miter , entretiennent daiw la nation refprit de 
jiiftice , la bienféance, la délicateffc , la dé- 
cence , enÇin le goût & le taâ; des bonnes 
mœurs. 

Cicéron & les moraliftes anciens orit prouvé 
la préférence qu'on devoît , en tout tems , don- 
ner à rhonnête fur l'utile ; parce que l'honnête 
eft toujours utile , Se que l'utile qui n'eft paj 
honnête , n'eft utile qu'un moment. 

Quelques moraliftes modernes fe livrant avec 
plus de chaleur , que de précifîon & de fens , à 
l'éloge des pafiîons extrêmes , & relevant avec 
emphafe les grandes choses qu'elles ont fait fai-, 



HONNETE- n5 

re , ont parlé avec peu d'eftime , , &.mêtne avec 
mépris , des caraâeres modérés & honnê* 
tes. 

Nous fçavions* fans doute que y fans les paC- 
fions fortes & vives , fans un fanatifnie 9 ou mo« 
rar ou religieux, Les hommes n'étoient capables 
ni de grandes aâions , ' ni de grands talens 9 8c 
qu'il ne falloit pas éteindre les paffions ; mais 
le feu eft un élément répandu dans tous les corps, 
qui ne doit pas être par-tout dans la même quan- 
tité , ni dans la même aâion ; il faut l'entrete- 
nir ; mais il ne faut pas allumer des incendies. 
Les moralises /les plus indépendans de l'opi- 
nion j fe dépouillent moins des préjugés qu'ils 
n'en changent ; la plupart ne peuvent fortir de 
Sparte & de Rome , où la plus grande force & 
la plus grande activité des payons étoient né- 
ceiïaires ^ s'ils fortent de ces deux républiques » 
c'ed pour fe renfermer dans les limites d'un au- 
tre ordre, également. étranger au nôtre , à notre 
fîtuation , à nos mœurs -, du fond de leur cabi- 
net paiiible', des philofophes voudroient en- 
flammer l'univers & tnfpirer un enthoufiafme fu- 
nefle au genre humain ; ils font comme des da- 
mete Romaines , qui , de l'amphithéâtre , exhor- 
toientles gladiateurs à combattre jufqu'à l'extréw 
mité. Les difciples de Mahomet & d'Odin avec 
du fanatifme 8c des paflions , ont fans doute fait 
de grandes chofes ; mais l'Europe & l'Afie fouf* 
frent encore aujourd'hui de l'efprij: & d«s pré- 
jugés , qui leur furent infpirés par ces deux im^ 
polleurs. Les fociétés ne font.elles donc établies 
que pour envahir ? Ne faut-il jouir jamais? Man- 
go-CapacÀ Cohfucius ont été aufli des légifla- 
teurs ;& ils ont rendu les hommes plus mode- 
jrés 8c plus humains ; ils ont formé des citoyens 
honnêtes* L'amour de Tordre 8c de la patrie ont 



îjeî HONNETE, 

été, chez leurs difciples , une mode de feav 
être » une habitu-de confondue avec la nature ^ 
&, félon les circonftanoes , une paflion aftive* 
Dans Tefpace de loo ans , il y a eu à la Chine & 
au Pérou , plus d'hommes honnêtes & heureux ^ 
que depuis la naiflance du monde il n'y . en eue 
fur le refte de la terre. 

Jettez. les yeux fur cette grande république de 
rEurope , partagée en grands Etats , plus rivaux 
qu'ennemis i voyez leur étendue , leurs forces r 
leur fituatian refpteaive^^leuT'police , leurs ioix ;, 
& jugez s'il faut exalter les paffions dans tous le* 
individus , qui habitent cette belle partie de 1» 
terre ; les paffions éclairent fur leur objet ^ 
aveuglent fur leur refte ; elles vont à leur but ; 
mais c'eft en renverfant les obdacles ; quei 
théâtre d'horreur«^ de crtmes , de carnage , feroit 
Funivers ! quelles fecouffes dansf toutes les fo- 
ciétés ! quels chocs J quelle oppofition entre le» 
citoyens r fi ïes pafëons fortes ,& vives devc* 
noient communes à tous les individus % 

Sr CM moralises avaient examiné Tefî^ce die 
paOions qu'il falloit exciter dans certains états ,. 
félon leur étendue , leur force r le tems , le» 
circonfïances , ils auroient vu que généra le me nt,i 
les tégiilateurs ont cette attention. 

S'il y a quelques contrées ou le gouvernement 
améaiitiflc le relTort des paffions , les peuple» 
de ces contrées font de malheufeufes viûimes du.» 
defpotifme , qui rongent le frein, en attendant 
^'eîles le brifent , & que des circonftances qu'a- 
mené tôt ou tard la nature » les faffisntfortir d» 
ia léthargre de i'efclavage. 

Dans les monarchies 8c dans^îes républiques^. 
C il ti'y a que ces deux gouvernemens que la nai^ 
lure humaine éclairée puifTr fupporter, y ons 



HONNETE. nr 

talent ^ le mérite , > les plus nécef&tres^ 3k la pa-» 
trie , ont des diftinâions^ & ces diftinôions 
donoent des: avantages phyfiques & moraux , qui 
font Êermenter dans les hommes les paflions utî-J 
les audegré qui convient* Là,on trouve la âruga- , 
Itté & rinduflriedà on excite la cupidité;ici Vt{^ 
prit militaire ; ici les arts ; ici l'amour des loix*' 
L'éloquence» laxonnoifTance des hommes4'art de 
les conduire par-tout 9 l'amour dé la patrie fonr 
excités y toutes les conditions ,tous les citoyens 
ont leur^onneur , leur objet , leur récompenfe* 

Il faut que dans toutes les fociétés 9 le pluft 
grand nombre travaille à la terre, s'occupe des 
métiers , failè le commerce. Le défir du bieiw 
être 9 & WfMtdde cupidité , répandus dans tou» 
les hommes t *vec h crainte àvl. mal, de l'en-»' 
nui :& de la honte f fuffiront toujours pour ani- 
mer le peuple , autant qu'il le faut , pour le be- 
foin^Se l'étati* JLa^ partie qui doit obéir» né dois 
pas avoir » dans le même degré de force & d'ac- ^ 
tivité y les paÛîons de la partie qui doit comman* 
deu Elles renverferosent toute hiérarchie , toute 
concorde ; Se ^ il elles a'étotent pas éangereu'» 
fes dans le gxamd nombre des citoyens , elles yr 
Croient au ^moinsi inutiles ^ ^Ues K)nt le génie ;; 
mais doh41 être dans tous les hommes ? Si vou& ^ 
siëtattiorphorea V09 tatxreaux en aigles , comment 
ttaceronr-ilsr vos filions l Que feroit le marguiU 
lier de S. Ro^h de l'ame de Caton 1 & nos capi-^ 
fôtnes do guet , de celle de marins &de Céfar 1* 

U n'y a fr^rqui» point de isoralide & de po* 
Htlque ^: qui ne généralife trop fes idées ; il& 
Veulent toujours voir un priiicipe de tom. Plu. 
fteârs d'entr'eux «nt encore un autre défaut ; ils/ 
voudrbient donner au monde la loi qu'ils reçoi- 
vent de leur caraftere ; établir par-totit , & pour 
iamais > Tordre^ qui leur convient dans U ma* 



1 î« HONNETE. 

ment o& ils écrivent; Se je voû l'orgueil. qui^^o^ 
dit : tu ne ibrtiras pas du cercle que je t'ai. tra«- 
cé. Un homme « dont les paffions font^a£tives• &c 
turbulentes , qui ne les maîtrife pas «.veut fpaof^ 
dre mépri Cables tous les états & tout lea^om** 
me$ où il y a de la modération. .11 ne h^^Sou^ 
viendra jamais que Tamour de la libn«é > fiorté; 
à l'excès daAs Athènes ; celui de Sjfkbfilini^ftfiS' 
Carthage ; celui de la guerre «cbeê lMi<peil^liBS 
du Nord , ont perdu ces deux ancien n^^^m^iiiKi^ 
bliquesy 8c fait des Gpths , des NornaAS'jj^ SCiC* 
les fléaux des nations. ., iji^qT » 

Les paf&ons modérées ^ dans le grand ivimbre 
des citoyens ,._re prêtent aux loix,« ,fcofl %|0iKi 
blent point la paix. Elles font povrtaitt: gfoé^ 
par l'ordre général ; Tindind .de ^ i$Mmfti^(^ 
ibuN^ent contrarié parles convAatlod$ ^^Scjl'ifbf} 
térét perfonnel prefle 8c repoufTe riftt494&op#f^ 
fonnet. Les âmes honnêtes , 8c qui «e^ckÂ^r 
Tordra 8c la vertu t ont donc â vaiaoris.>»^4^0i«d 
moment , leurs penchans » leurs. g<|ûtstfnl^i9 
intérêts. Un honnête hommeafouve«ktJ;f«4U#)l» 
Je renonce à un plaîdr extrême .« ivajss quigfii^pKàrill 
une peine fenûble à mon ami. La jcslomsi^;^ 
pourfult ; 8c je ne me juitifierai paSt -t^î^ui^éÏMfi 
de9 fecrets qui aflurent la tranqiiilifté à]m^X99 
mille ; mais je me juftifierai par la CieQdi|î$e<de 
toute ma vie. Cet homme a voulu mermiife \ je 
lui ferai du bien, 8c on ne le fçaura pas. Je içais 
m'arracher à des plaifirs innocens , quand ils 
peuvent être foupçonnés de ne l'être pas. Ma 
conduite mal interprêtée feroit peut-être perdre 
à quelques hommes le refpe£t qu'ils ont pour la 
vertu. J'aime ma famille 8c mes amis ; je leur fa- 
crlfîerai fouvent mes ^oûts , 8c jamais la juftice. 
Voilà les fentimens , lé's difcours , les procédés 
de i'ame honnête^. 8c iU.fuffifent , à ce qu'il 



HONNETE. f)^ 

l&e femble , pour qu^on ne foir jamais tenté à% 
Tavilir. • 

On fait deux profanations du mot d^konnêtem 
On dit d'une femme qui n'a point d'amans , 8c 
qui peut- être ne pourroit en avoir , qu'elle eft 
honnête femme 9 quoiqu'elle fe permette mille 
petits crimes obfcurs 1 qui empoifonnent le 
honneur de ceux qui l'entourent. 

On donne le nom d'honnête aux maniei|bs j aux 
attentions d'un homme poli ; Tedime que méri- 
tent ces petites vertus , eft (i peu de cbofe « en 
comparaifon de celles que mérite un honnête hom- 
nie> qu'il femble que ces abus d'un mot qui ex- 
prime une fi refpeâable idée, prouvent les pro« 
grès de la conruption. 

Heureux qui fçait diflinguer le véritable hon« 
nête , de cet hoqnéte ffiâice & frivole ! heureux 
-qui porte au fond de fon cœurl*amour de Thon* 
nête , 8c qui , dans les tranfports de cette aima« 
ble 8cdbuce paffion , s'écrie quelquefois avec le 
Guarini : OfantiJJima honeflade 9 tufota fei d*ttn 
aima ben nata Pinviolabil nume» Heureux le phi- 
lofophes rhomme de lettres , l'homme qui Ce 
i^ppelle avec pUifir ces paroles de l'honnête 8c 
fage Fontenelle. Je fuis né François; j'ai vécu 
cent ans ; 8c je mourrai avec la confolation do 
nVoir jamais donné le plus petit ridicule i U 
plus petite vertu ! 



11^ 






HONNEUR. 



LHoNKEVR eft Teftime de novts^méautM , 
& le fentimeht du droit que nous avons à 
redime des autres , parce que nous ne foininey 
point écartés des principes de la vertu » & que 
nous nous Tentons la fprce de les fuivre. Yoii» 
l'honneur de Thomme qui penfe ; & c'ed pour le 
conferver « qu'il remplit avec ibtn les devoirs 
de l'homme 8c du citoyen* 

Le fentlment de l'eftime de foi-méme eft le 
plus délicieux de tous ; mais rhoaame le plus 
vertueux eft fouvent accablé du poids de fesim« 
pe^rfe£tions , & cherche ^ans les regards , danf 
le maintien des hommes , rexpreffîon d'une e£^ 
time qui le réconcilie avec lui-même* 

De-là deux fortes d'honnçur ; celui qui efl eil 
BOUS 9 fondé fur ce que nous fommes ; celui qui 
eft dans les autres , fondé fur ce qu'ils penfent 
de nous. 

. Dans l'homme du peuple 9 8c par peuple , )*eiii^ 
tends tous les Etats y je n'on fépare que l'hom* 
me qui examine l'étendue de fes devoirs pour 
les Remplir» 8c leu mature , pour ne s'impofer 
que des devoirs véritables. Dans l'homme dtt 
peuple , l'honneur eft l'eftime qu*il a pour lu^ 
même > 8c fon droit à celle du public » en confé- 
quence de fon exa£litude à obferver certaines 
loix établies par les préjugés 8c par la cou- 
tume. 

De ces loix , les unes font conformes à la rai- 
fon 8c à la nature ; d'autres leur font oppofées ; 
8c les plus iuftes ne font fouvent refpeâées 
que comme établies» 



HONNEUR. 141 

Chez les peuples les plus éclairés , la malTe 
àts lumières a'eft jamais répandue ; le peuple n*a 
que des ûpioions reçues & confervées fans exa- 
men ) étrangères à la raifon \ elles chargent fa 
mémoire » dirigent fes moeurs , gênent , répri- 
ment , fécondent , corrompent & perfeâionnent 
rinllîaâ de la nature. 

L*lionneur » chez les nations les plus polies , 
peut donc être attaché , tantôt à des qualités Se 
i des aâions eftimables , fouvent à des ufages fu- 
neftes t quelquefois à des coutumes extravagan- 
tes , quelquefois à des vices« 

On honore encore aujourd'hui , dans certains 
payi ^eTE?tTrope , la plus lâche & la plus odieu- 
fe dés^tengeanccs ;' & prefque par-tout , malgré 
la religion , la raifon 8c la vertu , on honore la 
vcrngtance. 

^hBpène'miioti polie 9 pleine d*efprit & de 
force , la partfTe & la gravité font en hôn-* 
nifetrf-3 " • 

> Oati^'Ï6iy\(is grande partie de l'Europe 9 une 
itUm^Hk'' application de la honte attachée à ce 
qu'on appelle /e démentir , force quiconque a été 
injwfiift ^Urt moment , à être injufte toute fa 
vi«;:if'5 •*.•..■' 

S'il y a des gouvernemens où le caprice décide , 
IndépeAdàmment dé la loi » ou la volonté arbi- 
traire du prince , ou des minières , diflribuent 1 
fans confulter l'ordre & la juflice , les châtimens 
Se les récompenfes, Tame du peuple engourdie 
par la crainte , abbatué par l'autorité , refle 
îans élévation ; l'homme , dans cet état » n'eûi- 
me ni lui 9 ni fon femblable ; il craint plus le 
fupplice que la honte j car quelle hont« ont à 
traindre des efclaves qui confentent à l'être l 
Mais ces gouvernemens durs , injufles y cruels t 
injurieux à Thumanité ; ou n^exillent pas , où 



141 HONNEUR, 

n^exiflent que comme des abus paiTagers ; 8c ce 
n'eil jamais dans cet état d*humillatioa , qu'il 
faut confîdérer les hommes. 

Un génie du premier ordre a prétendu que 
rhonneur étoit le refTort des monarchies , & la 
vertu celui des républiques. Efl-il permis de voir 
quelques erreurs dans les ouvrages de ce grand 
homme , qui avoit de ThonnecTr & de la vertu l 

Il ne définit point Thonneur ; & on ne peut » 
en le lifant , attacher à ce mot une idée précife. 
Il définit la vertu ; l'amour de loix, & de la 
patrie. 

Tous les hommes , du plus au moins » aiment 
leur patrie ^ c'efl-à-dire , qu'ils l'aiment dans 
leur famille , dans leurs pofTedîons, dans leurs 
concitoyens, dont ils attendent & reçoivent des 
f«cours Se des confolations. Quand les hommes 
font contens du gouvernement fous lequel ils vi- 
vent , quelque foit fon genre , ils aiment les 
loix ; ils aiment les princes , les magiflrats qui 
les protègent & les défendent. La manière dont 
les loix font établies , exécutées ou vengées , la 
forme du gouvernement , font ce qu'on appelle 
VorÂre politique. Je crois^ que le préfide^t de 
Montefquîeu fe feroît exprimé avec plus de pfé- 
cîiîon , s'il avoit défini la vertu » l'amour de l'or- 
dre politique & de la patrie. - 

L'amour de l'ordre efl dans tous les hommes. 
|ls aiment l'ordre dans les ouvrages de la na- 
ture i ils aiment les proportions & la fymétrie 
dans cet arbre , dont les feuilles fe répandent 
en cercle fur la Tige , dans les différens émaux 
diftribués fymétriquement fur l'infefte , la fleur 
& le coquillage , dans l'affemblage des différen- 
tes parties qui compofent la figure des 'animaux* 
Ils aiment l'ordre dans les ouvrages de l'art : 
les proportions & la lymétrie dans un poëme i 



HONNEUR. 14J 

iztiiunti^iece de mufîque ^ dans un bâtiment , 
dam unjardio, donnent à l'efprit la facilité 
ëe raflêmbler dans un moment & fans peine f 
vm màsmi^c d'objets , de voir d'un coup 
Â'qifil ui% tCHfti» ^e paflêr alternativement d'une 
partie- à |J,'#aj(re (kns s'égarer, de revenir fur fes 
ii9Sr €)i£Nd^/^:v«ut 9 de porter £bn attention 
où \V Ivû plaSt t & d'être sûr que l'objet qui 
l'wi^^p^i «eidui fera par perdre l'objet qui vient 
dç l'P^ypcr. 

ÙjotÀte, politique 9 outre le plaiflr fecret de 
ralTembler & de conferver dans l'efprit beau- 
coup fde conndiflances & d'idées , nous donne 
encore. le plaifit de les admirer ; il nous étonne , 
& nous donne une grande idée de notre nature. 
Nous Je trouvons difficile , utile & beau ; nous 
voyons avec furprifè , naître d'un petit nombre 
de caufes , \ine multitude d'effets. Nous admi- 
rons l'harmonie des différentes parties du gou- 
vernement ; 8c 9 dans une monarchie 9 comme 
dans une république 9 nous pouvons aimer 9 
jufqu'au fanatifme 9 cet ordre utile 9 fimple , 
grand 9 qui fixe nos idées 9 élevé notre ame f 
nous éclaire , nous protège , 8i décide de notre 
deftinée. L'agriculteur François ou Romain , le 
patricien ou le gentilhomme 9 contens de leur 
gouvernemens 9 aiment l'ordre & la patrie* 
Dans la monarchie des Perfes , on n'approchoit 
point des autels des Dieux 9 fans les invoquer 
pour la patrie ; il n'étoit pas permis au citoyen 
de ne prier que pour lui feul. La monarchie des 
Jncas n'étoit qu'une famille immenfe , dont le 
monarque étoit le père. Les jours où le citoyen 
cultivoit fon champ , étoient des jours de travail ç 
4e5 jours où il cultivoit le champ de l'Etat Se 
du pauvre 9 étoient des jours de fêtes. Mais ^ 
,daas la monarchie } comme dans la république i 



144 HONNEUR- 

cet amour de la patrie , cette vertu , n^eft le 
reifort principal » .que dam quelques fituations « 
dans quelques circooftaacejs : Thoaneur t& par^ 
tout un^pbile p^uft^conftaizuneftt aôif. L*« cou» 
tonnes civiques ôc iÇlvrale^, kj jUQms des pays 
^e coH^uêi^ ti^QfXfkéi aMx.fyaifiQiieurs. » les 
iripniphfi^ exciitoUu^l aux. grandes adions Les 
âmes Romaines 9>plu% que Tamour de la patrie. 
Qu*on pe dif«.ppia< q«§ U confonds .icirhçc- 
neur 8( la gloire 9 je fçais les didioguer ; xnais je 
crois que par^tout où on aime la gloite , il y a 
4e rhonneur. Il foutient avec la vertu les faif« 
féaux dn conful , & le £ceptre des rois ; l'hon- 
|ieur ou la vertu dans la république. 9 dbns la 
poçurchie , font le principal teBott » félon la 
pâture des loijs »< U puiiTance » réteadu^ if les 
Rangers t la prQfpérité d« ré tat» . .*.. . 
^ Pans les .grands empires 9 oa eft plus cou- 
duit par Thonneur , par le . deûr & Tefpérance 
de reitime. Dans les petits états $ il y itplus 9 
l'amour de Tordre politique & de U patrie ^ il 
règne dajis cqs dernier5.ut> ordre plus parfait* 
Pans les petits états 9 on aime la patrie^ païKe 
que les liens, f ui attachent à ejle 9 ne font 
prefque que ceux de la nature ; les .citoyens 
font unis entr'eux par le fang.9 réc par de bons 
pôices mutuels. ; l'état n*eiï qu'une famille , à 
laquelle fe rapportent tous les featimens du 
cœur 9 toujours plus forts 9 a pnoportion qu'ils 
s'étendent moins. Les grandes fortunes < y font 
împoifibles ^^ U cupidité moins^ irritée ne 
peut s'y couvrir de ténèbres ; les mœurs y font 
pures ; &, les vertus fociales y font des vertus 
politiques. 

Remarquez que Rome nailTante 9 8c les pe- 
^titcs républiques de la Grèce 9 où a- régné 
f enthouAaûafi de la patrie 9. étotent fouveot en 

danger i 



HONNEUR. tA% 

iiaûger ; la moindre guerre menaçoit leur coii£% 
tltution & leur liberté. Les citoyens , dans de 
^ands périls , faifbient naturellement de grands 
efforts ; ils avoient à efpérer du fuccès de la 
guerre 9 la confervation de tout ce qu'ils avoient 
de plus cher. Rome a moins montré Tamour 
extrême de la patrie , dans la guerre contre 
Pyrrhus , que dans la guerre contre Porfenna ; 
!& moins dans la guerre contre Mithridate » que 
dans la guerre contre Pyrrhus. 

Dans un grand Etat , foit république , folt 
jnonarchie , les «guerres font, rarement dange. 
leufes pour la conflitution de TEtat , & pour 
les fortunes des citoyens. Le peuple n'a fou- 
vent à craindre que la perte de quelques pla. 
ces frontières ; le citoyen n'a rien à efpérer 
du fucc^ de la nation ; il eft rarement dans 
ies circonflances où il puilTe fentir 8c mani* 
fefter l'enthoufiafme de la patrie. Il faut que 
ces grands Etais Soient menacés d^un malheur 
qui entraîneront celui de chaque citoyen : alorg 
Je patriotifme fe réveille. Quand le roi Guillau. 
me eujt repris Namur , on étabit en France 
la capitatlon ; & les citoyens , charmés de 
.voiç une nouvelle reflburce pour TEtat , reçu- 
rent l'Edit de cet impôt avec des Cïis de joie. 
Annihal , aux portes de Rome , n'y câufa ni 
plus de douleurs , ni plus d'allarmes y que de 
.nos jours en reflentit la France pendant la 
maladie de fon roi. Si la perte de îa fameufe 
bataille d'Hochfted a fait faire des chanibns aux 
.François mécontens du miniftre , le peuple de 
Rome , après la défaite des armées Romaines , 
a joui' plus d'une fois de rhumiliation de fes 
magiftrats. 
Mais pourquoi cet honaeur mobile , prefque 
Tome ÎIL G 




I4« HONNEUR. 

toujours principal dans tous les gouvernemensï 
cfl-il quelquefois fî bizarre ! Pourquoi le pla*- 
ce-t-on dans des ulages ou puérils , ou fuoeflesl 
Pourquoi impofe-t-il quelquefois des devoirit 
que condamnent la nature , la raifon épurée 
Se la vertu 1 8c pourquoi dans certains tems , 
eil-it particulièrement attribué à certaines qua- 
lires , certaines aâions , 8c dans d'autres 
tems , à des aûions 8c à des qualités d'un genrt 
oppofé l 

Il faut fe rappeller le grand principe de Tu- 
tilité de David Hume : c'efl futilité qui décide 
toujours de notre eftime. L'homme qui peut 
nous être utile , efl l'homme que nous hono- 
rons ; 8c chez tous les peuples, l'homme fans 
honneur eft celui qui , par fon caraâere , eft 
cenfé ne pouvoir fervir la fociété. Mais cer- 
taines qualités , certains talens , font en divers 
tems plus ou moins utiles ; honorés d'abord» 
ils le font moins dans la fuite. Pour trouver 
les caufes de cette différence , il faut prendre 
la fociété dans fa naiffance y voir l'honneur à 
fon origine , fuivre la fociété dans fes progrès i 
8c l'honneur dans fes changemens. 

L'homme dans les forêts où la nature l'a 
placé , eft né pour combattre l'homme 8c la 
nature. Trop foible contre fes femblables , & 
contre les tigres , il s'aiïbcîe aux premiers 
pour combattre les autres. D'abord la force 
du corps eit le principal mérite , la débilité 
eft d'autant plus méprifce, qu'avant l'inveiv- 
tion de ces armes , avec lefquelles un homme 
foible peut combattre fans défavantage ,. la for- 
ce du corps étoit le fondement de la valeur. 
La violence , fût-elle injufte , n'ôte point l'hon- 
neur.' La plus douce des occupations eft le 



HONNEUR, mV 

tombât y il n'y a de vertus que le courage', 
& àf belle» aâioUs que les vi£toircs« 'L'amout 
de^ ïêvèrhii ht^ i^ifldufe -ç la- bantM foi , qua^ 
litépv^ai i^^))po&dt 1^ i(0urage v ^iit après (lui 
lesAplps hoflk^ité^ ^ Sc^'^fès-la'ifoiblefiês rieA 
n'sfiltt ^tal^^^iAnlè m«nfviïg<(. >:Si' k^ conmiu^ 
i»n|é «d«9^ftffinie^it^e(t^^par "établii^viU^aJHté 
codiugàte ÛUIÉ' le^r h«nfl«4ir ,'']Kirce 'qu'eltet 
(toirâitrvJ feâiKft^8Uïi^S'^l^é|^vtir>ae'fe]pas dei ' 
guerriers , garder 8c défendre la maifbn , élever 
leiéis&nrJv^ p^<^® ^£ l«s' ^tats étant encore 
éffiV»\^i^ l^nvehatice dei ^erfonnes dédd«< 
dettdQiarî|getn|~quë le chtAx Sc^le^ engagetnefic 
fottv^i^ft « 8c ne hMTent pas d'efxoule' à qui 
peiat> ltf« irdinpre. C« peuple^ gtaffîer eâ néc^f- 
fâ!te8i«lit^A]perftltieuii 9 8t la lupeittltloii .dé^^ 
UrtSin^ii^V^^ète de fon bontieur s "danriai^' 
peiftltfficfâ ^U^ U9 'dieux ^otiwent'tâ vidoirtf i' 
la l^oàûe' €^Çti Les dififéreYilS' fe' décideront: 
pBt 'lé^éotÀbà^ ; 8t le* citoyen , par honneurv 
vetJFeftflefang du citoyen. Oit crohr qu'il y «J 
désolées ^1 <>ttt uiV conimërod dVMl les dieux (> 
&4éîr(^%â''qu^n a poar«lks, s'étend à tout> 
leur fexe. On M 6toit point' qu'une femmeT 
putife» nibnquer de fidélité à un hommis effi* 
mablè ,vgc l'honneur de l'époux dépend de la. 
cteftctéideTori époufe/ 

Cependant* les hommes , d^ns^ cet état , 
éprouvent fans cefTe de nouveaux befoins. 
Qael<plés-«ns dVtttr'eux inventent des arts, 
dés ' itiachriies. La fotiété entière eu jouit; 
Tinventeur eft honoré ; 8c l'efprit commence 
à être un mérite refpe^^é. A mefure que la 
fociété s'étend 8c fe polit , il naît une multi- 
tude'de rapports d'un feul à plufîeurs ; les riva«- 
lités^ fonr plus fréquentes j les paffions s*eft- 

Gij 



Ï4« HONNEUR.* 

treheurtent ; il faut des loix fans nombre ; 
elles font féveres ; elles font puifTantes ; & les 
hommes forcés à fe combattre toujours , le 
font à changer d'armes* L'artifice & la difli- 
mulation font en ufage ^ on a moins d'horreur 
jde la faufleté j & la prudence eft honorée* 
mille qualités de l'ame fe découvrent ^ elle$ 
prennent des noms ; elles ont un ufage ; elles 
placent les hommes dans des clafTes plus dif» 
tinguées les unes des autres , que les nations 
ne l'étoient des nations. Ces clafTes de citoyens 
pnt de l'honneur des idées différentes. . 

La fupériorité des lumières obtient la prin- 
^cipale eilime ; la force de l'ame eft plus refpec- 
tée que celle du corps* Le légiflateur attentif 
excite les talens les .plus néceffaires ; c'ed alors 
qu'il diiltibue ce qu'on appelle les honneurs* 
Ils. font la marque diflin^live par laquelle il 
annonce à la nation , qu'un tel citoyen efl un 
homme de mérite & d'honneur* Il y a dés hon- 
fleurs pour toutes les clafles. Le cordon de 
Saint Michel eft donné au négociant habile 9 
éc à l'artifao induflrieux ; pourquoi n'en décore- 
xoit-on pas le fermier intelligent , laborieux 1 
économe t qui fru^ifie la terre^ 
' Dans cette, fpçiété 9 .ainiî perfectionnée 9 plu- 
fieurs hommes , après avoir fatisfait aux fonc-r 
lions de leur état , }ouifl*ent d'un repos qui 
ÊBroit empoifonné par l'ennui , fans le fecours 
des arts agréables ; ces arts , dans cette fociété 
non corrompue , entretiennent l'amour de la 
vertu , la fendbilité .de l'ame , le goût de 
Tordre 8c du beau ; diiîîpent l'ennui , fécondent 
l'efprit ; & leurs productions devenues un des 
befoins principaux des premières clafles à%i 
citoyens » font honorées de ceux fnême qui nç 
peuvent en jouir» 



H.O N NE U R. 14^ 

Dans cette ibciété étendue , des mœurs puref 
paroiiïent moins utiles à la maffe de l'État» 
que Taftivité êc les grands talens ; ils condui- 
fent aux honneurs ; ils ont Teftime générale ; 
& fouvent on s'informe à peine fi ceux qui les 
poÛTédent ont de la vertu : bientôt on ne rougit 
plus , que d'être fot ou pauvre. 

La fociété fe corrompt de jour en jour : on 
y a d'abord excité l'induftrie , & même la cu- 
pidité , parce- que TEtat avoit befoin de ci- 
toyens opulens ; mais l'opulence conduit aux 
emplois ^ 8c la vénalité s'introduit alors. Les 
richefles font trop honorées ; les emplois 9 les 
richefTes font héréditaires ; & Ton honore la 
naifTance. 

Si le bonheur de plaire aux princes , aux 
minières 9 conduit aux emplois 9 aux hon- 
neurs 9 aux richefles , on honore l'art de 
plaire» 

Bientôt il s'élève des fortunes immenfes & 
rapides ; il y a des honneurs fans travail 9 des 
dignités , des emplois fans fondlions. Les artr 
du luxe fe multiplient ; la fantaifie attache un 
prix à ce qui n'en a pas ; le goût du beau s'uCi 
dans des hommes défœuvrés 9 qui ne veulent 
que jouir ; il faut du fmgulier ; les arts fe 
dégradent ; le frivole fe répand ; l'agréable 
eft honoré 9 plus que le beau 9 l'utile 9 & 
rhonniête. - 

Alors les honneurs , la gloire même 9 font 
iéparées du véritable honneur ; il 41e fubfifte 
plus que dans iin petit nombre d'hommes 9 
qui ont eu la force de s'éclairer , & le cou- 
rage d'être pauvres : l'honneur de préjugé efl: 
éteint ; 8c cet honneur qui foutenoit la Vigueur 
de la nation » ne règne pas plus dans les fccOAr 

Giij 



>Sô HONNEUR. 

des 8c dernières clafles ^ que k viricaUfr hon« 

neur dans la premiere.it aj^ , j.;.. 7i» .xol.t . 

Mais, dans runr monarchie ^faôelui de itpus 
les gouvernemensi qui itéCoxme^le^jh»' ^Hém^i^t 
ies abus & fes taoeurff'fitps ichangsr^kaurtu» , 
k légiflatearvoit le ma^ , tient k rcinedie 9 Si en 
fait ufage*^ --^ ■. * or -^'n^-r,.-. ..,, ,3 - c. 

Que ,. dan»itaus^ies^nt;§s ^* ii^décore J»>pr^- 
férence ks : takos aatds '^ '* k* vertU) ,^ h (§c ^ qu9 
fans eik le génie mênun ne; }^u£i& Iftrem^avjtiicé 
£1 honoré , «quelque utile qu'ii ipuifle filtre ; car 
rien n'eft aufli utik à un Etat., que k> véiitable 
honneur, ^ 1 ^ 

Que le vice feul fiait flétri.; qu'aucune clafTe 
de 'Citoyens ne foir .avilie ^ aiin.qUe 9 dans.clia* 
que cls^de y'^ tout homme puiflsrbienÈpenier de 
liil-mâme:) faire loidnen^Sc être fiokitenti. 
3â Q^>l«ir|piirlce^ attache» l^idêe-^decvl^ioumetiar & 
làU'ifà Vèrttti'à'4'amour ÂL-à Fobfervatîûn'.denou^ 
tes le^Udis ;< queie^gnerricor quii ni&»i}iiCd»ck 
liâ&îpUiie , foie deslmioDé 1 comme ^èlifti^qui 
foit devront, Penoemiéi / . >;> /?> i^Tù" -^ 
^^'Qii'îiit^'appi^iiqe à ne -pals chffligeri^i;t8^và se 
ya» anulciplfer £es lobc; ; «1 fauti qu'elksifôieat 
refpeâées ; mais il ne ïaut pas qi^elkjs ép^ttmnir 
Sent#»Qi»'il!Ê3k sMé.^iiaasiin.'p^ys^o&irc^aii'iieur 
éoit fégner^ il^faut aimetTilozlégiflateUr ^ H< ne 
fept pas k craindre. . <^ >: , 

Il faut que Thonneut 4onne à tout citoyen 
l'horreur du mal , l'amour de fon devoir ; qu'il 
ne foit jamais un efclave attaché à fon état ; mais 
qu'il foit condamné à la honte, s'il ne peut faire 
aucun bien« 

Que le prince foit perfuadé que les vertus qui 
fondent les fociétés , petites. & pauvres , fou« 
tiennent les fociétés étendues & puiffantes y $c, 



HONNEUR, xii^ 

les MandevîU & leurs infâmes échos ne per- 
fuaderout jamais aux hommes , que le cou- 
rage , la fidélité à fes engagemeus , le refpeft 
pour la vérité & pour la juflice , ne font point 
néceflairès dans de grands Etats* 

Qu'il foit perfuadé que ces vertus & toutes 
les autres accompagneront les talens , quand 
la célébrité & la gloire du génie ne fauve- 
ront pas de la honte des mauvaifes mœurs ; 
rhonneur eft aâif ; mais le jour où Tintrigue 
& le crédit obtiennent les honneurs , eft le 
moment où il fe repofe* 

Les peuples ne fe corrompent guère fans 
s'être éclairés ; mais 'alors il eft aifé de les 
ramener à Tordre Se â l'honneur : rien de iî 
difficile à gouverner mal ; rien de fi facile à 
gouverner biea^, qu'un peuple q^i penfe. 

U y a moins dans ce peuple les préjugés 8c 
l'entoufiafme de chaque état ; mais il peut 
conferver le fentiment vif de l'honneur. 

Que rinduftrie foit «scitée par l'amour des 
richeffes , & quelques honneurs *» mais que* 
les vertus , les talens politiques , militaires 
ne foient excités que pour les honneurs pu 
pour la gloire. 

Un prince qui renverfe les abus dârts une 
partie de Tadminiflration f les ébranle dans 
toutes les autres : il n'y a guère d'abus-'qui 
ne foient l'eâfet des vices , & n'en produi- 
fent; 

Enfin 9 lorfque le gouvernement aura rani- 
mé l'honneur , il le dirigera ; il l'épurera ; 
il lui ôtera ce qu'il tenoit des tems de bar- 
barie ; il lui rendra ce que lui avoient ôté 
le règne du luxe & de la mollcfTe \ l'hon- 
neur fera bientôt 9 dans chaque citoyen 9 la 

G iv 



i^i HONNEUR- 

confcience de fon amour pour (ei devoirs f 
pour les principes de la vertu , 8c le témoigna* 
ge quMl fe rend à lui-même , & qu'il attend 
de» autres ; qu'il remplit fes devoirs > tu qu'il 
&it fes priiicil^ei» 



'J^ 



"^^ 1^* 



%Mt 

^^- 



r;; ^ W9 v^. T.R ï.E. 



Ml 



L 'Idolâtrie proprement dite , diffère 
de Tadoratioa légitime dans foo objet. C'eft 
un adte de Tefprit , qui met finalement toute fa 
confiance dans un faux dieu ; quelque foit au- 
dehors le figiîe toujours équivoque de cette vénéf. 
ration intérieure. L'idolâtrie peut en effet fe ren. . 
contrer avec un vrai culte extérieur; au lieu ^ 
que la fuperAition reni^erme tout faux culte 
qui fe rend au vrai r}i|u ». direâement ou indi« 
reâement. L'une, i^meprend dans fon objet , & 
1 autre dans la maiiieredj^ culte. 

L'Idée que tifs homt^^ fe foi^ de Dieu eft 
plus ou moins informe à ^^ original \ elle 
eil différente dans Qm^ là^iMême , qu'on ne fçau- 
roit appeller Idolâtres. Eunk elle peut tellement 
changer & fe défigurer peu-à-peu , que la divi- 
nité ne ' voudra' plus s'y reconnoître \ ou bien » 
ce qui eff la . même chofe , l'objet du culte . 
ne fera plus le vrai dieu. Jufqu'à quel point 
faut-il donc avoir une affez jufte idée de l'être 
fuprême , pour n'être pas idolâtre , & pour 
être encore foa adorateur 1 C'efl ainfi que par . 
degrés infenfibles « comme par de nuances qui 
vont imperceptiblement du blanc au noir, on 
feroit réduit à ne pouvoir dire précifément oii 
commence le faux dieu* 

La difficulté vient en partie du nom » qui 
Toudrolt limiter la chofe. Faux dieu, dans le 
langage ordinaire , eit un terme qui tranche , 
qui r éveille l'idée , quoique confufe , d'un être 
à part & diftingué de tout autre. A parler phi- 
lofopfaiqaement 9 ce ne feroit qu'une idée plus 



i. 



ïU ID O L A T R I E/ 

ou moins ditforme de la divinité elle-même ^ 
qu'aucun adorateur ne peut fe vanter de con- 
noître parfaitement. L'idée qu'ils en ont tous 9 
quelque différente qu'elle foit , n'eft au fond 
que plus ou moins défeâueufe ; & plus elle ap- 
proche de la reiïemblance ou de la ptrfeâion « 
plus Ton objet s'attire de vénération &. de foli- 
de confiance. L'idolâtre feroit donc un adora- 
teur phïs ou moins Imparfait , félon le degré 
d'imperfeâion dans l'idée qu'il fe forme de la 
divinité. Il ne s'agirolt plus , pour affigner à 
chacun fa place , que d'eflimer ce degré d'im- 
perfeâion, à mefure qu'il affoiblit la vénération 
où la confiance . , fans recourir aux deux claf« 
fes générales ou cathégoriques d'adorateurs Se 
d'idolâtres 9 qui fouvent mettent trop de dififé- 
jence entre le^ perfonnes. D'ailleurs ces terme s 
ont acquis une force qu'ils n'avoienx pas d'a« 
bord. Aujourdîhwi c'sft une Aétrififure » que d'a« 
voir le nom d'iiiolâtre « & une efpecf d'abfolu« 
tîotJe pour celui qui.ne l'a pas. 

* Mais fi l'ufage le veut ainil ^ H faudroit 
du moins être fort refervé dans l'accufs^tion 
d'idolâtrie , & ne ^prononcer qu'avec l'écriture , 
dont la doârine bien entendue femble revenir 
à ceci. Quand l'idée eft corrompue à ce point , 
que l'honneur de l'être fuprême & fes rela- 
tions eiïentielles^ avec les hommes ne lui p«r* 
mettent plus de s'y reconnoître , «i d^accepter 
par conféquent l'hommage rendu fous pette 
même idée, elle prend "dès-lors le nom de faux 
dieu , 8c fon adorateur celui d'idolâtre. 

A faire fur ce pied-là une courte revue des 
Cas propofés , on feroit idolâtre , quand mê- 
me on croiroit un feul dieu créateur , mais 
cruel & méchant , caraôere incompatible avec 
JiotM eftime 81 notre cofl&ance i tel étoit à-peu*^ 



ï D O L AT RIE. t^j 

près le Moloc ^ à qui Ton facrifîoit des viâime» 
humaines, & avec l^iiel le Jehova ne veut 
rien avoir de commua ; aioC qu'un honnête 
homme , à qui l'on feroit un préfent , doas 
la vue de le- gagner ; comme un efprjt dan- 
gereux 9 & qui diroit auffî-tôt : vous méprenez 
pour un autre. 

. Au contraire , l'on ne feroit pas idolâtre , fl 
Ton croyoit un être très-bon & très-parfait, mais 
d'une pullfatlce que Ton ne concevroit pas aller 
)ufqu'à celle de créer. Il feroit toujours un 
digne objet de la plus profonde vénération ; 
& il auroit encore affez de pouvoir pour 
s'attirer notre confiance , même dans la fup- 
ppiltioa d'un monde éternel. 

L'antropomorphite chrétien conçoit , fous 
ii;ie figure humaine , toutes les perfeôions di- 
vines ; il lui rend les vrais hommages de l'ef- 
prit & du cœur. L^antropomorphite payen la re- 
vêt au contraire , de toutes les paillons hu- 
maines , qui diminuent la vénération & la 
vraie confiance d'autant de degrés , qu'il y 
a de vices ou d'imperfeâions dans fon Jupi- 
ter , en fi grand nombre (c à tel point que 
la divinité ne fçauroit s'y reconnoître ; mais 
elle daigneroit agréer l'hommage du chrétien, 
dpnt l'erreur laifie fubfifler tout les fentimens 
d'une parfaite vénération. 

E^icore moins une fimple erreur de lieu , 
qui ne changeroit point l'idée , en fixant foa 
objet quelque part , pou rroit. elle condituer 
Itidolâtrie ; mais le culte pourroit dégénérer 
en fuperftitibn , à moins qu'il ne fut d'or- 
donnance oii de droit pofitif , comme d'ado- 
rer la divinité dans un builfon ardent , ou 
hiea à la préfence de l'^rrche , pour ne riea. 

G vj 



Tstf IDOLATRIE. 

Ute d'un cas.à-peu-prè^femblable 9 où Toii 
difpnte feulement s'il eft^rdonné. 

S'il étoit donc^rai que les Pèrfes euflênt 
adoré l'être tout parfait , ils ne feroient que 
fuperftitieux 9 pour Tavoir adoré fous Tem- - 
blême du foleil ou du feu ; & (î Ton fuppo- 
fe encore avec récrit dont il s'agit , que tour . 
faux culte qui fe termine au vrai dieu di- 
rtétement ou indireâement , eft du reffort de 
la fupetflition , on mettroit encore au même 
rang , cette efpece de Platoniciens qui ren- 
éoient à l'être tout parfait 9 les hommages de 
Tefprit & du cœur , comme ks feuls dignes 
de lui 9 6c deflinoient à des génies fubalter- 
nes les génuflexions , les encenfemens 8c tout 
le culte extérieur. 

Il eft plus aifé de juger des lettrés Chinois r 
des Spinofiftes , ëc même des Stoïciens , en 
prenant leur opinion à toute rigueur ^ 8c la 
conféquence pour avouée. Ce qui n'eft que pur 
méchanifmc ou fatale nécelîîté , ne fçaufoit être- 
& ne fiit jamais «un objet de vénération f nî 
par conféquent d'idolâtrie dans l'efprit de ceux 
dont je parle , qui. vont tout droit à la claffe 
des Athées. En font-ils pires ou meilleurs 1 On- 
a- fort difputé là-deflus. L'idolâtrie , pour le 
dire en paflant 9 fait plus de tort à la divinité y 
& l'athéifme fait plus de mal à la fociété. * 

En général , pour n'être pornt Athée , il 
faut recohnoître au moins une fuprême intelli-' 
gence 9 de qui l'on dépende. Pour n'être point 
idolâtre , ou bien pour que la divinité fe re- 
connoifle elle - même dans l'idée que l'on s'en 
fait 9 malgré certains traits peu reffemblans 
qu'elle y défavoue , il fuffit que rien n'y bleflfe 
rhonneur 9 l'ellima 8c la confiance qu'on lui doit# 



IDOLATRIE. 157 

Enfin pour n'être point fuperiUtieux , il faut 
que le culte extérieur foit conforme , autant 
qu'il fe peut , à la viaie idée de Dieu > & à la 
nature de l'hommet 






ï5« 



IGNORANCE. 

L 'Ignorance condfte propremeat dan$ 
la privation de Tidée d'une chofe , ou de 
ce qui ierr à former un jugement fur cette chofe. 
Il y en a qui la définifTent privation ou négation 
de fclence *, mais comme le terme de fcience , dans 
fon fens précis 8c philofophique 9 emporte une 
connoifTance certaine & démontrée y ce feroic 
donner ujie définition incomplette de l'ignoran- 
ce , que de la reftreindre au défaut des connoif« 
fances certaines. On n'ignore point une infinité 
de chofes qu'on ne fçauroit démontrer. La défi- 
nition que nous donnons dans cet article 9 d'a- 
près M. Volf , eft donc plus exaâe. Nous igno- 
rons 9 ou ce dont nous n'avons point al>folument 
d'idée f ou les chofes fur lefqueiles nous n'avons 
pas ce qui eft néceffaire pour former un jugement, 
quoique nous en ayons déjà quelqu'idée. Celui 
qui n'a jamais vu d'huitre 9 par exemple , eft 
dans l'ignorance du fujet même qui porte ce nom, 
mais celui , à la vue duquel une huitre fe préfen- 
te , en acquiert l'idée ; mais il ignore quel ju* 
gement il en doit porter , & n'oferoit affirmer 
que ce ibit un meti mangeable , beaucoup 
moins que ce foitun mets délicieux. Sa propre 
expérience ni celle d'autrui , dans la fuppofition 
que perfonne ne Tait indruit là-defTus , ne lui 
foufniifent point matière à prononcer. Il peut 
bien s'imaginer, à la vérité, que l'huitre efl 
bonne à manger ; mais c'efl un foupçon , un ju- 
gement hazardé ; rien ne TaiTure eiicore de la 
poffibilité de la chofe. 
Les caules de notre ignorance procèdent 



IGNORANCE. 159 

ionc 1^ de manquer de nos idées -, i°. de ce 
que nous ne pouvons pas découvrir la connexion 
qui eft entre les idées que nous avons ; }**. de 
ce que nous ne réfléchilTons pas afTez fur nos 
idées ; car û, nous confiderons , en premier lieu « 
que les notions que nous avons par nos facultés, 
n'ont aucune proportion avec les chofes mê- 
mes , puifque nous n'avons pas une idée claire 
k diftinâ:« de la fubflance même qui eft le fon- 
dement de tout le refte « nous reconnoîtrons 
aifément combien peu nous pouvons avoir de no- 
tions certaines ; 8c fans parler des corps qui 
échappent à notre connoifTance » à caufe de 
leur éloignement 9 il y en a une infinité qui nous 
font inconnus , à caufe de leur petiteife. Or , 
comme ces parties fubtiles > qui nous font in- 
fenfîbles , font parties aôives de la matière 9 8c 
Us premiers matériaux dont elle fe fert , 8c def- 
quels dépendent les fécondes qualités 9 8c la plu- 
part des opérations naturelles , nous fommes 
obligés, parle défaut de leur notion , de reder 
dans une ignorance invincible de ce que nous 
voudrions connoître à leur fujet , nous étant im- 
poffîbie de former aucun jugement certain , 
n'ayant de ces premiers corpufcuies aucune idée 
précife 8c diftinâe. 

S'il nous étoit poflible de connoître par nos 
fens ces parties déliées 8c fubtiles , qui font les . 
parties aâives de la matière 9 nous diilinguerions 
leurs opérations méchaniques , avec autant de 
facilité qu'en un horloger pour connoître la rai- 
fon pour laquelle une montre va ou s'arrête*. 
Nous ne ferions point embaraffés d'expliquer 
pourquoi l'argent fe diffout dans l'eau forte , 8c 
non point data l'eau régale ^ au contraire de l'or 
qui fe diffout dans l'eau régale , 8c non pas dans 
Teau forte. Si nos fens pouvaient être aflezai- 



i6<3 IGNORANCE. 

gus pour apperce voir les parties aftfvM'de lir 
matière , nous verrions travailler ies parties de 
Tcau forte fur celles de l'argenT •{ ^■'éétte mé« 
chanique nous feroit auflî facile: à '^ItG^vTtr^* 
qu'il e(l à rhorlog«r de fçavo^' A)inmtnf > 8c - 
par quel reflbrr,fe fait le mouVrtlt d'uttt péMyAtf" 
mais le défaut de nos fens nénoih hflRF^S^ dé^'' 
conjectures fondées fur des idées ^ibf^f^Mli'* 
être faulTes ; 8c nous ne ^6nvotti'^^Mt^*àfMb? 
d'aucune chofe fur leurs Û3]tt'^ ^'^ qàé'' âé^kP^Wt' 
nous pouvons en apprendre partiii'pctiV'lKMi^e 
d'expériences qui ne réufiifftnt pvit ttAifbfirt , 
& dont chacun explique les opérations fterettes 
à fa fantaifîe. • i.v .. 

La difficulté que nous avons detf oflver lit toii- 
nexion de nos idées , efl la féconde caufe de no- 
tre ignorance. Il nous eft impoflîble de déduire en 
aucune manière les idées des qualités fenfîbles 
que nous avons des corps ^ ■ il nous eu. encore 
impofnble de concevoir' que* la penfée puiife 
produire le mouvethent dans • uW corps , & que 
le corps puiife ,ifon tour, produire la penfée 
dans l'efprit. Nous ne pouvons pénétrer com- 
ment l'efprit agit fur laVmîttiere , 8t la matière 
fur l'efprit ; la fcibleflê de notre entendement ne 
fçauroit trouver la connexion de ces idées ; 8c 
le feul fecours que nous ayons , eft de recourir 
â un agent tout-puiflant 8c tout fage, qui. opère 
par des moyens que notre foiblefle ne peut péné« 
trcr. 

Enfin notre parefie » notre négligence y 8c no- 
tre peu d'attention à réfléchir , font auilî des 
caufes de notre ignorance. Nous avons fouvenc 
ëes idées complettes y defquelles nous pouvons 
alfément découvrir la connexion; mais , faute de 
faivreces idées, 8«ie découvrir des idées moyen- 
iirs f qui paifleût nous apprendre quelle cfpecf 



IGNORANCE. tSf 

Se convenance ou de difconvenance ellet ont en* 
tr'elles , nous relions dans notre ignorance. 
Cette dernière ignorance eil blâmable , & non 
pas celle 'qui commence où finiflent nos idées» 
Elle ne doit avoir rien d'affligeant pour nous , 
parce que nous devons nous prendre tels que 
nous fommes, 8c non pas tels qu'il femble à l'i- 
magination que nous pourrions être. Pourquoi 
regreterions-nous des connoifTances que nous 
n'avons pu nous procurer , & qui , fans doute , 
ne nous font pas fort néceflaires , puifque nous 
en fommes privés. J'aimerois autant , a dit un 
des premiers génies de notre iîecle , m'affliger 
férieufement de n'avoir pas quatre yeuz^qua* 
y^ pieds 8c deus ailes. 






r itF ♦ 



*,***♦** 



ï6r 

ft -, . ' ' ' ^ 

IMAGINATION. 

C'EsT le pouvoir que chaque être fenfibU 
éprouve en foi 9 de fe repré fente r dans fon 
efprit les chofes fenfibles ; cette faculté dépend 
de la mémoire. On voit des hommes , des ani- 
Qiaux , des jardins ; ces perceptions entrent par 
fes fens ; la n\émoire les retient ^ rimagin^tioo» 
les compose- ^ voilà pourquoi, les anciens Guq^ 
^ppellereent l^s njufes fiU&s de: vus moire» 

Il eft tr^s-eâeAtie^ d^ rems(rquei;qu«- ces &cu}f 
tés de recevoir des idées*, d^ les ];et«nir t de l^f 
compofer , font au rang des chofes dont nous ne 
pouvons rendre aucune raifon ; ces refTorts invi- 
iibles de notre être font dans la înain de l'Etre 
fuprême qui nous a faits 9 k non dans la nôtre» 

Peut-être ce don de dieu, l'imagination , efl* 
il le feul inftrument » avec lequel nous compo- 
fions des idées V & même les plus métaphyii» 
ques* 

Vous prononcez le mot de fW^ii^/e ; mais veut 
ne prononcez qu'un fon , fi vous ne vous repré- 
fentez pas Timage d'un triangle quelconque; vous 
n'avez certainement eu l'idée d'un triangle 9 que 
parce que vous en avez vu > fi vous avez des yeux, 
ou touché f fi vous êtes aveugle* Vous ne pouvez 
penfer au triangle en général , fi votre imagina- 
tion ne fe figure , au moins confufément , quel- 
que triangle particulier. Vous calculez ; mais il 
faut que vous vous repréfentiez des unités redou- 
blées , fans quoi il n'y a que votre main qui 
opère. 

Vous prononcez, les terme; abflraits , grandeur^ 



IMAGINATION. ^<| 

fiûxi 9 ]i^icc , fini , infini , mais ce mot itgran^ 
É/e^r eltlTautre chofe , qu'un mouvement de vo- 
tre langpe qui frappe l'air , fi vous n'avez pas l'i^ 
mage de quâqire grandeur? Que veulent dire cet 
mots vérité , menfottge 9 fi vous n'avez pas apper^ 
ça par vn^^crs r que telle chofe qu'on vous dit ^ 
c]d{ioir:en^e£ftt', '^ que telle autre n'exifioit past 
fit^dé O0^te>ticpérience 9 né compofez « vous pa» 
ïiAé9jgéoiai»Ae9émé 3c de menfonge? & quand 
Qi| vtoisslobnnaiidec^ce que vous entendez par ce» 
mot& f^jionVez^oDs. tempècher de vous figurer 
quelque image- fenfible 9 qui vous fait fouvenir. 
qu'on vous a dit quelquefois ce qui ëtoit 9 8c fort 
fouveat ce qui n'étoit pas ? 

Avez^vous la notion de juAe 8c d'injuAe 9 au* 
iremeat que par des avions qui vous ont pam 
telles?} )Vbus av«e «commencé dans votre enfance», 
parappreiifdv0 à lire fous uq maître.; vous aviez, 
enviet de bien ^pelkr; 8c vous avez mal épelli» 
Yotre tmattxe vatis a battu ; cela vous a paru très- 
ÎDJude'i-vous avez vu le falaire refufé à un ou- 
vrier 9 écieent autres chofes pareilles. L'idée abf- 
traite du jufte 8c de l'injufie eft-elle autre chofe 9 
%ue cef>£iin confufément mêlés dans votre ima-s 
ginatio»^'^ .» 

Le Baim&Al dan& votre efprit 9 autre chofe que 
l'image ^e quelque mefure bornée 1 L'infini eft- 
il autre chofe « que l'image de cette même mefure 
que vous prolongez fans un 1 

Toutes ces opérations ne fe font-elles pas â- 
peu-près de la même manière que vous lifez un 
livre l Vous y lifez les chofes; 8c vous ne vous oc- 
cupez pas des caraâeres de l'alphabet 9 fans lef- 
quels pourtant 9 vous n'auriez aucune notion de 
ces chofes. Faites-y un moment d'attention ; 8c 
alors vous appercevrez ces caraâeries > fur ief- 



|k<4 IMAGINATION. 

quel} glifToit votre Tue ; ainfî , dans tous vos raU 
ibnnemens , toutes vos connoKTance» font foa^ 
dées'fur des images tracées dans votre cerveau l 
TOUS ne vous en appercevez pas ; mais arrêtez-* 
TOUS un moment pour y fonger ; 8c alors vous 
Toyez que ces images font la bafe de tontes vos 
notions ; c'eft au leâeur à pefer cette idée 9 à 
rétendre /à la rectifier. 

Le célèbre AdiflTon , dans fes onze eflais fur 
rimagination « dont il a enrichi les fiieilles du 
ipeâateur, dit d'abord que le fens de la vue cft 
celui qui fournit feul les idées à Timagination ; 
cependant il faut avouer que les autres fens y 
contribuent auÛi. Un aveugle né entend dans fon 
Imagination l'harmonie qui ne frappe plus foa 
oreille ; il eft à table en fonge : les objets qui 
ont réfidé ou cédé à fes mains , font encore le mê- 
me effet dans fa tête : il eil vrai que le fens delà 
vue fournit feul les images ; & , comme c'eftune 
cfpece de toucher qui s'étend jufqu'aux étoiles , 
fonimmenfe étendue enrichit plus l'imagination) 
que tous les autres fens enfemble* 

Il y a deu3t fortes d'imagination ; l'une qui 
connue à retenir une fimple imprefiion des objets-, 
l'autre qui arrange ces images reçues & les com-> 
bine en mille manières. La première a été appel- 
lée imagination paffive , la féconde aSîivt 5 la 
paflive ne va pas beaucoup au-delà de la mémoi« 
re ; lelle efl commune aux hommes 8c ^ux ani- 
maux; de-là vient que le chaffeur 8c fon chien 
pourfuivent également des bêtes dans leurs rê- 
ves ; qu'ils entendent également le bruit des 
cors; que l'un crie, 8c que l'autre jappe en dor- 
mant. Les hommes Se les bêtes font alors plus 
que fe reffouvenir ; car les fonges ne font jamais 
de« images fidelUs $ cette efpece d'imagioatioa 



IMAGINATION, W|^ 

«ottipofe les objets ; mais ce n'eft point en ell« 
rentendement qui agit ; c'eft la mémoire qui ù 
méprend. 

Cette imaginatioa paifîve n'a pas certainement 
befoin du fecours de notre volonté , ni dans le 
fommeii , ni dans la veille ; elle £e peint , 
malgré nous , ce que nos yeux ont vu ; elle 
entend ce que nous svons entendu 9 & toucha 
ce que nous avons touché ; elle y ajoute ou elle 
en diminue : c'efl un fens intérieur qui agit avec 
empire ; aufii rien n'eft-il plus commun » que 
d'entendre dire , on n'eft pas le maître de foa 
imagination. 

C'eft ici qu'on doit s'étonner & fe convaincre 
de Ton peu de pouvoir. D'où vient qu'on fait 
quelquefois en fonge des difcours fuivis & é\0'* 
quens , des vers meilleurs qu'on n'en feroit fur 
le même fujet étant éveillé \ Que l'on réfoud 
même des problêmes de mathématiques. Voili 
certainement des idées très-combinéeSt qui ne 
dépendent de nous en aucune manière. Or , s'il 
eu incontellable que des idées fuivies fe forment 
en nous , malgré nous 9 pendant notre fommeii « 
qui nous aiïurera qu'elles ne font pas produites 
de même dans la veille 1 £(l-il un hopime qui 
prévoit ridée qu'il aura dans une minute 1 Ne 
paroît-il pas qu'elles nous font données comme 
les mouvemens de nos membres 1 £t fi le P* 
Maliebi'arïche s'en étoit tenu à dire 9 que toutes 
lesid^es font données de Dieu 9 auroit-on pu 
le combatre 1 

Cette faculté pafllve 9 indépendante de la ré- 
âes^ion 9 efl la fource de nos pafiîons & de nos 
erreurs. Loin de dépendre de la volonté , elle la 
détermine ; elle nous pouffe vers .les objets 
qu'elle peint 9' ou nous en détourne 9 félon le 



i6<î IMAGINATION. 

manière dont elle les repréfente. L'image d*ufl 
danger infpire la crainte 9 celle d'un bien donne 
des dedrs violens : elle feule produit l'enthou* 
Êafme de gloire , de parti » de fanatirme ; c*e(l 
elle qui répandit tant de maladies de reQ>rir 1 
^n faifant imaginer â des cervelles fbibles , for- 
tement frappées , que leurs corps- étoient chan- 
gés en d'autres corps ; c'eft elle qui perfuada â 
tant d'hommes j qu'ils étoient obfédés ou en- 
forcélés y & qu'ils alloient effeôivement au 
iabbat , parce qu'on leur difoitqu'ils y alloient. 
Cette efpece d'imagination fervile , partage or- 
dinaire du peuple ignorant , a été l'inftrument 
dont l'imagination forte de certains hommes 
s'eft fervie pour dominer. C'eft encore cette 
Imagination paffîve des cerveaux aifés à ébran- 
ler 9 qui fait quelquefois pafîer dans Jes eâfans 
les marques évidentes d'une imprefiion qu'une 
tnere a reçue ; les exemples en font innombra- 
bles ; & celui qui écrit cet article > en a vu 
de Q. frappans , qu'il démentiroit fes yeux , 
s'il en doutoit ; cet effet d'imagination n'efl 
guère explicable j mais aucun autre effet ne 
l'eft d'avantage. On ne conçoit pas mieux 
comment nous avons de perceptions , com- 
ment nous les retenons , comment nous les 
arrangeons. Il y a l'infini entre nous & les pre- 
miers refforts de notre être. / 

L'imagination aâive eft ^elle qui joint la 
réflexion , la combinaifon à la mémoire ; elle 
rapproche plufieurs objets diflans , fépare 
ceux qui fe mêlent , le^ compofe & les chan. 
ge ; elle femble créer 9 quand elle ne fait qu'ar- 
ranger 'j car il n'eft pas donn^ à l'homme , de 
fe faire des idées j il ne peut que les modi- 
fier. 



IMAGINATION. i(5> 

Cette imagination aôive eft donc au fond une 
fiicuité auilî indépendante de nous « que l'imagi. 
•arion paflive ; & une preuve qu'elle ne dépend pas 
de nous , c'eft que fi vous propofez à cent per* 
fennes également ignorantes , d'imaginer telle 
machine nouvelle f il y en aura quatre-vingt- 
dix-neuf qui n'imagineront rien » malgré leurs 
efforts. Si la centième imagine quelque chofe « 
n'e(l-il pas évident que c'eft un don particulier 
qu'elle a reçu. C*eft ce don qu'on appelle génie ; 
c'eft-là qu'on a reconnu quelque chofe d'infpiré 
& de divin. 

Ce don de la nature eft imagination d'invention 
dans les arts y dans l'ordonance d'un tableau , 
dans celle d'un poème. Elle ne peut exifter fans 
la mémoire ; mais elle s'en fert comme d'un 
infiniment avec lequel elle fait tous fes ouvra- 
ges. 

Après avoir vu qu'on foulevoit une groflê 
pierre que la main ne pouvoit remuer f l'imagi- 
nation a£tive inventa les leviers , 8c enfuite les 
forces mouvantes composées ^ qui ne font que 
des leviers déguifés. Il faut fe peindre d'abord 
dans l'efprit les machines 8c leurs effets pour 
les exécuter. 

Ce n'eft pas cette forte d'imagination que le 
vulgaire appelle , ainfi que la mémoire » V ennui 
du jugement ; au contraire , ellf ne peut agir 
qu'avec un jugement profond. Elle combine 
fans cefle fes tableaux ; elle corrige fes er- 
reurs ; elle élevé tous fes édifices avec ordre. 
U y a une imagination étonnante dans la mathé- 
matique pratique \ Se Archimede avoir autant d'i- 
magination qu'Homère. C'eft par elle qu'un poctc 
crée fes perfonnages , leur donne des caractères , 
des paffions ; invente fa fable , en préfente 



^68 IMAGINATION^ 

l-expoCtioa » en redouble le aœud , en préparé 
le dénouemeut ; travail qui demande encore le 
jugement le plus profond , 8( 9 en même tems t 
4e plus fin. 

Il faut un très-^rand art dans toutes ces ima-^ 
gînations d'invention , ^ même dans les Ro- 
mans ; ceux qui en manquent font méprifés des 
efprits bien faits. Un jugement toujours fain 
régne dans les fables d'Eibpe ; elles feront tou- 
jours les délices des nations* Il y a plus d'imagi* 
nation dans les contes des Fées y mais ces iina- 
gînations phantaftiques , toujours dépourvues 
d'ordre & îe bon fens » ne peuvent être eflimées ; 
on les lit par foibiefle ^ & on les condamne par 
raifon. 

La féconde partie de l'imagination aâîve eft 
celle de détail : & c'efl elle qu'on appelle com- 
munément imagination dans le monde. Cad elle 
qui fait le charme de la converfation ; car elle pré« 
fente fans ceiTe à l'efprit , ce que les hommes 
aiment le mieux , des objets nouveaux ; elle 
peint vivement ce que les efprits froids deflinent 
à peine ; elle emploie les circonilances les plus 
frappantes ; elle allègue des exemples ; & quand 
ce talent fe montre avec lafobrîéréqui convient; 
à tous les talens j il fe concilie l'empire de la fo- 
ciété. L'homme efl tellement machine , que Is 
vin donne quelquefois cette imagination , que 
l'oiilveté anéantit ^ il yalà de quoi s'humiliert 
mais de quoi admirer. Comment fe peut-il faire 
qu'un peu d'une certaine liqueur qui empêchera 
de faire un calcul , donnera des idées brillaaf 
tes. 

C'efl fur.tout dans la poëfle , que cette ima'* 
gination de détail & d'expreflion doit régner ; 
elle eft ailleurs agréable ; mais là elle ell né- 

ceflaireî 



I M A G I N A T ION. j6p 

ceiTaire ; prefque tout eft image dans Homère » 
dans Virgile 9 dans Horace ySans même qu'on 
s'en apperçoive» La tragédie demande moins 
d'images , moins d'expreffîons pittorefques , de 
grandes métaphores 9 d'allégories , que le poëme. 
épique, ou Tode ; mais la plupart de ces beau- 
tés bieor ménagées font , dans la tragédie, UA 
effet admirable. Va homme qui , fans être poë'« 
U i ofe donner une tragédie , fait dire à Hip» 
polite : 

* Depuis que je vous vois j'abandonne la chafle. 

Mais Hippolite , que le vrai poëte fait |iarler i 

dit; 

Mon arc 9 mes javelots, mop char, tout jn'xm« 
portune. 

Ceir imaginations ne doivent jamais être for« 
c4^ 9 ampoulées , gigantefques. Ptoloiâé^ par* 
latit dans un confcil , d'une bataille 9 qu'il n'a 
pas vue , 8c qui s'eft donnée loin de chex lui y 
Be doit point peindre 

Des montagnes de morts privés d^honneurs faprê* 

mes 9 
Que la nature force â fe venger eux-mêmes 9 
Et dont les troncs pourris exhalent dans les vents i 
De quoi /aire la guerre au i;eile des vivant • 

Une pridceflê ne doit point dire à iin eoipe» 
leur: 

Xa vapeur de mon fang ira groffir la foudre , 
Que Dieu tient 4éia prête 4 te réduire eç poudre* 

On lent aflêz qu« la vraie douleur ne sV 



170 . IMAGINATION, 

mufe point à une métapliore fi recherchée & fi 

Il n'y a que trop d'exemples de ce défaut. On 
les pardonne aux grands poètes ; ils fervent à 
rendre les autres ridicules. 

L'imagination aôive , qui fait les poètes ^ 
leur donne Tenthoufiafme , c'eft-^-dire « feloa 
le mot grec , cette émotion interne qui agite y 
en effet , l'efprit , & qui transforme l'auteur 
dans le perfonnage qu'il fait parler ; car c'eft-lâ 
l'enthoufiaime-) il confifte dans l'émotioii & dans 
les imagier : alors l'auteur dit précifément les 
mêmes chofes , que dirpit la perfoQue qu'i| 
ifttroduit : _ 

Je le vis j; Je rougis j Je pfilis à fa vue ; 

.Un trouble 9*éleva daas mon ame éperdue ; 

Mes yeux ue voyoient plus i je ne pouvois parler«| 

L'imagination alors ardente & fage y n'entafié 
point des figures incohérentes, elle ne dit point jr 
par exemple , pour exprimer un homme épais à^ 
corps & d'efprit » 

Qu'il eft fiancé de chair 9 gabionné de lard | 

Et que la nature « 

£n maçonnant les remparts de fon ame i 

Songea* pi iit/W an Ç^irtfau cfii'à la lame. 

. Il 7 a de l'imagination dans ces vers 9 mais 
elle eil grofiîere ; elle eft déréglée ; elle . eft 
faufle ; l'image de rempart ne peut s'allier 
avec celle de fourreau ; c'eft comme fi on dî-* 
foit qu'un YKJiffffiu dk enjré dans le paît à brid<( 



IMAGINATION. jfé, 

On permet moins l'imagination dans Pélo* 
quence , que dans la peéfîe : la raifon en eft 
lenfibie. Le difçours ordinaire doit moins s'é- 
carter des i4ées communes ; Torateur parle la 
langue de tout l|e monde ; le pbëte parle un» 
langue extraordinaire 8c plus relevée ; le poëte 
a pour, bafe de fon ouvrage » la fiâion ^ ain/I 
l'Imagination ei^ Teflence de Ton art ^ elle n'eft 
que l'accefloire dans l^orateur. 

Certains traits d^imagination ont ajouté f 
dit-on 9 de grandes beautés â la peinture. Oa 
cite fur-tout cet artifice , avec lequel un pein- 
tre mit un voile fur la tête d*Agamemnon dans 
le facrifice d'Ipbigénie ; artifice cependai^t bieti 
moins beau ^ que û le peintre avoir eu le fe« 
cret; de faire voir fur le vifage d'Agamemnon » 
le. combat, dé la douleur d^un père » de l'au- 
torité d'un monarque > & du refpeâ pour fes 
dietix ; comme Rubens a eu l'art dt peindre ^ 
flans les regards & dans Tattitude de Marie de 
Médicis , la douleur de l'enfantement » la joie 
.d'avoir un fils , & la complaifance ' dont elle 
envifage cet enfant. 

En général y les imaginations des peintres ^^ 
guand elles ne font . qu'ingénieufes , font 
plus d'honneur à l'efprit de l'artîfte f qu'elles 
ne contribuent , aux beautés de l'art ; toutes 
les compofitions allégoriques ne valent pas 1« 
belle exécution de la main ^ qui fait le prix 
des tableaux* 

Dans ' tous les arts la bielie imagination eft 
toujours naturelle ; la fa^fTe efl celle qui af. 
JTembie des objets incompatibles ; la bizarre 
peint des objets qui n'ont ni analogie» ni 
allégorie , ni yraifemblance | comme des cf. 
prits } qui fe jettent à ji» tête dans leursr 

Hii 



ïjt IMAGINATION. 
combats t <ics montagnes chargées d'arbres ^ 
qui tirent du canon dans le ciel ; qui font 
Une chauffée dans le chaos ; Lucifer qui fe 
transforme en crapaud ; un ange coupé en dtut 
par un coup de canon , 8( dont les deux par- 
ties fe rejoignent incontinent , &c« •••••• 

L^iàiagination forte approfondit les objets; 
la foibieffe les effleure i la douce fe repofe 
dans des peintures agréables ; l'ardente entaflê 
Images fur* images ; la iàge eft celle qui emr 
yloie avec choix tous ces différens caraâeres f 
tnais qui admet très-rarement le bizarre , 8c rc^ 
jette toujours le faux. ' 

Si 4a mémoire nourriç & exercée * ell la 
fource de toute imagination ; Cette même mé« 
suoire furchargée la fait, périr ; ainfi celui qui 
S'ell rempli la tète de noms 8c de dates , 'n'a 
pas le magafin qu'il faut pour compofer des 
images* iTes hommes occupés de calculs, ou 
d'affaires épineufes ^ ont d'ordinaire l'imaginar 
tion ftérile. 

Quand elle eft trdp ardente , trop tumut 
tueufe.y elle, peut dégenérçr en dénxchce ; maii 
on a remarqué que cette maladie des organes 
du cerveau , . éà bien plus fouvent le partage 
de ces imaginations paffives , bornées a rece* 
voir la profonde empreinte des objets , que de 
ces imaginations aâives 8c laborieufes , qui 
raflêmblent & combinent des idées ; car cette 
imagination aftiv^i a tqujours l>efbin du juge^. 
ment ; l'autre en eft indépendante. 

Il n'eft peut-être pas inutile d'ajouter i cet 
article t que par ces mots perception -, mémoire f 
imagination t jugement f oii n'entend point des 
organes difUnûs » dont l'un a le don de fentir » 
l'autre fe refibùvient i un typifism? imagine p 



1 



I MA G I N A T I O N. tn 
on quatrième juge. Les hommes font plus portés ^ 
qu'on ne penfe > à croire que ce font des facuU 
tés dlfTërentes '(c féparées ; c'eil cependant le 
même £rre qui fait toutes cee opérations » que 
nous ne connoiiTons que par lenrs effets > fani 
'pouvoir rien connottre de cet Etre« 






afe ' ■ ■ ■ ■ ai 

IMPORTANCE.- 

TERME relatif à la valeur d'un objet. S*il 
a 9 ou fi nous y attachons une grande valeur, 
il eft important. On dit d'un meuble précieux , 
un meuble d'iMOortance ; d'un projet , d'une 
lafTaire , d'une entreprife , qu'elle eft d'impoN 
tance , fi les fuites en peuvent devenir ou très- 
avantageufes , ou très-nuifibles. Le mal & le 
bien donnent également de l'importance. D'im- 
portance on a Ëiit important , qui fe prend à- 
peu-près dans le même fens. ' On dit : Il eft im- 
portant de bien commencer , d'aller vite , de 
marcker fourdement. Il faut que le fujet d'un 
poëme épique ou dramatique fblt important. 
Combien de queftions futiles qui auroient i 
peine agité les Scholaftiques dans l'ombre & la 
poufiiere de leurs clafies , fi le gouvernement 
ne leur avoir donné de l'importance , par la 
part qu'il y a prife ! Qu'il ofe les méprifer , & 
bientôt il n'en fera plus parlé. Qu'il en faffe un 
fujet de diftinâion , de préférence , de grâce , 
9k bientôt les haines s'accroîtront ; les peuples 
s'armeront , & une dilpute de mots finira par 
des aifaflinats & des ruifieaux de fang. L'ad- 
jectif important a deux acceptions particulières. 
Qtï dit d'un homme qui peut beaucoup dans 
li place qu'il occupe : C'eft un homme impor- 
tant ; on le dit aufii de celui qui ne peut rien « 
ou^peu de chofe , & qui met tout en œuvre pour 
fe faire attribuer un crédit qu'il n'a pas. Les 
nouveaux débarqués , ceux qui foUicitent des 
grâces , des places , font à tout moment ici la 



IMPORTANCE. 175 

3ape des împortans. La ville & la cour regorgent 
d'importans qui font payer bien cher leur nullité. 
Les importans font dans les cours , ce que les 
prêtres du paganifine étoient dans leurs temples» 
On les croyoit en grande familiarité avec les 
dieux j parce qu*iis ne s'en éloignoient jamais. 
On leur portoit des offrandes qu'ils acceptoient ; 
& ils s'engageoient à parler au ciel » à qui ils 

I ne difoient rien 9 ou qui ne les entendoit pas. 

1 En un mot , l'important eil fans oaifTance ; mais 

I il voit des gens de qualité ; il eil faas talens ; 

I snaîs il protège ceux qui en ont ; il efl uns cré- 
dit , mais fe met en chemin pour rendre fervice ; 
il ne fait rien 9 mais il confeille ceux qui font 
mal. S'il a une petite place , il croit y faire de 

I grandes chofes \ enfin il voudroit faire croire â 
tout le monde 9 & fe perfuader à lui-même , que 
fes difcours , fes aâions , foa exiAeucc , influeat 
(ut la deâlnée de la fociété. 



^^. 

*^*^*^* 



9^ 



filt 



4ï= 



INDECENT. 



QU I eft contre le devoir , la bienféance k 
rhonnèteté. Un des principaux caraâeres 
a une belle ame 9 c'eft le fentiment de la décence. 
Lorfqu'il eft porté à-i^extrême délicatefle, la 
nuance s'en répand fur-tcipt fur les aâions , fur 
les difcours » fur les écrits , fur le iilence 9 fur le 
•gefte 9 fur le maintien ^ elle relevé le mérite dif- 
tingué ; elle pallie la médiocrité; elle embellit la 
vertu i elle donne de la grâce à l'ignorance. 

L'indécence produit les effets contrïiires. Op 
Ja pardonne aux hommes 9 quand elle e(l aiccom- 
pagnée d'une certaine originalité de caraâere r 
.d'une gaieté particulière & cynique , qui les met 
au-deffus des ufages : elle efl iofupportable daa' 
les femmes. Une belle femme indécente eil uae 
cfpece de monflre, que je comparerois volontiers 
à un agneau qui auroit de la férocité. On ne s'at- 
tend point à cela. Il y a des états dont on n'ofe 
exiger la décence : l'anatomide , le médecin , la 
fage-fcmme font indécens fans conféquence. C'cft 
la préfence des femmes qui rend la fociété des 
liommes décente. Les hommes feuls font moins 
décens. Les femmes font moins décentes entr'el- 
les , qu'avec les hommes. Il n'y a prefqu'aucua 
vice ^ui ne porte à quelqu'a£^ion indécente. Il 
efl rare que le vicieux craigne de paroître indé« 
cent. Il fe croit trop heureux , quand il n'a que 
cette foible barrière à vaincre. Il y a une indé- 
cence particulière & domeflique ; il y en a une 
générale & publique. On bleffe celle-ci peut-être 
toutes les foie qu'entraîné par un goût inconfide- 



INDÉCENT. 177 

xi pour la vérité , on ne ménage pas aflez les er. 
reurs publiques. Le luxe d'un citoyen peut deve- 
nir indécent dans les tems de calamité ; il ne fe 
montre point fans infulter à la mifere d'une na- 
tion. Il feroit indécent de fe réjouir d*un fuccès 
particulier au moment d'une affliâion publique» 
Comme la décence confîfte dans une attention 
fcrupuleufe à des circonftances légères & minu- 
tieufes , elle difparoît prefque dans le tranfport 
des grandes paffions. Une mère qui vient de per- 
dre fon fils , ne s'apperçoit pas du défordre de 
fes vêtemens. Une femme tendre & paflionnée t 
que le penchant de fon cœur 9 le trouble de fou 
efprit , 8c ryvrefle de fes fens abandonnent à Tim- 
pétuofité des defirs de fon amant , feroit ridicule 
£ elle fe reffouvenoit d'être décente 9 dans un 
inftant où elle a oublié des confidérations impor- 
tantes. £lle eft rentrée dans l'état de nature •• 
c'eft fon impreflîon qu'elle fuit) & qui difpofe 
d'elle & de fes mouvemens. Le moment du tranf- 
port pafTé 9 la décence renaîtra ; 8c il elle foitpiie 
encore > les foupirs feront décens* 






»f 



178 



INDÉPENDANCE. 

L 'Indépendance eft la pierre philo- 
{bphale de Torgueil humain \ la chimère 
après laquelle Tamour-propre court en aveugle ; 
le terme que les hommes fe propofent toujours , 
& qui empêche leurs entrepriies & leurs defirs 
d'en avoir jamais, c'eft l'indépendance. 

Cette perfeâion eft fans doute bien digne dts 
efforts que nous faifons pour l'atteindre , puif- 
qu'elle renferme néceffairement toutes les autres; 
inais par-là même, elle ne peut point fe ren- 
contrer dans l'homme efTentiellement limité par 
la propre exiflence. Il n'efl qu'un feul Etre indé- 
pendant dans la nature ; c'eft fon Auteur. Le refte 
^ft une chaîne dont les anneaux fe lient mutuel- 
lement , & dépendent les uns des autres , excepté 
ie premier , qui eft dans la main même du Créa- 
teur. Tout fe tient dans l'univers : les corps cé- 
leftes agiiïent les uns fur les autres j notre globe 
en ed attiré , & les attire à fon tour \ le flux & 
reflux de la mer a fa caufe dans la lune ^ la fer- 
tilité .des campagnes dépend de la chaleur du 
foleil , de l'humidité de la terre , de l'abon- 
dance de fes fels , &c. Pour qu'un brin d'herbe 
croifTe , il faut , pour ainfî dire , que la nature 
entière y concoure ^ enBii il y a dans l'ordre 
phyfique un enchaînement , dont l'étrange com- 
plication fait un chaos que Ton a tant de peine 
à débrouiller. 

Il en efl de même dans Tordre moral &po- 
lîtique. L'ame dépend du corps ; le corps dépend 
dt V»mt » $c de tous les obpus extérieurs : cosir 



] 



INDÉPENDANCE. 179 
swat l'homme , c'eft-à-dtre , TafTemblage de deux 
parties fi fubordoanées , ferolt-il lui-même in- 
dépendant l La fociété pour laquelle nous fom- 
mes nés , nous donne des loix à fuivre , des 
devoirs à remplir ; quel que foit le rang que 
nous y tenions , la dépendance eft toujours no- 
tre apanage ; & celui qui commande à tous les 
autres 9 le fouverain lui-même voit au-defTus 
de fa tête les loix dont il n'eft que le premier 
fujet. 

Cependant les hommes fe confument en des 
efforts continuels , pour arriver à cette indépen* 
dance 9 qui n*exi(le nulle part. Ils croient tou- 
jours l'appercevoir dans le rang qui e(l au-delTus 
de celui qu'ils occupent ; & lorfquUls y font 
parvenus , honteux de ne l'y point trouver, 8c 
non guéris de leur folle envie , ils continuent à 
l'aller chercher plus haut. Je les comparerois vo- 
lontiers à des gens grofficrs & ignorans , qui au- 
roicnt réfolu de ne fe repofer qu'à l'endroit où l'œil 
borné eft forcé de s'arrêter , &0C1 le ciel fem- 
ble toucher à la terre. A mefure qu'ils avan- 
cent 9 l'horizon fe recule ; mais comme ils l'ont 
toujours en perfpeûive devant eux 9 ils ne f« 
rebutent point , ils fe flattent (ans cefle de l'at- 
teindre dans peu ; & après avoir marché toute 
leur vie 9 après avoir parcouru des efpaces im- 
aienfes 9 ils tombent en6n accablés de fatigue 
& d'ennui 9 & meurent avec la douleur de ne fe 
voir pas plus près du terme auquel ils s'efForçoient 
d'arriver , que le jour qu'ils avolent commencé 
à y tendre. 

Il eft pourtant une efpece d'indépendance a 
laquelle il eft permis d'afpirer : c'eft celle que 
donne la philofophie. Elle n'ôte point à l'bom- 
ine tous ùi Junj , mais- elle ne lui laifle qu« 

H vj 



i«o INDÉPENDANCE. 
ceux qu'il a reçus de la main même de la raifon» 
Elle ne le rend pas abfolument indépendant ; 
mais elle ne le fait dépendre que Àê i'es dé-* 
voirs. 

Une pareille indépendance ne peut pas être 
dangereui'e. Elle ne touche point à Tautorité 
du gouvernement 9 à Tobéiflance qui eft due aux 
lûix , au refpeél que mérite la religion : elle ne 
tend pas à détruire toute fubordination , Se à 
bouleverfer Tétat , comme le publient certaines 
gens qui crient à l'anarchie , dès qu'on refufe 
de reconnoître le tribunal orgueilleux qu'ils fe 
font eux-mêmes élevé. Non , Ci le philofophe eft 
plus indépendant que le refte des hommes 9 c'eil 
qu'il fe forge moins de chaînes nouvelles. La mé- 
diocrité desHefirs le délivre d^une foule de be» 
foins , auxquels la cupidité alTujettit les autres. 
Renfermé tout entier en lui-même , il fe détache 
par raifon , de ce que la malignité des homme» 
pourroit lui enlever. Content de fon obfcurité r 
11 ne va point , pour en fortir 9 ramper à la 
|)orte des grands , & chercher des mépris qu*n 
lie veut rendre à perfonne. Plus il eft dégagé des 
préjugés , & plus il eft attaché aux vérités de la 
religion ^ ferme dans les grands principes qui 
font l'honnête homme , le édele fujet & le bon 
citoyen. Si quelquefois il a le malheur de faire 
plus de bruit qu'il ne le voudroit , c'eft dans le 
inonde littéraire î où quelques nains effrayés oo 
envieux de fa grandeur, veulent le faire paffer 
pour un tyran qui efcalade le ciel f & tâchent 
^infl , par leurs cris , d'attirer la foudre fur la 
tête de celui , dont leurs propres dards poor- 
i:oient à peine piquer légèrement les pieds. Mais 
que l'on ne fe laifl"e pas étourdir par ces acctif»-' 
^iûrûi vagues 9 dont lesauteinr^ areffeiabkjit »&> 



INDÉPENDANCE. i8i 

9 ces enfans qui crient ,. Au feu , lorique leur 
maître les corrige. L'on n*a jufqu'ici guère vu 
de philofopbes qui aient excité des révoltes , 
renverfé le gouvernement, changé la forme des 
états : je ne vois pas que ce foit eux qui aient 
occafionné les guerres civiles en France , fait 
les profcriptions à Rome , détruit h$ républl-* 
ques de la Grèce. Je les vois par-tout entourés 
d'une foule d'ennemis ; mais par tout )e les vois 
perfécutés , & jamais perfécuteurs* C'eil-là leur 
deiliaée ; & le prince même des pbilofophes » 
le grand & vertueux Socrate , leur apprend qu'ils, 
doivent s'eftimer heureux , lorfqu'on ne leur 
drefle pas des échafauds avant de leur élever des 
ûatues* 



^5^ m \^ 
^\ ^/iw^ #^ 



^ ■ se 

INDIENS. (PHILOSOPHIE DES) 

ON prétend que la philofophîe a pafTé de la 
Chaldée & de la Perfe aux Indes ; quoi qu'il 
en foir , les peuples de cette contrée étoient en 
fi grande réputation de fagclTe parmi les Grec^ » 
que leurs philofophes n'ont pas dédaigné de 
de les vifiter. Pythagore , Démocrite , Anaxaf- 
que , Pyrron , Apollonius & d'autres , firent le 
voyage des Indes , & allèrent converfer avec 
ks Brachnianes ou Gymno-fophiftes Indiens. 

Les fages de l'Inde ont été appelles Brachma- 
nef de Brachme , fondateur de la feâe y & Gym» 
no'fophiflei oufagei f qui marchent nuds , de 
leur vêtement qui laifibit à découvert la plus 
grande partie de leur corps. 

On les divife en deux feâes 9 l'une des Brach- 
manes , & l'autre des'Saraanéens ; quelques-uns 
font mention d'une troifieme 9 fous le nom de 
Pranfnes : nous ne fommes pas alTez inflruits 
fur les caractères particuliers qui îes diftin- 
guoient ; nous fçavons feulement 9 en général , 
qu'ils fuyoient la fociété des hommes -, qu'ils 
habitoient le fond des bois & des cavernes 9 
qu'ils menoient la vie la plus audere , s'abHe- 
nam du vin & de la chair des animaux , fe 
DourrifTant des fruits & des légumes , & cou- 
chant fur la terre nue ou fur des peaux ; qu'ils 
ëtoient fi fort attachés à ce genre de vie , que 
quelques-uns appelles auprès du grand roi 9 ré- 
pondirent qu'il pouvoit venir lui-même s'il 
avoir quelque dhofe à apprendre d'eux 9 ou à 
leur commander* 



PHILOSOPH. DES INDIENS, is'j 

Ils fouffroient avec une égale confiance , la 
chaleur & le froid: ils craignoient le commerce 
des femmes. Si elles font méchantes 9 difoienc- 
ils , il faut les fuir, parce qu'elles font mé- 
chantes. Si elles font bonnes , il faut encore les 
fuir, de peur de s'y attacher. Il ne faut pas 
que celui qui fait foa devoir du mépris de la 
douletir & du plaifir , de la mort 8c de la vie , 
s'expofe à devenir Tefclave d'un autre. 

Il leur étoit indifférent de vivre ou de mourir 
ou par le feu , ou par Peau , ou par le fer- Ils 
s'aflembloiént jeunes & vieux , autour d'une 
même table ; ils s'interrogeoient réciproquement 
fur l'emploi de la journée ; & l'on jugeoit indi- 
gne de manger , celui qui n'avoit rien dit , 
fait ou penfé de bien. 

Ceux qui avoient des femmes , les renvoyoîent 
au bout de cinq ans , fi elles étoient ftériles ; 
ne les approchoient que deux fois l'année , & fe 
croyoient quittes envers la nature , lorfqu'ils en 
avoient eu deux enfans , l'un pour elles , l'autre 
pour eux. 

Biuldas , Dandanir, Calamus & larcha , font 
les plus célèbres d'entre les Gymno-fophiftes , 
dont THiflolre ancienne nous a confervé les 
noms. 

Buddas fonda la ftàe des Hylobien^ , les 
plus fauvages des Gymno-fophiftes. 

Pour juger.de, Dandanis , il faut l'entendre 
parler à Alexandre, par la bouche d'Onéfîcrite , 
que ce prince , dont l'aûivités'étendoit à tout , 
envoya chez les Gymno-fophiftes. « Dites à 
votre maître , que je le loue du goût qu'il a 
pour la fagefïe , au milieu des affaires dont un 
autre Jferoit accablé; qu'il fuie la moUeffe -, qu'il 
ne confonde pas la peine avec le travail j & 



184 PHILOSOPHIE 

puifque fes philofophes lui tiennent le même 
langage , qu'il les écoute. Pour vous & vos fem- 
blables » Onéfîcrite , je ne défapprouve vos 
lentimens & votre conduite , qu'en une chofe ; 
c'efl que vous préfériez la loi de rhomme à ceilç 
de la nature , & qu'avec toutes vos connoiflan* 
ces 9 vous ignoriez que la meilleure demeure eft 
celle où il y a le moins de foin à prendre. » , 

Calanus , à qui l'envoyé d'Alexandre s'adrefla , 
lorfque ce prince s'avança dans les Indes 9 débu- 
ta avec cet envoyé par ces mots : « Dépofe cet 
habit y ces fouliers ; affis-toi nud fur cette pier- 
re ; & puis nous converferons. » Cet homme d'a- 
bord R fier , fe laifTa perfuader par Taxile defui» 
vre Alexandre ; & il fut méprifé de toute la na- 
tion , qui lui reprocha d'avoir accepté un autre 
maître que Dieu. A juger de fes mœurs par fa 
mort 9 il ne paroît pas qu'elles fe fuflent amol- 
lies. Èftimant honteux d'attendre la mort , com- 
me c'étoit le préjugé de fa feue , il fe fit dreffer 
un bâcher , & y monta , en fe félicitant de la li- 
berté qu'il alloit fe procurer. Alexandre , touché 
de cet héroïfme » inflitua en fon honneur des 
combats équeflres , & d'autres jeux. 

Tout ce qu'on nous raconte d'Iarcha eft fabu- 
leux. Les Gymno-fophiftes reconnoiflbient un 
Dieu fabricateur & adminidrateur du monde* 
itiais corporel : il avoit ordonné tout ce qui eft i & 
veilloit â tout. 

Selon euK l'origine de l'ame étbit célefte ; 
elle étoit émanée de Dieu ; Scelle y retournoit^ 
Dieu recevoit dans fon fein les âmes des bons 
qui y féjournoient éternellement. Les âmes des 
méchans en étoient rejettées & envoyées à dif- 
fère ns fupplices. 

Outre un premier Dien ^ ils cnadoroicûtfH? 
core de fnbalternej^ 



DES I N D I FTf S. t^i 

Leur morale confiflolt â aimer les Bofflmes , 
-i fe haïr eux-mêmes , à éviter le mal « à faire U 
bien , & à chanter des hymnes. 

Ils faifoient peu de cas des fciences & de fat 
philofophie naturelle. larcha répondit à Apollo- 
nius 9 qui Tinterrogeoit fur le monde , « qu'il 
•étoit compofé de cinq élémens « de terrent 
d'eau , de feu , d'air & d'éther ; que les dleui: 
.«n. éteient émanés; que les êtres compofés d'air^ 
étoient mortels 9 périffables , 8c que le» ètcef 
compofés d'éther , étoient immortels & divins ; 
que les élémens avoient tous exifté en même tems; 
que le monde étoit un grand animal » engendrant 
le reile des animaux ; qu'il étoit de nature ma* 
le & femelle , &c. » 

Quant à leur philofophie morale 9 tout y étoit 
grand 8c élevé. U n'y ayoit, félon eux, « qu'un 
feul bien ; c'eft la iageSê. Pour faire le bien t 
il étoit inutile que la loi l'ordonnât. La^mort 8c 
la vie étoient également méprifables. Cette vie 
n'étoit que le commencement de notre exidence* 
Tout ce qui arrive à l'homme , n'efl ni bon ni 
mauvais. Il étoit vil de fupporter la maladie » 
dont on pouvoit fe guérir en un moment. Il ne 
falloit pas paiïèr un jour fans avoir fait quelque 
bonne aâîon. La vanité étoit la dernière chofe 
que le fage dépofoit , pour fe préfenter devant 
Dieu. L'homme portoit en lui-même une multi-: 
tude d'ennemis. C'efl par la défaite de ces en«< 
nemis 9 qu'on fe préparoit un accès favorable 
auprès de Dieu. 

Quelle différence entre cette philofophie 9 8c 
celle qu'on profeffe aujourd'hui dans les Indes! 
Elles font inférées de la doûrine de Xekia » 
j'entends de fa doftrine Efotérique ; car les 
principes de l'Exotérique font aûez conformes 



i%6 PHILOSOPH. DES INDIENS; 

i la droite raifon. Dans celle-ci » il admet U 
dl(lin£tioa du bien & du mal; rimmortallté de 
l'ame ; les peines à venir ; des dieux ; un Dieu 
fuprême qu^il appelle Amida^ &c* Quant à (a 
doârfne Éfotérique , c*eft une efpece de Spi- 
nofif'ne aiïez malentendu. Levutdeeft leprin«. 
cipe & la fin de toutes chofes. La caufe uai^ 
verfeiie n'a ni vertu ni entendement. Le repoi 
tft l'état parfait. C'fft au rcpoi queli philofopln 






1?, 



INDISCRET. 

L'H o M ME qui fçait penfer» parler 8c pré- 
voir les fuites de fes paroles 9 n'eft pas îif- 
difcret. Par un excès de confiance , on ouvre fon 
cœur à des indifFérens ^ on répand fon ame 
devant eux ; c'efl une foiblefTe à laquelle on eft 
entraîné par l'inexpérience & par la peine. La 
peine cherche à fe foulager ; l'inexpérience noui 
dérobe le danger de notre franchife. Les malheu- 
reux 8c les enfans fpnt prefque tous indifcrets» 
L'indifcretion peut devenir un crime. Un gefle » 
un regard y un pôt^ le filence même eft indif« 
cret. Fuyez les indlicrets : Velato qui c^terisfa" 
cra , 8cc. La vanité rend indifcret \ mais Tin* 
difcretion n'eft pas feulement relative à la con- 
fiance ; elle s'étend à d'autres objets. On dit 
d'un zeli , qu'il eft indifcret ; d'une aûion , 
qu'elle eft indifçrette. Cette indii^etion a lieu 
dans toutes les circondances où nous manquons 
par étourderie ou par faux jugement. Une fem« 
xne tendre compte fur la difcretion de l'hom« 
me qu'elle favorife; c'eft une condition tacite 
qu'il ne faut jamais oublier , pas même 
avec fon ami. Pourquoi lui confie riez-vous un 
fecret qui n'appartient point à vous feul? Il 
y a beaucoup d'amans indifcrets , parce qu'il 
y a peu d'hommes honnêtes. Après Tindifcré. 
tion des amans heureux , la plus commune eft 
celle des bienfaiteurs. Il n'y en a guère qui 
fentent combien il eft doux de fçavoir feul 
raâiôn généreufe qu'on a faite. Que celui- 
même que vous avez fecouru y l'ignore s'il fe 



«S8 INDISCRET. 

peut Pourquoi appeller en confidence tifl tlcft 
centre le ciel 8c vous 1 J'aime i me perfuader ^ 
pour l'honneur du genre humain « qu'il y a eu 
des âmes généreufes qui ont gardé en eiles-mé* 
mes des aôions héroïques pendant toute la vie i 
& qui font descendues ibui la tombe avec leur 
;*cret* 




INFPÉLIT£f 



r 



ftf 



JEUNES SE. 



C' £ S T cet âge qui touche , Se qui accompagne 
le dernier progrès de radolefcence , s'étend juf- 
qa'à l'âge yiril , Se va rarement au-delà de trente 
ans. 

Les Grecs, l'appdloîent d^ordinaire l'automne > 
regardant la Jeunejfe comme la ùtiCon de Tannée ,. 
oit les fruits parvenus ati point de leur maturité ^ 
font excellens à cueillir. Tmdare dit dans l'Ode (è* 
conde des lilhmioniques. 

' » De tous les beaux garçons: chez qui l'Automne , . 
« ( c'efi-à'-dire le printemps de la vie ,) réveille 1^ 
» paffîon de' l'amour. 

Les Latins fuivirefit les mêmes idées , ou les em-^ 
prunterent des Grecs ; de*là vient qu'Horace com- 
pare un jeune homme à une grappe de rai(in que^ 
l'Automne va peindre de (es plus- vives couleurs-:: 

Jam tibi lii^idos'^ 

Dijiinguet Autumnus racetnos'y 

Furpureo varias colore^ Ode V» Kt>» H.- 

Dans notre langue nous avons attaché une idée' 
toute différente au mot ^Automnt , par rapport à' 
Kâge, St nous ne nous en fèrvons qu'au fu jet des' 
perjfbnnes^ qui commencent à vieillir. Nos Pôëtesî 
appellent la Jeunejfe le printemps de» beaux jours^^ 
ft en d'autres termes :• 

Cette agréable faifôrt , 
Ou le cœur ci fort empiref 
AJfujettii là' raijoa, _^ 



Le Guarini l'appelle verie étaie ; elle porte pa^ 
tout avec elie les heureu(èâ fâiitîes de Vimn^ék^ 
tion , les attraits (eduKàns & les grâces enchanter- 
lefles. 

Cet âge a (es défauts comme les antres , qm 
Vontipis échappé* au cny on des grands Peintres 

Un j/euae homme têujoun houiUant àansfn coe- 

pricei , 
£jl prompt àrecevûh fimpreJJ^on des ncetf 
Et vcdn dansfes difcours > volagt enfei difirs-^ 
%ttifà.la u»fir^ 9 &/<Hi dans Us plaifirs. , 

Ja}oirte<pie42 Jeuntffe (ans expédeftce> (e livre 
folontlers à la crm()ue » qui la dégoûte des mo* 
déles qu'elle auroit be(ôln d'Imker;. trop^cc(mnp* 
tueuie y elie 6 pt'osaet tout deUerménae ; quoique 
firagile , croit pouvoir tout , & n'avoir jamais rieir 
à craindre ; elle Te confie légèrement dt fans pré- 
fKittdon ; entreprenante Se vive, elle pouftè (es pro- 
jets au-delà de fa portée , & pks loin que (es forces: 
vre le permettent ; elle vole à (on but pardes moy^ens- 
peu réâéchk ; s'affole de (es chimères \ tente aui 
Ka^ard ; imaccjie en aveugle ; prend des partis ex- 
tremes , & s*y précipite , fèmblable à ces courfiers. 
iadonii)Éai>tes ^qm se^v^uloat Jii Varrâter m tourner. 
^ Mak, malgré les écatts à» la JeuneJTe Se h vé* 
rite de ce tableau , qui les peint d*^es nttnre ,• 
c'eâ tQUJoufs fige le plus aimable & le plus bril- 
lât de la vie : n allons donc pas ridicukniem e(^ 
timer le mérite des (aKons par leur hiver ~, ni mettre^ 
la plus tride partie dé notre être au niveau de la- 
plus florifTante. Si l'^ge lYancé «wt 4es égards 8c 
des re(peâs, la./eaflM?//f »la beauté , la vigueur ,. 
le génie , qui marchent à (ï(îiite, (ont dignes, d? 
de nos autels»» 



J E ir W F s s iS fj^/f 

Ceux qui parient en £iveiir de h yieiUcile , odoime* 
Ctge , mare 8l modelée , pour &îre roiigv }a Jeu- 
jurjJÉè comme videti&, £ble âc débauché» i M ibnt 
pas de jvâes^ppréciateuts de la vafewrd^ cho(è« |: 
cac les imperfedîofu de ia vieiUeSe fy^t. afibrQinf n( , 
en plus grand noiobre, &pfaisinettrai>lf» qv^^Uet- 
de la iJeiine^é Vhhrec de no», anncet gcav« fA* 
oere plus de rîdes (urTe^t qne fiif jt frQAl« 
H (ê- volt, peu d*aints, diCbit Mbittagne» qw , ejr^ 
vieilliilànt , ne (entent Taîgre & le moi(i , & quand: 
Montagne parloît ainfi , il avolt les cheveux blancs« 

En effet , l'invention & lexécution , qui font 
deux l^randes & belles prérogatives , appartiennent 
à la Jeunejfé ; & fî (es écarts mènent trop loin ,. 
ceux de la vieillerie froids & glacés , retardent &: 
arrêtent perpétuellement le cours des affaires. 

Le làng qui fermente dans la Jeunejje ^ la rend', 
(ènflble aux impreffions de ià morale, de la vertu ,. 
de Tamour y et TangStlé "^ 8c 3e ^out ç0 qui atten* 
drh Famé. L^ circulation ralefule djtos h» vieil- 
lards produit le refroîdiflèment pour tous les ob- 
jets capables d'émouvoir leôsar ,&. porte en eux. 
(euls le ripli de rhumanité* 

La /e««tfjjè eft légère pai bouiilçftnement ; la: 
vieîUefïe confbnte oar pareflè. D'un coté , la pé- 
tulence , qui s'abutc dans &$ projets ; de l'autre j 
une méfiance générale , #e de$ {bu]^ns continuels ; . 
défiuts qui Ce peignent dani les yeux , dans le di(^ 
cours , & dans toute la conduite des gens âgés. 

Le jeune homme efi amoureux de la nouveauté^» 
parce qu'il eâ curieux ^ & qu'il aime à changer; 
Le vieâlard ed entêté de (es préjugés , parce qu'ils 
(ont les (îens , & qu'il n'a plus le temps de s'inl^* 
truire , ni la. force de Ce paffionner. 

En un mot-, on ne peut donner taifbnnablemînc 
h préférence au couchant des jours (îir leur midi. 
Ifeisiouvenons-nous que- ce midi , ce bel àgç ^ fi^ 



tpî Jeunesse: 

)uftement vanté^, n'eâ qu*uiie fleur pre(que atifli- 
tôt flétrie qu'elle eft éclo(è« Les grâces riantes y 
les doux plaifirs qui raccompagnent -, la force , la 
£uité j la joie s'évanouiflèm conune un (bnge agréa- 
ble ; il nen rràe quedes images fugitives : & fî, 
par mâlheor , on a conûune dans- une honteu(& 
volupté , cette brillante Jeunejfç , il ne lui fiiccéde. 

St'un triâe & cruel (buvemr de (es plaifîrs paiTéSii 
n. paje cfaet le fi>ir les folies du matin*. 




BŒlDÉLIlé 



l'KF I D EL I T É. 



m 



INFIDÉLITÉ. 

CE mot Ce prend pour Tinfraftlon du (êrment. 
que des époux ou des amans fe font fait , 
de ne pas chercher le honneur ; l'homme entre 
les bras d'une autre femme ; la femme d^^ns les 
embrailemens d'un autre homme. Les loix divi- 
nes & humaines blâment les époux infidèles ; mais 
l'inconflance de la nature , & la manière donc 
on (e marie parmi nous , (emblent un peu les 
excufêr. Qui eft-Ce qui fè choiiît fà femme ' Quî 
eft-ce qui choifît Ton époux ï Moins il y a eu de 
conlèntement , de liberté , de choix dans un en- 
gagement , plus il eft difficile d'en remplir les 
conditions , & moins on eA coupable aux yeux 
de la raifbn d'y manquer. C'eft fous ce coup 
d'oeil , que je hais plus les amans , que les époux 
infidèles. Et qui efl-ce qui les a forcés de Ce 
prendre ? Pourquoi fe font-ils fait des fermens? 
La femme infidelle me paroi t plus coupable que 
l'homme infidèle. Il a fallu qu'elle foulât aux 
pieds tout ce qu'il y a de. plus (acre pour elle 
Mans la feciété ; mais dira-t-on , plus (on (àcrifi- 
ce e£t grand , moins fbn adion eft libre ; & îe ré- 
pondrai qu'il, n'y a point de crime qu'on n'excu- 
sât ainfi. Quoi qu'il en foit , le commerce de deux 
infidèles eft un tifTu de menfenges , de fourbe- 
ries , de parjures , de trahifbns y qui me déplaît. 
Que les limites entre lesquelles il refTerre les ca- 
relîès qu'un homme peut faire à une femme , font 
bornées ! Que les momens doux qu'ils ont à paf- 
1èr enfemble font courts ! Que leurs difcous font 
froids ! Ils ne s'aiment point | ils ne fe croient 
Tomç IV. I 



1^4 Infidélité, 

J)oint; peut-être même ils Ce mépri(ênt« DKpen- 
fez les amans de la fidélité , 8c vous n'aurez que 
des libertins. Nous ne {bnunes plus dans Tétatde 
nature (auvage ; où toutes les femmes étoient à 
tous les hommej , 8c tous les hommes à tomes 
les femmes» 

Nos facultés (ê (ont perfeAionnées ; nous (en- 
tons avec plus de délicatefTe ; nous avons des 
idées de juftxe & d'injuilice plus développées ; la 
voix de la confcience seft éveillée ; nous avons 
in (Htué entre nous une infinité de paâs différens ; 
je ne (^ais quoi de (âint & de religieux s eu mê- 
lé à tous nos engagemens ; anéantirons-nôus les 
diftindions que les fîécles ont fait naître ; & ra- 
menerons-nous l'homme à la ôupidité de l'inno- 
cence première , pour l'abandonner fans remords 
à la variété de fes impulfions ? Les hommes pro- 
dui(ènt aujourd'hui des hommes ; regretterons- 
nous les temps barbares , où ils ne produiiôieiit 
^ue des animaux î 




In QUI- Si Ti ON. 195 



ttaaa^nwnm illWUMMtlaMgBBeSIfMw^ 



INQUISITION. 

JUrisdictjon eccléfîaftique , érigée pat 
le fiége de Rome en Italie , en Efpagne , en 
Portugal , aux Indes même , pour extirper les 
^ Juifs , les Maures , les infidèles & les Hérétiques. ' 

Cette Jufifdidion , apfès avoir pris naiffance 
vers lan 1200, fut adoptée par le Comte de Tou- 
loufè , en 1219 & confiée aux Dominicains paç 
•le Pape Grégoire IX , ert 1233. Innocent IV. 
étendit Ton empire , en 1251 , dans toute Tltalie 
excepté à Naples. L'Efpagne s y vit entièrement 
fourni (e , en 1448 , fous le rcgne de Ferdinand 
& ^d'Ifàbelle. Le Portugal Tadopta fous Jean III, 
lan 1557 conformément au modèle reçu par les 
Efpagnols. Douze ans auparavant , en 1 545 , Paul 
avoit formé la congrégation de ce tribunal , fous 
le nom du faint office. ; & Sixte V. confirma cet- 
te congrégation en 1588 : ainfî Tinquifition rele- 
vant toujours immédiatement de la Cour de Ro- 
me , fut plantée , malgré plufieurs contradidicris , 
dans un grand nombre d'Etats de la Chrétienté. 

Parcourons tous ces faits avec M. de Voltaire, 
& dans un plus grand détail , mais qui certaine- 
ment n'ennuiera per(bnne. Lé tableau qu'il en a tra- 
cé , ell de main de maître ; on ne fçauroit trop * 
en multiplier les copies. 

Ce fut dans les guefres contre les Albigeois ,' 
que, vers l'an 1200, "le Pape Innocent' III érigea 
ce terrible tribunal qui iuge les penftes des hom- 
mes ; & , fans aucune çonSdération peur les Evé- 
ques , arbitres naturels dans les» procès de la doc- 
trine , la Cour en commit la décifibn à des Do- 
minicains, & à des Cordellers, 

lij 



[iç6 Inquisition. 

Ces premiers in^uifîteurs avoient le droit de 
citer tout hérétique , de l'excommunier , d accor- 
der des indulgences à tout Prince qui extermine- 
roit les condamnés , de réconcilier à VégïiCe ^ de 
taxer les pénitens , & de recevoir d'eux en argent 
une caution de leur repentir, 

La bizarrerie des événemens , qui met tant de 
contradiéclon dans la politique humaine , £t que 
le plus violent ennemi du Pape , fyt le protec- . 
teur le plus févcre de ce tribunal. 

L'empereur Frédéric II , accufé par le Pape , 
tantôt d'être Mahométan , tantôt d'être Athée, 
crut fe laver de ce reproche , en prenant fqus (a 
protedion les inqui.'teurs ; il donna même qua- 
tre Edits à Pavie , en 1244, parlefquels il man- 
doit aux Juges féculiers , de livrer aux flammes 
ceux que les inquifîteurs condamneroient com- 
me hcrctiiues obflinés , & de laifîer dans me 
pri(bn perpétuelle ceux que l'inquifition décJare- 
roit repentans. Frédéric II , malgré cette politi- 
«[ue , n'en fut pas moins perlecuté ; & les Papes 
fe (èrvirent depuis , contre les droits de l'Empire, 
des armes qu'il lei^r avoît données. 

En 1255 , le Pape Alexandre III établit Vin- 
quîfitîon en France , fous le I^oi S. Louis. Le 
Gardien des Cordeliers de Paris, & le provincial 
des Dominicains étoient les grands inquifîteurs. 
Ils dévoient , par la Bulle d'Alexandre III , con- 
flîlter les Evéques ; mais ils n'en dépendoient pas. 
Cette étrange îurifHidion donnée à des hommes 
qui font vœu de renoncer ^au monde , indigna le 
Clergé & les laïques , au point que bientôt le 
fbulevement de tous les efprits ne laiflk à ces 
mornes qu'un titre inutile. 

En Italie , les râpes avoient plus de crédit , 
parce que tout défobcis qu'ils étoient dans Rome, 
t,5ut éloignés qu'ils en furent long -temps , ils 



Inquisition/ 197 

étôîent toujours à la tète de la fadion Guelphe 
contre celle des Gibelins. Ils Ce fèrvirent de cet- 
te inquiiîtion contre les partifàns de Tempire ; 
car , en 1301 , le Pape Jean XXII fit procéder 
par des moines inquiiîteurs , contre Mathieu ViC- 
comti , (èigneur de Milan , dont le crime étoit 
d'être attaché à l'Empereur Louis de Bavière, Le 
dévouement du vaflàl à Con Suzerain , ftft décla- 
ré hérefîe ; la maifbn d'Eil , celle de Malatefta fu- 
rent traitées de même pour h même cau(e ; & 
û le (upplice ne fuivit pas la Sentence , c eft qu'il 
étoit plus aifé aux Papes d'avoir des inquifîteuis 
que des armées. 

Plus ce tribunal prenoît de l'autorité , & plu» 
les Evcques qui Ce voyoient enlever un droit quî 
fèmbloit leur appartenir , le réclamoîent vivement; 
cependant ils n'obtinrent des Papes que d'être les^ 
afleffeurs des moines. 

Sur la fin du treifîeme fiécle , en 1 289 , Venî- 
Ce avoit déjà reçu l'inquifition , avec cette diffé- 
rence , que tandis qu'ailleurs elle étoit toute dé- 
pendante du Pape , elle fut , dans l'Etat de Veni- 
fè , toute (bumiiè au (enat. Il prit la fâge précau- 
tion d'empêcher que les amendes & les confisca- 
tions n'appartinfTent pas aux inquifiteurs. Il efpé- 
roit par ce moyen modérer leur zèle , en leur 
étant la tentation de s'enrichir par leurs juge- 
mens ; mais , comme l'envie de faire valoir les 
droits de Con miniftere , eft , chez les hommes ^ 
une paffion auffi forte que l'avarice , les entre- 
prises des inquisiteurs obligèrent le fénat long- 
temps après , fçavoir au feizieme fiécle , d'or- 
donner que l'inqÛifîtion ne pourroit jamais faire 
de procédures y (ans l'afliilance de trois fénateurs» 
Par ce règlement, & par plufieurs autres auffi po- 
* litiques \ l'autorité de ce tribunal fut anéantie à 
yenilè , à force d'être éludée» 

lui 



ipS Inquisition. 

Un Royaume où il (èmbloît que rinqpî/îtîof* 
dût s'établir avec le plus de facilité & de pouvoir ^ 
eft préciCëment celui où elle n'a jamais eu d'en- 
trée , j'entends le Royaume de Napies. Les fou^ 
verains de cet Etat & ceux de Sicile le eroyoient 
en droit , par les concevions des Papes , d'y jouit 
de la furifdidion eccléfiaflique. Le pontife Romain 
& le Roi Ce disputant toujours à qui nommeroit 
les inquifîteurs , on n'en nomma point ; & les 
peuples profitèrent , pour la première fois , des 
ouerelles de leurs maîtres. Si finalement l'inqui- 
Mtion fut autorisée en Sicile , après l'avoir été en 
E (pagne par Ferdinand & Ifàbelle , en 1478 j elle 
fut eh Sicile , plus encore qu'en Caftille , un pri- 
vilège de la couronne , & non un tribunal Romain ; 
car en Sicile , c'eft le Roi qui efl Pape. 

Il y avoit déjà long temps qu'elle étoît reçue 
dans l'Aragon ; elle y languifibit , ain/î qu'en Fran* 
ce , (ans fonâion , mns ordre , & prefque oubliée. 

Mais après la conquête de Grenade , ce tribu- 
nal déploya dans toute l'Efpagne cette forme & 
cette rigueur que jamais n'avoient eu les tribu- 
naux ordin;iires. Il faut que le génie des Espag- 
nols eut alors quelque chofe de plus impitoyable 
que celui des autres nations. On le voit par les 
cruautés réfléchies qu'ils commirent dans le nou^ 
veau monde : on le voit fur-tout ici par l'excès 
d'atrocité qu'ils portèrent dans l'exercice d'une ju- 
rifiliilion ou les Italiens , (es inventeurs , mettoient 
beaucoup plus de douceur. Les Papes avoient éri- 
gé ces tribunaux par politique ; & les inquifîteurs 
Efpagnols y ajoutèrent la barbarie la plus attroce. 

Lor(que Mahomet II eut fiiBjugué la Grèce, 
lui & (es (ucceflèurs lailTerent les» vaincus vivre 
en paix dans leur religion ; & les Arabes , maîtres^ 
de rE(pagnc , n'avoient jamais forcé les Chrétiens 
régnicoles à recevoir le mahométifine» Mais ^rèi 



Inquisition. iç9 

t^ prilê de Grenade , le Cardinal Ximénès voulut 
que tous les Maures fuflent Chrétiens , foit qu'il y 
fôt porté par zélé , Coit qu'il écoutât l'ambition de 
compter un nouveau peuple (bumis à Ùl primatie. 
C'étoit une entreprifè direâement contraire au 
traité , par lequel les Maures s'étoient (bumis ; & 
il falloit du temps pour la faire réuflir. Ximénès 
néanmoins voulut convertir les Maures aufli vite 
qu'on îivoit pris Grenade ; on les prêcha ; on les 
perfêcuta ; ils Ce fouleverent ; on les (bumit ; & 
• on les força de recevoir le baptême. Ximénès fit 
donner^ à cinquante mille d'entreux , ce fîgne de 
religion , à laquelle ils ne croyoient pas. 

Les Juifs compris dans le traité fait avec les 
Rois de Grenade , n'éprouvèrent pas plus d'indul* 
gence que les Mauues. Il y en avoit beaucoup en 
Espagne. Ils étoient ce qu'ils (ont partout ailleurs, 
les courtiers du commerce. Cette profeilion , bien 
loin d'être turbulente , ne put ùbMet que par 
un efprit pacifique. Il y a plus de vingt-huit mil- 
le Juifs autorifés par le Pape en Italie; Il \ a près 
de deux cens quatre - vingt;, iynagogues en Po- 
logne. La feule Ville d'Amflerdam pollède envi- 
ron quinze mille Hébreux , quoiqu'elle puiflè aA 
furément faire le commerce fins leur fecours. Les 
Juifs ne paroiflènt pas plus dangereux en Efpag-- 
ne ; & les taxes qu'on pouvoit leur impofer , étoient 
des reiîburces affurées pour le gouvernement. II 
eu donc bien difficile de pouvoir attribuer à une 
fige politique la per(ecution qu'ils efïuyerent. 

L'inquifîtion procéda contr'eux , & contre les 
Mufiilmans. Combien de familles Mahométanes & 
Juives aimèrent mieux alors quitter l'Elpagne, 
que de fbutenir la rigueur de ce tribunal ! & com- 
bien Fetdinand & Ifibelle^ perdirent-ils de fujets ! 
C'étoient certainement ceux de leur Cède les moins 
l craindre , puifqu'ils préféroient la fuite à \a ré* 

1 iv 



n 



^oo iNQUISITIOlï. 

volte. Ce qui reftoit feignit d'être Chrétien ; maïs 
le grand inquifîteur Torquemada fit regarder à la 
Reine Ifàbelle tous ces Chrétiens déguifë's , com- 
me des hommes dont il failolt confisquer les biens 
& profcrire la vie. 

Ce Torquemada , Dominicain , devenu cardi- 
nal , donna au tribunal de Finquifition Efpagnoie, 
cette forme juridique quelle con(êrve encore au- 
jourd'hui , & qui e(l oppofêe à toutes les loix hu- 
maines. Il fit ^ pendant quatorze ans , le procès a 
Tplus de quatre-vingt mille hommes , & en fit brû- 
ler cinq ou fîx mifie , avec l'appareil des plus au- 
gures fêtes. 

Tout ce qu'on nous rapporte des peuples quî 
ont (àcrifié des hommes à la Divinité , n'appro- 
che pas de ces exécutions accompagnées des cé- 
rémonies religieufès. Les Efpagnols n'en conçu- 
rent pas d'abord afièz d'horreur , parce que c é- 
toient leurs anciens ennemis , & des Juifs qu'on 
ûcrifioit ; mais bientôt eux-rmêipes devinrent vic- 
times ;*car lorfque les dogmes de Luther éclatè- 
rent , le peu de citoyens , qui fut Soupçonné de 
ïes admettre , fut immolé ; la forme des procédu- 
res devînt un moyen infaillible de perdre qui on 
youloit. 

Voici quelle eft cette forme ? on ne confronte 
point les accufés aux délateurs ; & il n'y a point 
de délateur qui ne (bit écouté : un criminel flénî 
par Ja juftice , un enfant ^ une courti(âne , font 
des accufàteurs graves. Le fils peut dépofer con- 
ire (on père , la femme contre fbn époux , le frè- 
re contre fbn frère : enfin l'accufé efî obligé d'c" 
ire lui-même fbn propre délateur , de deviner , & 
-d'avouer le délit qu'on lui {uppofe , & que fou- 
vent il ignore. Cette procédure inouïe Ju(qu'alors, 
& maintenue iu(qu'à ce? jour , fit trenibler VEC^ 
pagne* La défiance sempara.de tpus les efpritsi 



Inquisition. 2oEi 

Il n'y eut plus d'amis , plus de fociété ; le frère 
craignit (on frère , le père fon fils , Tépoufe foa 
époux : c'efl de-là que le fîlence efk devenu le ca- 
radere d*une nation née avec toute la vivacité 
que donne un climat chaud & fertile ; les plus 
adroits s'eihpreflèrent d'être les archers de l'in^ui- 
fition , (bus le nom de fes familiers , aimant 
mieux être ûtellitcs , que de s'expofèr aux fup- 
plices, ' 

Il faut encore attribuer à rétabllflêment de ce 
tribunal cette profonde ignorance de la (aine phi-- 
lofbphie , où TEfpagne demeure toujours plongée , 
tandis que l'Allemagne > le Nord , l'Angleterre y • 
la France , la Hollande , & l'Italie même , ont 
découvert tant de vérités , & ont élargi la (phère 
de nos connoiffances, De(cartes philofbphoit libre- 
ment dans ÙL retraite en Hollande , dans le temps 
que le grand Galilée , à l'âge de quatre-vingt ans , t 
gémillbit dans les prifbns de l'inquifition , pour 
avoir découvert le mouvement de la terre. Ja- 
mais If nature humaine n'eft fi avilie , que quand 
l'ignorance eft armée du pouvoir j mais ces triiles 
effets de l'inquifîtion font peu de ehofè , en corti- 
çaraifun de ces (àcrifices publics qu'on nomn^ 
auto da fé , ades de foi , & des horreurs qui les. 
précèdentr 

C'eft un Prêtre en (urplls; c'efi un moine voue 
a la charité & à la douceur , qui fait , dans de 
vades & profonds cachots , appliquer des hommes 

aux tortures * '" "- ^'-^^ -«/:,:*- ««. 

théâtre 

conduit , 

d'une psoceffion de moines & de confréries. O^i 
chante ; on dit la meflfe ; & on tue des hommes- 
Un Afiatiquequi arriveroit à Madrid, le jour d'ut- 
me telle exécution , ne (çauroit fi c eft une réjouiC 
ance^ uoeicte lel^eufe , ua façrific^ , ou une 




202 Inquisition:. 

boucherie ; & cefl tout cela enfèmble. Les rois^ 
dont ailleurs la feule prétênce fuffit pour donner 
grâce à un criminel , affiflent à ce fpeâacle , fur 
un fîége moins élevé que celui de Tinquifiteur , & 
voient expirer leurs Ibjets dans les flammes. On 
reprochoit à montézuma d'immoler des captifs à 
iès dieux f Qu'auroit-il dit , s'il avoit vu un auto- 
ixftl 

Ces exécutions (ont aujourd'hui plus rares qu'au? 
trefois ; mais la raifon , qui perce avec tant de 
peine , quand le fanatilme régne , n'a pu les abo- 
lir entièrement. 
* L'inquifîtion ne fut introduite dans le Portugal ,, 
que vers l'an 1557 ; & même quand ce pays né- 
toit point (bumis aux E(pagnols , elle effuya d'a- 
bord toutes les contradidions que (on (èul nom 
devroit produire ; mais enfin elle s'établit , & (â 
• Jurifprudence fut la même à Lisbonne , qu*à Ma- 
drid. Le grand înquifiteur efi nommé par le roi ,. 
& confirmé par le Pape. Les tribunaux parriculiers 
de cet office qu'il nomme yâf/zr, (ont (bumis eti 
Efpagne & en Portugal au tribunal de la capitale. 
L'inquifîtion eut dans ces deux états , la même 
fié vérité & la même attention à (îgnaler (à pui(* 
iànce. 

En Efpagne , après le décès de Chatles-Quint, 
elle o(à faire le procès à l'ancien çonfeflèur de cet 
Empereur , à Condantin Ponce , qui périt dans un 
cachot , & dont Jeffigie fuf enfuite brûlée dans un. 

En Portugal , Jean de Bragance ayant arraché 
fbn pays à la domination E(pagnolê , voulut aufft 
le délivrer ' de Finquifîtion ; mais il ne put réuffir 
qu'A priver les inquifîteurs des confiicadons \ ils le 
déclarèrent excommunié après (à mort ; il fallut 
que la Reine (à veuve , les engageât à donner 
au cadavre iuie abfblutioa auflî ridicule ^ quelle 



In q u r s I t I o k. 2oj 

étoît hoateufè : par cette abrolution , on le décla- 
roit coupable.* 

Quand les Efpagnols paflerent en Amérique , ils: 
portèrent Tinquifition avec eux. Les Portugais Tin- 
troduifîrent aux Indes occidentales , immédiate- 
ment après qu elle fut autorifée à Lifoonne, 

On {^ait rhifloire de l'inquifition de Goa, Si 
cette jurifdidion opprime ailleurs le droit naturel^ 
elle étoit , dans Goa , contraire a la politique. Les 
Portugais n'allôient aux Indes , que pour négo- 
cier. Le commerce & l'inquifition (ont incompa- 
tibles. Si elle étoit reçue dans Londres & dans 
Amfterdam , ces Villes {croient àéCenes & mi(é- 
rables : en effet \ quand Philippe II la voulut in- 
troduire dans les Provinces de Flandres , l'inter- 
ruption du comqierce fut une des principales cau- 
fes de la révolution. 

La France & l'Allemagne ont été heureufè* 
ment préfervées de ce fléau ; elles ont efTuyé des 
guerres horribles de religion ; mais enfin les guer- 
res fînifïènt ; & l'inquifition une fois établie £êm- 
ble devoir être étemelle. 

Cependant le Roi de Portugal a finalement Ce- 
coué (on joug , en (îiivant l'exemple de Venife j 
il a (àgement ordonné , pour anéantir toute pui(^ 
iance de l'inquifition dans (es états , i°. que le 
Procureur- Général accufàteur communiqueroit à 
Taccufe" les articles de l'accufâtion , & le nom des 
' témoins ; 2°. que l'accufe auroit la liberté de 
choifîr un avocat , de conférer avec lui 53°. il a. 
de plus défendu d'exécuter aucune (êntence de 
l'inquifition , quelle n'eut été confirmée par (on. 
confèil. Ainfiles projets de Jean de Bragance ont 
été exécutés* ua fîécle après , par un de (es fiic- 
cefleurs. 

Sans, doute qu*bnr a imputé à un tribunal , fi 
jafieiiieflit déteflé. ^ des excès, d'horreurs qu-U dw. 



ao4 INQUISITION; 

pas toujours \:omtnis ; mais c'eft être mal-adroîtj 
que de s*élever contre Tinciuifîtion par des faits 
douteux , & plus encore de chercher dans le 
menfbnge de quoi la rendre odieufè^il flilfitdeii 
comioitre i elprit. 

BénifTons le jour où l'on a eu le bonheur dV 
bolir, dans ce Royaume y une jurifHidioh fî con- 
traire à l'indépendance de nos Rois , au bien de 
leurs fujets , aux! libertés de l'EgHfe Gallicane,, 
en un mot à toute iâge police. L'inqui/îtion*ell 
un tribunal qu'il £aût rejetter dans tous les gou- 
Vememens, Dans la monarchie , il ne peut faire 
que des hypocrites > des délateurs & des traîtres. 
Dans les républiques , il ne peut former que de. 
mal-honnétes gens. Dans l'état defpQtique , il eft 
tdeflru^eur conune lui. II. n'a fèrvi qu'a faire per- 
dre au Pape un des plus beaux fleurons de Cd. cou- 
ronne y les Provinces-Unies , & à brûler ailleurs, 
au^ïî cruellement q.u'inutilement , un grand noni- 
bre de malheureux*. 

Ce tribunal inique , Inventé" pour extirper l'hé- 
féfîe , eft préciÊment.ce qui éloigne le plus tous, 
les Proteftans^ dç l'Eglife Romaine ;. il eil pour eyx 
txn objet d'horreur. Ils aimeroient mieux mourir 
mille fois , que s'y (bumettre ; & les chemifès en- 
fôufrées du (âint office (ont l'étendard contre le- 
quel on les verra. toujours réunis. Do-là yîent que- 
leurs, habiles écrivains propofènt cette queffion: 
Si les. puiflances. Protefîantes ne pourroient pas » 
fe liguer avec jufl:ice., pour détruire a jamais une 
juriulidion cruelle, fous laquelle géniit le ChriP 
mnifine depuis fi long-temps? 

Sans prétendre réfbudre ce problème ,.îîefiper* 
mis d'avancer , avec ï Auteur de VEffrit des LoiXy, 
que fî quelqu'un y dans h poftérité", o(è dire qu'ail 
dix-huitieme fîécle tous- les peuples de rEurope- 
étaient pQlîcés ^i on «itéra rin^uiimQn pour pou- 



INQUISIT-ION. 205 

ver qu^îls étoient en grande partie des barbares ; 
& ridée que Ton en prendra , fera telle, quelle 
flétrira ce /iécle , 8c portera la haine Cur les nations 
qui adoptoient encore cet établiilement odieux. 



INSENSIBILITÉ. 

L 'Indifférence eft à Tame , ce que la 
tranquillité eu au corps ; & la léthargie eff 
au corps , ce que Finfên/ibilité eil à Tame : çey 
dernières modifications (ont Tune & l'autre Tex- 
I ces des deux premières , & , par confêquent , éga- 
I lement vicîeufes. 

L'indifférence chafle du cœur les mouvemens 
impétueux , les defîrs phântafques , les inclinations 
aveugles : Tinfenfibilité en ferme l'entrée à la ten- 
dre amitié , à la noble reconnoiffance , à tous 
! les fèntimens les plus jufles & les plus légitimes. 
' Celle-là détruifànt les paflîons de l'homme , ou 
! plutât naifîànt dans leur nom exifience , fait que 
' la raifbn (ans rivales , exerce plus librement (ba 
; empire ; celle-ci détruifant l'homme lui-même , 
en fait un être (àuvage & i(blé , qui a rompu la 
plupart des liens qui Tattachoient au rede de l'u- 
nivers. Par la première enfin , l'ame tranquille & 
calme reffemble à un lac , dont les * eaux (ans 
pente, (ans courant , à l'abri de l'adîon des vents, 
ic , n'iayant d'elles-mêmes aucun mouvement par- 
ticulier , ne* prennent que celui que la rame dir 
batelier leur imprime ; & rendue léthargique par 
la (econde , elle eft (emblable à ces mers glacia- 
îes , qu'un froid exc'.'flif engourdit jufjues dans le 
fond de leurs, abîmes , & dont il a tellement dur- 
ci la (lirfàce , que lès rmpre(fions de tous les eb- 
jçte «jui k frapgent ,y meui:eixt fans pouvoir paG 



io6 Insensibilité. 

fer plus avant , & même «(ans y avoir cau(e lé 
moindre ébranlement ni laltération la plus légère. 
L'indifférence fait des fages ;. & finfènfibilité fait 
des monfires ; elle ne peut point octuper tout enr 
tier le cœur de Thomme , puisqu'il eÙ, eflèntiel i 
un être animé , d'avoir du fentiment ; mais elle 
peut en (àifîr quelques endroits i & ce (ont ordi- 
nairement ceux qui regrtrdent la fbciété ; caf pour 
ce qui nous touche perlbnnellement , nous con- 
fèrvons toujo^jrs notre (ênfîbilité ; & même elle 
s'augmente de tout ce que perd celle ^que nous 
devrions avoir pour les autres. CeR une vérité 
dont les grands (e chargent fou vent de nous inC- 
truire. Quelque vent contraire s'éleve-t-il dans la 
région des tempêtes où les place leur élévation î 
Alors nous voyons communément couler avec 
abondance les larmes de ces demi-dieux qui ùm- 
blent avoir des yeux d'airain , quand ils regardent 
les malheurs de ceux que la fortune fit leurs in- 
férieurs , la nature leurs égaux , & la vertu peut- 
être leurs (lipérieurs. 

L'on croit aflèz généralement que Zenon , & 
les Stoïciens , Ces difciples , faifbient profeffion de 
rinfênfîbilité ; & j'avoue que c'efl ce qu'on doit 
pen(er , en (uppofânt qu'ils raifoTmoîent confê- 
quemment ; mais ce (eroit leur faire trop d'hon- 
neur , fur-tput en ce point-li. Ils ^iColent que la 
douleur n'eil point un mal ; ce qui (emble annon- 
cer qu'ils avoient trouvé quelques moyens pour y 
être infènfîbles , ou du moins qu'il s'en vantôient ; 
mais point du tout : jouant fur l'équi^coque des 
termes , comme le leur reproche Ciceron dans ià 
deuxième Tù(culane y & recourant à ces vaines 
I fiibtilîtés , qui ne font pas encore bannies aujour- 
d'hui des écoles , voici comment ils prouvoient 
leur principe : rien n'eil un mal que ce qui des- 
î^ûûore ^ que. ce qui cfl un crime t or la douleur • 



Insensibilité. 207 

'n*efi pas un crime y ergo , la douleur n'eil pa$. 
un mal. Cependant, ajoûtoient-ils , elle efl à re- 
jetter , parce que c'eft une chofe trifle , dure , fi- 
cheufe , contre nature , difficile à Hippcfêr, Amas, 
de paroles qui fîgnifie précifément la même cho- 
fe , que ce que nous entendons par mal , lorfqu'il 
eft appliLjué à douleur. L'on voit clairement par- 
là y que rejettant le nom. , ils convenoient du. 
Cens que l'on y attache , & ne le vantdîent point 
d'être infenfîbles. Lorfjue Poffidonius entretenant 
Pompée , s'écrioit dans les momens où la douleur 
s'élançoit aivec plus de force : » Non , douleur y 
tu as beau feire ; quelque iiftportune que tu fois , 
jamais je n avouerai que tu fois un mal. m (ans- 
doute qu'il ne prétendoit pas dire qu'il ne (buf- 
roit point , mais que ce qu'il (bufFroit n'ctoit pas 
un mal. Mi(erable puérilité , qui étoit un foible lé- 
nitif à Gl douleur , quoiqu'elle fèrvit d'aliment à 
fcn orgueil, 

L!excès de la douleur produit quelquefois Tin- 
fènfîbilité , fur-tout dans les premiers momens. 
Le cœur , trop vivement frappé ,.e{l étourdi de 
h grandeur de (es bleffures ; il demeure d'abord 
(ans mouvement ; & s'il eft pltmis de s'expliquer 
adnfi , le (êntimen: Ce trouve no^é , pendant quel- 
que temps , dans le déluge de maux dont l'ame 
eft inondée. Mais le plus (buvent l'eTpece d'in- 
iènfîbilité que quelques perfonnes font paroître au 
milieu des (buffrances les plus grandes y n'eft (îm- 
plement qu'extérieure. Le préjugé , la coutume ^ 
l'orgueil , ou la crainte de la honte empêchent la 
doideur d'éclater au dehors , & la renferment tou- 
te entière dans le coeur. Nous voyons par Thiftoi- 
re , qu'à Lacédémone les enfans fouettes aux pieds. 
àts autek jufqu'à* effii(îon de (àng , & même quel- 
quefois jufqu'a b mort , ne lailToiènt pas échap- 
per kmûindxe gémifTement, Il ne faut pas croi» 



2o8 Insensibilité. 

que ces efforts fuflent réfêrvés à la confiance des- 
Spartiates. Les Barbares & les Sauvages avec ief- 
quels ce peuple /î vanté avoît plus a un trait de 
reflemblance , ontfbuvent montré une pareille 
force , ou , pour mieux dire , une fèmblable in- 
fènfîbilité apparente. Aujourd'hui , dans le pays 
des Iroquois , la gloire des femmes eil d*accoucher 
fans fe plaindre ; & c*efi une très-grofïê injure par- 
mi elles , 'que de dire : Tu as crie quand tu étois 
en travaU. d'enfant ; tant ont de force le préjugé 
& la coutume ! Je crois que cet ufàge ne fera pas 
aifêment transplanté en Europe -, & quelque paP- 
fîon que les femmes , en France , aient pour les 
modes nouvelles , je doute que celle de mettre au 
monde les enfans ^s crier ^ ait jamais cours paPr 
mi elles» 




Insinuant. 209 



I N.S I-N.U A N T. 

CE S T celui qui fçaît entrer dans les e(prit$ ,- 
& leur faire agréer ce qu'il leur propofè. 
L'homme infînuant a une éloquence qui lui eft 
propre. Eile a exadement le caraâere que les 
théologiens attribuent à la grâce , prrtingens om* 
nia fuaviter &* fortiter ; c'eft l'art de (âifîr nos foî- 
bleiïès , d'ufer de nos intérêts , de nous en créer ; 
il eu poflêdé par les gens de coul & les autres 
malheureux. Accoutumés , ou contraints à ram- 
per , ils ont appris à Cubir toutes fortes de formes , 
Fiet avis ; &» cum volet arbor. Ce font auifi des 
fèrpens ; tantôt ils rampent à replis tortueux & 
longs; tantôt ils Ce dreflènt fur leurs queues, & 
s'élancent , toujours fbuples , légers , déliés & 
doux , même dans leurs mouvemens les plus vio- 
lens. Méfiez-vous de l'homme infînuant ; il frap- 
pe doucement fur votre poitrine ; & il a l'oreille 
ouverte pour faifîr le fbn qu'elle rend. Il entrera 
dans votre maifon en efclave ; mais il ne tarde- 
ra pas à y commander en maître , dont vous pren-, 
drez 6ns ceiB^e les volontés pour les vôtrest 






410 Insolent. 



INSOLENT. 

CE S T celui qui fe croit , & ne cache poîm 
qu'il Ce croit plus gr^nd que les autres. Un 
(àuvage ni un philolbphe ne (çauroient être in- 
fblens. Le àuvage ne voit autour de lui que Ces 
égaux. Le philolbphe ne fent pas fà (upérioritc 
fur les autres , (ans les plaindre ; & il s'occupe à 
descendre mocjeftement jufqu'à eux f Quel eu 
donc l'homme infolent ? Ceft celui , qui , dans la 
fbciété , a des meubles fil ^es équipages , & qui 
raifônne à*peu-près ainii : J'ai cent mille écus de 
Tente; les dix^ neuf vingtièmes des hommes n'ont 
pas mille écus , les autres n'ont rien. Les premiers 
îbnt donc à mille degrés au deflbus de moi ; le 
refte en eft à une difiance infinie. D'après ce cal- 
cul , il manque d'égards à tout le monde , de peur 
d'en accorder à quelqu'un. Il Ce fait méprifèr & 
hair; mais qu'efl-ce que cela lui fait ? Sacram 
metiente viam cum his ter ulnarum togâ ; la 
queue de ia robe n'en eu. pas moins ample : voilà 
linfblençe financière ou magiflrale. Il y a l'irilb- 
ïence de la grandeur ; l'infblence littéraire. Tou* 
tes confinent à exagérer les avantages de (on état, 
& à les faire valoir d'une manière outrageante 
pour les autres. Un homme (upérieur qui illudre 
ion état , ne (ônge pas à s'en glorifier j c'efl la 
foi):>lç reifeurce des fubalternes. 



Instinct. 211 



INSTINCT. 

C*EsT tin mot par lequel on veut exprimer le 
principe qui dirige les betes dans leur» aâions; 
mais de quelle nature eft ce principe ? Quelle eil 
ré tendue de Tinflind f Ariftote & les Péripatéticiens 
donnoient aux bêtes une ame fenfîtive , mais bor- 
née à la ftnlàrion & à la mémoire^ (ans aucun 
pouvoir de réfléchir fur ces ades , de les compa- 
rer , &c. D'autres ont été beaucoup plus loin. Lac- 
tance dit , qu'excepté la religion , il n'eft rien en 
quoi les bétes ne participent aux avantages de ïeC^ 
pece humaine. 

D'un autre coté , tout le monde connoît la fa- 
meufê hypothcfè de M. Defcartes , que ni ùl grande 
réputadon , ni celle de quelques-uns de Ces (eda- 
tçurs n'ont pu (butenir. Les bêtes de la même eC- 
pece ont dans leurs opérations une uniformité quî 
en a impole à ces philosophes , & leur a fait naitre 
l'idée d'enthouiîafine ; mais cette uniformité n'ed 
qu'apparente ; & l'habitude de voir, la fait difpa- 
Toître aux yeux exercés. Pour un chafïeur attentif^ 
il n'eft point deux renards dont l'induflrie Ce reC- 
fêmble entièrement , ni deux loyps dont la glou-; 
tonnerie (bit la même. 

Depuis M. Defcartes , plufïeurs théologiens ont 
cru la religion intérelTée au maintien de cette opi- 
nion du méchaniiine des bêtes. Ils n'ont point (èntî 
que la bête , quoique pourvue de facultés qui lut 
font communes avec l'homme , pouvoit en être en- 
core à une diftance infinie. AuiQ l'homme lui-mé-»^ 
tnç çû^ij très-diftigit; de Twige , quoiqu'il partage 



1 



212 Instinct. 

avec lui une liberté 8c une immortalité qui Tap^ 
prochent du thrône de Dieu, 

L'anatomie comparée nous montre dans les betes 
des organes fêmblables aux nôtres , & dilpofes pour 
les mêmes fondions relatives à Téconomie animale. 
Le détail de leurs actions nous fait clairement ap- ' 
percevoir qu'elles font douées de la faculté de ièn- 
tir , c'eft-à-dire , qu*elles éprouvent ce que nous 
éprouvons lorfque nos organes font réunis par Tac- 
tion des objets extérieurs. Douter fi les bêtes ont 
cette faculté , c'eil mettre en doute fi nos (èmbla- 
blés en font pourvus , puifque nous n'en fimunes 
aflurés que par les mêmes fignes. Celui qui voudra 
méconnoitre la douleur à des cris , qui Ce refufeia 
aux marques fènfibles de la joie , de Timpatience, 
du defir , ne mérite pas qu'on lui réponde. Non- 
feulement il efl certain que les bêtes (entent ; il Tefl 
encore qu'elles Ce reflbu viennent^ Sans la mémoire, 
les coups de fouet ne rendrpient point nos chiens 
iàges , & toute éducation des animaux (èroit im-* 
poflîble. L'exercice de la mémoire les met dans le 
cas de comparer une fen(àtion présente. Toute com- 
paraison entre deux objets produit néeelTairement 
Un jugement ; les bêtes jugent donc. La douleur 
des coups de fouet retracée par la mémoire , ba- 
lance dans un chien couchant le plaifir de courre 
un Kévre qui part. De la comparaifon qu'il fait entre 
ces deux îènàtions , nait le jugement quT déter- 
mine (on aôion. Souvent il efi entraîné par le (èn- 
timent vif du plaifir ; mais l'adion repétée des coups 
rendant plus profond le fbuvenir de la douleur, le 
plaifir perd à la comparaifon ; alors il réfléchit Cut 
ce qui s'efl paffé ; & la réflexion grave dans (â mé- 
moire une idée de relation entre un lièvre & des 
coups de fouet. Cette idée devient fi' dominante, 
qu'enfin la vue d*un lièvre lui fait (errer la queue , 
Se regagner promptem^t ion maitrei L'habitude 



ÎNSTI N C T. 213 

de porter les mêmes jugemens les rend fi prompts , 
& leur donne l'air H naturel , ^u elle fait mécon- 
noitrc la réflexion qui fait qu'une belette juge fii- 
rement de la proportion entre la grofîèur de ion 
corps , & l'ouverture par laquelle elle veut pafTer. 
Cette idée une fois établie , devient habituelle pat 
la répétition des ades qu'elle produit , & elle épar- 
gne à l'animal toutes les tentatives inutiles ; mais 
les bêtes ne doivent pas feulement à la réflexion 
de fîmples idées de relation ; elles tiennent encore 
d'elle des idées indicatives plus compliquées^ ftns 
lefquelies elles tomberaient dans milles erreurs fu- 
neftes pour elles. Un vieux loup eft attiré par l'o- 
deur d'un appât ; mais lorfqu'il veut en approcher, 
fon nei lui apprend qu'un homme a marché dans 
les environs. L'idée , non de la préfênfce , mais du 
pafTage d'un homme , lui indique un péril & des 
embûches. Il héfite donC , il tourne pendant plu- 
fîeurs nuits , l'appétit le ramené aux environs de 
cet appât , dont l'éloigné la crainte du péril indi- 
qué. Si le chafleur n'a pas pris toutes les précau- 
tions ufitées pour dérober à ce loup le fèntiment 
du piège , il la moindre odeur de fer vient frapper 
fbn nez , rien ne raflurera jamais cet animal devenu 
inquiet par l'expérience. 

Ces idées acqui(ês (îicceflivement par la réfle- 
xion , & repr '^(entées dans leur ordre par l'imagî- 
nation & par la mémoire , forment le fyflême des 
cennoifTances de l'animal , & la chaîne de Ces ha- 
bitudes ; mais c'eft l'attention qui grave dans (k 
mémoire tous les faits qui concourent à l'inftruire; 
& l'attention efl le produit de la vivacité des be- 
fbins. Il doit s'enfuivre que parmi les animaux , 
ceux qui ont des be(bins plus vifs , ont plus de 
connoiffances acquiles ^ue les autres. En effet, on 
apperçoit , au premier coup d'oeil , que la vivacité 
dés befoins eu la mefure de l'intelligence dont cha- 



214 Instinct. 

que elpece eQ douée ^ & que les circonfiatices qui 
peuvent rendre pour chaque individu les besoins plus 
ou moins preflâns ^ éludent plus ou moins le f)'fié- 
me de Ces connoiilànces. 

La nature fournit aux frugivores une nourrîttire 
qu'ils fe procurent facilement , fins induilrie & iàns 
réflexion : ils (gavent où eft Therbe qu'ils ont à 
brouter, &. (bus quel chêne ils trouveront du gland. 
Leur connoiffance fè borne à cet égard à la mé- 
moire d'un (eul fait ; auffi leur conduite , quant à 
cet objet , paroit-elle fiupide & voifîne de l'auto* 
matifme ; mais il n'en pas efl ain/î des carnaciers: 
forcés de chercher une proie qui fe dérobe à eux , 
leurs facultés éveillées par le befôin , (ont dans un 
exercice continuel ; tous les moyens par lefquels 
leur proie leur eft (buvent échappée , Ce repréièir- 
tent fréquemment à leur mémoire. De la réflexioû 
qu'ils font forcés de faire fur ces faits , naiilent des 
idées , des rufès & des précautions , qui Ce gravent 
encore dans la mémoire , s'y établiffent en prin- 
cipes ^ & que la répétition rend habituelles. La va- 
riété & l'invention de ces idées étonnent (buvent 
ceux auxquels ces objets (ont les plus familiers. Un 
loup qui chafTe , (ait par expérience que le vent 
apporte à (on odorat les émanations du corps des 
des animaux qu'il recherche : il va donc toujours 
le nez. au vent ; il apprend de plus à juger , par le 
(entiraent du même organe , (î la béte efl éloignée 
ou prochaine ; (î elle efl repofée ou fuyante. D'a- 
près cette connoi(rance y il règle (à marche ; il va 
pas à pas pour la (urprendre , ou redouble de vî- 
teffe pour l'atteindre ; il rencontre (ur la route des . 
mulots , des grenouilles , & d'autres petits animaux 
dont il s'eft mille fois nourri. Mais , quoique déjà 
prefTé par la faim , il néglige cette nourriture pré- 
Cente & facile 5 parcp qu'il f^ait qu'il trouvera dans 



Instinct; 2ir 

la chair d'un cerf ou d'un daim , un repas plus 
ample & plus exquis* 

Dans tous les tems ordinaires , ce loup épui(èni 
toutes les reflburces qu"on peut attendre de la vi- 
gueur 6c de la rufê d'un animal (blitaire : mais lorf^ 
que l'amour met en focicté le mâle & la femelle , 
ils ont refpedivement , quant à l'objet de la chaflè, 
des idées qui dérivent de la facilité que l'union 
procure. Ces loups connoiffent par des expériences 
répétées , où vivent ordinairement les bétes fauves, 
& la route quelles tiennent lorfqr.'elles font chaf« 
fées. Ils (çavent aufli combien cft utile un relais , 
pour hâter la défaite d'une béte déjà fatiguée. Ces 
faits étant connus , ils cqncluent de l'ordinaire au 
probable , & en conséquence ils partagent leurs 
fondions. Le mole Ce met en quête ^ & la femelle , 
comme plus foible , attend au détroit la béte hale- 
tante qu'elle eft chargée de relancer. On s'afTure 
aifcment de toutes ces démarches f lorfquelles font 
écrites fur la terre molle ou (ur la neige ; & on 
peut y lire Thiftoire des penfees de Tanimal. 

Le renard , beaucoup plus foible que le loup , 
efl contraint de multiplier beaucoup plus les ref- 
fburces , pour obtenir ùl nourriture. Il a tant de 
moyens à prendre , tant de dangers à éviter , que (k 
mémoire efl néceflàirement changée d'un nombr^de 
faits, qui donne à fon inllind une grande étenduel 
11 ne peut pas abbatre ces grands animaux , dont 
un (êul le nourriroit pendant plufîeurs jours.. Il n'^fl 
pas non plus pourvu d'une viteflè qui puiflê Sup- 
pléer au défaut de vigueur. Ses moyens naturçk 
font donc la rufe , la patience & l'adrefle. Il a tou- 
jours , comme le loup , (on odorat pour bouflole. 
Le rapport fidèle de ce Cens bien exercé , l'inflruit 
de l'approche de ce qu'il cherche , & de la préfêhce. 
de qu'il doit éviter. Peu fait pour chafTer à force 
ouverte , il s'approche ordinairement en filence. 



2iis . In s T I N c ri 

ou d'une perdrix qu'il évente , ou bien du tien par 
lequel il fçait que doit rentrer ou lièvre ou lapin. 
La terre molle reçoit à peine la trace légère de (es 
pas. Partagé entre la crainte d'être furpris , & la 
néceffité de lurprendre lui-même , (a marche tou- 
jours précautionnée , & louvent fiifpendue , décèle 
fon inquiétude , Ces defîrs & Tes moyens. Dans les 
pays giboyeux où les plaines & les loix ne laiffent 
pas manquer de proie , il fuit les lieux habités. U 
ne s'approche de la demeure des hommes , que 
quand il eft pre*ré par le -belbin ; mais alors la con- 
noifTance du danger lui fait doubler (es précautions 
ordinaires. A la faveur de la nuit , il fè glilTe le 
long des haies & des buiflôns. S'il ((;ait que les pou- 
les font bonnes , il Ce rappelle en même tems que 
les pièges & les chiens font dangereux. Ces deux 
Ibuvenirs guident (à marche , & la fufpendent ou 
Taccéiérent ^ (elon le degré de vivacité que don- 
nent à l'un d'eux les circonfiances qui (urviennent. i 
Lor(que la nuit commence , & que (à longueur j 
offre des refTources à la prévoyance du renard , le ' 
jappement éloigné du chien arrêtera (ur le champ | 
fa cour(e. Tous les dangers qu'il a courus en dif- | 
férens tems , Ce repré(èntent à lui ; mais , à l'ap- 
proche du jour , cette frayeur extrême cède à la 
vivacité de l'appétit : l'animal alors devient coura- 
geux par néceffité. Il Ce hâte même de s'expofèr, 
parce qu'il fçait qu'un danger plus grand le me- i 
nacQ au retour de la lumière. 

On voit que les adions les plus ordinaires des 
bêtes , leurs démarches de tous les jours (îippofent 
la mémoire , la réflexion Cur ce qui s'efl: pafïe , la 
comparaison entre un objet préfênt qui les attire , | 
<& des périls indiqués qui les en éloignent ; la dif- I 
tindion entre des circonftances qui (e reflemblent ' 
à quelques égards , & qui différent à d'autres , le 
jugement & te choix efitre tous ces rapports, Qu'eft- 

ce 



Instinct. 217 

te donc que Vinâind f Des effets û. multipliés dans 
les animaux , de la recherche du plaifîr & de la 
crainte de la douleur ; les confequences & les in- 
dudions tirées par eux des faits qui (e font placés 
dans leur mémqfÊt ; les aâions qui en réiultent ; 
ce fyûème de connoiflances , auxquelles l'expé- 
rience ajoute , & que chaque jour la réflexion rend 
habituel es ; tout cela ne peut pas Ce rapporter à 
Knflind , ou bien ce mot devient fynonyme avec 
. celui d'intelligence, ^ 

Ce (ont les befbins vifs qui , comme nous l'a- 
vons dit i gravent dans la mémoire des'bétes , des 
iènfàtions fortes & intéreflàntes , dont la chaîne 
forme l'enfêmble de leurs connoifTances. C'eft pat 
cette raifonque les animaux carnaciers (ont beau- 
coup plus induftrieux que les frugivores , quant à 
la recherche de la nourriture ; mais chaflêz (bu vent 
ces 'mêmes frugivores, vous les verrez acquérir, 
relativement à leur défenfe , la connoiflance d'un 
nombre de faits , & l'habitude d'une foule d'induc- 
tions qui les égalent aux carnaciers. De tous les 
animaux qui vivent d'herbes , celui qui paroît le 
plus flupide efl peut-être Ip lièvre. La nature lui a 
donné des yeux foibles & un odorat obtus ; (î ce 
n'eH l'ouïe qu'il a excellente , il paroît n'être pour^ 
vu d'aucun indrument d'induftrie. D'ailleurs il n'a 
que la fuite pour moyen de défen(è ; mais aufli (êni- 
ble^t-il épui(èr tout ce que la fuite peut compor- 
ter d'intentions & de variétés. Je ne parle pas d'un 
lièvre que des lévriers forcent par l'avafntage d'une 
vîtelïe (bpérieure , mais de celui qui efl attaque par 
des chiens courans. Un vieux lièvre ain(î chaîlfé, 
commence par proportionner (a fuite à la vîtefle 
de la pourdiite. Il ferait , par expérierce , qu'une 
fuite rapide ne le mettroit pas hors de danger ; que 
la chafTe peut être longue , & que Tes forces nxéna- 
gées le (ervirorft plus long;;^tems, Il a remarqué que 
Tome m K 



^i8 Instinct. 

la pourfiiîte des chiens efi plus ardente , 8c moiff^ 
interrompue dans les bois fourrés où le contadde 
tout fon corps leur donne un fentiment plus vif de 
fon pafTage , que (ur la terre où Ces pieds ne font 
que pofer ; ainfî il évite les bo^H & fuit prefque 
toujours les chemins ; ( ce même lièvre , lorfquil 
efl pourfuivi à vue par un lévrier , s'y dérobe en 
cherchant les bois, ) Il ne peut pas douter qu'il ne 
foit (uivi par des chiens courans , (ans être vu : il 
entend diftindement qvi^ la pourfuite s'attache avec 
fcrupule à toutes les traces de Ces pas. Que fait-il 
après avoir parcouru un long efpace en ligne droite f 
il revient exadement fut les mêmes voies. Après 
cette rufe , il Ce jette de côté , fait plufîeurs iàuts 
confécutifs , & par-là dérobe , au moins pour un 
temps , aux chiens le (êntiment de la route qu'il 
a pri(e. Souvent il va faire partir du gîte un autre 
lièvre dont il prend la place. Il déroute ainfî les 
chaffeurs & les chiens par mille moyens , qu'il (è- 
roit trop long de détailler. Ces moyens lui font 
communs avec d'autres animaux qui , plus habiles 
que lui d'ailleurs , n'ont pas plus d'expérience à 
cet égard. Les jeunes animaux ont beaucoup moins 
de ces rufes, C'efl à la fcience des faits , que les 
vieux doivent les indudions jufles & promptes, 
qui amènent ces ades multipliés. 

Les rufes , l'invention , l'induArie , étant une 
fuite de la connoifïance des faits gravés par le be- 
fbin dans la mémoire , les animaux doués de vi- 
gueur , ou pourvus de défenfes , doivent être moins 
îndullrieux que les autres. AulTi voyons-nous que 
le loup , qui eft un des plus robufîes animaux de. 
nos climats , eil un des moins rufés lorfqu'il eft 
chaffc. Son nez , qui le guide toujours ,^ne le riend 
prccauricnné que coAtre les furprifês. Mais- d'ail- 
leurs il ne fonge qu'à s'éloigner, & à fè dérober 
au péril par l'avantage de fa forc% & de fbn ha- 



Instinct. iip 

leîhe. Sa fuite n'efl point compliquée comme celle 
^es animaux timides. Il n'a point recours à ces 
feintes & à ces retours , qui font une reffource né- 
celfaire pour la foibleflè & la laiBtude, Le (anglier ^ 
qui eft armé de défen(es , n'a point non plus re- 
cours à TinduHrie, S'il (e fènt preflc dans (a fuite ^ 
il s'arrête pour combattre. Il s'indigne , & fe fait 
redouter des chafïeurs qu'il menace , & charge avec 
fureur. Pour Ce ptocurer une défenie plus facile « 
& une vengeance plus aflurée > il clierche. les bui(^ 
fons épais & les halliers. Il s'y place de manière à 
ne pouvoir être abordé qu'en face. Alors l'œil fa- 
rouche, & les foies hérifices , il intimide les hom- 
mes & les cliiens , les blefTe , & s'ouvre un pat-, 
(âge pour une retraite nouvelle, 

La vivacité des belbins donne , comme on voit ^ 
plus ou moins d'étendue aux connoiflances que les 
bétes acquièrent. Leurs lumieies s'augmentent en 
raifon des obfiacles qu'elles ont à furmonter. Cette 
faculté qui rend, les bêtes capables d'être perfec- 
tionnées , rejette bien loin l'idée d'automatifoie, 
qui ne peut être née que de l'ignorance des faits. 
Qu'un chafîeur arrive avec des pièges dans un pays 
ou ils ne {ont pas encore connus des animaux , il 
les prendra avec une extrême facilité , & les re- 
gards même lui paroîtront imbécilles. Mais lors- 
que l'expérience les aura inilruits , il (èntira , par 
les progrès de leurs connoiflances , le befbin qu'il 
a d'en acquérir de noutelles. Il fera contraint de 
it^ultiplier les reffources , 8r de donner le change 
* ces animaux , en leur préfêntant (es appâts (bus 
niille formes. L'une fè dévoyera des refuites ordi- 
Jiaires a ceux de Ton efpece , & fera voir au chal^ 
feur des marches qui lui (ont inconnues. Un autre 
aup Tart de lui dérober légèrement Ton appât , en 
évitant le piège. Si l'un eft alïiégé dans un terrier , 
ily fouffrira la faim , glutot ^ue de franchir le pas 

K ij 



220 Instinct. 

dangereux ; Il s'occupera à s'ouvrir une roufe nott- 
velle ; fî le terrein trop ferme s'y oppolê , la pa- 
tience laffera celle du chafleur , qui croira s'être 
mépris. Ce n'efl point une frayeur automate qm 
retient alors cet animai dans le terrier ; c'eft une 
crainte fç ayante & raifbnnée : car s'il arrive par ha- 
zard', qu'un lapin enfermé dans le même trou, 
forte & détende le piège , le renard vigilant pren- 
dra fil rement ce moment pour s'échapper , & pa(^ 
fera fan^ hé/iter à coté du lapin pris , & du piège 
détendu. ^ 

Parmi les différentes idées que la néceffité fait 
acquérir aux animaux , on ne doit pas oublier celle 
des nombres. Les bétes comptent , cela eu certain ; 
& quoique julqu'à prélent leur arithmédque paroifle 
,^ffeL bornée , peut-être pourroit-on lui donner plus 
d'étendue. Dans les pays où l'on conferve avec foin 
le gibier , on fait laiiçuerre aux pies , parce qu elles 
enlèvent le* œufs , & détruisent Tempérance de la 
ponte. On remarque donc affidûment les nids de 
ces oifeaux deflruâeurs ; & pour anéantir d un coup 
la famille carnaciere , on tache de tuer la mère , 
pendant qu'elle couve. Entre ces mères , il en efl 
d'inquiettes qui défèrtent leur nid , dès qu'on en 
«pproche. Alors on eil contraint de faire un* affût 
bien couvert au pied de l'arbre fur lequel efl ce 
nid ; & un homme Ce place dans l'afEit , pour atten-i 
dre le retour de la couveufè , mais il attend en vain , 
fi la pie qu'il Teut (urprertdre , a quelquefois été 
manquée en pareil cas. Elle fçait que la foudre va 
foïtir de cet antre où elle a vu entrer un homme* 
, Pendant que la tendreflè maternelle lui tient la vue 
attachée fur fbn nid , la frayeur l'en éloigne , iuf^ 
qu'à ce que la nuit puifïe la dérober au chafeuft 
Pour tromper cet oifeau inquitet , on s 'efl avife d'en- 
voyer à l'afïut deux hommes , dont l'un s'y pla- 
^olt , & l'autre pafToit î mais la pie compte , ?c(k 



Instinct.. ni 

nient touTouTs éloignécé Le lendemain trois y vont, 
& elle Yoit encore que deux (èulement Ce retirent* 
Enfin il e(l néceffalre que cinq où /îx hommes , en 
allant à Vzffat , mettent (on calcul en défaut*. La 
pie, qui croit que cette colledion d'hommes n'a 
fait que palier , ne tarde pas à revenir. Ce phéno** 
mené renouvelle toutes les fois qu il efl tenté , doit ■ 
être mis au rang des phénomènes les plus ordinaires 
de la (agacité des animaux. 

Puifque les animaux gardent la mémoire des 
faits qu'ils ont eu Tintéret de remarquer : puifque 
Us confëquences qu'ils en ont tirées , s'établiflent 
en principes par la réflexion , & fervent à diriget 
leurs aâions , ils font perfeâibles ; mais nous no 
pouvons pas fcç'avoir Jufqu'àr quel degré. Nous fbm-* 
mes même prefjue étrangers au genre de perfec- 
tion dont les bétes font fu(ceptlbles. Tamais , avec 
un odorat tel que le notre , nous ne pouvons at- 
teindre à la diver/ité des rapports 8c des idées que 
donne au loup & au chien , leur ne:^ fubtil , 8c 
toujours exercé. Ils doivent à la fineflfe de ce fens , 
la connoifTance de quelques propriétés de plufîeurft 
corps , & des idées de relation entre ces proprié- 
tés & f état aduel de leur machine. Ces idées & ceîl 
rappJRs échappent à la flupidité de nos organes. 
Pour:juoi donc les bêtes ne Ce perfedionnent-ellei 
point f Pourquoi ne remarquons nous pas un pro- 
grès fènlîble dans les efpeces f Si Dieu n'a pas donné 
aux intelligences eéleftes de fonder toute la pro- 
fondeur de la nature de l'homme ; fî elles n em- 
braflèfit pas d!un coup d'œil cet afiemblage bizarre 
d'ignorance & de talens , d'orgueil & de bafTefiè 4 
elles peuvent dire aulfi : pourquoi donc cette eipece 
humaine 9 avec tant de moyens de perfeftibilité , 
efl-elle fi peu avancée d^ns les connoiflknces les 
plus efïèntielles f Pourquoi plus de la moitié des 
hommes eA-eUe abrutie £ar le$ %erâitions f P^uc^ 

Kiij 



212 ♦Instinct. 

quoi ceux même à qui 1 ctre ftipréme s*eft manî- 
feilé par la voix de fon fils , (ont-ils occupes à fe 
déchirer entr'eux , au lieu dé s'aider l'un l'autre à 
jouir en paix des fruits de la terre & de la ro(ee 
du ciel ? 

Il efl certain que les bétes peuvent faire its 
progrès ; mais mille obfbcles particuliers s'y op- 
pofent ; & d'alleu rs il eft apparemment un terme 
qu'elles ne franchiront jamais. 

La mémoire ne confêrve les traces des fenfa- 
tlons & des jugcmens qui en font la fuite , qu'au- 
tant que celles-ci ont eu le degré de force, qui 
produit l'attehtion vive. Or les bctes vêtues parla 
nature , ne font guère excitées à l'attention que 
par les befoins de l'appétit & de l'amour. Elles 
n'ont pas de ces befoins de convention qui naifTent 
de l'oifiveté & de l'ennui. La nécefTité d'être émus 
fe fait fèntirànous dans l'état ordinaire de veille; 
6c elle produit cette curiofîté inquiette , qui eft la 
mete des connoiiïances. Les bêtes ne l'éprouvent 
point. Si quelques efpeces font plus fujettes à l'en- 
nui que les autres , la fouine , par exemple , que 
la n)upleire & l'agilité caradèrifênt , ce ne peut pas 
être pour elles une fituation ordinaire ; par^ que 
.la nécellité de chercher à vivre tient prefqff tou- 
jours leur inquiétude en exercice. Lorfque la chaffe 
eft heureufe , & que leur faim eft alTouvie de bonne 
heure , elles (è livrent par le befbin d'être émues , à 
une grande profufîon de meurtrts inutiles; maisk 
manière d'être la plus familière à tous ces êtres 
(èntans , eft un demi fommeil , pendant lequel l'e- 
xercice fpontané de l'imagination ne préfente que 
des tableaux vagues , qui ne laiflènt pas de traces 
profondes dans la mémoire. 

Parmi nous , ces hommes grofliers , qui font 
occupes pendant tout le îour à pourvoir aux befoins 
de premij,ere nêceffité,' ne reftjent^ils pas dans uu 



Instinct. i2j 

i^cat de flupidité , prefque égal à celui des bétes ? 
H en efl tel qui n'a jamais eu un nombre d'idées 
pareilles à celui qui forme le fyllême des connoif- 
istnce du tenard. 

Il faut que le loi/îr , la Codé té 8c le langage < 
fervent la perfedibilité , (ans quoi cette difpoiîtion 
lefie ftérile. Or , premièrement le loi/îr manqua 
aux betes, comme nous l'avons dit. Occupées (ans 
cefïè a pourvoir à leurs be(bins , & à (e défendre 
contre d'autres animaux , ou contre l'homme , elles 
ne peuvent con(èrver d'idées acqui(ès que relative- 
ment à ces objets. Secondement la plupart vivent 
i(blées , & n'ont qu'une fociété pafïagere , fondée 
lut Famour & fur l'éducation de la famille. Celles 
qui font attroupées d'une manière plus durable, 
font rafTemblées uniquement par le (èntiment de la 
crainte. Il n'y a que les efpeces timides qui (bient 
dans ce cas , & la crainte qui approche ces indi- 
vidus les uns des autres , paroît être le (èul (èntl- 
ment qui les occupe. Telle e(l re(pece du cerf, dans 
laquelle les biches ne s'i(blent guère que pour met- 
tre bas , & les cerfs pour refaire leurs têtes. 

Dans les efpeces mieux armées & plus coura- 
geufès , comme (ont les (angliers , les femelles , 
comme plus foibles , reftent attroupées avec les 
Jeunes mâles. Dès que ceux-ci ont atteint l'âge de 
trois ans , & qu'ils (ont pourvus de défènfes quî 
les rafTurent , ils quittent la troupe ; la fécurité les 
mené à la (blitude ; il n'y a donc pas de fociété 
proprement dite entre les bêtes. Le ièntiment (êul 
de la crainte , & l'intérêt de la défenlè réciproque 
ne peuvent pas porter fort loin leurs connoiflances. 
Elles ne (ont pas organifées de manière à multi- 
plier les moyens , ni à rien ajouter à ces armes , 
toujours prêtes , qu'elles doivent à la nature. Et 
peut-on (Ravoir jufqu'où l'ufage de% mains porte-^ 
toit Içs (înges > s'ils avoienf le loifir comme la far; 

K. iv 



«24 Instinct. 

cuite y d'înventer ; & n la fta}eur continuelle que 
les hommes leur inipirent , ne les retenoit dans 1 a- 
brutifTement. 

A regard du langage , il pâroît que celui des 
bétes ei\ fort borné. Cela doifr être , vu leur ma- 
nière de vivre puifqu'il y a des lauvage^ qui ont des 
arcs & des tiédies y Se dont cependant la langue n^a 
pas trois cens mots. Mais , quelque borné que Coit 
le langage des bétes , il exiile : on peut affurer 
même qu'il* eft beaucoup plus étendu , qu'on ne le 
fuppofe communément dans des êtres qui ont un 
mufèau allongé , ou un bec. 

Le langage (uppo(è une fuite d'idées , & la fa- 
culté d'articuler. Quoique , parmi les hommes qui 
articulent des mots , la plupart n'ayent point cette 
iîiite d'idées , il faut qu'elle ait exifté dans l'en- 
tendement des premiers qui ont joint ces' mots en- 
semble. Nous avons vu que les bétes ont , en fait 
. "d'idées fuivies , tout ce qui eft nêceflàire pour ar- 
.^.;ranger des mots. Celles de leurs habitudes , qui 
* nous paroiflênt les plus naturelles , ne peuvent s'ê- 
tre formées , comme nous l'avons prouvé , que pat 
des indudions liées enfèmble par la réflexion, & 
qui fuppofent toutes les opérations de l'intelligence; 
tnais nous ne remarquons point d'articulation fèn- 
iible dans leurs cris. Cette apparente uniformité 
nous fait croire que réellement elles, n'articulent 
point. Il eft certain cependant , que les bêtes de 
chaque efpece diftinguent très-bien entr'elles ces 
ïbns qui nous paroiffent confus. Il ne leur arrive 
pas de s'y méprendre , ni de confondre le cri de 
îa frayeur avec le gémifïement de l'amour. Il n'ef! 
pas feulement nêceflàire qu'elle^ expriment ces fî*? 
tuations tranchées , il faut encore qu'elles en ca- 
•raâérifènt les différentes nuances, he parler d'une 
jnere qui annonce à (a famille qu'il faut Ce cacher ^ 
iè dérober à la vue de l'ennemi , ne peut psijs ètm 



Instinct. 225 

le mcme , que celui qui indique qu'il faut préci- 
piter la fuite. Les circomlances déterminent la né- 
cedité d'une àâion différente : il faut que la difté- 
icnce (bit exprimée dans le langage qui commande 
ïadion. Les expreffions féveres , & cependant fia- 
teufe de l'amour , qui (bumettent le mile à la fe- 
melle , fans lui oter i'erpérance , ne font pas les» 
mêmes que celles qui lui annoncent qu'il peut tout, 
permettre à (es deiirs , & que le moment de jouiir 
«ft arrivé. 

Il efl vrai que le 4angage d'adion efl très-fami- 
lier aux. bétes ;.il eft même fulfifant , pour qu'elles^ 
& communiquent réciproquem^t la plupart de leurs 
émotions : elles ne font donc pas un grand u(âge de- 
leur langue ; leur éducation s'accomplit , ainfî que- 
l^ nôtre, en grande partie, par l'imitation. Tous les. 
fcntimens i(blés qui affeâent les uns , peuvent être 
reconnus par les- autres aux mouvemens extérieurs 
qui les caradéri(ent ; itiais quoique ce langage d'ac- 
tion (êrve à exprimer beaucoup , il ne peut pas 
iUffire à tout. Dès que Tinflrudion efl un peu com- 
pliquée , lulàge des mots devient néceflaire pour 
la tran(hiettre. Or , il efl certain que les jeunes 
renards , en (brtant du terrier , (ont plus précau- 
tionnés dans les pays où l'on tend des pièges , que^ 
ne le (ont les vieux dans ceux où l'on ne cherche 
point à les détruire : cette (cience des précautions , 
qui (iippofènt tant de vues fines , & d'indudions 
âpignées , ne J>eut pas être acquife dans le terrier , 
par le langage d'aôion ; & (ans les mots , l'éduca- 
tion d'un renard, ne peut pas (e confommer : pat 
9uel méchanifme , des animaux qui chafTent en- 
semble, s'accordem-ils pour s'attendre,, (èretrour 
ver , s'aider l Ces opérations ne (e feroient pas ,. 
Êns des conventions dont le détail ne pœut s'exé- 
cuter , qu'au moyen d'une langue articulée^ La^ 
SKurQ|oi4ç^ Aaus. trompe ^ faute, d'habitude. &. d& 



î2(5 In s tin ct. 

réfiexîon. Lorfque nous entendons des hommel 
parler enfèmbifr une langue qui nous eft étrangère , 
nous ne (bmmes point frappés d*une articulation 
lênfîbie ; nous croyons entendre la répétiton conti- 
nuelle des mêmes (ons. Le langage des bétes , quel- 
que varié qu'il puilïe être , ooit nous paroitre en- 
core mille fois plus monotone, parce qu'il nous 
ell infiniment plus étranger ; mais , quel que foit 
ce langage des bétes , il ne peut pas aider beau- 
coup a la perfeftibiiité dont elles font douées, La 
tradition ne lèrt pre(que point aux progrès des con- 
noiflànces. Sans l'écriture , qui appartient à Thom- 
me ftul , chaque individu concentré dans ùl pro- 
pre expérience , (eroit forcé de recommencer Ja 
carrière que fbn devancier auroit parcourue ; & 
rhiftoire des connoiflknces d'un homme (èroit pref» 
que celle de la (cience de l'humanité. 

On peut donc préfumer que les bétes ne feront 
jamais de grands progrès , quoique relativement à 
certains arts , elles puiffent en avoir fkit. L'archi- 
teâiare des caftors pourroit être embellie ; la forme 
des nids d'hirondelles pourroit avoir acquis de l'é- 
légance , fans que *nous nous en apperçuffions ; 
mais 5 en gén^^ral , les obflacles qui s'oppofent aux 
progrès des efpeees , font fort difficiles à vaincre ; 
Se fês individus n'empruntent point non plus de la 
force d'une paffion dominante , cette adivité fôu- 
tenue, ^ui fait qu'un homme s'élève par legénie> 
fort au-defTus de fès égaux. Les bêtes ont cepenr 
dant des payons naturelles , & d'autres qu'on peut 
appeller fa^ices ou de réflexion \ celles du premier 
genre font l'imprefïîon de la faim , les dé/îrs ardens 
de l'amour , la tendrefTe maternelle ; les autres font 
la crîiime de la difette , ou l'avarice , & la jaloufie,, 
qui conduit à la vengeance. 

L'av rice efl une confequence de la faim précé- 
demment kxmi^ ; la réflexion fur ce bèCiiiï produit 



I 

Instinct: ^^J 

mne prévoyance commune à tous les animaux qui 
font fujets à manquer. Les carnaciers cachent & 
enterrent les reftes de leur proie , pour les retrouver 
au belbin. Parmi les frugivores , ceux qui (ont or- 
ganifes de manière à emporter les grains qui leur 
fervent de nourriture , font des provifîons aux- 
quelle ils ne touchent que dans le cas de néceffité ; 
tels font les rats de campagne , les mulots , &c ; 
mais l'avarice n'eft pas une paffion féconde ea ' 
moyens ; fbn exercice fe borne à Tamas & à ^é-^ 
pargne. 

La jaloufîe efi fille, de l'amour : dans les efpeces 
dont les maies (e mêlent indifféremment avec tou- 
tes les femelles , elle n eft excitée que par la di- 
fette de celles-ci. Le befoin de jouir £e fai(ant vi- 
vement (entir à tous dans le même tems , ilen 
résulte une rivalité réciproque & générale. Cette pa(^ 
fîon aveugle fait (buvent manquer ^an objet à ceux: 
qu'elle tourmente. Pendant que la fureur tient les- 
vieux cerfs attachés au combat, un daguet s'ap- 
proche des biches en trenfclant , jouit & s'échappe.. 
La jaloufîe eft plus profonde & plus raifbnnée dans: 
les efpeces qui s'accouplent : quels que foient les- 
motifs fur leiquels efl fondé ce choix mutuel des- 
deux individus , il efl certain qu'il (e fait , & que 
l'idée de propriété réciproque s'établit : dès-lors la- 
moralité eft introduite dans l'amour; les femelles 
même deviennent (ufceptibles de jaloufîe : cette 
union cbmniencée'par l'attrait , & foutenue par le- 
J>laifîr, ell encore refferrée par la communauté des- 
fôins qu'exige l'éducation de la famille ; mais cet: 
objet étant rempli , l'union ceffe. Le printems , en> 
îhfpirant à ces animaux de nouvelles ardeurs , leur- 
donne des goûts nouveaux : je n'ofèrois cependant: 
pas décider fî les tourterelles méritent ou non lai 
imputation de confiance qu'elles ont acquife -, mais", 
fi. elles. foiit confiante*, au. raoins efl-il fur qu'elles 



^28 I N s T I N e t. 

ne font pas fidelles. J en ai vu pluiieurs fols fakâ 
deux heureu^ de- (uite , fiir une même branche: 
peut-être leur confiance ne peut-elle être afTurée. , 
qu'autant qu elles, (e permettent rinfidélitc. 

Quoi qu'il en (bit , on peut dire qu en général y 
l'amour n'eil , chez Les bêtes , qu'un befoin- pafTa- 
ger : Cette, paffion , avec tous fes détails , ne les 
occupe guère qu'un quart de l'année ; ainfî elle ne 
peut pas élever les individus à des progrès bien (en- 
Jbles. Le tems du défintéreflèment doit amener lour 
bli de toutes les idées que l'irritation des delîrs 
avoit fait naître. On remarque feulement que l'ex- 
périence inflruit les mères fiir les, chofès relatives 
au bien de leur famille ; elles profitent dans un âge 
^lus avancé , des fautes de la jeunefTe & de Tim- 
prudence. Une perdrix de trois ou quatre ans choi- 
ït , pour faire Ton nid , une place bien p|ûs avan- 
iageuie que ne faif une. jeune ; elle fe place fiir un 
lieu un peu élevé y pour n'avoir point d'inonda- 
itioa à craindre relie a foin qu'il Toit environné d'é- 

fines & de ronces , qui «n rendent l'accès difficile. 
iOrfqu'eUe quitte (on nid pour aller manger, elle 
ne manque pas. de dérober fes œufs , ea les cou- 
vrant avec des feuilles.. 

Si la tendrefle maternelle laifle des traces pra* 
fondes dans la mémoire des bétes , c'eft que fon 
exercice dure afïèz long-tems , & que d'ailleurs, 
cdk une des paffions qui affèàent le plus forter- 
ment ces êtres (ênfibles. Elle produit en eux une- 
adivité inquiette & foutenue y. une affiduité pé- 
nible ; & y lorfque la famille eft menacée , une dé- 
fenle. courageufê qui refîèmble à un abandon total 
de fbirmême. Je dis reflembler ; car on ne s'aban- 
donne point entièrement; & dans. le moment ex- 
trême , le moi Ce hit toujours fèntir. Une preuve- 
de cette vérité , c'eft que', dans les différentes é(^ 
pcces ;k t-éméixd apparente dfclaniere dlto^jouis 



In s t inct* 22gt 

|woportlonnée aux moyens qu'elle a d'échapper au 
danger qu'elle paroît braver. La louve & la laie 
deviennent terribles , lor{qu'elles ont leurs petits à 
défendre : la biche vient aUÎÇ chercher le péril ;, 
mais fa foibleffe trahit bientôt (on courage ; & ,. 
inalgré û tendre inquiétude , elle eft forcée de fnir>. 
l.a perdrix & la cane fauvage , qui ont une rep 
fburce afîiirée dans k rapidité de leurs allés , pa- 
roiflènt s'expofèr beaucoup plus pour la défenfè de 
leurs petits , que la poule-faifânde : le vol pefânt 
de celle-ci la rendroit vidime dun attachement 
trop courageux,. 

Cet amour , qui paroît fi généreux , produit une 
îaloiifie qui va Jusqu'à la cruauté , dans les efpeces 
où il cil au plus haut degré. La perdrix pourfùit , 
& tue impitoyablement tous les petits de fôn cC- 
pece y. qui ne font pas de fa famille. Au contraire- 
la poule-faifànde , qui abandonne plus aifément les. 
petits qu'elle a couvés ^ efl douée d'une fenfîbiiité 
générale pour ceux de fbn efpece ; tous ceux qui 
manquent de mère ,*0nt droit de la fuivre, 

Qu'efl-ce donc encore une fois , que Tinflind ? 
Nous voyons que les bétes Tentent , comparent , 
jugent ,. réfléchifFent , choifîfTent , & font guidées, 
dans toutes leurs démarches , par un fèntiment d'a- 
mour de foi , que l'expérience rend plus ou moins 
éclairé.- C'efl avec ces facultés qu'elles exécutent 
les intentions de la nature ; qu-'elles fervent à l'or- 
nement de l'univers , & qu'elles accomplifîènt la» 
volonté inconnue pour nous , que le. créateur- eut 

^%' 



23(* INTERET. 



INTERET. 

CE mot a bien des acceptions dans notre lan- 
gue pris dans un fens abfoiu , & (ans lui don- 
ner un rapport immédiat avec un individu , un 
corps , un peuple, il fignifie ce vice 4ui.nous fait 
chercher nos avantages au mépris de ia juiliçe & 
de la vertu ; & c eft une vile ambition ; c'efl l'ava- 
lice , la paffion de l'argent , conune dans ces vers 
de la Pucelle» 

Et rintérét , ce vîl roi de la terre , 
Trlfle & penfîf auprès d'un coffre fort , 
Vend le plus foible au crime du plus fort. 

Quand on^ dit Tintérét d*un individu , d'un corps,:. 
d*une nation : mon intérêt , l'intérêt de l'Etat , Corv 
intérêt , leur intérêt ; alors <^ mot fignifie ce qui. 
importe, oU ce qui convient à l'état , à »la per- 
fbnne , à moi , &c. en faifant- abilradion de ce 
qu'il convient aux autres , fur-tout quand on y; 
ajoute un abjedif peflbnnel. 

D.ms ce (ens , le mot d'intérêt efl (ôuvent em- 
ployé , quoiqu'improprement , pour celui d'amour 
propre ; de grands moraliftes (ont tombés dans ce 
défauts , qui n'eil pas une petite fburce d'erreurs,, 
de difputes & d'injures. 

L'amour propre , ou le defir continu du bîen- 
ctre , l'attachement à notfe être , eft un effet né- 
cefïàîre de notre conftitution , de notre inftind,de. 
nos CenGitions , de nos réflexions ; u.i principe qui, 
tendant à notre conCèrvatton , & répondant aux. 
vues de la nature , (èroit plutôt vertueux que. vi^r 
«ieux-dans l'état dî niture»^ 



INTERET. i^f 

Mais rhommené en fociété , tire de cette fociécé 
des avantages qu'il doit payer par des (ervices : 
rhomme a des devoirs à remplir, àes loix à fuivre, 
l'amour propre des autres à ménager. 

Son amour propre eft alors jufte ou înjuile , ver- 
tueux ou vicieux ; & félon les différentes qualités, 
il prend différentes dénominations : on a vu celles 
d'intérêt , d'intérêt perfbnnel, & dans quel Cens, 

Lorfque l'amour propre efl trop Teftime de nous- 
même, & le mépris des autres, il s'appelle or^ufi/:: 
lorsqu'il veut fe répandre au-deliors , & fans mérite- 
occuper les autres de lui , on l'appelle vanité. 

Dans ces différens cas , l'amour propre eil défbr- 
donné ; c'eft-à-dire, hors de l'ordre. 

Mais Si amour propre peut infpirer des paffibns , 
chercher des plaifirs utiles à Tordre , à la fociété ; 
alors il efl bien éloigné d'être un principe vicieux*. 

L'artiour d'un père pour (es enfans , efl une vertu , 
quoiqu'il s'aime en eux, quoique le (buvenir de ce 
qu'il a été , & h prévoyance de ce qu'il (erajfoient 
les principaux motifs des (ècours qu'il leur ^onne.N 

Les (èrvices rendus à la patrie , feront toujours. 
des aftions vertueufès , quoiqu'elles fpient infpirées; 
par le de/îr de conferver notre bien-être, ou pat- 
l'amour de la gloire. • 

L'amitié fera toujours une vertu , quoiqu'elle ffe 
£bit fondée que fur le befbin qu'une ame a d'une* 
autre ame. 

La pafïîon de l'ordre , de la yudlce , fera la pre- 
mière vertÛ , le véritable héroiffne , quoiqu'elle ait: 
Ê fburce dans l'artiour de ncftts-mêmes- 

Voilà des vérités qui ne devroient être que tri- 
viales & jamais contellées ; mais une clafTed'hom* 
mes du dernier (îecle a voulu faire de l'amour pro- 
pre un principe tou;ours vicieux ; c'eil en partant 
d'après cette idée , que Nicole a fait vingt volu- 
mes de morale , qui ne font qu'un affViujïage de^ 



2J2 INTERET. 

fbphifines méthodiquement arrangés , & lourde-^ 
tnent écrits. 

Palcal même , le grand Pafcal , a voulu regar- 
der en nous comme une imperfedion , ce Senti- 
ment de l'amour de nojus-mémes que Dieu nous a 
donné , & qui eft le mobile éternd de notre étre.^ 
M. de la Rochefoucault , qui s'exprimoit avec pré- 
cifîon & avec grâce, a écrit, prefque dans le même 
efprit , que Pafcal & Nicole ; il ne reconnoît plus 
de vertus en nous , parce que Tamour propre eil 
le principe de nos. adions. Quand on n'a aucun 
intérêt de faire les hommes vicieux ; quand on 
n aime que les ouvrages qui renferment des idées 
précifès , on ne peut lire fbn Livre fans être blefle. 
de l'abus presque continuel , qu'il fait Wes mots 
ûmour propre , intérêt , orgueil , &c. Ce Livre 
a eu beaucoup de fuccès , malgré ce défaut & Tes. 
contradidions ; parce que Ces maximes (ont fbu- 
vent vraies dans un fèns ; parce que l'abus des> 
mots n'a été apperçu que par fort peu des gens ;. 
parce Qu'enfin le Livre était en. maximes : ceâ h. 
folie des Meraliiles de générali(èr leurs idées, de faire 
des maximes.Le public aime les maximes, parcequel^ 
ïesfâtisfont la pareffe & la préIbmption;elles font fou- 
vent le langage des charlatans, répété par lesdupes.Le • 
Livre de M, de la Rochefoucault , celui de Pafcal ,. 
qui étoient entre les mains de tout le monde , ont: 
în(enfîblement accoutumé le public français à prenr: 
dre toujours le iiiot d'amour propre en mauvaiiè 
part ; & il n'y a pas long- temps qu'un p^tit nom- 
bre d'hommes commeace à n'y plus attacher nécef^ 
ûirement les idées de vice , d'orgueil , &c. 
. Milord Shafsburi a été accufë de ne compter 
dans l'homme l'amour^ propre pour rien , parce 
qu'il donne continuellement l'amour de l'ordre ,. 
l'amour du beau moral, la bienveillance pour nos 
pcinci2aux mobiles ^ mais OA. oubli? qu'il regacdft. 



INTERET. 233 

iîctte bienveillance , cet amour de Tordre , & même 
le fâcrifice le plus entier de fbi-mème , comme des 
effets de notre amour propre. Cependant il eft cer- 
tain que milord Shafsburi exige un dé/întéflement 
qui ne peut être ; & il ne voit pas afïez que ces 
nobles effets de Tamour propre , l'amour de Tor- 
dre , du beau moral , la bienveillance , ne peuvent 
qu'influer bien peu fur les actions des hommes vi-* 
vans dans les Sociétés corrompues. 

L'auteur du Livre de TE(prit a été fort accufé , 
en dernier lieu, d'établir qu'il n'y a aucune vertu ; 
& on ne lui a pas fait ce reproche , pour avoir dit 
que la vertu eil purement l'effet de nos conven- 
tions humaines , mais pour s'être prefque toujours 
iervi du mot d'intérêt à la place de celui damour 
fTopre. On ne connoît pas afïèz la force de la H- 
aifon des idées , & combien un certain (on rap- 
pelle néceflairement certaines idées ; on eft accou- 
tumé à joindre au mot àUntérêt , des idées d'ava- 
rice & de bafTefïe ; il .les rappelle encore quelque* 
fois , quand on voit qu'il fîgnifie ce qui nous im- 
porte y ce qui nous convient : mais quand même 
il ne rappelleroit pas ces idées , il ne fignifie pas la" 
même choie , que le mot amour propre. 

Dans la fociété , dans la converfation , l'abus des 
mots amour propre^ orgueil ^ intérêt , vanité y eH 
encore bien plus fréquent ; il faut un prodigieux 
fonds de juftice , pour ne pas donner à l'amour pro- 
pre de nos (emblables , qui ne s'abaifïerit pas devant 
nous ;& qui nous difputentquelquechofè, ces noms 
de vanité , d'intérêt , d'orgueiL 

L' INTERET, dans un ouvrage de littérature ; 
naît du ftile , des înçfdens , des caraderes , de la 
vraifemblance , & de l'enchaînement. 

Imaginez les fîtuations les plus patliétiques ; iî 
elles font mal amenées , vous n intérefferez pas. 

.Conduirez votre pocme avec tout Ta*t imagina-^ 



134 INTERET. 

ble ; n les fîtuatîons en font froides , vous it'inté- 
refferez pas. 

S<^achez. trouver des fituations , & les enchaîner; 
fi vous manquez du flyle qui convient à chaque 
choie , vous n'intérefferez pas. 

S(jachez trouv.er des fituations , les lier , les co- 
lorer ; n la vraisemblance n'eil pas dans le tout, 
vous n'intérefferez pas. 

Or , vous ne ferez vraifemblant , qu*en vous con- 
formant à Tordre général des choies , lorfqu'il fe 
plaît à combiner des incidens extraordinaires. 

Si vous vous en tenez à la peinture de la. na- 
ture commune , gardez par-tout la même propor- 
tion qui y règne. 

Si vous vous élevez au-deflus de cette nature, 
(8c que vos êtres foient poétiques , aggrandis ; que 
tout (bit réduit au module que vous aurez choifî, 
& que tout foit aggrandi en même proportion ;il 
(êroit ridicule de mettre une gerbe de petits épis, 
Ifels qu ils croifTent dans nos champs , fous le bras 
d une Cérès , à qui Ton auroit donné (ept à huit 
pieds de haut. 

J'ai entendu dire à des gens , d*un goût foible 
& mefquin , & qui , ramenant tout à Timitation 
rigoureule de la nature , regardoient d'un œil de 
mépris , les miracles de la fiction ; jamais femme 
$'eft-elle écriée comme Didon | 

At pater omnîpotens aiigat me fulmine ai umlw. 
Tdlentes ambras* Erebi noâlemque profundam, 
Ante puior quam te violo^aut tua jura refoho. 

Que le père des dieux me frappe de fà foudre ; 
qu'il me précipite chez les ombres, chez les pâles 
ombres de l'Erébe & de la nuit profonde, avant, 
ô pudeur ! que je renonce à toi , & q^ue je viole te& 
Joîx facrées» 



INTERET. 23T 

lis n'entendoient rien à ce ton pmpKati^ue , 
faute de connoitre la vraie proportion des figures 
de l'Encide ; ils rejettoient de ce morceau , tout 
. ce qui caradérife le génie , le premier & lelecond 
vers ; & ils ne s'accommodoient que de la fimpli- 
cité du dernier. Ce poème étoit fans intérêt pour 
eux. , . 



INVALIDES. 

L, H o T E L Royal des Invalides , ce monument 
digne de la g'-andeur du Monarque qui la 
fondé , efl deftirté a recevoir des foldats de deux 
efpéces. 

Ceux qui, par leur grand 5ge & la longue durée 
de leurs fervices , ne (ont plus en état d en rendre ; 
& d'autres , auxquels des bleffures graves , la perte 
de quelque membre ou des infirmités , ne permet- 
tent pas de (butenir la fatigue des marches , ni de 
faire le fervice , foit en garnifon , foit en campa-* 
gne. 

Parmi ceux de cette féconde clafle , on doit dif^ 
tinguer les foldats , dont les bleffures font de na- 
ture à les priver de tout exercice , d'avec d'au- 
tres qui ne pouvant s'y prêter qu'avec gêne , ac- 
quièrent cependant , par l'habitude & par l'adreffe 
qui naît de la néceflité, cette aptitude que l'on voie 
Souvent dans des gens mutilés. 

De deux foldats , l'un a la jambe coupée ; l'au- 
tre a une ankilofe au genou ; ils (ont également 
hors d'état de fervir. Le premier de deux autres 
a eu le bras emporté ; le fécond a eu le bras caP • 
fé 5 on l'a guéri ; mais ce bras , par déperdition 
de fvbtonçe ^ ou p?it accident dans h cure , cfl 



^^6 Invalides. 

devenu rold^ ou plus court que l'autre ; Il rend 
donc conféquemment le fiijet incapable. Voilà 
quatre hommes que Ton juge dignes des grâces 
du Roi ; ils l'ont également bien fenri , & pen- 
dant le même-temps ; ils doivent être récompen- 
fes ; cela eft jufte ; on leur ouvre à tous égalie- 
ment la porte de THôtel ; cçla eu. mal. 

Il efl fans doute de la grandeur du Roi (fafTu- 
rer de quoi vivre à ceux qui Tont Cewl ; mais 'à 
eft auffi de la ùgeCCe de diflinguer les temps , les 
circon (lances , & de modifier les grâces. 

Le plus grand des malheurs que la guerre en- 
traine après elle , eft la confommation d'hommes ; 
le miniftère n'eft occupé que du foin de remplir, 
par d'abondantes recrues , tout ce que le fer , le 
feu , les maladies , la défertion laiÔent de vuide 
dans une armée. Trois campagnes enlèvent à la 
France toute cette jeunefTe qu'elle a mis vingt ans 
à élever ; le tirage de la milice , les enrôlemens 
volontaires ou forcés dépeuplent les campagnes.. 
Pourquoi ne pas employer les moyens qui Ce pré- 
fêntent , de rendre quelques habitans à ces villa- 
ges , où l'on ne rencontre plus que des , vieillards 
& des filles de tout âge. 

Quel inconvénient y auroît-il de ftatuer , que 
tout foldat, cavalier & dragon de quarante-cinq ans 
Se au-defïbus , auquel Ces (èrvices ou certaines 
bleflures ont mérité l'hôtel , Ce retirât dans fâ 
commnnauté. Pourquoi ne pas faire une loi d'é- 
tat , qui oblige cet homme de s'y marier. 

L'auteur de refprit de Loix dit que là où deux 
perfonnes peuvent vivre commodément , il s'y fait 
VLït mariage ; il ajoute que les filles , par plus d'u- 
ne raifbn , y (ont afïez. portées d'elles-mêmes , & 
que ce font les gar<^ons qu'il faut encourager. 

»Le foldat , avec (a paye «quelle Roi devra lui 
conferver, fuivant fon grade , & tefle qu'il la re- 



In VALIDES. 257 

t€nrolt à lôn. corps ,^la fille avec le produit de fon 
travail & de (on oeconomie , auront précifément ce 
qu'il faut pour vivre commodément enfemble ; 
voilà donc un mariage. 

Le (bldat fera, encouragé par là loi ou par le 
bénéfice attache à l'exécution de la loi , la fille 
encouragée d'elle-même , par la raifbn que tout la 
gérte étant fille , & qu elle veut jouir de la liberté 
que toutes les filles croyent encore appercevoir dans 
Fétat de femme. 

Un homme dans un village , avec cent livres 
de rente afTurée , quelque infirme qu'il foit & hors 
d'état de travailler , fe trouve au niveau de la 
majeure partie des habitans du même lieu ; tels 
que les manouvriers , bûcherons , vignerons , tif- 
èrands & autres ; on eftime le produit de leur 
travail dix fols par jour , on fuppofè 'avec afféi 
de rai(bn , qu'ils ne peuvent travailler que deux 
cens jours dans l'année ; le furplus, comme les fê- 
tes , les journées perdues aux corvées , celles que 
la rigueur des faifbns ne permet pas d'employer 
au travail , les temps de maladie , tout cela n'en- 
tre poftit en compte ; & c'eft fur le pied de deux 
cens jours par an feulement , que le Roi régie 
i'impofîtion que ces ouvriers doivent lui payer. 
Voila donc déjà l'éjjaliti de fortune établie entre 
le foldat & les habitans de campagne. 

On verra dans la (uite de ce mémoire , que le 
foldat , ind'^pendamment du produit de quelque 
léger travail, ou de quelque petit commerce dont 
il eft le maître de s'occuper , fera plus riche 8c 
plus en état de bien vivre (ans bras avec (à paye, 
que le pay(an (ans paye avec (es bras. Quelle ed 
donc la fille qui refu(èra un (ôldat eflropié , qui 
ne peut dans aucun cas être à la charge de (à 
femme f Et quel eft le fcldat qui connoiiîant (on 
éfat , ne croira pas qu'il y aura de la générofît^ 



85 8 Invalides. 

dans le procédé d'une fille ,^qui viejit aînfî ^ ert 
répoufant , s'offrir à partager avec lui (on bien-* 
être & fès peines/ 

Je dis que cela peut faire de très-bons m^iai 
ges ; & voici ititilité dont ils feront à l'état. 

Ces gens mariés peupleront ; leurs garçons fe-^ 
ront foldats nés ou miliciens de droit ; ce fera la 
loi ; chaque enfant mâle recevra , à commencer 
du jour de fa naifTance , jufqu'à celui de fêize ans 
accomplis, une fiibfîftance de deux fols par jour, 
ou trois livres par mois de la part de la commu- 
nauté où il efl né , & pour, laquelle il doit fèrvirg 
Ces trente-fix livres par année , que le fbldat re- 
cevra pour chacun de fès fils , feront fbn bien- 
ctre , & le mettront en état de les élever. Il eil 
étonriant combien , parmi les gens de cette efpc- 
ce , deux "fols de plus ou de moins par jour , pro- 
curent ou otent d'aifance ; l'objet ne fera point a. 
charge à la communauté ; & chaque père de fa- 
mille croira voir , dans l'enfant du fbldat , le mi- 
licien qui empêchera quelque jour fbn fils de le 
devenir* 

Au refle , il fêroit défirable que cette dépenS 
devînt par la fuite afîez onéreufè , pour exciter 
les plaintes de ceux qui. la (îipporteront , & qu'el- 
les fufîënt de nature de forcer l'état de venir à 
leur fecours. " " 

Toutes les nations fê font occupées de la popu- 
lation ; les légiflateurs ont indiqué les moyens d'en- 
courager les mariages; & on ne fê fbuvient par- 
mi nous , de la loi qui accordoit des privilèges aux 
pères de douze enfans vivans , que parce que ces 
çrivilcges ne fub/iflent plus. Il eft malheureux que 
le Royaume qui fe dépeuple vifiblément tous les 
jours , ne s'apperçoive pas de cette eipèce de pau- 
vreté , la plus funefte de toutes, qui confîflei 
n'avoir que peu d'habitans , ou bien fi an (èh 



Invalides. 239 

cet état de dépériflement , pourquoi , depuis très- 
long- temps , ne s'eft-on point occupé du'fbin de 
fuCcitet des générations nouvelles. 11 ne manque 
en France, if on ofe rifquer Texpreffion, que des 
fabriques d'hommes ; il en eil peut être trop de 
toutes autres espèces. Il faut donc faire des ma- 
riages , les multiplier , les encourager. Il faut donc 
commencer par marier ceux des fujets du Roi , 
dont les effets de fa bonté & de fa juftice le ren- 
dent plus particulièrement le maître ; les autres 
viendront enfûite ^ mais ils ne font pas de mon 
fujet. 

Il ne faut pas avoir recours au calcul pour 
prouver que -la dépen(è de Tentretien d'un inva- 
lide , dans un lieu quelconque du Royaume , n'ex- 
cédera pas celle qu'il occafionne dans Thotel'; ain-« 
£ cette nouveauté dans la forme de pourvoir aux 
befbins d'une partie des (bldats , ne fera point à 
charge à l'Etat. 

Le grand contredit de THôtel Royal , efl que 
tous les foldats qui y (ont admis , (ont autanf d'hom- 
mes perdus pour r.etat ; ils y en rrent en entrant, 
^ufqu'à Telpérance de (e voir renaître dans une po(^ 
térité ; on en voit peu fe marier ; on (çait bien 
qu'il ne leur eft pas impofîiDle d'en obtenir la per- 
miflîon , mais rien ne les en (bllicite ; d'ailleurs 
il e(l des cas où il ne fuffit pas de permettre : le 
mariage eft néceffaire ; (on effet eft le (butien des 
empires ; il faut donc l'ordonner. 

Seroit-il di facile de prouver que parmi tous les^ 
foldats invalides , exLftans aduellement à l'hôtel , 
ou détachés dans les forts , il ne s'en trouvât plus 
d'un tiers en état d'être mariés ? Et (èrolt-il plus 
difficile de fe perfuader , qu'il y a plus de files 
encore , qui ne fe marient oas , parce qu'il n'y' 
a plus de maris pour elles , qu'il n'y a d'invalides 
propres au mariage? 



■ 1 



^40 Invalides. 

Il efl donc néceffaire de rapprocher prompte-' 
ment cfes deux principes de vie ; il faut envoyer 
dans les Conununautés qui les ont vu naître , les 
foldats qui peuvent être mariés , tant ceux qui 
font a<^tuellement attachés à Thotel , que d'auvres 
qui (èront par la lîiite défignés pour s*y rendre. 

Cette attention ell indi^enfable ; un (bldat qui 
tomberoit d^ns un village éloigné de Con pays na- 
tal , auroit de la peine à s y établir ; il ne faut 
laifTer a combattre aux iilles , que la forte d'anti- 
' pathie naturelle pour les imperfeâions corporel- 
les ; il ne faut pas ajouter celle de s'allier a un 
inconnu. 

Il ell dans les habitans des campagnes une hon- 
nêteté publique , qui ne fe rencontre prefque plus 
que parmi eux ; Us font tous égaux en privation 
de fortune ; mais ils ont un fëntiment intérieur, 
qui n autorifè les alliances qu'entre gens connus. 

La Tulipe en veut à ma fille , dira un payûn , 
j'en fuis bien ai(e ; il efl de bonne race ; il fera 
mon gendre ; expreflion naïve du fentiment d'hon- 
neur. 

On n'entre point dans le détail des moyens d'e- 
xécution du projet , des privilèges à accorder aux 
invalides mariés , de la néceffité de les établir de 
préférence dens les villages voiiîns de la Ville ou 
ils (ont nés , plutôt que dans la Ville même ; ces 
raifons Ce découvrant (ans les développer. On Ce 
contente donc d'avoir démontré la néceffité , h 
poffibilité & Tutilitt^ des mariages des foldats inva- 
lides qui peuvent les con trader. 

J'ajouterai feulement , que parmi tous les fol- 
dats , qui en dernier lieu font partis pour aller at- 
tendre à Landeau les ordres dont ils ont befoifl 
• pour être re(^us à l'hôtel , plus de cent m'ont de- 
mandé , s'il ne me ffroit pas poffible de leur faire 
tenir , ce qu'ils appellent les invalides , ohe^ eux ? 

Si 



I N V A t I DÉ S. 241 

- Sî ce projet méritoit l'approbation du mînijftere 
l'exécution en pourroit être très-prompte ; & je 
garantirois , iî la Cour m'en confioit le (b:n , d'a- 
voir fait , en moins de trois mois , la revue de 
tous les invalides déuchés dans le Royaume , de 
lui fendre compte de tous ceux qui (èroient dans 
le cas du projet., & de les faire rendre. prompte- 
ment à leur deflination. 

On fènt bien qu'il faut une Ordonnance dur 
Roi en forme de règlement pour cet étabJifîement; 
mais on voit aiÊment aufli , que les principale» 
difpofîtions en font répandues dans ce mémoire ; 
au furplus , iî le mini lire , pour lequel ces refle- 
xions font écrites , en ctoit déiîreuK^ je travaille* 
Tols d'après (es ordres au projet de l'Ordonnance ; 
& elle lui feroit bientôt rendue. 

Objeâlions faites par la Cour. J'ai peine à me 
perfuader que h- clafle que vous établiflêi depuis 
quarante-cinq ans & au-deffous , pût fournir un 
tiers ( d'invalides ) qui fût propre au mariage. 

Réponfe aux objeôlions. Dans un arrangement 
quelconque ^ la fixation apparente ti'efl pas tou- 
jours le terme de Ton étendue ; aulTi n'y auroit-il 
aucun inconvénient à prendre dans la clafTe de 
quarante à cinquante , ce qui manqueroit ^dans 
celle au-deffous de quarante-cinq ; le préjugé 
xju'un Toldat eft plus. ^leux & plus ufé qu'un au- 
tre homme de pareil âge , avoit déterminé à ne. 
pas outre pafTeir quarante^ciftq ans ; mais ce pré- 
jugé eft comme tous les autres ; il fubfîfle fans 
être plus vrai ; & l'on voit tous les jours dés (bl- 
dats qui ont trente îùis de fervice , plus frais & 
mieux portant , que bien des ouvriers qui n'ont 
jamais quilté le lieu de leur naiflance. 

La force & la fanté font le partage de l'exer^ 
<:ice & de la fobriété ; comîne la foiblefle & la 
maladie le /ont de l'inaâipA * de la débauche* 

Tome lll. I- 



^4î Invalides. 

Dans tous les états , on trouve des hommes Forts 
& bien portans ; on en trouve de foibles & d*in-; 
firmes. 

Objeâiion, D'autres , rendus dans leurs com- 
munautés ; ne trouveroient point à s'y établir quel- 
qu*envie qu'ils pufTent en avoir. Ne feroit-ii pas 
à craindre qu'une partie de ceux qui s'y marie- 
roient , ne s'ennuyaffent bien vite aun genre de 
vie pour lequel ils n'ctoient plus faits , Se qu'a- 
lors ils n abandonnaflènt leurs femmes & leurs en- 
fans ? 

Rêponfe. Partout où il e(l des fill^ , partout on 
les trouve difpofées au mariage ; parce que tout 
les en fblHcite en tout temps ; l'efclavage dans 
Tadolefcence ; Tamotir propre & celui de la liber- 
té dans la jeunefTe ; l'envie d'avoir 8c de jouir dans 
rage mûr , la crainte du ridicule & de la forte de 
mépris attaché au titre humiliant de vieille fille; 
voili bien des motifs de quitter un état où la 
nature , Cur les befbîns , eÔ perpétuellement en 
procès avec les préjugés. 

Sur quoi têroit donc fondé le refus que feroît 
une fille d'époufèr un foldat invalide qui fera du 
même village ou du hameau voifîn f Ce (èra donc 
. fur la crainte qu'un pareil mari , accoutumé de- 
puis long* temps à une vie licentieuft-^ ne vînt a 
ie dégoûter d'un genre de vie trop uniftmne , & 
n'abandonnât (a femme & Ces enfans. 

Si le foldat marié renonce aux principes de 
l'honneur , 8i s'il devient foùrd'aux'oris de la na- 
ture , qui dit fans cefTe d'aimer 8c protéger fa 
femme & fês enfans ^ les difpofîtioîis de la loi 
l'empêcheront "de s'écarter de fon devoir. Dans le 
cî\s d'abandori de ce qu'il peut avoir dî* plus )cbcr, 
ta loi le déclarera déchu des grâces du Rot; Ta 
paye lui fera otée en entier fans aucune efpéran*- 
ce d'y pouvoir étrie rétabli j &.la totalité de cette 



•Invalides. 243 

]paye (èra dévolue à (à femme , fî elle a quatre 
enfans & au-defTus y les trois quarts , fi elle a 
trois enfans ; la moitié , (î elle en a deux , & Is 
quart feulement , fi elle n'a point d enfans : voi-i 
la la femme ralTurée , & le mari retenu. 

Il n'y a donc pas lieu de craindre que le (bl- 
dat renonce à une vie douce & tranquille ,* pout 
faire le métier de vagabond & d'homme iàns aveu r 
genre de vie humiliant par lui-même , & qui le 
priveroit fans retour du fort heureux qu'il tient 
de la bonté & de la jufiice du Roi. 

Objeâîion, Ce (èroit donc une impofitlon réelle 
fur les communautés , que de les charger de deux 
fols qui fèroient donnés à chaque gar(^on du mo- 
ment de (à naiflànce ; & comme vous dcfîgnez, 
par état , cet enfant pour le fcrvice du Roi , ne 
fcroit-il pas jufle que Sa MajeHé pourvût à fa fiib-» 
finance f 

Réponfe, Les Villes ou communautés n'ont fa* 
mais rien reçu pour le milicien quf leur eft de- 
mandé ; non-feulement elles le donnent gratis , 
mais elles le fourniflent de tout à leurs ^ais , à 
Texception de l'habit qui efl donné par le Ro£« 
On a donc , par cet uwge , été déterminé à pro- 
pofèr que les deux fbh de fubfîftance fuflèht payés 
par la communauté , pour laquelle l'enfant efl 
deftiné à fêrvir. Il efl vrai dans le fait , que cet- 
te impofition pourroit être à charge à une com- 
munauté ; & il efl confiant d'ailleurs qu'elle ne 
fèroit point égale , car l'exécution du proîet peut , 
par un effet ou hazard , conduire plufieurs fôldats 
dans le village où ils font nés , & n'en ramener 
aucun dans un autre. 

On parera à l'inconvénient , en chargeant la 
Province de pourvoir à cette dépenfe , qu'elle 
impofèra fur elle-même : les colledeurs des de- 
niers royaux dans chaque lieu > en feront l'avan-r 

Lij 



244 Invalides;- 

ce par mois au (bldat ; & il leur en fera tetta 
compte à chaque quartier par le receveur des tail- 
les : c'cft la forme la plus (impie. 

Si le Roi Ce chargeoit de cette dépenfe , Ici 
particuliers contribuables en (èroient-ils pour ce- 
la déchargés f Quand les befôins relatifs à l'objet 
militaire augmentent , l'extraordinaire des guer- 
res demande de plus gros fonds au tré(br royal ; 
ils y (ont portés par les receveurs généraux des 
finances , qui les reçoivent des receveurs des tail- 
les , auxquels ils ont été faits par les colledeure, 
qui les ont perçus en augmentation fiir chaque 
habitant de la communauté : on n'a donc propole 
que d'abréger la forme. 




J O L t. 24JI 



JOLI. 

NO T R E langue a plufîeurs traités efUmês fiit 
le beau , tandis que l'idole à laquelle nos 
voifins nous acculent de (àcrifier (ans ceflè , n'a 
point encore trouvé de panégyriftes parmi nous* 
La plus jolie nation du monde n'a presque rieit 
dit encore Hir le joli. 

Ce fîlence reflèmbleroit-il au fàînt re(peâ , qui 
défendoit aux premiers Romains d'o(èr repréfen- 
ter les dieux de la patrie, ni par des flatues , nî 
par des peintures , dans la crainte de donner de 
ces dieux des idées trop foibles 8c trop humaines* 
Car on ne fçauroit penfer que nous rougiffions 
de nos avantages ; le plaifîr d'être le peuple le 
plus aimable, doit nous confbler un peu du nài» 
' cule qu'on trouve aux (oins que nous prenons de 
le paroître. Eh ! qu'importe aux Français l'opi- 
nion fauiïè qu'on peut Ce faire de leurs charmes ^ 
Heureux , fi par une légèreté trop peu limitée , 
îls ne détrùi(bient pas cette efpece d'agrémens ^ 
qui leur font lî propres , en croyant les multiplier. 
•L'afFedation e&^ à côté des grâces , & la plus lé- 
gère exagération fait franchir les bornes qui les 
féparent. 

Les philolbphes les plus auftères ont approuvé 
!e culte de ces divinités , leurs images enchante- 
lefîes étant (orties des mains du plus (âge de tous 
les Grecs. 11 eft vrai que le ci(èau de oocrate les 
avoit enveloppées d'un voile que peut-êire nous 
avons laiffé tomber , comme firent les Athéniens. 

Speufîppe , difcîple & (îicceffeur de Platon , 
embellit aufG du portrait des grâces , la même 
^cok où (on maître ^yoit içmxé le pagaiiKme ^ 

Liij 



±^6 J b L r- 

l^ar les lumières de la plus haute ralfôn. Eh ! qu! 
ne Hç-ait le confeil que donnoit (buvent Platon 
même à Zénocrate , dont il (buôroic avec peine 
la trifle & pédante févérité ? •. ^ 

Je ne crois pourtant pas que le projet de Pla- 
ton fut de rendre Ton difciple auffi joli que nous; 
quoi qu'il en foit , c'efl la nature elle-même qui 
nous a donné l'idée des grâces , en nous offrant 
des fpedacles qui (êmblent être leur ouvrage. El- 
le ne veut pas nous afièrvir toujours (bus le joug 
de Tadmiration ; cette mère tendre & careffante 
cherche (buvent à nous plaire* 
• SI le beau qui frappe & nous transporte , efi 
un des plus grands effets de fa magnificence , le 
joli n'e(i-il pas un de Ces plus doux bienfaits f El- 
le fèmble quelquefois s'épuifèr ( fi j ofe le dire ) 
en galanteries ingénieufès , pour agiter agréable- 
ment notre coeur & nos fens , & pour leur por- 
ter le fèntiment délicieux , & le germe des plai- 
firs. 

La vue de ces aflres qui répandent fur nous, 
j>ar un cours & des régies immuables , leur bril- 
lante & féconde lumière , la voûte immenfe à la- 
quelle ils paroiflènt (u(pendus , le (petlacle fubli- 
yne des mers , les grands phénomènes ne portent 
à Tame que des idées majeftueufès ; mais qui peut 
ceindre le (êcret & le doux intérêt qulnfpire le 
riant afped d'un tapis émaillé par le (ôufle de 
Flore , & la main du printems ? Que ne dit point 
aux cœurs (enfibles , ce bocage fimple & uns art , 
que le rathage de mille amans ailés , que la fraî- 
cheur de Tombre , & Tonde agitée des ruifîeaux 
içavent rendre fi touchant ? Tel eft le charme des 
grâces ; tel eil celui du joli , qui leur doit toujours 
0L naiflànce ; nous lui cédons par un penchant 
^dont la douceur nous (èduit. 

Jl faut être de bonne foi. Notre goût pour 1; 



JOLI. 247 

{dIî , Hippo^ê un peu moins parmi nous de ces 
âmes élevées & tournées aux brillantes prétentions 
de rtiéroifine , que des ces âmes naturelles , dé- 
licates 8c faciles , à qui la (bciété doit tous Ces 
attraits. Peut-être les rai(bns du climat & du 
gouvernenient , que le Platon de notre (îéde ^ 
dans le plus célèbre de (es ouvrages , donne (bu-, 
vent pour la £burce des adions des hommes , font* 
elles les véritables caufes de nos avantages (îirles 
autres nations , par rapport au joli î 

Cet empire du nord , enlevé de notre temps ^ 
à (on ancienne bar;5arie , par les (bins & le génie 
du plus grand de (es rois , pourroit-il arracher 
de nos mains , & la couronne des grâces , & la 
ceinture de Vénus f Le phyfique y mettoit trop 
4'obftacles ; cependant il peut naître dans cet em- 
pire quelque homme in (pire fortement , qUi nous 
difpute un jour la palme du génie , parce que le 
fublime & le beau (ont plus indépendans des eau* 
fe locales. 

Ce phantôme (ànglant de la liberté , qui avoît 
caufé tant de troubles chez les Romains , .& qui 
par- tout (ubfide (î difficilement par d'autres voies , 
ayoit difparu (bus l'héritier & le neveu Cé(àr, La 
paix ramena l'abondance ; & l'abondance ne per- 
înit de (bnger au nouveau joug , que pour en je- 
cueillir les fruits , l'intérêt de la cho(è publique 
ne regardoit plus qu'un (èul homme ; & dès-lors 
tous les autres purent ne s'occupei* que de leut 
l>onheur & de leurs plaifîrs. Otez les grands inté- 
rêts, les grandes pa(ÎSons aux hommes , vous les 
ramenez au perfbjaneL L'art de jouir devient de 
tous les arts le plus précieux ; de -là naquirent 
bientôt le goût & la délicatefTe : il falloit cette ré- 
volution aux vers que (ôupira TibuUe, 

Tel eft à-peu-près le tableau de ce qui Ce pa(^ 
6 fous le fiécle de Louis le. Grand. Tandis que 

LiY 



24» Joli. 

Corneille étonne & ravit , les Grâces & le Dîeti 
du goût attendent , pour naître y des jours plus 
(ereins. Voiture paroit les annoncer ; (es contem- 
porains croient les voir autour de lui ; cet écri- 
vain en obtient même quelquefois un (burire : 
mais les jours heureux des plaifîrs délicats , les 
jours de Turbanité françai(è , n*étoient qu'à leur 
crépuscule. Le rétabliflement de l'autorité , tfoù 
dépend la tranquillité publique , les vit enfin dans 
t/out leur éclat. 

Les Français acquirent alors un /îxleme (êns, 
ou plutôt "ils perfedionnerent les leurs ; ils virent 
ce qui ju(ques-là navoit point encore fixé leurs 
yeux ; une (ênfîbilité plus fine , (ans être moins 
profonde , remplit leurs âmes : leurs talens de plai- 
re & d'être heurejix ; une douce aifànce dans la 
vie ; une aménité dans les moeurs ; une attention , 
fccrette à varier leurs amufemens , & à diftinguet i 
les nuances diverfès de tous les objets, leur firent | 
adorer les Grâces. La beauté ne fut plus que leur 
égale; ils (èntirent même que les premières les 
cntrainoient avec plus de douceur ; ils fè ivretent I 
a leurs chaînes iBachaumont Se Chapelle les firent 
ailèoir auprès .des Mufès les plus fières ,. tandis, 
que la bonne compagnie de ce temps fai(bit , dfr 
tout Paris , le temple que ces divinités dévoient 
préférer au rede delà terre* 

C'efl à de certaines âmes privilégiées , que la 
nature confie le foin de polir celles des autres. 
Tous les (èntimens , tous les goûts de ces premiè- 
res fe répandent în(ènfîblement>^ & donnent bien- 
tôt le ton général Telle étoit Famé de cette Ni- 
non fi vantée ; telles étoient celles de plufieurs 
autres personnes qui vécurent avec elle > & qui 
Taiderent à dépouiller les paillons , les plaifirs , les 
arts , le génie, les vertus même , de te refte de 
gothi(iue» qiunuifbit epcore à leurs, chariot, L'in? 



Joli. t49> 

térét le plus léger , & fur- tout l'intérêt du plai- 
Cr , viennent -ils le joindre au befbin dimitec- 
qu'apportent tous les hommes en naiffantf Tout 
leur devient facile & naturel ; tout s*im prime fa- 
cilement ciiei eux ; il ne leur faut que des mo ^ 
dèles. 

Peut -on être fiirpris que les Français qui vi- 
voient (bus Henri II , aient été fi dilFérens'de nous l 
Les Grâces pou voient-elles habiter un cœur ^ui^ 
pendant l'hiver , s'amufbit , (comme dit Brantôme ,) 
à faire des basions & combats , à pelotter de neige ^ 
'& à gliffer l'étang de Fontainebleau* Le joli fe 
bornoit alors tout-au-plus à la figure» 

Le germe de cette qualité diftindive étoît,(ans 
doute , dans le fèin de cette nation , toujours por- 
tée naturellement vers le plaifir ; il s*étoit annoncé 
quelquefois dans une fête brillante ,ou fous la plume- 
de quelques-uns de (es poètes ; mais le feu d'utt 
éclair n ell pas plus prompt à di(paroitre ; ce germe 
étoit enfoui fous les obiîacles que lui oppofbient 
(ans cefîe l'ignorance , la barbarie , ou le (bufle 
corrupteur des guerres inteftines : l'influence dm 
climat cédoit à cet égard aux circonflances». 

Tout concouroit au contraire , (bus Louis le 
Grand , à répandre (ùr (es (iijets cette férénité^ 
cette fleur d'agrémens , qui en firent la plus jolie 
nation de l'univers. Quelle rage aux Meffiaois ^ 
( dit madame de Sévigné , ) d'avoir tant d'averfîoni 
pour les Fran<^ais » qui C>nt fi aimables 8c fi jo^ 
lis ! 

Ils auroient payé trop cher cet avantage , s*il lè* 
eut conduit à lui (acri er entièrement leur gouç 
eflentiel pour le beau ;• il triomphe encore parmC 
eux î peut-être n'y fait-il pas un effet G. général 
que joli , parce qu'il n'eft pas toujours ai(e de s'éV 
bï:er juiqu-'à luv Eh^ l le^ mo^eti(.dit- on ) de œ 



^5^ Joli; 

pas raflimbler toute (à fênfibilité fiir les objets qui 
Tavoifinent, & qui la fbllicitent? 

C'eft à Tame que le beau s adrefîè ; ceù au Cens 
"que parle le joli ; & , s*il eft vrai que le plus grand 
nombre (e laifle un peu conduire par eux y^ceÛ 
de-là qu'on verra des regards attachés avec yvrefTe 
fut les grâces de Trianon, & froidement fîirpris 
des beautés courageufès du Louvre. C eft de-là que 
ta Musique altiere de Zoroaflre entrai-nera moins 
de coeurs , que la douce mélodie du ballet du Syl- 
|)he , ou les concerts charmans de Tade d'iEglé 
dans les taleiis Jyriques, C'efl par-là , qu'un chan- 
fbnnier aimable , un rimeur plaidant & facile trou- 
veront dans nos fociétés , mille fois plus d'agré- | 
ment , que les auteurs des chefs d'oeuvres, qu'on 
admire, Ceft enfin par-là, que le je ne (çaisquoi 
dans les femmes , effacera la beauté , & qu'on fera 
tenté de croire qu'elle n'efl bonne , qu'à" aller ex- 
citer des jalôuiîes & djes (cènes tragiques dans un 
ièrrail. i 

Un auteur , dont on vantort le goût dans le der- 
nier fîeclê , prétend qu'on doit entendre par jolie 
femme , de l'agrément , de l'efprit, de la raifon , 
de la vertu , enfin du vrai mérite. Ces deux der^ 
nieres qualités ne fônt-elleis pas ici hors déplace? 
Eft-on joli p^r la raifon & la vertu f 

M. l'abbé Girard dit , de fon côté , que juget 
d'un tel , qu'il efl joli homme , c'e(t juger de ïon 
humeur & de Ces manières. Cependant il Ce trouve 
à cet égard en contradidion abfblue avec te P^ 
Bouhours, qui dit qu'on n'entend au plus parjoH 
homme , qu'un petit homme propre , & aflèz bien- 
fait dans (à taille. C'eft que ces deux écrivains Co \ 
font arrêtés à de petites nuances de mode , qui j 
li*ont rien» de réel qu'un u(àge momentané. * j 
■; Quelqu'un a dit de Fagcément, que* c'efl comme | 
<ui vent léger J &-i flçur de furface , qui donne 



Joli. 251 

aux facultés Intérieures une certaine nu)bilité de 
la IbupleflTe & de la vivacité ; foible idée du joli 
en général : c*eft le (ecret de la nature riante ;il 
ne Ce définit pas plus que le goût , à qui peut-être 
il doit la naiflànce , & dans les arts & dans les 
manières* 

Les oracles de notre langue ont dit que c'étoit 
lui diminutif du beau ^ mais où eil le rapport du 
terme primitif avec (on dérivé , comme de table 
à tablette f L'un & l'autre ne (bnt-ils pas au con- 
traire phyfî:iuement diftinds f Leurelpece , leurs 
îoix & leurs effets ne (ont-ils pas entièrement dif- . 
férens ? On me présente une tempête fbrtie des 
mains d'un peintre médiocre : à quel degré de di- 
minution ce (ujet pourroit - il defcendre au joli } 
Efl-il de fon elTence de pouvoir l'être ? Qu'on Ce 
rappelle le Cot , qui trouvoit la mer jolie ; ou le fat, 
qui traitpit *M, de Turenne de joli homme* 

Le joli a (on empire feparé de celui du beau ; l'un 
étonnne, éblouit , perfuade , entraîne ; l'autre fé- 
duit , amu(è & fe borne à plaire : ils n'ont qu'une 
règle commune , c'eft celle du vrai. Si le joli s'en 
écarte , il fe détruit , & devient maniéré , petit 
ou grotefque : nos arts , nos ufages & nos modes 
liir . tout , font aujourd'hui pleins de fa faiIiTe 
image. 




L^ 



aja Jo u rss-ANc 1^. 
JOUISSANCE. 

JOui R , c'efi connoître , éprouver, (entir fe 
avantages de pofïeder ; on poflede fbuvent fans. 
Jouir. A qui font ces magnifiques palais ? Qui eft- 
ce qui a planté ces jardins immenfês f C efl le 
fcuverain. Qui eft-ce qui en jouit ? Ceù moi. 

Mais laiflbns ces palais magnifiques que le fôur 
verain a conflruits pour d'autres que lui, ces jar* 
dins enchanteurs ou il ne Ce promené jamais ; & 
arrêtons-nous à la Volupté qui perpétue la chaîne 
des êtres vivans , & à laquelle on i confecré le mot- 
fie jouijfance. 

Entre les objets que la nature offre de toutes^ 
parts à nos defirs , vous qui avez une ame , dites- 
moi ; y en a-t-il un plus digne de notre pourfiiite , 
dont la pofTèrtîbn & la jouiflance puiilènt nous ren*- 
dre aufïî heureux , que celle de l'être , qui penfe 
& fent comme vous , qui a les mêmes idées, qui 
éprouve la même chaleur , les mêmes tranfportsj 
^ui porte Ces bras tendres & délicats vers les vô- 
tres ; qui vous enlace , & dont les careffès feront 
l^ivies de l'extftence d'un nouvel être , qui fera 
Éemblable à Tun de vous ; qui, dans (es premiers, 
mouvemens , vous cherchera pour vous ferrer; que? 
vous élèverez à vos côtés ; que vous aimerez en- 
ifemble ; qui vous protégera dans votre vieilleffe;: 
çii vous refpeftera en tout temps , & dont la naiP 
fenceheureu-fe a déjà fortifié le lien qui vous uniPr 
lait l 

Lés êtres brutes , infenfîbles , îmîirtobiles , privés; 
ie vie , qui nous environnent , peuvent fervir à 
aoû» bonheur j 4aaîs ç'efl uns 1er f^avoix- ^ &ûn& 



JOUISSANCE. 2^5 

le partager; & notre jouifTance flérile & deftruc- 
tive , qui les altère tous y n'en reproduit aucun. 

S'il y avoir quelqu'homme pervers , qui pùts'of- 
fenCer de l'éloge que je fais de la plus augufte & 
la plus générale des pafïîons , j'évoquerais devant 
lui la nature ;. je la ferois parler ; & elle lui diroit. 
Pourquoi rougis-tu d'entendre prononcer le nom 
d'une volupté , dont tu ne rougis pas d'éprouver 
l'attrait dans l'ombre de ia nuit ^ Ignores-tu quel 
eu fon but, & ce que tu lui dois f Crois- tu^u& 
ta mère eut expoft (a vie pour te la donner, fi je 
n*avois pas attaché un charme inexprimable aux 
cmbrafTemens de Con époux f Tais - toi , malheu- 
reux ; & fonge que c'eH le plaifir qui t'a tiré du 
néant* 

La propagation des êtres eu le plus grand objet 
de la nature. Elle y fôllicite impérieufêment les 
deux Cexes , auffi-tot qu'ils en ont reçu ce qu'elle 
leur deftinoit de force & de beauté, LJne inquié- 
tude vague & méLincolique les avertit du moment; 
leur état eil mclé de peine & de plaifîr. C'eil alors 
qu'ils écoutent leurs fèhs , & qu'ils portent une at- 
tention réfléchie Cir eux-mêmes. Un individu Ce 
préfênte-t-il A un individu de la même efpece , 8c 
d'un Cexe différent f Le. (êntiment de tout autre 
heCoin ei\ r.(pendu ; le cœurpalpite ; les membres 
trifâillent ; des images voluptueuses errent dans le 
cerveau ; des torrens d'efprits coulent dans les nerfs, 
les irritent , 8c vont Ce rendre au fîége d'un nou- 
veau fèns , qui Ce déclare & qui tourmente, La 
vue Ce trouble , le délire naît , la raifbn , efclave 
de l'inflind , Ce borne à le fèrvir ; & la nature eft 
Êtisfaite, 

C'ell ainfî que les cho(ès Ce paflerent à la naîf^ 
iànce du monde , & qu'elles fe pafTent encore ait 
fond de l'antre du (àuvage adulte. 

Miài$ lorf^ue jU femme commsA^^a ^ difcexner j^ 



^54 Jouissance. ^ 

lorsqu'elle parut mettre de Tattention dans fôn 
choix., & qu'entre plufieurs hommes , fur lelquefs , 
la paflîon promenoit Ces regards , il y en eut un 
qui les arrêta , qui put fe ftater d'être préféré ; 
qui crut porter dans un cœur qu'il eftimoit , l'ef- 
time qu'il faifbit de lui-même , & qui regarda le 
plaifîr comme la récompenfe de quelque mérite. 
Lorlque les voiles que la pudeur jetta {ur les char- 
mes , laifferent à l'imagination enflammée le pou- 
vofr d'en difpolèr à (on gré , les illuiions les plus 
délicates concoururent , avec le fens le plus ex- 
quis , pour exagérer le bonheur ; l'ame fiit (âifîe 
d'un enthoufîalme prefque divin ^ deux jeunes 
coeurs éperdus d'amour , fe vouèrent l'un à l'autre 
pour jamais ; & le Ciel entendit les premiers fer- 
mens indifcrets. 

Combien le jour n'eut-îl pas d'infians heureux j 
avant celui où l'ame toute entière chercha à s'é- 
lancer , & à fe perdre dans l'ame de l'objet aimé ! 
On eut des jouiffances , du moment où l'on eC' 
péra. 

Cependant la confiance , le temps , la nature & 
la liberté des careflès , amenprent l'oubli de foî- 
méme ; on jura , après avoir éprouvé la dernière 
ivrefle, qu'il n'y en avoît aucune autre qu'on pût 
lui comparer ; & cela Ce trouva vrai toutes les fois 
qu'on y apporta des organes (èniîbles & jeunes , 
un cœur tendre & une ame innocente , qui ne 
comiût ni h méfiance ^ nik remors» 



Journaliste. 255 



JOURNALISTE. 

LE journalifte eu. un auteur qui s'occupe à pu- 
blier des extraits & des jugemens des ouvra- 
ges de littérature , de (ciences & d arts , à mefure 
qu'ils paroifTent ; d'où l'on voit qu'un homme de 
cette .efpece ne feroit jamais rien , fi les autres Ce 
TepoC)ient, Il ne fèroit pourtant pas fans mérite , 
s'il avoit les talens néceffaires pour la tache qu'il 
s'eft impofée. Il auroit à cœur les progrés del'el^ 
prit humain ; il aimeroit la vérité , & rapporte roi t 
tout à ces deux objets. 

Un journal embraffe une fî grande variété de 
matières , qu'il eil impoffible qu'un feul homme 
fafle un médiocre journal. On n'ell point à la fois 
grand géomètre , grand orateur , grand poète , 
grand hiflorien , grand philofôphe : on n'a point 
l'érudition univer^Ue. 

Un journal doit être l'ouvrage d'une (oc iété de 
fçavans , (ans quoi on y remarquera en tout genre 
les bévues les plus groilieres. Le journal de Tré- 
voux, que je citerai ici , entre une infinité d'au- 
tres dont nous (bmmes inondés, n'eil pas exempt' 
de ce défaut ; & fi jamais j'en avois le temps & 
le courage , je pourrois publier un catalogue qui 
nefêroitpas court, des marques d'ignorance qu'on 
y rencontre en géométrie , en littérature , en chy- 
mîe , &c. Les iournalifles de Trévoux paroiflent 
fiir-tout n'avoir pas la moindre teinture de cette 
dernière (cience. 

Mais ce n'efl pas affez qu'un îournalifte ait des 
connoiflances , il faut encore qu'il foit équitable ; 
Û09. ÇQt^ qualité , il éleyera juC^u'aux nu.es des 



'H 



2S6 J ou RN ALISTE. 

produdions médiocres , & en rabaiflèra d*autrc* 
pour lesquelles il auroit dû réfèrver Ces éloges. Plu» 
la matière fera importante , plus il Ce montrera 
difficile ; & quelqu anfiour qu il ait pour la reli- 
gion , par exemjde , il (èntira qu'il n*eft pas per- 
mis à tout écrivain , de fe. charger de la caute de 
Dieu ; & il fera main - baflè fur tous ceux qui , 
avec des talens médiocres , ofent approcher de 
cette fonâion (àcrée , & mettre la maiir à l'arche 
pour la Soutenir. 

Qu'il ait im jugement (blide & profond de la 
logique , du goût , de la fagacité , une grande ha- 
bitude de la critique. 

Son art n'eu pas celui de faire rire, maisd'ana- 
lyfer & d'infiruire. Un Journalifle plailànt e& un 
plaiiant Joumalifte. 

Quilait de l'enjouement, fi la matière le com- 
porte ; mais qu'il laifïè là le ton {àtyrique, quidéV 
celé toujours la partialité. 

S'il examine un ouvrage médiocre , qu'il indi- 
que les queâions difficiles dont l'auteur auroit du 
s'occuper ; qu'il les approfondifïe lui-même ; qu'il 
jette des vues ; & que l'on dife qu'il a fait un boa 
extrait d'un mauvais livre. 

Que fbn intérêt fbit entièrement fëparé de celut 
du Libraire & de l'écrivain. 

Qu'il n'arrache goint à un auteur les morceaux: 
ûillans de fbn ouvrage, pour (e les approprier; & 
qu'il fe garde bien d'ajouter à cette înjufHce, celle 
d'exagérer les défauts des endroits fwbles qu'il aura 
l'attention de fous-ligner. 

Qu'il ne s'écarte point des égards qu'il doit aux 
talens fùoérieurs , & aux hommes de génie ; il n )( 
a qu'un (ot qui puifle être l'ennemi d'un Voltaire» 
d'un Montelxjuieu , d'un BufFon » & de quelques 
auteurs de la même trempe. 

(2ull r^achç remarquer leui^s ùmss ^ m4Ut qvL'i 



Journaliste. 157 

ne diifimule pbint les belles choies qui les rachè- 
tent. 

Qu'il Ce garantîflè fiir-tout de la fureur d'arra- 
cher à (on concitoyen & à fqn contenlJ)orain le 
mérite d'une invention , pour en transporter l'hon- 
neur à un homme d'une autre contrée , pu d'un 
autre fiecle. 

Qu'il ne prenne point la chicane de l'art pour 
le fond de l'art ; qu'il cite avec exaâitude ; & qu'il 
ne déguife & n'altère rien. 

S'il Ce livre quelquefois à l'enthoufiafine , qu'il 
choinflè bien fon moment. 

Qu'il rapelle les chofès aux principes , & non à 
(on goût particulier , aux circonftances pafîàgeres 
des temps , à l'efprit de (à nation ou de (on corps , 
aux préjugés courans. 

Qu'il foit iimple , pur , clair , facile , & qu'il 
évite toute affedation d'éloquence & d'érudition. 

Qu'il loue uns fadeur , & qu'il reprenne uns 
ofifenfe« 




2s8 LÉGISLATEtIR. 



LEGISLATEUR» 

LE légiflateur efi celui qui a le pouvoir de don- 
ner ou d'abroger les loix. En France , le roi , 
eft le légiflateur ; à Genève , c'eft le peuple 5 à 
Venife , a Gènes , c'efl la nobleflè ; en Angleterre, 
ce font' les deux chambres , & le roi. 

Tout légiflateur doit Ce propolèr la fëcurité de • 
l'Etat , & le bonheur des citoyens. 

L#es hommes , en (e réunifiant en fociété , cher- ' 
chent une fituation plus heureufè que l'état dena- | 
ture, qui aVoit deux avantages, l'égalité & la il- ■ 
berté ; & deux inconveniens , la crainte de la vio- | 
lence , & la privation des fècours , fbit dans les bé- j 
foins nécefTaires , fbit dans les dangers. Les hom- I 
mes , pour Ce mertre à Tabsi de ces inconveniens , | 
ont confènti donc à perdre un peu de leur éga- 
lité & liberté ; & le légiflateur a rempli fbn objet, \ 
lorfqu'en otant aux hommes le moins qu'il eft pof- \ 
fible d'égalité & de liberté , il leur procure le plus | 
qu'il efl poiTible , de fccurité & de bonheur. | 

Le légiflateur doit donner, maintenir ou chan- | 
ger des loix conflitutives ou civiles. ! 

Les loix conflitutives font celles qui confb'tuent I 
l'efpece du gouvernement. Le légiflateur , en don- 
nant ces loix , aura égard à l'étendue de pays que 
pofTede la nation , à la nature de fon fol , à la i 
puifTance des nations voifînes , à leur génie , & au ! 
génie de fa nation, ! 

Un petit Éty doit être républicain ; les citoyens 
y font trop éclairés fur leurs intérêts : ces intérêts 
Ibnt trop peu compliqués , pour qu'ils veuillent 
laiiTei décider un monarque qui ne (èrolt pas plus 



LÉGISLATEUR. 259 

éclairé qu'eux ; l'Etat entier pourroit prendre , dans 
un moment , ia même impreffion qui (êroit (bu- 
vent contraire aux volontés du roi ; le peuple , qui 
ne peut conftamment s'arrêter dans les bornes d'une 
jufle liberté , (èroit indépendant , au moment où il 
voudroit l'être : cet éternel mécontentement , at- 
taché à la condition d'homme qui obéit , ne s'y 
bomeroit pas aux murmures ; & il n'y auroit pas 
d'intervalle entre l'humeur & la réfolution, 
• Le légiflateur verra que , dans un pays fertile , 
& où la culture des terres occupe la plus grande 
partie des habitans , ils doivent être moins jaloux 
de leur liberté , parce qu'ils n'ont befbin que de 
tranquillité , & qu'ils n'ont ni la volonté ni le tems 
de s'occuper des détails de l'adminiflration. D'ail- 
leurs , comme dit le jpréfident de Montefquieu , 
quand la liberté n'eft pas le feul bien , on eil moins 
attentif à la défendre : par la même raifbn , des 
peuples qui habitent des rochers , des montagnes , 
iî5nt moins difpofes au gouvernement d'un ïeul ; 
leur liberté eft leur feul bien ; & de plus , s'ils 
veulent , par l'induftrie & le commerce , rempla- 
cer ce que leur refulê la nature , ils ontbe(bin d'une 
extrême liberté, 

L^ légiflateur donnera le gouvernement d'un 
ièul aux états d'une certaine étendue ; leurs dif- 
férentes parties ont trop de peine à Ce réunir tout- 
à-coup , pour y rendre les révolutions faciles : la 
promptitude des rélblutions & de l'exécution , qui 
eft le grand avantage du gouvernement monar- 
chique, fait paffer, quand il le faut , & dans un 
moment , d'une province à l'autre, les ordres, les 
châtimens , les fêcours. Les différentes parties d'un 
grand état font unies (bus le gouvernement d'un 
fèul ; & dans une grande république , il Ce forme- 
roit néceflairement des fadions qui pourroient la 
deçhûei; & la déffwke ; d^aillçurs ks grands états 



26o LÉGISLATEUR. 

ont beaucoup de yoilîns , donnent de Tombrage j 
font expofês à des guerres fréquentes ; & c*eil ici 
le triomphe du gouvernement monarchique ; ceU 
dans la guerre fur-tout qu'il a de l'avantage fiir le 
gouvernement répuolicain ; il a pour lui le fècret, 
l'union , la célérité , point d'oppoiition , point de 
lenteur. Les vidoires des Romains ne prouyent 
rien contre moi ; ils ont fbumis le monde ou bar- 
bare , ou divifé , ou amolli ; & lorfqu'ils ont eu 
des guerres qui mettoient la république en danger , 
ils fe Mtoient de créer un didateur , magiflrat plus 
ablblu que nos rois. La Hollande , conduite pen- 
dant la paix par (es magiftrats , a créé des Stadhou- 
ders dans (es guerres contre l'Éfpagne & contre la 
France. 

Le légiflateur^ fait accorder les loix civiles aux 
loix conftitutives ; elles ne feront pas fur beaucoup 
de cas les mêmes dans une monarchie , que dans 
une république , chez un peuple cultivateur , & 
chez un peuple commerçant ; elles changeront fe- 
lon les temps, les mœurs & les climats. Mais ces 
climats ont-ils autant d'influence Hir les hommes 
que quelques auteurs l'ont prétendu / & influent 
ils aulTî peu fur nous , que d'autres auteurs l'ont 
afiuré ? Cette queflion mérite l'attention du légif- 
lateur. 

Par-tout les hommes (ont (u(ceptîbles des mé* 
mes partions ; mais ils peuvent les recevoir par 
différentes cau(ès , & en différentes manières ; ils 
peuvent recevoir les premières impre(fions avec 
plus ou moins de (ènfîbilité ; & Ci les climats ne 
mettent que peu de différence dans le genre des 
paillons , ils peuvent en me ttre beaucoup dans les 
fènfàtions. 

Les peuples du Nord ne reçoivent pas , comme 
les peuples du midi , des impreffîons vives , &dont 
les efièts font prompts 6c rapides. La confiitudoo 



LÉGISLATEUR. 261 

robufle, la chaleur concentrée par le froîd , le peu 
de fùbâance des aifmens , font fêntir beaucoup* 
aux peuples du Nord le befoin J>ublic de la faim. 
Dans quelques pays froids & humides , les efprits 
animaux font engourdis •, & il faut aux hommes 
des mpuvemens violens pour leur faure fentir leur 
exiftence'. 

Les peuples du midi ont besoin d'une moindre 
qualité d'aîimens , & la nature leur en fournit en 
abondance ; la chaleur du climat , & la vivacité 
de l'imagination les épuifeUt , & leur rendent le 
travail pénible. 

Il fau'^ beaucoup de travail & d'induilrîe , pour 
& vêtir & (e loger, de manière à ne pas fouffrir 
de la rigueur du fpoid ; & pour Ce garantir de la 
chaleur, il ne faut que des arbres, un hamac. Se 
du repos* 

Les peuples du nord doivent être occupés du 
foin de Ce procurer le néceflàire , & ceux du midi 
fentir le belbin de ramufement. Le Samoiède 
chafïê , ouvre une caverne , coupe & transporte du 
bois , pour entretenir du feu & des boifTons chau- 
des ; il prépare des peaux pour Ce véiir ., tandis 
que le Sauvage d'Afrique va tout nud , Ce dêfaltere 
dans une fontaine , cueille du fruit , & dort ou dan(ê 
•fous l'om'jrage. 

• La vivacité des Cens 8c de Timagination dei 
peuples du midi , leur rend plus nécenaires qu'aux 
peuples du nord , les pJaifîrs phyfîqUes de l'amour; 
mais, dit le préfident de Montesquieu ,«les fem- 
mes , chex les peuples du midi , perdant la beauté 
dans l'âge où commence la raîfbn., ces peuples 
doivent faire moins entrer le moral dans l'amour, 
que les peuples du nord , où l'efprit & la raiibit 
accompagnent la beauté. Les CafFres , les peuples 
de la Guiahne & du Bréfîl font travailler leurs 



7.62 LÉGISLATEUR. 

femmes comme des bétes ; & les Germains les ho-^ 
'noroient comme des divinités. 

La vivacité de chaque impreffîon , & le peu de 
befïin de retenir & de combiner leurs idées , doi- 
vent ctre caufè , que les peuples méridionaux au- 
ront peu de fuite dans Tefprit , & beaucoup d'in- 
confcquence; ils (ont conduits par le moinent;iis 
oublient le temps , & facnfient la vie. à un iêul 
jbur. Le Caraïbe pleure le fbir de regret d'avoir 
vendu le matin Con lit, pour s*enivrer d'eau-de- 
vie. • 

On doit , dans le nord , pour pourvoir à des 
befoins qui demandent plus de combinailôns d'i- 
dées , de perfévcrance & d'induflrie , avoir dans 
refprit plus de fuite , plus de règle , de raifbnne- 
ment & de raifôn ; on doit avoir dans le midi , 
des enthoufiafines (ubits , des emportemens fou- 
gueux , des terreurs paniques , des craintes & des 
©Ipérances (ans fondement. 

Il faut chercher ces influences du climat chez 
^s peuples encore (âuvages , & dont les uns (oient 
fîtués vers Téquateur, & les autres vers le cercle 
polaire. Dans les climats tempérés , & parmi des 
ipeuples qui ne (ont diftans que de quelques de- 
grés , les influences du climat (ont moins (enfibles. 
Le légiflateur d'un peuple (âuvage doit avoir» 
beaucoup d'égard au climat , & redifier (es effets 
par la légiflation , tant par rapport aux (ubfiflan- 
ces , aux commodités , que par rapport aux moeurs. 
Il n'y a point de chmat, dit M. Hume, où le lé- 
giflatejur ne puilfe établir des moeurs fortes , pures, 
iubJimes , foibles & barbares. Dans nos pays , de- 
puis long-temps policés, le légiflateur , 4ns perdre 
le climat de vue , aura plus d égard aux préjugés , 
•aux opinions , aux moeurs établies ; & ^lon que 
ces mqpurs, ces opinions, ces préjugés répondent 
à Tes defîeins ou leur font oppofés , il doit k^ 



• . LÉ G ISI, ATEUR. • 2^3^ 

tombattue ou les fortifier par Ces loix. 11 faut chez 
les peuples d'Europe , chercher les caufês des pré- 
jugés , des ulages , des moeurs & de leurs con- 
trariétés , non - (èulement dans le gouvernement 
(bus lequel ils vivent , mais auffi dans la diver/îté 
des gouvernemens (bus lelquels ils ont vécu , & 
dont chacun a laiflé là trace. On trouve parmi 
nous des veftiges des anciens Celtes ; on y voit 
des ulàges qui nous viennent des Romains ; d'au- 
• très nous ont été apportés par les Germains , par 
lei Anglais , par les Arabes ,* &c« 

Pour que les hommes (entent , le moins qu'il eff 
lioffiblè , qu'ils ont perdu les deux avantage» de l'é- 
tat de nature , l'égalité, l'indépendance, le legiflateur, 
dans tous les climats, dans- toutes les circonftances ^ 
dans tous les gouvernemens , doit Ce propofèr de 
changer l'efprit de propreté en efprit de commu- 
nauté : les légidations (ont plus ou moins parfaites , 
félon qu'elles tendent plus ou moins à ce but; & 
c'e(làme(ure qu'elles y parviennent le plus, qu'el- 
les procurent le plus de fécurité & de bonheur pof- 
fibks, Che* un peuple où règne l'efprit de commu- 
nauté , l'ordre du prince ou du magiftrat ne paroît 
pas Tordre de la patrie: chaque homnie y devient, 
comme dit Metaftaze , compagno délie le^ge e non 
fequace : l'ami & non l'efclave des loix. L'amour 
de lar patrie.ed le (èul obiet de la pafïion qui réu- 
jitffe les rivaux ; il éteint les divifions ; chaque ci- 
toyen, ne voit dans un citoyen , qu'un membre utile 
À l'Etat -, tous marchent enfemble , & contens , 
vers le bien commun ; Tamour de la patrie donne. 
le plus roble de tous les courages : on Ce (àcrifie 
à ce qu'on aime. L'amour de la patrie étend les 
vues ; parce qu'il les porte vers mille obiets qui 
intéreitent les autres : il élevé famé au-delîus des 
petits intérêts; il l'épure; parce qu'il lui rend moins 
nécefiaire , ce qu'elle ne pourroit obtenir (ans 'm-j 



l54 LÉGISLATEUR. 

juitice ; il lui donne l'enthou/Ianne de la vertu ;uft 
état , animé de cet e(pàt , ne menace pas Tes voi- 
fins d'invafion ; & ils n'en ont rien à ctaindfe. Noite 
venons de voir qu'un état ne peut s'étendre , fans 
perdre de (à liberté ; & qu'àmefore qu'il recule Ces 
bornes, il faut qu'il cède une plus- grande autoiité 
à un plus petit nombre d'hommes , ou à un (èul, 
ju{qu*à ce qu'enfin , devenu un grand empire , les 
loix , la gloire , & le bonheur des peuples aillent 
fe perdre dans le delpotifîne. Un état où règne l'a- 
mour de la patrie , craint ce malheur, le plus graM 
de tous , refte en paix , & y laiflè les autres. Voyei 
les SuiTies , ce peuple citojen, refpedés de TEu- 
rope entière , entourés des nations plus puiflântes 
qu'eux : ils doivent leur tranquilité à l'efHme & à 
la confiance de leurs voifîns , qui connoiiîènt leur 
amour pour la paix , pour la liberté , ^ pour la 
patrie. Si le peuple où règne cet efprit de com- 
munauté , ne regrette point d'avoir fournis ùl vo- 
lonté à la volonté générale ; s'il ne (ènt point le 
poids de la loi , il fent encore moins celui des im- 
pots ; il paie peu ; il paie avec joie. Le peuple heu- 
reux Ce multiplie , & l'extrême population devient 
une caufe nouvelle de fécurité & de bonheur. 

Dans la légiflation , tout ed lié , tout dépend 
l'un de l'autre ; l'effet d'une bonne loi s'étend lut 
mille objets étrangers à cette loi î un -bieft procure 
un bien ; l'effet réagit fijr la caufè ; l'ordre général 
maintient toutes les parties ; & chacune influe C\a 
l'autre & fur l'ordre général. L'efprit de cémmu- 
■nauté , répandu dans le tout , fortifie , lic^ Sç vi- 
vifie le tout. 

Dans les démocraties , les citoyens , par les loix 
conftitutîves , étant plus libres & plus égaux que 
dans les autres gouvernemens ; dans les démocra- 
ties , où t'état , par la part que le peuple prend 
aux affaires , eÔ réellement la pofleffion de chaque 

particuÛei 



LÉGISLATEUR. 265 

Jparcîculîer , où la foijiclle de L atr.e augmente 
le patriotilme , on les hommes , d Jis une commu- 
nauté de pénis , deviennent néceli'd^res les uns aux 
autres , & où la vertu de chacun d eux le tortifie , 
& jouit de la vertu de tous ; dans les dcmocrat.es, 
dis-je , il faut moins d'art & moins de loin , |ue 
dans les états où la puifiance & Tadmin^ikation font 
entre les mains d un petit nomure ou d un (eul. 

Quand lelprit de communauté n eit pas ïe&t 
nécefîaire des loix conlUtutives , il doit Tetre des 
formes, de quel|Ues loix, & de radminiilration. 
Voyez en nous le germe de paifions ^jui nous op- 
pofènt à nos lèmûlaoles , tantôt comme rivaux , 
tantôt comme ennemis ; voyez en nous le germe 
des paffions qui nous uniffent à la fociété : c'eii au 
légiflateur à réprimer le^ unes , à exciter les au- 
> très ; c'efl en excitant ces paffions (bciales , qu*il 
difpolèra les citoyens à Tefprit de communauté. 

il peut , par des loix qui impofênt aux citoyens 
de Ce rendre des lêrvices mutuels , leur faire une. 
habitude de l'humanité ; il peut , par des loix , faire 
de cette \ertu un des reflorts principaux de Coït 
gouvernement. Je parle d'un pofïîble , ,& je le dis 
poilible , parce qu il a été réel fous l'autre hémis- 
phère. Les loix du Péçou tendoient à unir les ci- 
toyens par les chaînes de l'humanité ; & comme , 
dans les autres légiflations , elles défendent aux 
hommes de Ce faire du mal , au Pérou elles leur 
ordbnnoieat (ans cefle de Ce faire du bien ; ces loix 
en établiflànt ( autant ^u'il eft poflfîbJe hors de l'état 
de la nature ) la communauté des biens , aflfbiblif- 
ibient Tefprit de propriété , (burce de tous les vices. 
Les beaux4iours , les jours de ftte étoient au Pé- 
rou , les jours où on cultivoit les*champs de TEtat, 
le champ du vieillard , ou celui de l'orphelin : cha- 
que citoyen travailloit pour la màfle des citoyens ; 
il dépofbit le fruit de Ion travail dans les magaiîns 

Tome m. M 



266 LÉGISLATEUR. 

de rEtat;j& il recevoit pour récompenfè, lefruk 
du travail des autres. Ce peuple n avoit d ennemis 
que les hommes capables du mal.; il attaquoit des 
peuples voifins , pour leur ôter des ufàges barbares; 
les Incas vouloient attirer toutes les nations à leurs 
mœurs aimables. En combattant les antropophages 
mêmes , ils évitoient de les détruire ; & ils fem- 
bloient chercher moins la (bumif&on ,_que le bon- 
heur des vaincus. 

Le légiflateur peut établir un rapport de bienveil- 
lance de lui à Con peuple & de fbn peuple à lui ; & 
par-là étendre Fefprit de communauté. Le peuple ai- 
me le prince qui s'occupe de £bn bonheur ; le prince 
aime des hommes qui lui confient leur delHnée ; il 
aime les témoins deiès vertus , les organes de fa gloi- 
re. La bienveillance fait de Tétat une famille qui 
n'obéit qu'à l'autorité paternelle ; (ans la fuperditlon 4 
qui abfutifïbit (on (îécie , & rendoit (es peuples fé- 
roces , que n'auroit pas fait en France un prince 
comme Henri IV? Dans tous les temps, dans tou- 
tes les monarchies ^ les princes habiles ont fait 
ufage du reflTort de la bienveillance ;le plus grand 
éloge qu'on puifTe faire d'un roi , eft celui qu'un 
hiftorlen Daiiois fait de Canut le Bon : il vécut 
avec (es peuples , comme un père avec (es enfans. 
L'amitié , la bienfài(ance , la généro(îté , la re- 
connoiffance , feront néceflairement des vertus com- 
munes dans un gouvernement , dont la bienveil- 
lance eft un des principaux reffcms ; ces vertus 
ont compofé les mœurs Chint)i(ès ju(qu'au règne 
de Chi-T-fou. Quand les empereurs de cet empire, 
trop vade pour une monarchie réglée , ont com- 
mencé à y faire fentr la crainte ; qfcnd Ils ont 
moins fait dépendre leur autorité de l'amour des 
peuples , que de leurs (bldats Tartares , les mœurs 
Chinoifes ont cefTé d'être -pures ; mais elles font 
teflées douces. 



LÉGISLATEUR. 257 

On ne peut imaginer quelle force , quelle adi- 
vité^ quel enthouhalme , quel courage peut ré- 
pandre dans le peuple cet esprit de bienveillance , 
êc combien il intéreflè toute la nation à la com- 
munauté ! J'ai du plaifîr à dire qu'en France on 
en a vu des exemples plus d'une fois : la bienveil- 
lance eu le fèul remède aux abus inévitables dans 
ces gouvernemens qui , par leurs confHtutions , 
iaiflênt le moins de liberté aux citoyens , & le 
moins d'égalité entreux. Les loix confHtutives dC 
civiles inspireront moins la bienveillance , que la 
conduite du légiflateur , & les formes avec lef; 
quelles on annonce & on exécute (es volontés. 

Le légiflateur excitera le (èntiment de l'hon- 
neur , c'eil-à-dire le defîr de l'eflime de fbi-méme 
& des autres, le defîr d'être- honoré , d'avoir des 
honneurs, C'efl un reflbrt néceflàire dans tous les 
gouvernemens ; mais le légiflateur aura foin que ce 
intiment foit comme à Sparte & à Rome , uni à 
Tefprit de communauté , Se que le citoyen attaché 
à (on propre honneur & à (à propre gloifè , le fbit , 
fû d peut , davantage à l'honneur & à la gloire 
de Gl patrie. Il y avoit à Rome un temple de 1 hon- 
neur ; mais on ne pouvoit y entrer , qu'en paflânt 
par le temple de la vertu. Le (intiment de l'hon- 
neur , fëparé de l'amour de la patrie , peut ren- 
dre les citoyens capabks de grands efforts pour 
elle ;.maîs il ne les unit pas entr'eux ; au contraire 
il multiplie par eux les objets de jaloufîe : l'intérêt 
de l'Etat eu quelquefois (àcrîfié à Thonneur d'urt 
fèul citoyen ; & l'honneur les porte tous , plus à 
. fe diilinguer les uns des autres , qu'à concourir, 
(bus le joug des devoirs , au maintien de"^ loix , 
& au bien général. 

Le légiflateur doit-il faire ufage de la reh'gîon 4 
comme d'un reflTort principal dans la machine dw 



gouvernement } 



Mij 



7.69 LÉGISLATEUR. 

Si cette religion eft faufle , les lumières en lé 
répandant parmi les hommes , feront connoitre ïà 
fauiTeté , non pas à la dernière ciaflè du peuple, 
mais au premier ordre des cito}'ens , c eû-à-dire, 
;iux hommes deflinés à conduire les autres , & lui 
leur doivent l'exemple du patriotiCne & des ver- 
tus : or , fi la religion avoit été la (burce de leurs 
vertus , une fois déiabufés de cette religion , on 
les verroit changer leurs moeurs ; ils perdroient 
«n frein & un motif ; & ils fèroient détrompés. 

Si cette religion eft la vraie , il peut s'y méiet 
de nouveaux dogmes , de nouvelles opinions ; & 
cette nouvelle manière depenfêr peut être opposée 
au gouvernement. Or, fî le peuple eft accoutumé 
d'oDcir par la force de k reÛgion , plus que par 
celle des loix , il fuivra le torrent de Ces opinions ; 
& il renverfera la conflitution de l'Etat , ou il n'en 
fuivra plus Timpulfion, Quels ravages n ont pas fait | 
en Veftphalie les Anabatiftes f 

Le carême des Abiffins les affoibliftblt au point , 
de les rendre incapables de iôutenir les travaux /. 
de la guerre. Ne font-ce pas les Puritains qui ont^ 
conduit le malheureux Charlç I fur Téchafitaut l Les 
Juifs n'ofbient combattre le jour du Sabat. | 

Si le légiflateur fait de la religion un reffort prin- 
cipal de l'Etat , il donne néceflairement trop de 
crédit aux prêtres qui prendront bientôt, de l'am- j 
bition. Dans les pays où le légiflateur a y pour ainfî ' 
dire , amalgamé la religion avec le gouvernement, 
on a vu les prêtres devenus importans , favorilêi: 
le dépotilme pour augmenter leur propre autorité , 
& cette autorité une fois établie , menacer le defr 
potllrne , & lui di(puter la fervitude des peuples. 

Enfin la religion fèroît un reflbrt dont le légif- 
lateur ne pourroit iamais prévoir tous les effets , 
& dont rien ne peut i'afTurer qu'il fèroit toujours 
le maître ; cette raifbn fuiffit , pour qu'il rende les 



LÉGISLATEUR. 26p 

lôci: prmcîpales ^ Coït conlUtudves , (bit civiles , & 
leur exécution indépendantes du cuite & des do- 
gmes religieux ; mais il doit refpeéteV aimer la re* 
£gion , & la faire aimer & refpeâer. 

Le légifUteur ne doit jamais oublier la di(pofi- 
don de la nature humaine à la fuperftition ; il peut 
compter qu*il y en aura dans tous les tems & chez, 
tous les peuples : elle Ce mêlera même toujours à la 
véritable religion. Les connoifTinces , les progrès de" 
la rai (on (ont les meilleurs remèdes contré cette 
maladie de notre efpece j mais comme , jufqu à un 
certain point , elle e(l incurable ^ elle mérite beau- 
coup d*indulgence. 

La conduite des Chinois , à cet égard , me pa- 
roît excellente. Des philo(bphes (ont minières du 
prince ; & les provinces (ont couvertes de pajodes 
Se de dieux : on n u(e îamais de rigueur envers ceux 
qui les adorent ; mais lor(^u'un Dieu n'a pas exaucé 
les vœux des peuples , & qu'ils en (ont méconteifs , 
au point de Ce permettre quelque doute (ur (à di- 
vinité , 1-s Mandarins (ài(îlïènt ce moment pour 
abolir une (uperftition \ ils bri(ènt le Dieu & ren- 
verCent le» temple» * 

L'éducation des enfans (êra pour le légiflateur ,• 
un moyen efficace pour attacher les peuples à la 
patrie , pour leur in(pirer Tefprit de communauté , 
l'humanité , la bienveillance , les vertus publiques y 
les vertus privées , l'amour de Thonnéte , les pa(^ 
lions mîtes à l'Etat , enfin paur leur donner , pour 
leur con(irver la Cotte de earadere , de génie qui 
conviera la nation. Pkr-tbut où le légiflateur a 
euToîn que l'éducation fut propre à in(pirerà (on 
peuple le caradere qu'il devoit avoir , ce carade- 
re à eu de l'énergie , & a duré long-temps. ï)ans 
re(pace de 500 ans , il ne s eu pre(que pas fait 
de changement dans les moeurs étonnantes de La- 
fédéiQofle» Che£ les anciens Peclês ,1'éducatioii| 

Miii 



270 LÉGISLATEUR. 

leurfaifolt aimer la monarchie Scieurs loîx; c*eft 
fur - tout' à l'éducation que les Chinois doivent 
l'immutabilité de leurs mœurs ; les Romains fu- 
rent long- temps à n'apprendre à leurs enfans , que 
l'agriculture , la fcience militaire , & les loix de 
leur pays ; ils ne leur in(picoient que l'amour de 
la frugalité , de la gloire & de la patrie ; ils ne 
donnoient à leurs jsnfans que leurs connoifTances 
'& leurs paillons. Il y a des vertus & des comioif 
lances qui doivent être communes à tous les or- 
dres , à toutes les clafïès ; il y à des vertus & des 
connoiflànces qui font plus propres à certains états; 
& le lé gifla teur doit faire veiller à ces détails im- 
portans. Cefl fur-tout aux princes & aux hommes 
qui doivent tenir un jour dans leurs mains la ba^ 
lance de nos defUnées , que l'éducation doit ap- 
prendre à gouverner une nation de la manière dont 
elle veut , & dont elle doit l'être. En Suède , le 
rdl n'efl pas le maître de l'éducation de fbn fils; 
il n'y a pas long-temps , qu'à ralTemblée des Etats 
de ce royaume , un fenateur dit au gouverneur de 
l'héritier de la couronne ; cônduifèi le prince dans 
la «abane de l'indigence laborieufè ; faites-lui voir 
de près les malheureux ; & apprenez-lui que ce 
n'efl pas pour fêrvir aux caprices d'une douzaine 
de Souverains , que les peuples de l'Europe font 
faits. 

Quand les loîx conflîtutîves & civiles , les for^ 
mes , l'éducation , ont contribué à afiurer la dé- 
fenfè , la fubfîflance de l'Etat , la tranquillité des 
citoyens & les mœurs ; quand le peuple efl atta- 
ché à la patrie & a pris la forte de caraâere la 
plus propre au gouvernement fous lequel il doit 
vivre , il s'établit une manière de penfêr , qui fè 
perpétue dans la nation ; tout ce qui tient à la 
conflitution & aux mœurs , paroît fâcré ; l'efprit 
du peuple*ne fè . permet pas d'esaminiEu^ l'utÛi^ 



r 



^ LÉGISLàTEUIU 271 

lacune loi ou d'un ulàge : oit n*y dKcute ni le plus 
' ni le moins de nécemté des devoirs y on ne f^ait 
que les relpeâec & les fuivre , & fi on raîfonne 
ùit leurs bornes , c^eù. moins pour les refTerrei 
que pour les étendre : c'eû alors que les citoyens 
ont des {>rincipes qui (ont les régies de leur con- 
duite ; & le legiflateur ajoute à l'autorité que lui 
domient les loix , celle de Topinion. Cette autori- 
té de l'opinion entre dans tous les gouvernemens , 
& les con(blide ; c'ed par elle que , presque par-^ 
tout le grand nombre' mal conduit ne murmure 
pas d'obéir au petit nombre : la force réelle efi 
dans les flijets ; mais l'opinion fait la force des 
maîtres ; cela efi vrai iufques dans les états àçC- 
potiques. Si les empereurs de Rome & les fultanç 
des Turcs ont régné par la crainte fiir le grand 
nombre de leurs fuiets , ils ayoient , pour s'en 
faire craindre , des Prétoriens & des Janiflàires , 
(ur lesquels ils regnoient par l'opinion : quelque- 
fois elle n'eft qu'une idée répandue , que la Ta- 
mille régnante a un droit réel au trône : quelque- 
fois elle tient à la religion , (ouvent à l'idée au'on 
s^eû faite de la grandeur de la puiflance qui op- 
prime ; la feule vraiment fblide , eft celle qui eH 
fondée fur le bonheur & l'approbation des cito- 
yens. 

Le pouvoir de l'opinion augmente encore par' 
l'habitude , s'il n'eft afFoibli par des fècouilês im- 
prévues y des dévolutions' fubites , & de grandes 
fautes. ^ 

Ceft par l'adminiftratîan , que le legiflateur con- 
fèrve la puiflance , le bonheur & le génie de (on 
peuple ; (ans une bonne adminiftration J les* meil- 
leures loix ne (auvent ni les états de leur décaden- 
ce , ni les peuples de la corruption. 

Comme il faut que les loix ôtent au citoyen le- 
fooinsde liberté qu'il efi goifible > & laiiTent le 

M iy- 



Î72 LÉGISLATEUR. 

plus ]u'il eft pofTuie de Tégalité entreux ; dznç 
les gjuvernemens où les hommes font le moins 
égaux , il faut que , par i'adminiftration , le lé- 
gifldteur leur fafle oublier ce qu'ils ont perdu des 
deux grands avantages de Tétat de nature ; il faut 
qu il con fuite fans ceiïe le defîr de la nation ; il 
faut qui! expofè aux yeux du public les détails de 
ladminillration ; il faut qu'il lui rende compte 
de (es grâces ; il doit même engager les peuples 
à s'occuper du gouvernement , à le difcuter , à en 
iûivre les opérations ; & c'efl un moyen de les at- 
tacher à la patrie. Il faut , dit un roi qui écrit, 
vit & règne en pliilofophe , que le iégiflateur per- 
fùade au peuple , que la loi feule peut tout , & 
5[ué la fantaiée ne peut rien^ 

Le légidateur difpofèra Con peuple à Thumani- 
tê , par la bonté & les égards avec lesquels il 
traitera tout ce qui efl homme , £bit citoyen , (bit 
étranger , en encourageant les inventions & les 
tiommes utiles à la nature humaine ; par la pitié 
dont il donnera des preuves aux malheureux ; par 
l'attention à éviter la guerre & les dépensés Cu- 
perflues ; enfin, par l'eftime qu'il accordera lui-mê- 
«ne aux hommes connus par leur bonté. 

La même conduite , qui contribue à répandre 
|>armi fbn peuple le (êntiment d'humanité , exci- 
te pour lui ce (êntiment de bienveillance , qui eft 
le lien de fori peuple à lui ; quelquefois il excite- 
« ce (êntiment par des' facrifices .éclatans de (on 
intérêt perf^nnel à l'intérêt de fa nation , en pré- 
férant , par exemple , pour les grâces , l'homme 
«itile à la patrie , à l'homme qui n'efl utile qu'à 
lui. Un rdi de la Chine ne trouvant point (on fils 
digne de lui fuccéder , fit pafTer (on (ceptre a (on 
aniniftre , & dit : Jaime mieux que mon fils foit 
mal ^, & que mon peuple (bit bien , que û moa 
^ étoit bien. , & ^ue mon. peupfc. fut mal,, A.i|> 



LÉGISLATEUR. 27y 
Chine , les édits des rois font les exhortations d'un 
père à Ces encans , il faut que les édits inilrui(ent , 
exhortent autant qu'ils commandent : c*étoit au- 
trefois Tulage de nos rois , & ils ont perdu à le. 
iiégliger. Le légiflateur ne ù^zuroit donner à icas 
les ordres de Tétat *, trop dé preuves de ïk bien- 
veillance : un Roi de Perfè admettoit les labou- 
reurs à fa table ; & il leur difoit : je fuis un d'en- 
tre vous ; vous avez befoin de moi ; )*ai belbin de 
TOUS ; vivons en frères.. 

C ell en diftribuant juftement , 8c à propos , ley 
konneurs , que le légiiîateur animera le Sentiment. 
de rhonneur , & qu'il le dirigera vers, le bien de 
Fétat : quand les honneurs feront une récompenfe 
de la vertu , l'honneur portera aux actions ver-7 
tueufès* 

Le légiflateur tient dans fes mains deux réhes ^ 
avec lefquelles il peut conduire à (on gré les paf- 
fions ; je. veux dire les peines & les recompenfès^. 
Les poines ne doivent être impofées qu'au nom- 
bre de la loi , par les. tribunaux ;. mais le légifla— 
teur doit (è re(erve» le pouvoir de diiîribuer li-r 
brement une panie des récomp«i(es. 

Dans un^ pays où la conftitution de l'état înté^ 
relié les citoyens au gouvernement , où Téduca-i^ 
Itton & l'adminiftration ont gravé dans, les hom- 
mes les principes- & les (entimehs patriotiques &: 
l'honneur , il fuffit d'infliger au coupable lès pei- 
nes les plus légères r c'eft aflez qu elles indiquent: 
que le citoyen puni a commis une faute ; les tre— 
gards de Ces concitoyens ajoutent à (on châtimenti. 
Le légiflateur eft le maître d'attacher les peines; 
^s plus graves aux. vices les plus dangereux pour- 
{a- nation ; il. peur faire: confîdérer. comme des: 
feines des avantages- réels- y. mais vers l*e(quels iH 
eft. utile? que:les;cieiîrs de la nation ne Ce portent 
jgjàs* jà it S?2«t: mêfm^ faire: confîderer aux: hommes;^ 



274 LÉGISLATEUR. 

comme des peines véritables , ce qui , dans d'alfa 
très pays , pourroit (êrvir de récompenfe, A Spar- 
te , après certaines fautes , il n'étoit plus permis 
à un citayen de prêter (a femme. Chez les Pé- 
ruviens , le citoyen auquel il auroit été défendu 
de tmvailler au champ du public , auroit été ua 
homme très-malheureux ; fous ces légiflations fii- 
blimes , un homme Ce trouvoit puni , quand on 
le ramenoit à (on intérêt perfbnnel & à leiprit 
de propriété. Les nations font avilies , quand les 
fùpplices , ou la privation des biens , deviennent 
des châtimens ordinaires : c'eft une preuve que le 
légiflateur eft obligé de punir ce que la nation ne 
puniroit plus. Dans les républiques , la loi doit 
ctre douce , parce qu'on n*en dilpenfè jamais. Dans^ 
les monarchies , elle doit être plus févère , parce 
que le légiflateur doit faire aimer fà clémence , 
en pardonnant malgré la loi. Cependant chez les 
Perfès , avant Cyrus , les loix étoient fort douces ; 
elles ne condamnoient à la mort ou à finfemie , 
que les citoyens qui avoient fait plus de mal que 
du bien. ♦ 

Dans les pays où les peines peuvent être légè- 
res , des récompenses médiocres fuffifènt à la ver- 
tu : eUe efl bien foible & bien rare , quand il faut' 
la payer. Les récompenses peuvent fervir à chan- 
ger rft(prk de propriété en eSprit de communau- 
té ; 1°. lorsqu'elles (ont accordées à des preuves 
de cette dernière -(brte d e(prit ; 2®. en accoum- 
maift les citoyens à regarder comme des récom* 
pen(es , les nouvelles occafîons qu'on leur donne- 
de (àcrifier l'intérêt per(bnnel à Fintétét de tous» 

Le légiflateur peut donner un prix infini à (i 
bienveillance , en ne l'accordant qu'aux hommes 
qui ont bien (èrvi l'Etat. 

Si les rangs ^ les prééminenees , les honneurs 
ont toujours le prix des (ècvices , Se s'ils impo?^ 



LÉGISLATEUR. 275 

ient te devoir. d'en rendre de nouveaux , Ils n ex- 
citeront point Tenvie de la multitude ; elle ne 
fentira point Thumanité de l'inégalité des rangs ; 
le légifkteur lui donnera d'autres confblations fur 
cette inégalité des richefles, qui eft un effet iné- 
vitable à la grandeur des états ; il faut qu'on ne 
puiflè parvenir à l'extrême opulence , que par une 
indullrie qui enrichifle l'Etat , & Jamais aux dé- 
pens du peuple ; il faut faire tomber les charges 
de la fbciéte fiir les hommes riches qui jouiflent 
des avantages de la (bciété. Les impots entre les 
mains d'un légiflateur qui adminiflre bien , (ont 
un moyen d'abolir certains abus , une indu fine fu- 
itefte ou des vices ; ils peuvent être un moyen 
d'encourager le genre d'induûrie le plus utile, 
d'exciter certains talens , certaines vertus. 

Le légiflateur ne regardera pas comme une cho- 
ft indifférente l'étiquette , les cérémonies ; il doit 
ftapper la vue , celui des (ens qui agit le plus 
fiir l'imagination. Les cérémonies doivent rèveiU 
fer dans le peuple le fèntimentde refpeft pour la 
puiffànce du légiflateur ; mais on doit auffi les: 
lier avec l'idée de la vertu ; elles doivent rappel- 
fer le (buvenir des belles adions .; la mémoire dés 
aagitlrats , des guerriers illuftres , des bons cito- 
yens. La plupart des cérémonies , des étiquettes 
de nos gouvernemens modérés de TEurope , ne. 
co n vien d roi en t qu'aux Despotes de rAfîe;& beau- 
coup (ont ridicules ; parce qu'elles n'ont plus avec 
les mœUrs & les u(àges , les rapports qu'elles 
«voient au temps de leurs inftitutions ; elles étoient . 
xcfnèdables ; elles font rire. 

L«î l'gidateur ne néglif^era pas les manières;: 
quand elles ne font plus rexpreffion des moeurs , 
elles en (ont le frein ; elleS' forcent les hommes à 
paroitre ce qu'ils devroient être; & fi elles ne rem- 
placent- qufimparfeitemciit- les: moeurs ^ elles ont 

M-vj 



«7^ LÉGISLATEtrït. 

pourtant fbuvent les mêmes efl^ts j c efl dis Ifet 
de la réfîdence du légiflateur ; c efl par Ces exen> 
pies , par celui des hommes refpeâés ,. que les mar 
nieres le répandent dans le peuple. 

Les jeux publics , les (peâacles ,.les aflèmbléeff 
&ront un des moyens dont le légiflateur le Servi- 
ra pour unir, entr'eux les citoyens : le prix de» 
Grecs , les confrairies.dei Suides- » les cotteries 
d*Angleterre , nos. fêtes , nos fpeâaclës répandent 
ïeiprit de fociété , qui contribue à l'eiprit de par 
jaiotinhe. Ces ailëmblées d'ailleurs accoutument 
ies hommes à fêntir le prix des regards & du ju- 
gement de. la multitude ; elles augmentent l'amour 
de la- gloire, & la crainte de la honte. Il ne (è Ré- 
pare de ces. afTemblées , que le vice timide , on 
la prétention (ans fliccès ; enfin , quand, elles n au? 
lôient: d*utillté , que de multiplier nos pJaifîrs , el- 
îesmérlteroient encore Tattention du légi/lateur. 

En. Ce rappedlant les objets & les principes de 
toute légination ,. il doit , en proportion de ce que 
les hommes oat perdu de leur liberté & de leuc 
égalité , les» dédommager par une jouiflànce traa- 
quille de leurs biens, & une proteÂion contre Tau* 
iwrijté qui les empêche de defîrer un gouverne- 
ment, moins, abfoîu ,.où l'avantage, de plus de U^ 
berté eu preQue. toujours troublé par l'inquiétuclft 
de la perdre. 

Si le L"giflateur ne refpede ni ne confiilte la, 
!)ço!onté générale ; s'il fait (èntir. fbn pouvoir plus, 
que celui de la loi ; s'il traite l!homme avec or- 
gueil y le. mérite avec indifférence , le malheureux, 
avec dureté ; s'il ûcrifie fès. fujets à (a famille „ 
Bes finances i (es .phantaifies , la paix à (à gloire ;i 
fi. (â faveur e/l accordée- A l'homme y qui (aitplai-v 
lepUis: qu'à l'homme- qui peut fervic;.iî les.hon-- 
Heurs; y ff lies places font obtenues, par llintrigue 5» 
$ fa impôts: & multigiwint ,^ àioxs* L'ei^tit: dft cq»:}; 



Législateur. 277 

înunauté difparoit ; rimpatience fâifît le citoyen , 
d'une république ; la langueur s'empare du citoyen 
de la monarchie; il cherche TEtat , & ne voit plus 
que la proie d'un maure ; l'adivité (e rallentit ; 
l'homme prudent reièe oi/îf v l'homme vertueux 
n'ell que duppe ;. le voile de l'opinion tombe ; les 
principes nationnaux ne paroil&nt plus que des 
préjugés , & ils ne font en eflfet que cela v on iê 
rapproche de la lot de la nature , parce (^ue la lé- 
giflation en bleflè les droits ; il n'y a plus de 
moeurs , la nation perd (on caradere ; le légifla- 
teur eu étonné d'être mal fêtvi ;. il augmente les 
cécompen(ês ; mais celles qui flatoient la vertu , 
ont perdu leur prix , qu'elles ne tenoient que de 
L'opinion ; aux pallions nobles qui animoient au* 
trefois les peuples ^ le légiflateur efïàie de fubûi- 
tuer la cupidité & la crainte ; & il augmente en- 
core dans la nation les. vices & ravilinemen t. Si ^ 
dans (à perveriîté , il confêrve ces formules , ces^ 
exprefïions de bienveillance avec lefiuelles leurs, 
prédéceflèurs annonçoient leurs volontés utiles ;. 
s'il confêrve le langagp d'an père avec la condui- . 
te d'un defpote , il joue le rôle d'un charlatan mé- 
prîfé d'abord , & bientôt imité ; il introduit dans. 
la nation la feuffeté & la parfidie ; & comme dit 
le Guarini , vifo di carita^ mente (Tini/idia, 

Quelquefois le léginateur voit la conftitution de- 
l'Etat Ce difToudre , & le génie des peuples s'é-* 
teindre, parce que. la Icgiflation n'avoit qu!un ob* 
jet , & que cet objçt venant a changer , les mœurs- 
d'abord , & bientôt les loix , n'ont pu refter les. 
menies; Lacédémone étoit inilltuée pour cotiierver- 
b liberté , au' milieu d'une foule de petits Etats^ 
plus petlts^ qu'elles , parce qu'ils n'avoient pas Tes; 
mœurs. ^ mais- il lui m^nquoit de pouvoir s'ag- 

Îrandir fân& Ce détruire. L'o|>jetc de la légiflatiom 
EL Ja. Chine ét4t la. traniuilUté des, citoyens 2^ 



aSo Léo isLATEURl 

fent pre(que à leurs fujets de métier à faire ^ que 
celui de (bldat ; d*autres entretiennent , même en? 
paix, des armées de mercenaires, qui ruinent let 
finances, & favorisent le de(poti(ine ; des magil^ 
trats & quei.]^ues liâeurs feroient obéir aux loix ; 
& il faut des armées immenfês pour faire fervic 
un maître. Ceil-là le principal objet de la plupart 
de nos légiflateurs ; & pour le remplir , ils Ce voienO 
obligés d employer les triôes mo)ens des dettes & 
des impots. 

Quelques légiflàteurs ont profité du progrès desi 
lumières qui , depuis cinquante années., le font 
répandires rapidement d* un bout de rEuropeàlau- 
tre ; elles ont éclairé fur les détails de Tadmini^ 
tration, fur les moyens de fevorKèr la population,, 
d'exciter rinduftrie , de confèrver les avantages 
de (a Situation, & de s en procurer de nouveaux» 
On peut croire que les lumières conservées par 
l'imprimerie ; ne peuvent s'éteindre , & peuvent en- 
core augmenter. Si quelque de£pote voulait replon- 
ger fa nation dans les ténèbres , il Ce trouvera des* 
nations libres , qui lui rendront le jour. 

Dans les fiécles éclairés , il efl impofïible de fon^ 
der une légillation fur des erreurs ; la charlatane- 
r.e même & la mauvaise foi des miniftres , font, 
d'abord apper^ues , & ne font qu'exciter l'indigna- 
tion, 11 eÔ également diificile dç répandre un h- 
natifme deftrudeur , tel que celui des dKciples 
d'Oiin & de Mahomet ; on ne feroit recevoir au- 
jourd'hui chei aucun peuple d-^ l'Europe , des 
pr -jugés contraires au droit des gens -y& aux loix:. 
de la nature. 

Tous les peuples om auiouri' huî les idéesaflêr 
fuftes de leurs voi/îns ; & pw con(^ juenf ils ont 
moins ^ue dans le temps, d'ignorance , l'enthou— 
fiaimedéla patrie;- il: n y a gxjton i'enthoufia(nie,, 
^onlili y:a bâ3m{29ugderluixiieres..^iii.efl:EX£:r^ue 



LÉGISLATEUR. iJï 

«oui ours le mauvement d*une ame plus pafEonnée 
qu inlîruite ; les peuples , en comparant dans tou- 
tes les nations les loixauKloix,les talens aux ta- 
iens , les mœurs aux moeurs , trouveront /î peu de 
raifbn de Ce préférer à d'autres , que s'ils con(èr- 
vent pour la patrie cet amour , qui eft le fruit de 
l'intérêt perfbnnel , ils n'auront plus du moins cet 
enthoufiaiîne , qui eu le fruit d'une ellime exclu- 
fîve. 

On ne pourroît aujourd'hui , par des fuppofî- 
tîons , par des imputations , par des artifices po- 
litiques y in(pirer des haines nationales , aulfi vi- 
ves quon en infpîroit autrefois ; les libelles que 
nos voifîns publient contre nous , ne font guère 
d'effet , que fur une foible & vile partie des habi- 
tans d'une capitale , qui renferme la dernière des 
populaces , & le premier des peyple's» 

La religion, de iour en jour plus éclairée , nous 
apprend qu'il ne faut point haïr ceux qui ne pen- 
l^t pas comme nous ; on fçait diftinguer aujour- 
d'hui l'elprit (iiblime de la religion , des fiiggef- 
tions de (es minières ; nous avons vu de nos jours ^ 
les puiflânces . Prpteftantes en guerre avec les pui(^ 
(ànces Catholiques , & aucune ne réuffir , dans le 
defftin d'infpirer aux peuples ce ^le brutal & fé- 
roce , qu'on avoit autrefois l'un contre l'autre ^ 
même pendant la paix , chez les peuples de diffé- 
rentes Cèdes» 

Tous les hommes de tous les pays fe font de- 
venus 'nécelTaires pour l'échange des fruits de l'in- 
duftrie & des produdions de leur Col ; le com- 
merce efl pour les hommes un lien* nouveau ; cha- 
que nation a intérêt aujourd'hui qu'une autre na- 
tion confêrve fes richefTes , (on indufîrie , Ces ban- 
ques , fbn luxe & fog agriculture ; la ruine de 
Léipfîck , de Lisbonne & de Lima , a fait faire des 
)ianqueroutes Cur toutes \&s places de l'Europe ^^ 



iSx LÉGISLATEUR. 

a influé fut la fortune de pluiieurs millions de ci- 
toyens. 

Le commerce , comme les lumlerei , diminue 
la férocité ; mais aufH , conune les lumières , ôtent 
Tenthoufialme d'eftime , il ote peut-être l'enthou- 
iîafine de vertu ; il éteint peu -à -peu refprit de 
défîntéreflèment , qu'il remplace par celui de juf- 
tice ; il adoucit les moeurs que les lumières poli- 
cent ; mais , en tournant moins les efprits au beau 
qu'à l'utile , au grand qu'au fage, il altère peut- 
être la force , la générofité ,, 6c la noblede des 
mœurs. 

De l'efprît de commerce , & de la connoiflànce 
que les honunes ont aujourd'hui des vrais intérêts 
4e chaque nation , il s'enfuit que les légiflateurs 
doivent être moins occupés de défenfes & de con- 
quêtes » qulls ne l'ont^été autefbis ; il s'enfuit , 
qu'ils doivent favorifèr la culture des- terres & des 
arts , la consommation & le produit de leurs pro- 
dudions ; mais ils doivent veiller en méme-tems , 
à ce que les mqeurs polies ne s'afFoibliflent point 
trop , & à maintenir l'eûime des vertus guerrier 
res. , 

Car il .y aura toujours des guerres en Europe; 
on peut s'en fier lA-defTus aux intérêts des minis- 
tres ; mais ces guerres., qui étoient de nation à 
nation , ne (èront (ouvent que de légiflateur àlé- 
giflateur. 

Ce qui doit encore embrafer l'Europe, c'eftla 
différence des gouvememens 4 cette belle partie d\i 
monde eft partagée en républiques & en monar- 
chies : refprit* de celles-ci eft aâif ; & , quoiqu'il 
ne (bit pas de leur intérêt de s'étendre , elles peu- 
vent entreprendre des conquêtes , dans les momens 
où elles (ont gouvernées [^r des hommes que l'in- 
térêt de leur nation ne conduit pas ; l'efprit des 
républiques eâ pacifique ; mais Tamour de. la Ur. 



Le'gislateur. 28^ 

berté , une crainte fuperflitieule de la perdre , por- 
teront fbuvent les Etats républicains à faire la 
guerre , pour abaiflèr ou pour réprimer les Etats 
monarchiques ; cette fîtuation de TEurope entre- 
tiendra rémulation des vertus fortes & guerrières ; 
cette diverfité de fentimens & de moeurs , qui miC- 
fol t de differens gouvernemens ,, s'oppo(èroiff au 
progrès de cette moleiïè , de cette douceur excef- 
f^ye de mœurs ; effet du commerce, du luxej|,& 
des longues paix. 



LETTRES.. 

CE mot défîgne en général les lumières que 
procurent 1 étude , & en particulier celle des 
belles-lettres ou de la littérature. Dans ce dernier 
fens , on diftîngue les gens de lettres , qui culti- 
vent feulement Térudition variée & pleine d'amé- 
ïîité , de ceux qui s'attachent aux (ciences ab(^ 
traites , & à celles d'une utilité plus (ènfible. Maïs 
on ne peut les acquérir à un degré éminent,(âns 
la connoifTance des lettres ; il en réfulte que les 
lettres & les fciences proprement dites , ont en- 
tr'elles l'enchaînement , les liaifbns , & les rap- 
ports les plus étroits. 

Chei les Grecs , l'étude des lettres embeliflbît 
celle des (ciences , & l'étude des (ciences dônnoit 
aux lettres un nouvel éclat. La Grèce a du tout 
(on luftre à cet aflemblage heureux ; c'ed par-là 
qu'elle joignît au mérite le plus (blide , la plus 
brillante réputation. Les lettres & les (ciences y 
marchèrent toujours d'un pas égal , & fe (èrvirent 
mutuellement d'appui. Quoique les Mufès préfî- 
cUflènt les unes à la poefie & à rHifioire , les aur 



a84 Lettre^. 

très à la dialedii^ue , à la géométrie & à Yzûra^ 
nomie, on les regardoit comme des (oeurs~in(epa- 
rables , qui ne formoient qu'un feul chœur. Ho- 
mère & Héfîode les invoquent toutes dans leurs 
poèmes ; & Pithagore leur fâcrifia , (ans les répa- 
rer , une hécatombe philolbphique, en reconnoi{^ 
ûnœ de la découverte quil fit de l'égalité du 
quarré de Typothénu^è dans le triangle redangle, 
avec les quarrés des deux autres cotés* 

Sous Augufte , les lettres fleurirent avec les 
(ciences , & marchèrent de front. Rome , déjà maî- 
trefTe d'Athènes par la force de Ces armes , vint à 
concourir avec elle pour un avantage plus flateur, 
celui d'u^ïe érudition agréable » & d'une £cience 
profonde. 

Dans le dernier fiécle , fî glorieux à la.France , 
à cet égard, l'intelligence des langues fçavantes^ 
& l'étude de la notre furent les premiers fruits de 
la culture de l'efprit , pendant que l'éloquence de 
la chaire , & celle du barreau brilloient avec tant 
d'éclat ; que la poëiîe étaloit tous Ces charmes ; que 
l'hifloire Ce fai(bit lire avec avidité dans Ces Sour- 
ces , & dans des tradudions élégantes ; que l'anti- 
quité (embloit nous dévoiler Ces tréfbrs ; qu'un exa- 
men judicieux poçtoit par-tout le flambeau de la 
critique : la philofophie réformoit les idées ; la phi- 
fique s'ouvroit de nouvelles routes , pleines de lu- 
jnieres ; les mathématiques s'élevoFent à la perfec- 
tion ; enfin les lettres & les fciences s'enrichiffoient 
mutuellement par l'intimité de leur commerce. 

Ces exemples des flécles brillans , prouvent que 
les (ciences ne fcauroient fubfifter dans un pays, 
que les lettres n'y fbient cultivées. Sans elles , une 
nation Cerolt hors d'état de goûter les (ciences , de 
de travailler à les acquérir. Aucun particulier ne. 
peut profiter des lumières des autres , & s'entre- 
tenir avec ks écrivains de tous les pays 6c de t«iu& 



Lettres. 285' 

les tcms ; s*il n eft (gavant dans les lettres par lui- 
même , ou du moins , û des gens de lettres ne 
lui (èrvent d'interprètes. Faute d un tel (ècours , le 
voile qui cache les fcienccts , devient impénétrable. 
IDifyns .encore que les principes des (tiences (e- 
roienttrop febutans ,' files lettres ne leur prétoient 
des charmes. Elles emjelliilènt tous las (kîets qu'elles 
touchent : les vérités , dans leurs mains , devien- 
nent plus (enfîbles par les tours ingénieux , par les 
images riantes , & par les fidions même , fous leC- 
. quelles elles les offrent à refprit.' Elles répandent 
des fleurs fur les matières 1^ plus • abflraites , & 
Içavent les rendre intéreflàntes. Perfbnne n'ignore 
avec quels fuccès les (âges de la Grèce & de Ro- 
me employèrent les ornemens de l'éloquence dans 
leurs écrits philofbphiques. 
' Les Scholaûiques , au lieu de marcher fur les 
traces de ces grands maîtres , n'ont conduit per- 
sonne à la Icience de la (àgeflè , ou à la connoit 
fance de la nature. Leurs ouvrages font un jargon 
également intelligible , & mépnfe de tout le monde. 
Mais (î les lettres fervent de clef aux (ciences ^ 
les fciences de leur côté concourent à la perfec- 
tion des lettres. Elles ne*feroient ]ue bégayer dans 
une nation où les connoifl'ances fii.>limes n'auroient 
aucun accès. Pour les rendre florifTantes , il faut 
que l'eiprit philosophique , & par confequent les 
(ciences qui le produi(ènt , Ce rencontre dans l'hom- 
me de lettres y ou du moins dans le corps de h 
nation, 

La grammaire , l'éloquence , la pocïîe , VhlC- 
toire , la critique , en un tnot , toutes les parties 
de la littérature y (èrofent extrêmement défedueu- 
fes y û les fciences ne les r.'formoient & ne les per- 
fedionnoient : elles (ont fur-tout nécefiaires aux ou- 
vrages didadiques , en matière de rhétorique , de 
poétique & (l'hifloire. Pour y réulUc , il faut être 



2^6 Lettres. 

philofophe , autant qu'homme de lettres. Aùflî , 
dans Tancicnne Grèce , Térudition polie & le pro- 
fond (çavoir faifoient le partage des génies du pre- 
mier ordre. Enpédojle , Epicharme, Parménide, 
Archelaîis » (ont célèbres parmi les poètes , comme 
parmi les philofôphes. Socrate cultivoit également 
la philofophie ^ l'éloquence & la poëfie. Xénophon 
Ton difciple , £^ut allier dans (à personne l'orateur , 
l'hiftorien & le fçavant , avec l'homme d'Etat , 
l'homme de guerre , & l'homme du monde. Au 
fèul nom de Platon , toute l'élévation des fciences 
& toute l'aménité dft lettres , Ce préfentent â l'ef- 
çrit. Ariflote , ce génie univerlèl , porta la lumiè- 
re , & dans tous les genres de littérature , & dans 
toutes les parties des (ciences. Pline , Lucien , 8c 
les autres écrivains font l'éloge d'Eratofthène , & 
en parlent comme d'im homme qui avoit réuni 
avec le plus de gloire , les lettres & les fciences. 

Lucrèce , parmi les Romains , employa les Mu- 
fès latines à chanter les matières philofbphiques. 
Varron , le plus fçavant de ion pays , pârtageoît 
ion loifir entre la philofophie , l'hiftoire , l'étude 
des antiquités , les recherches de la grammaire, 
Se les délalTemens de Isf poëfîe. Brutus étoît phi- 
lofophe , orateur , & pofledoit à fond la juri(^ 
prudence. Cicéron , qui porta ju(|^u*àu prodige l'u- 
nion de l'éloquence & de la philotophie , dédaroit 
lui-même que , s'il avoit un rang parmi les ora^ 
teurs de fbn iîécle , il en étoit plus redevable aux 
promenades de l'académie , qu'aux écoles des rhé- 
teurs. Tant il efl vrai que la multitude des talens 
eft néceffaire pour la perfedion de chaque talent 
particulier , & que les lettrdi & les fciences ne peu- 
vent {cufftir de divorce. 

Enfin , û l'homme attaché aux fciences , & ' 
Vlîomme de lettres , ont des liaifons intimes pat 
des intérêts commuas & des befbins. mutuels j ils 



Lettres. 287 

ïê conviennent encore par la reffemblance de leurs 
occupations , par la (upériorité des lumières , pat 
la nobleflè des vues , & par leur genre de vie., 
honnête , tranquille & retiré. 

J'ofe donc dire , uns préjugé , en faveur des 
lettres & des (ciences , 'que ce font elles qui font 
âeurir une nation , & qui répandent dans le coeur 
des hommes les règles de la droite raifon , 8c les 
lêmences de douceur , de vertu & d'humanité , fi 
néceflaires au bonhour de la ïbciété. 

Je conclus avec Raoul De Prefles , dans fon 
vieux langage du XIV fîécle , que « Ociofîté , (ans 
» lettres & (ans Icience , eft (epulture d*homme 
» vif >3 Cependant le goût des lettres, je (uis bien 
éloigné de dire la pafhon des lettres , tombe tous 
les ^ours davantag#dans ce pays ; & c'efi un mal- 
heur dont nous tacherons de dévoiler les çaufès au 
mot littératurem 




aS8 Lettres de cachet. 
LETTRES DE CACHET. 

C*EsT ce qrfon appellôît autrefois lettres clofes 
ou claufes. Lettf es du petit cachet ou du petit 
iîgnet du Toi^ font des lettres émanées du (buve- 
Tain , fîgnées de lui ^ & contre-iîgnées d'un fe- 
crétaire d'état , écrites (ur iîmple papier , & plîées 
de manière qu'on ne peut les lire , fans rompre Je 
cachet dont elles font fermées ; à la différence des 
•lettres appellées lettres patentes , qui font toutes 
ouvertes , n'ayant qu'un feul repli au-deflbus de 
rétriture , qui n'empêchent point de lire ce qu'el- 
les contiennent. ^ ' 

On n'appelle pas lettres de cachet , toutes les 
lettres miffives que le prince écrit , félon les occa- 
fions , mais (êulement celles qui contiennent quel- 
que ordre , commandement , ou avis de la part du 
prince. 

La lettre commence par le nom de celui ou ceux 
auxquels elle s'adreffe , par exemple : Monfîeur *** 
( en fuite font le nom & les qualités , ) je vous fais 
cette lettre , pour vou«î dire que ma volonté eft 
que vous faffiez telle chofe dans tel tems , G. n'y 
faites faute. Sur ce , ie prie Dieu qu'il vous ait en 
là (àinte & digne garde. 

La Tufcription de la lettre à efi celui ou ceux, 
à qui ou auxquels la lettre efl adreffée. 

Ces (ôrtes^de lettres font portées à leur deflîna- 
don par quelqu'officier de police, ou même pat 
quelque perfbnne qualifiée, (elon les perfbnnes aux- 
quelles la lettre s'adrefîè. 

Celui qui efl chargé de remettre la lettre , fait 
une efpece de procès verbal de l'exécution de (â 

commiâion 



Lettres de cachet. 289 

Commiffion , en tête duquel la lettre eft tran(crite ; 
& au bas , il fait donner à celui qui Ta re^ue ^ 
une reconnoiifance comme elle lui a été remi(e ; 
ou s'il ne trouve perlônne , il fait mention des per-j 
quifîtions qu'il a faites. 

L'objet des lettres de cachet eill fbuvent d'en-^ 
voyer quelqu'un en exil , ou pour le faire enlevée 
& conâituer prisonnier , ou pour enjoindre à cer-* 
tains corps politiques de s'afiembler , & de faire' 
quelque chefè , ou ^ au contraire , pour leur en-^ 
joindre de délibérer fur certaines matières. Ces 
fortes de lettres ont auffi fouvent pour objet Tor-^ 
dre qui doit être gardé dans certaines cérémonies ,' 
comme pour le Te Deum , proceifions folemnel-j 
les, &c. 

Le plus/mcîen exemple que l'on trouve des let^ 
très de cachet , en tant qu'on les emploie pout 
exiler quelqu'un , eft l'ordre qui fut donné pat 
Thierry ou par Brunehaut contre (àint Colomban , 
pour le faire fbrtir de fbn monaftere de Luxeuil , 
& l'exiler dans un autre lieu y pour y demeuret 
jufqu'à nouvel ordre; quoadufque regalis fententin 
quod voluijfet decerneret. Le (âint y fut conduit 
de force , ne voulant fzs y déférer autrement ; mais 
auifi-tôt que les gardes furent retirés , il revint à. 
fon monaÔere j fur quoi il y eut de nouveaux or-j 
dres adrefTés au comte , juge de ce lieu. 

Nos rois (ont , depuis fort long-tems , daas Tu^ 
fege de Ce (ervir des différens fceaux ou cachets-, 
'ilon les lettres qu'ils veulent (celler. 

On tient communément que Louis le Jeune fut • 
le premier qui , outre le grand fceau royal , dont 
on (celloit dès-lors toutes les lettres patentes » eut 
un autre (cel plus petit, appelle fcel du fetret^ 
dont il (celloit certaines lettres particulières qui 
n'étoîent point publiques , comme les lettres pa- 
tentes. Les lettres fçeUées de ce fçel lêcret , ctoiei^ 

Tome nu M 



ai?o Lettres de cachet. 

appellées lettres clofrs ou enclofes duditfcel : îl eft 
parlé de ces lettres clofes dans les lettres de Char- 
les V , alors lieutenant du roi Jean Ton père , du 
lo Avril I357« Ce fcel (êcret étoit porté par le 
grand chambellan ; & Ton s'en (èrvoit en Tablênce 
du grand fceau , pour (celler les lettres patentes. 

Il y eut même un tems , où Ton ne devoit ap- 
po(er le grand fceau à aucunes lettres patentes , 
qu'elles n'eufTent été envoyées au chan cellier, étant 
cloles de ce (cel fecret , conune il eâ dit dans une 
Ordonnance de Philippe V , du i6 Novembre 
iJiS. Ce fcel (ecret sappo(bit auffi au revers du 
grand fcel , d'où il fut appelle contre-fcel ; & de-là 
efl venu l'ulàge des contre-(ceaux , que Ton appofê 
préfentement à la gauche du grand (cel ; mais Char- 
les V , dont on a oeja parlé , étant régent du royau- 
me » fit, le 14 Mai 1358, une ordonnance , por- 
tant , entre autres chofês , que plu/îeurs lettres pa- 
tentes avoient été , au tems paffé , fcellées du (cel 
fecret , (ans qu elles eulTent été vues ni examinées 
«n la chancellerie ; il ordonna en confequence, 
que dorénavant nulles lettres patentes ne (èroienc 
é:ellées pour quelconque cauiè de ce fcel (ecret , 
mais (êulement les lettres cLo(es. Ce même prince , 
étant encore régent du royaume , fit une autre or- 
donnance le 27 Janvier 1359, portant que Ton ne 
(celleroit nulles lettres ou cédules ouvertes du (bel 
fecret , à moins que ce ne fuiTent des lettres très- 
hâtives , touchant Moniîeur ou nous , & en l'ab- 
fence du grand (cel & du (cel du châtelet , & nu-ii 
autrement , ni- en autre cas ; & que , (î quelques- 
unes étoient (cellées autrement, Ton n'y obéiroit 
pas. 

Le roi Tean donna , le 3 Novembre 1361 , des 
lettres ou mandemens , pour faire exécuter les or- 
donnances qui avoient fixé le prix des monnoies. 
Cc$ lettres fçellées du grand fcel du roi | fureat 



Lettres de cachet. 291 

envoyées à tous :es Baillifs & fénéchaux , dans una 
boète fcellée du contre-fcei du Cfaâtelet de Paris > 
avec des lettres clolês , du 6 du même mois , fcel-* 
lé es du fcei (ècret du roi , par lesquelles il leuc 
étoit ordonné de n'ouvrir la boëte , que le 1 5 No- 
vembre , & de ne publier que ce jour-là , les let- 
tres qu'ils y trouveroient, La forme de ces lettres 
clofès eXl telle : 

» De par le roi — — • bailli de. — — Nous vous 
» envoyons certaines lettres ouvertes , fcellées de 
» notre grand (cel, enclofès en une boète fcellée 
» du contre-(cel de la Prévôté de Paris : Si vous 
» mandons que le contenu d'icelles vous faffiez 
» tenir & garder plus diligemment que vous n*aves 
» fait au tems paffé , & bien vous gardez que icelle 
» boëte ne (bit ouverte , & que lefdites lettres vous 
» ne véez jufqu'au quinzième jour de ce préfènt 
» mois de Novembre , auquel jour , nous voulons 
» que le contenu d'icelles vous faflîez crier* & pu- 
» blier par tout. votre bailliage & reffort d'icelui , 
» & non avant. Si gardez û cher , comme vous 
» doutez encourre en notre indignation , que de 
» ce faire n*ait aucun défaut. Donné à Paris le 6 
» Novembre 1361. Ainiî figné Collors. » 

Il y avoit pourtant dès-lors , outre le (cel fe-i 
CTet , un autre cachet ou petit cachet du roi , qui 
eft celui dont ces fortes de lettres font pré(ènte- 
ment fermées ij c^efl pourquoi on les a appellées 
lettres de cachet ou de petit- cachet. Ce cachet du 
roi étoit autrefoÎTS appelle le petit fgnet : le roi le 
' poTtoit'furfoi, à la différence du fcel (êcret , qui 
étoit porté par un des chambellans. Le roi appli- 
qnoit quelquefois ce petit fîgnet aux lettres paten- 
tes , pour faire connoître qu'elles étoient fcellées 
de ÙL volonté. Ceft ce que l'on volt dans des let- 
tres de Philippe VI , du 16 Juin i34h , adreffées 
^ la chambre des Comptes, à la jBn defquelles il 

Ni] 



iç% Lettres de cachet. 

eu dit : » Et voulons être tenu & gardé— »- (ans 
D rien faire au contraire pour quelconques prières 
V que ce foit , ne pat lettres , fe notre petit fignet 
D que nous portons , n'y écoit plaqué & apparent* i> 

On trouve dans les ordonnances de la troifîeme 
nce deux lettres clo(ès ou de cachet , du 19 Juil- 
kt 1366; Tune adrefTée au parlement , l'autre aux 
avocat & procureur général du roi , pour lexécu- 
rion de lettres patentés du mcme mois. Ces lettres 
de cachet , qui font vifées dan^ d autres lettres pa- 
tentes du même mois , font dites Hgnées de la pro- 
pre main du roi , Jub fîgneto annuli nojiri ficretom 
Ainfi le petit fîgnet ou cachet , ou petit cachet du 
roi , étoit alors Tanneau qu'il portoit à Ion doigu 

L'Ordonnance de Charles V , dy dernier Fé- 
vrier 1378 , porte que » le roi aura un fîgnet 
» pour mettre es lettres , iâns lequel nul dénier da 
domaine ne fera payé. » 

Il efl auffi ordonné que les affignatlons d'arré* 
rages , dons , transports , aliénatlops , changemens 
de terre , ventes & compositions de ventes à ttms^ 
à vie , à héritage , ou à volonté , feront fîgnés de 
ce fignet , & autrement n'auront point d'eftet. 

Que les gages des gens des comptes feront re- 
nouvelles par ch:cun an , par nriandemens & let- 
tres du roi , fîgnés de ce fignet ; & aiAfi feront 
payés , & non autrement. 

Les lettres que le. Roi adrefTe à fês cours , con-^ 
cernant l'adminiflration de la juilice , font tou- 
jours des lettt-es patentes , & non des lettres 
clofès ou de cachet , parce que ce qui a rapport à 
ta juflice , doit être public & connu de tous , & 
doit porter la marque la plus authentique & la 
plus folemnelle de Tautorité du Roi. 

Du Tillet , en (on recueil des ordonnances des 
Rois de France , parle d'une ordonnance de Phi- 
Uppe le Long , alors régent du Royaume , £ùte 



Lettres ce cachet. 293- 

3 s. Germain en Laie , zvt mois de Juin 1316. 
Cette ordonnance ne Ce trouve pourtant pas dans 
le recueil de celles de la troifieme race ; après - 
avoir rapporté ce qui eft dit par cette ordonnance 
fur Tordre que Ton devoit obfervcr pour Texpédi- 
tion , fignature , & fceau dés lettres de juflice , il 
dit que de cette ordonnance e& tirée la maxime 
reçue : » qu'en fait de juôice , on n*a regard à let- 
» très mluives , & que le grand (èl du Roi y eâ: 
» néceflâire , non (ans grande railbn ; car les Chan- 
w celiers de France & maîtres des Requêtes , (bnr 
» inftitués à la Hiite du Roi , pour avoir le pre- 
>j mier œil à là juftice , de laquelle le Roi efl dé- 

V biteur; & l'autre oeil efl aux officiers ordonnés 
H par les provinces , pour Tadminifiration de la- 
M dite juftice mémement (buveraine ; & faut , 

V pour en acquitter la confcience du Roi & des 
» officiers de ladite juflice , tant près la perfonne 
i> dudit roi , que par Ces provinces , qu'Ùs y ap- 
» portent tous une volonté confftme à l'ûitégri- 
» té de ladite juflice , uns contention d'autorité , 
» ne paffion particulière , qui engendrent injuHi*- 
» ce , provoquent & attirent Tire de Dieu fut 
ij TuniverleL Ladite ordonnance , ajoute du-Til- 
» let , étoit (àinte ; & par icdle , les rois ont 
» montré la crainte qu'ils avoient , qu^aucune in- 
» juflice fe fit en leur Royaume , y mettant l'or- 
» dre fulciit , pour fe garder de (urprifè en cet- 
» endroit , qui efl leur principale charge. » 

Il y a même plufîeurs ordonnances , qui ont 
cxpreflèment défendu à tous juges , d'avoir aucun 
égard aux lettres clofes ou de cachet , qui feoient 
accordées fur le fait de la juflice, 

La première eft l'ordonnance d'Orléans , art. 3. 

La féconde efl l'ordonnance de blois,art. 281. 

La troifîeme efl l'ordonnance de Moulins , qui 

* efl encore plus générale & plus précife fiir ce (k^ 

N iij 



^94 Lettres de cachet. 

jet ; fur quoi on peut voir dans Néron , les ffr^ 
marques tirées de M* Pardoux du Prat ; f^avoir , 
que pour le fait de la juflice , les lettres doivent 
absolument être patentes , & que Ton ne doit avoiï 
en cela aucun égard aux lettres cloles. 

On trouve néanmoins quelques lettres de ca- 
chet , regiftrées au Parlement ; mais il s'agiflbit de 
lettres , qui ne contenoient que des ordres parti- 
culiers , & non de nouveaux réglemens. On peut 
mettre dans cette clafîe , eelle d'Henri II , du 3 
Décembre 1551 r qui fut régiflrée au Parlement le 
lendemain , & dont il eft fait mention dans le Trair 
tè^ de police. Le roi dit dans cette lettre , qu'ayant 
fait examiner en (on con(eil les ordonnances fur 
le fait de la police , il n avoit rien trouvé à y ajou- 
ter ; il mande au Parlement d*y tenir la main , &c. 

La déclaration du Roi du 14 Février i&j^ , por- 
te que les Ordonnances , Edits , Déclarations , & 
Lettres patentes , concernant les affaires publiques , 
ibit de juftice f u de finances , émanées de la feule 
autorité & propre mouvement du Roi , (ans partie 
qui feront envoyées à fbn Procureur-Général ,avec 
ùs lettres de cachet , portant Ces ordres pour l'en- 
régiftrement , feront préfentées par le Procureur- 
Général en Taflèmblée des Chambres , avec lefdî- 
tes lettes de cachet. 

Lorfqu'un homme efl détenu prîlbnnier , en'verr 
tu d'une lettre de cachet , on ne reçoit point les 
recommandations que fès créanciers voudroient fai* 
Je ; & il ne peut être retenu en prifon , en vertu 
de telles recommandations^ 



] 



X.IBERTÉ DE PENSER. iç^ 

» ■ ■ ■ ■ I ^ 

LIBERTÉ DE PENSER. 

CE S termes , liherté de penfer , ont deux Cens; 
Tun général , Tautre borné. Dans le premier 
ils fignifient cette gcnéreufè force d'elprit , qui lie 
notre perfîiafîon uni jucment à la vérité. Dans le 
fecond , ils expriment le fêul effet qu'on peut at- 
tendre , félon les efprits forts , d'un examen libre 
& exad , je veux dire Tinconvidion. Autant que 
Fun eu louable , & mérite d'être applaudi , autant 
r^iutre eft blâmable , & mérite d'être combattu. La 
véritable liberté de penfer tient l'efprit en garde 
contre les préjugés & la précipitation guidée par 
cette (âge Minerve ; elle ne donne _aux dogmes 
qu'on lui propo(è , qu'un degré d'adhéfion propor-( 
donné à leur degré de ci^i^ude. Elle croit ferme- 
ment ceux qui font évidens ; elle range ceux qui 
ne le font pas parmi les probabilités ; il en ef{ 
fur lesquels •elle tient (a CVoyance en équilibre } 
mais fî le merveilleux s'y joint , elle en devient 
moins crédule ; elle commence à douter & fe 
tnéfie dés charmes de l'illufion. En un mot , elle 
ne fe rend au merveilleux , qu'après s'être bien 
prémunie contre le penchant trop rapide » qut 
nous y entraîne. Elle ramaflê (urtout toutes fê» 
forces contre les préjugés que l'éducation de no- 
tre enfance nous fait prendre fur la religion , par- 
ce que ce font eux dont nous nous défaisons le 
plus difficilement ; il en refte toujours quelque 
trace , (buvent même après nous en être éloignés; 
lafTés d'être livrés à nous-même , un afcendamr 
plus fort que nous , nous tourmente , & nous y 
fait revenir^. Nous changeons de mode , de lan^ , 
gage ; U è& lûiUechofes fur lefquelles infe/ifiWej 

N Vf 



ip6 Liberté de penser; 

ment nous nous accoutumons à penfer autrement 
que dans Tenfance ; notre raKbn fê porte volon- 
tiers à prendre ces nouvelles formes y mais les idées 
qu elle s*eil faites fur la religion , font d'une ef- 
pece refpedable pour elle ; rarement oie-t-elle les 
examiner ; & rimpteffion que ces préjugés ont faî- 
te Tur l'homme encore enfant , ne périt commu- 
nément qu*avcc lui. On ne doit pas s*en étonner , 
l'importance^ de la matière , jointe à l'exemple de 
nos parens , que nous voyons en être réellement 
perluadés , font des raifbns plus que fufEIântes , 
pour les graver dans notre coeur , de manière qu'il 
{bit diiHcile de les en effacer. Les premiers traits 
que leurs mains impriment dans nos âmes , en 
ïaiflent toujours des imprefGons profondes & du- 
rables ;. telle efl notre (uperflition y que nous cro- 
yons honorer Dieu par les entraves où nous met- 
tons notre raifôn ; nous craignons de nous demaf^ 
quer à nous-mêmes , & de nous flirprendre dans 
1 erreur , comme fî la vérité avoit à redouta de 
paroître au grand joun 

Je fuis bien éloigité dett conclute qu'il faille 

{>our cela décider , au tribunal de la fiere raîfon y 
es quefllons qui ne font que du refTort de la foi. 
Dieu n'a point abandonne à nos difcufllons des 
myilères qui , fbumis à la fpeculation , paroitroient 
des abfîirdités. Dans l'ordre de la révâation , il a 
pofé des barrières in furmon tables à tous nos ef- 
forts ; il a marqué un point où l'évidence cefTe de . 
luire pour nous ; & Ce point efl le terme de la 
raifôn ; mais là où elle iinit , ici commence la 
foi , qui a droit d'exiger de l'efprit un parfait af^ 
ièntiment fîir des chafès qu'il ne comprend pas; 
mais cette foumiffion de l'aveugle raifôn à la foi, 
n'ébranle pas pour cela fês fondemens , & ne ren- 
ver(e pas les limites de la connoifTance. Eh quoi ! 
fi elle n'avoit pas lieu en jnatiere de religion ^ 



Liberté de penser. 2^7 

fcette raîfôn que quelques-uns décrient fi fort , nous 
Vaurions aucun droit de tourner en ridicule les 
opi nions avec les cérémonies extravagantes qu on 
remarque dans toutes les religions , excepté la vé- 
ritable. Qui ne croit que çell-là ouvrir un vafte 
champ au fanatifme le plus outré , & aux fuperf^ 
titions les plus Hifènfées ? Avec de pareils princi- 
pes , il n'y a rien qu'on ne croie ; & les opinions 
les plus monftrueuCès , à la honte de l'humanité , 
font adoptées. La religion qui en efl l'honneur & 
qui nous diflingue le plus des brutes , n'eft - elle 
pas (buvent la chofè , en quoi les hommes paroi(^ 
fent moins raifonnables f Nous fommes faits d'u- 
- ne étrange manière ; nous ne fcjaurions nous tenic 
dans un julle milieu. Si l'on n'eu fuperftitieux , 
on eu impie. IL femble qu'on ne puiflTe être docile 
par raifbn , & fidèle en philofophe. Je ^ laifle ici 
a décider laquelle des deux eft la plus déraifonna- 
ble & la plus injurieufe à la religion , ou de la fu- 
perllitian ou de l'impiété f Quoi qu'il en Toit , les 
bornes poCêes entre Tune & l'autre , ont eu moins 
à fouffrir de la hardiefle de l'efprit , que de la 
corruption du cœur. La fuperflition eft devenue 
impie; & l'impiété elle-même eft devenue fuperC- 
titieufe. Oui , dans toutes les religions de la ter- 
re, la liberté de penfer qui infulte aux bons cro- 
yans, comme A des ame% foibles , à des efprits 
fuperilitieux , à des génies ferviles , eft quelque- 
fois plus crédule & plus fuperftitieu(è , qu'on ne 
le penfe. Quel ufage de raifon puis- je appercevoir 
dans* des hommes qui croient par autorité , quil 
ne faut pas croire à l'autorité > Quels font la plu- 
part de ces enfans qui fe glorifient de n'avoir point 
de religion ? A les entendre parler , ils font les 
feuls fages , les feuls philofophes dignes de ce 
nom ; ils poffedent eux feuls l'art d'examiner la 
\érlté: Us font feuls capables de tanir leur raiiQij- 



ipS Liberté de penser;. 

dans un équilibre parfait , qui ne Cjauroît être 
détruit que par le poids des. preuves. Tous les au- 
tres hommes , efprits parefïèux , coeurs (èrviles & 
lâches , rampent fous le joug de Fautorité , & fe 
laifTent entraîner, (ans réfifiance par les opinions 
reçues. Mais combien n'en voyons-nous pas dans 
leur fociétc , qui (e laiflent fubjuguer par un en-r 
fant plus habile f Qu'il Ce trouve parmi eux un de 
ces génies heureux , dont Vefyrh vif & original 
'foit capable, de donner le ton f Que cet efprît , 
d'ailleurs éclairé , Ce précipite dans Tinconvidion , 
parce qu'il aura été la dupe d*un cœur corrompu ; 
îbn imagination forte , vigoureufè & dominante^ 
exercera fur leurs (êntimens , un pouvoir d'autant 
jplus defpo tique , qu*un Cecret penchant à la liberr 
jté , prêtera à fès raifbhs vrdorieufes une force nour 
velle. Elle fera paffer (on enthou(îà(me . dans les 
Jeunes imaginations , les fléchira, les pliera à (on 
gré , les fubjugera , les renverlera. 

Le Traité ' de la liberté de penfèr , de Collins , 
çaflè , parmi les inconvaincus , pour le chef-d'œu- 
.vre de la taîfôh humaine ; & les jeunes in convain- 
cus Ce cachent derrière ce redoutable volume , 
comme ff c'étoit l'égide dé minerve. On y abur 
fe de ce que préCente de beau ce mot, liberté dç 
jenfet ,.pour la réduire- à l'irréligion ; comme fi 
toute- recherche libre âè la vérité , devoit néce(^ 
iairement y aboutir. Ce(l fuppolèr ce qu'il s'agi(^ 
Ibit de prouver; (çavoir ,fî s'éloigner des opinions 

Srnéralement reçues , eft un cairadere diftindif 
'une railon aflervie à là (èule évidence ? La pa- 
TefCe & le refped aveuglé pour l'autorité , ne (ont 
pas les (èules entraves de l'e(prit humain. La cor-^ 
ruption du coeur , la vaine gloire , l'ambition de 
s'r'riger en chef de parti ^ n'exercent que trop. 
iÇouvent un: pouvoir tyrannique fur notre ame.;^ 



Liberté de penser. 2pp 

^u^élles détournent avec violence , de l'amour pur 
de la vérité, 

U efl vrai que les inconvâincus en impo(ênt » 
& doivent en irapofêrpar la lifte des grands honb- 
Jnes , parmi les anciens qui , (êlon eux , Ce font 
diftingués par la liberté de pen(êr ; Socrate , Pla- 
ton , Epicure , Cicéron , Virgile , Horace , Pé- 
trone , Corneille , Tacite. Quels noms pour celui 
qui porte quelque refped aux talens & à la vertu ! 
Mais cette logique eft-elle bien afîortie avec le deC 
lèin de nous porter à penlêr librement î Pour mon- 
trer que ces lUuflres anciens ont penfé librement y. 
citer quelques paflages de leurs écrits , où ils s*é*^. 
lèvent au-deflus des opinions vulgaires , ^és dieux 
de leur pays^ , n-eil-ce pas fiippoler que la liberté 
de penfèr eft l'appanage des incrédules , & par con^- 
iequent luppolèr ce qu'il s'agiflbit de prouver l 
Nous ne dirons pas que , pour Ce perfiiader que* 
ces grands, hommes de l'antiquité ont été entière-^ 
ment libres dans leurs recherches , il faudroit avoir' 
pénétré les (êcrets mouvemens de leur cœur ,. dont 
il eH impoffible que leurs ouvrages nous donnent' 
une connoiffance ftiffifànte ; que fi les. incrédules; 
Ibht capables- de cette force incompréhenfible de? 
pénétration , ils (ont fort habiles ; mais que s'ils ne- 
le (ont pas , il. eu. conûant que , par un (bphiGne.^ 
très-^groffier , qui (îippofê évidemment ce quieS': 
en queilion*, ils veulent nous engager à re(peder^, 
comme d'excellens' modèles , des làges prétendus-,, 
dont l'intérieur leur eft inconnu, comme au relie: 
des hommes. Cette manière de rai(bnner feroit.le 
procès à tous les'honnétes gens , qui ont é<irir pour • 
ou contre quelque (y llême que ce (bit^ & accufè^- 
ïoit d'hypocrilîe à Paris , à Rome-, à- Gonllantt— 
nopk-, dans tous les lieux delà terre , & dans tous, 
lifcs tems».,- ceux qui. ont fait, 8c qui. font horaieur* 
- »utL|Riians JJdais^ ce qui . nous- fâche ^, e'eft ; qu um 
^- ■ MM] 



300 Liberté de penser. 

auteur ne Ce contente pas de nous donner pauf 
modèles de la liberté de penfèr, quelques-uns des 
plus fameux fages du paganKîne ; mais qu^il étale 
encore à nos yeux des écrivains inspirés , 5c qu'il 
s*im iglne prouver qu'ils ont penfé librement , parce 
qu'ils ont rejette la religion dominante. Les pro- 
phètes , dit-il , Ce (ont déchaînés contre les £â.cri- 
ficeS' du peuple d'Ifraël ; donc les prophètes ont été 
des patrons de la liberté de penfer. Seroit-il pofïî-' 
ble que celui qui Ce mêle d'écrire , fût d'une infi- 
délité, ou d'une Ignorance aflèz diflinguée , pour 
croire tout de bon , que ces fàints hommes euflêrrt 
voulu d?tourner le peuple d'Ifracl du culte lévî ti- 
que f N'eft-il pas beaucoup plus raifbnnable d'in- 
terpréter leurs (entimens par leur conduite , & 
d'expliquer l'irrégularité de quelques expreffions , 
ou par la véhémence du langage oriental , qui ne 
s'affervit pas toujours à l'exaditude des idées , ou 
par un violent mouvement de l'indignation qu'info 
piroit à des hommes (àints l'abus que les peuples 
corrompus faifoient des préceptes d'une (àinte re- 
ligion ' N'y a-t-il aucune différence entre l'homme 
infpiré par Con Dieu , & l'homme qui examine , 
difcute , raifonne , réfléchit tranquillement , & d» 
£àng froid ? 

On ne peut nier qu'il n'y ait eu , & qu'il n'y 
ait parmi les inconvaîncus , des hommes du pre- 
mier mérite ; que leurs ouvrages ne montrent en 
cent endroits de l'efprit , du jugement , des con- 
noifîances ; qu'ils n'aient même (êrvi la religion , 
en en décriant les véritables abus : qu'ils n aient 
forcé nos théologiens à devenir plus inftruits & plus 
circonfpeds ; & qu'ils n'aient infiniment contribué 
à établir entre les hommes refprit (àcré de paix 
& de tolérance ; mais il faut auffi convenir qu'il y 
en a plufîeurs dont on peut demander avec Svift; 
qui auroit foupçonné leur exifience , fi la religion , 



Liberté de penser. 30 î 

ce (u]et inépuifable , ne les avoit pourvus abon- 
damment d'efprit & de (yllcgîfmes ? Quel autre (îx- 
jet renfermé dans les bornes de la nature & de l'art, 
auroît été capable de leur procurer le nom d'aute^irs 
profonds , Se de les faire lire ï Si cent plumes de 
cette force avoient été employées pour la délenfe 
du Chriftianifme , elles auroient été d'abord livrées 
à un oubli étemel f Qui jamais Ce (èroit avifé de 
lire leurs ouvrages , fi leurs défauts n'en avoient 
été comme cachés & enfêvelis (bus une forte tein- 
ture d'irréligion. L'impiété efl d'une grande reC- 
(burce pour bien des gens. Ils trouvent en elle les 
talens que la narure leur refufênt. La fîngularité 
des fentimens qu'ils affeâent , marque moins en 
eux un efprit (upérieur , qu'un violent dçCir de le 
paroître. Leur vanité trouvera- t-elle Con compte à 
être fîmples approbateurs des opinions les mieux 
démontrées ? Se contenteront-ils de l'honneur fu- 
balterne d'en appuyer les preuves , ou de les aflfèr- 
mir par quelques rai(bns nouvelles f Non : les pre- 
mières places font prifês ; les fécondes ne f^auroient 
(àtisfaire leur ambition. Semblables à Cé(àr , ils 
aiment mieux être les premiers dans un bourg , 
que les (êcondes personnes à Rome ; ils briguent 
l'honneur d'être chefs de parti , en reflufcitant de 
vieilles erreurs , ou en cherchant des chicanes nou- 
' velles dans une imagination que l'orgueil rend vive 
Se féconde. 







'502 Lieutenant de police; 

t ^ssssssssssssssssssssssssm 

LIEUTENANT DE PQLICE. 

CE S T un magîflrat établi à Paris , & dans les 
'principales villes du royaume , pour veiller aa 
bon ordre , & faire exécuter les réglemens de po- 
lice ; il a même le pouvoir de rendre des ordon- 
nances , portant règlement dans les matières dé 
police , qui ne (ont pas prévues par les ordonnan- 
ces , édits & déclarations du roi , ni par les arrêts 
& réglemens de la cour , ou pour ordonner Texé- 
cution de ces divers réglemens relativement à là 
police. C efl à lui qu'eil attribuée la connoiflance 
de tous les quafî- délits , en matière de police , & 
de toutes les conteHations entre particuliers , pour 
des faits qui touchent la police. 

Le premier lieutenant de police efl celui qui fut 
établi à Paris , en 1667; les autres ont été établis 
à TinÛar de celui de Paris , en .1 669. 

Anciennement le prévôt de Paris rendoît la ju(î 
tîce en personne avec (es con(eillers , tant au civil 
qu'au criminel ; il rcgloit auffi de même tout ce 
qui regardoit la police. 

Il lui ctoit d'abord défendu d'avoir des lîeute- . 
nansy finon en cas de maladie, ou autre empê- 
chement ; & dans ce cas , il ne commettoît qu'un 
feul lieutenant ,, qui régloit avec les confèillers ,.. 
tout ce qui regardoit la police. 

Lorfjue le prévôt de Paris commit un Ceconi 
lieutenant pour le criminel^ cela ne fit aucun chan- 
gement , par rapport à la police , attendu que ct^ 
lîeutenans civils & criminels n'étoient point d'a- 
bord ordinaires ; ( ils ne le devinrent qu'en 1454 : ) 
bailleurs le prcv'^t de Paris jugeoit; en perfbnne 
suA&Ci eux. toutes les caulès de police j/oit au gasc 



Lieutenant de police. 50^ 

'elvU y ou en la hambre criminelle , fuivant que 
cela (è Tencontroit. 

L'édit de 1493 ^ qui créa en titre d'office les: 
Heutenan^ du prcvot de Paris , fit naître peu de. 
tems après une contefhtion entre le lieutenant ci* 
vil & le lieutenant criminel., pour l'exercice de lat 
police ; car , comme cette panie de Tadminiflra* 
tion de la juftice efl mixte , c-eft-à-dire , qu elle, 
tient du civil & du criminel , le lieutenant civil 
&; le lieutenant criminel prétendoient chacun qu'elle* 
leur appartenoit. 

Cette conteihtion importame demeurera îndc- 
oife entreux , depuis 1 500 juiqu-en- 1650 ; & pen- 
dant tout ce tems , ils exercèrent la police par con- 
currence , ainfî que cela avoit été ordonné par pron 
rr/îon , par un arrêt du 18^ Février 1 5 15 , d'où s en- 
fiiivirent de- grands inconvéniens» 

Le 12 *Mars 1630 le parlement ordonna que le 
lieutenant civil tiendroit la police deux fois la fe* 
ïnaine ; qu'en cas d'empêchement de (a part, elle» 
feroit tenue par le lieutenant criminel , ou parti- 
culier. 

Les droits de prérogatives attachés au mapifTratr 
de police de la ville de Paris, furent régies pat^ 
wn édit du mois de Décembre de Tannée 1666^ 
lequel fut donné à Tocca^n des -plaintes qui avoient 
été faites , du peu d'ordre qui étoit dans la police 
de là ville & fauxbourgs de Paris. LeToi ayam fait 
rechercher les^ causes d où ces défauts pouvoient' 
procéder-, & ayant fait examiner en fon conièil les^ 
anciennes ordonnances 5t rjfglemens de police, ils- 
fe trouvèrent fî prudemment concertés , que Vow 
crut qu'en- apportant l'application & les foins né— 
ceflàircs pour leur exécution -, la- police pourroit- 
€tre aif^ment rétablie. Le préambule de cet édit* 
«nnonceaufïl que, par ies^ ordres qui avoient étér;* 
donnés-, Isf nectoyemem d«s russ.avoit-€té faitave^ ^ 



504 LiEUTENAKT DE POLICE. 

cxaditude ; que comme le défaut de la sûreté pu- 
blique expoleroit les habitans de Paris à une in- 
finité d'accidens , S. M. a voit donné Ces foins pour 
la rétablir ; & pour qu'elle fut entière , Sa Majeflé 
venoit de redoubler la garde ; qu'il fialloit auffi y 
pour cet effet , régler le port d'armes , & prévenir 
la continuation des meurtres , airaflinats & vio- 
lences , qui Ce commettoient journellement , par 
la licence que des perfbnnes de toute qualité Ce 
donnoient de porter des armes , même de celles qui 
font le plus étroitement défendues ; qu'il étoit auffi 
néceffaire de donner aux officiers de police un pou- 
voir plus abfblu fur les vagabons & gens lans aveu , 
que celui qui efl porté par les anciennes ordon- 
nances. ' 

Cet édit ordonne enfîiite l'exécution des ancien- 
nes ordonnances 8c arrêts de règlement , touchant 
le nettoyement des rues ; il enjoint au prévôt de 
Paris , fès lieutenans , commiffaires du Çhâtelet , 
& à tous autres officiers qu'il appartiendra d'y tenir 
la main. 

L'édit 'défend la fabrication & le port des armes 
prohibées , dont il fait l'énumération. Il efl enjoint 
a ceux qui en auront à Paris , de les remettre en- 
tre les mains du commiflàire du quartier; & , dans 
les provinces , entre les mains des officiers de po- 
lice. 

Il eft dit que les fbldats des Gardes*Fran<îoîfês 
& Suiflès ne pourront vaguer la nuit hors de leur 
quartier ou corps-de-garde ; s'ils font en garde , à 
fix heures du Coït depuis la toufïkints ; à neuf heu- 
res du Coït depuis Pâques , avec éoies ou autres 
armes , s'ils n'ont ordre par écrit de leur capitaine» 
à peine des galères , à l'effet de ^uoi , leur procès 
fera fait 8t parfait par Jes îuges de police ; & que,, 
pendant le iour, ces (bldats ne pourront marchei; 
en troupe, y ni être enièinble hors du ^u^rtier^ ea 



Lieutenant de police. 50^ 

plus grand nombre que quatre avec leurs épées. 
Les Bohémiens ou Egyptiens , & autres de leuif ' 
fuite , doivent être arrêtés prifbnniers , attachés à 
la chaine , être conduits aux galères , pour y fcr- 
vir comme forçats , (ans autre forme ni figure de 
procès ; & à l'égard des femmes & filles qui les 
accompagnent , & vaguent avec eux , elles doi- 
vent être fouètées , flétries , & bannies hors du 
Royaume ; & l'édit porte que ce qui fera ordonné 
à cet égard par les officiers de police ., (êra exé- 
cuté comme jugement rendu en dernier reflTort. 

Il enjoint auffi aux officiers de police , d'arrêter 
ou faire arrêter tous vagabonds , filoux & gens 
fans aveu , & de leur faire & parfaire le procès en 
dernier reflbrt ; l'édit leur en attribuant toute 
cour , jtirifdidion & pouvoir à ce néceflaires , no- 
nobflant tous édits , déclarations , arrêts & régie- 
mens à ce contraires y auxquels il efi: dérogé par 
cet édit ; & il eil dit qu'on réputera gens vaga- 
bonds , 8c (ans aveu , ceux qui n'auront aucune 
profeffion ni métier , ni aucuns bi:ns pour (ub- 
fifter, qui ne pourront faire certifier de leurs bon- 
ne vie & mœurs , par perfbnnes de probité , con- 
nues & dignes de foi , & qui foient de conditioa 
honnête, 

La déclaration du 27 Août 1701 , a confirmé 
le Lieutenant Général de police , dans le droit 
de juger en dernier reffort les mendians , vaga- 
bonds , & gens (ans aveu ; mais il ne peut les ]u- 
ger qu'avec les officiers du Châtelet ; au nombre 
de fept. 

L'édit de 1666 y régie auffi l'heure à laquelle les 
collèges , académies , cabarets , & lieux où la bier- 
re (ê vend à pot , doivent être fermés. 

Il efl dit que les ordonnances de police , pour 
chafTer ceux chei le(quels fe prend & confomme 
le tabac , qui tiennent académies , brelans , jeux 



joé Lieutenant DE POLICE. 

de ha(àrd , & autres lieux défendus , (èront exé-^ 
eûtes ; & qua cet effet , la publication en fera 
renouvellée. 

Défenfes font faites à tous Princes , Seigneurs , 
ic autres per(bnnes , dejdonner retraite aux pré- 
venus de crimes , vagabonds , & gens (ans aveu. 

L'édit veut que la police générale fbit faite par 
les officiers ordinaires du Châtelet , en tous les 
lieux prétendus privilégiés v ainfî que dans le? au- 
tres quaçxiers de la Ville , uns aucune différence 
ni diftindion ; & qu'à cet efièt , le libre accès 
leur y (bit donné ; qu'à Tcgard de lapolice particu- 
lière , elle (èra faite par les officiers qui auront 
prévenu ; & qu'en cas de concurrence, la préfé- 
rence appartiendra au Prévôt de Paris. Il fut néan- 
moins ajouté , pat l'arrêt d'enrégiflrement , qu'à 
l'égard de la police , la concurrence ni la preveir- 
tion n'auroien^ pas lieu dans l'étendue de la jurif- 
diâion du bailliage du palais. 

Enfin il eu encore enjoint , par le même édit , 
à tous compagnons chirurgiens , qui travaillent en 
chambre , de (è retirer chez les maîtres ; & aux 
maîtres de tenir boutique ouverte ; comme aufS 
de déclarer au commiflaire du quartier , les blef^ 
les qu'ils auroient pan(es chez eux ou ailleurs, 
pour en être feit par le commiflaire (on rapport 
a la police , le tout , (bus les peines portées par 
cet édit ; ce qui doit aufïî être obfervé à l'égard 
des Hôpitaux , dont l'infirmier ou adminîfirateur , 
qui a le foin des malades , doit faire (a déclara- 
tion au commiflaire du quartier. 

C'efl ainfi que la compétence des officiers de 
police étoit déjà réglée , lorsque , par édit du mois 
de Mars 1667 « Louis XIV (upprima l'office de 
Lieutenant civil , qui éxifloit alors , & créa deux 
nouveaux Offices : l'un de Lieutenant civil , l'au- 
tre de Lieutenant de police pour étie rempli pat 



Lieutenant de police. 307 

Hcux difFérens officiers. Il régla parce mémeédit, 
la compétence de chacun de ces deux Officiers. 

Suivant cet édit , le Lieutenant de police con- 
noît de la sûreté de la Ville , Prévôté & Vicomte 
de Paris , du port d'armes prohibées par les ordon- 
nances , du nettoyement des rues & places publi- 
ques , circonftances & dépendances ; c'efi lui qui 
donne les ordres néceflàires en cas d'incendie & 
inondation ; il connoit pareillement de toutes les 
provifîons nécefTaires pour la lubfîflance de la Vil- 
le , amas & maga/îns , qui en peuvent être faits ; 
de leur taux & prix ; de Tenvoi des commiffai- 
res , & autres perfonnes nécefTaires fiir les riviè- 
res 5 pour le fait des amas de foin , botelage , con- 
duite & arrivée à Paris. Il régie les étaux des bou- 
cheries & leur adjudication ; il a la vilîte des hal- 
les , foires & marchés , des Hôtelleries , auberges , 
mai(bns garnies , brelans , tabacs , & lieu;c mal 
fermés , il connoît auffi des afiemblées illicites, 
tumultes , éditions & dé(brdres , qui arrivent â 
cette occafîon ; des manufactures & de leur dé- 
pendance ; des éledions des maîtres , & des gar- 
des des fîx corps des marchands ; des brevets d'ap^- 
prentifïàge^ , réception des makres ; de la recep»- 
tion des rapports ; des vifîtes ; des gardes des mar^ 
chands & artifàns , de l'exécution de leurs ftatuts 
& réglemens ; des renvois des jugemens ou avis 
du Procureur du Roi du Châtelet , fur le fait des 
-arts'& métiers ; il a le droit d'étalonner tous les 
poids & balances de toutes les communautés de la 
Ville & fauxbourgs de Paris , à l'exclu/îon de tous 
autres juges ; il connoit des contraventions <:om- 
mifès à Texclufion des ordonnances , flatuts & ré- 
glemens , qui concernent l'imprimerie , en l'im- 
prelïion des livres & libelles défendus , 8c par les 
colporteurs qui les diftribuent ; les chirurgiens font 
tenus de lux déclarer les noms & quittés des bleCj 



^o8 Lieutenant DE POLICE. 

ûs ; il peut aufii connoitre de tous les déilnquafti 
trouvés en flgrant délit y en fait de police ; leur 
faire le procès fommairement , & les juger (èuls , 
à moins qu'il y ait lieu à peine aiflidive ; auquel 
cas il en fait (on rapport au Pré/îdial ; enfin , c'efi 
à lui qu'appartient l'exécution de toutes les ordon- 
dances , arrêts & réglemens concernant la police. 

Au mois de Mars 1674 , le Roi créa un nou- 
veau Châtelet , compofë , entrautres d'un Lieu- 
tenant de police , aux mêmes droits & fondions', 
que celui de l'ancien Châtelet ; mais attendu Tin- 
«onvénient qu'il y avoit à établir deux Lieutenans 
de police dans Paris , le nouvel office fut réuni à 
l'ancien , par déclaration du 18 Avril de la mê- 
me année , pour être exercé fous le titre de Lieu- 
tenant général de police. 

Comme il arrivoit fréquemment des conflits 
de jurifiiidion entre le Lieutenant général de po- 
lice , & les Prévôts des marchands & Echevins de 
Paris , leur jurifHidion fut réglée par un édit du 
mois de Juin 1700. 

Cet édit ordonne que le Lieutenant général de 
police & les prévôt dés marchands & echevins 
exercent chacun en droit Coi , la jurifHidion qui 
leur eft attribuée par les ordonnances , fur le com- 
merce des bleds & autres grains ; qu'ils les fafïènt - 
exécuter à cet égard , entemble les réglemens de 
police , comme ils. avoient bien & duement fait 
jufju'alors ; fçavoir que le Lieutenant général de 
police connoît dans toute l'étendue de la prévoté 
& vicomte de Paris , & même dans les huit lieues 
aux environs de la Ville , de tout ce qui régarde 
la vente , livrai(on & voiture des grains que l'on 
y amené par terre , quand même ih ^uroîent été 
charges fîir la rivière , pourvu qu'ils en ayent été 
decharg-s parla fuite fur la terre, à quelque di(^ 
lance que ce puifTe être de la VUle j comme auiS 



Lieutenant DE POUCE, jop 

3e toutes les contraventions qui pourrolent être 
faites aux ordonnances & réglemens , quand mé-* 
me on prétendroit que les grains auroienc été defU* 
nés pour cette Ville ^ & qu ils devroient v être ame* 
nés par eau , & ce , julqu'à ce qu'ils u>ient arii* 
vés au lieu où on les doit décharger , fiir les riviè- 
res qui y affluent. Les Prévôt des. marchands 8c 
échevins connoiflênt , dans les autres cas , de la 
vente, Uvraifbn ^ voiture des grains , qui vien-, 
nent par eau. 

Us ont au(C la connoillance de ce qui regarde 
la vente des vins , qui viennent par eau ; mais le 
Lieutenant général de police a toute juriiHiâion , 
police & connoiilànce de la vente 8c commerce, 
qui Ce fait des vins , lorfju'on les amené par ter- 
re â Paris , & des contraventions qui peuvent être 
faites aux ordonnances & réglemens de police , 
même (ur ceux qui y ont été amenés par les ri- 
vières , aufli-tôt qu'ils font tranfportés des bateaux 
fur lefquels ils ont été amenés des ports & étables 
<ie ladite Ville , dans les maifons & caves des mar- 
chands de vin , & (ans que les officiers de la Vil- 
le puiflènt y faire aucunes vîfites , ni en prendre 
depuis aucune connoiffance ,(bus prétexte des me- 
fures , ou (bus quelque autre que ce puiffe être» 

Les Prévôt des nrtarcjiands & échevins connoi(^ 
fent de la voiture qui Ce fait par eau des bois de 
mairin , & de charronage , & règlent les ports de 
la Ville oii ils doivent être amenés & déchargés ; 
^ Lieutenant de police connoît , de fa part , de 
tout ce qui regarde Tordre , qui doit être.obfcrvé 
entre les charrons , & autres perlbnnes qui peu- 
vent employer lelHits bois de mairaîn & de char-- 
Jonage , que Ton amène en la Ville de Paris. 

De même , quoique le bureau de la Ville con- 
noiffe de tout ce qui regarde les conduites des 
«aux , & entretien des fontaines publiques , le 



5IO Lieutenant DE POLICE. 

Lieutenant général de police connoit de l'ordre 
qui doit être obCervé entre les porteurs d'eau , pour 
H puifèr , & pour la.diflribuer à ceux qui'en ont 
befbin ,enlèmble de toutes les contraventions qu'ils 
pourroient faire aux régkmens de police ; il peut 
aufll leur défendre d'en pui(èr en certains temps y 
& en certains endroits de la rivière , lorsqu'il le 
]uge à propos^ 

rar rapport aux quais , le bureau de la Ville y 
a juri(clidion pour empêcher que l'on n'y mette 
aucunes cho(ès , qui puiilènt empêcher la naviga- 
tion fur la rivière , ou occafîonner le dépériflement 
des quais , dont la Ville eft chargée ; du refle , le 
Lieutenant général de police exerce fui les quais 
toute la jurifUiédon qui lui eu attribuée dans le 
refte de la Ville , & peut même y faire porter les 
neiges, lorfqu'il le juge abfolument nécefTaire, 
pour le nettoyement de la Ville , & pour la li- 
berté du pafTage dans les rues. 

La publication des traités de paix Ce fait en pré- 
fènce des officiers du Châtelet , & des Prévôt des 
marchands & échevins , fuivant les ordres que le 
Roi leur en donne , & eh la forme en laquelle 
elle a été faite , à Toccafion des traités de paix 
conclus à Ri(vikc« 

Lorfqu on fait des écafauds pour des cérémonies 
ou des (pedacles que Ton donne , au fujet des fê- 
tes & des réjouiflances publiques , les Officiers , 
tant du Châtelet que de THotel-de-Ville , exécu- 
tent chacun les ordres parculiers qu'il plaît au Roi 
de leur donner à ce (ujet ; 8c lorfqu'ils n'en ont 
point reçu , le Lieutenant général de police a de 
droit l'infpeâion fiir les échafauds \ & donne les 
ordres qu'il g juge ncceflàires pour la (blidité de 
ceux qui font faits dans les rues , & même fut 
les quais , & pour empêcher que les pafïâges né- 
cefTaires dans la Ville , n'en fbient embarrafTés j 



Lieutenant de police, ^ir 

les Prévôt des marchands & échevins prennent le 
même Coin , & ont la même connoiflànce fur ceux 
qui peuvent être faits fur le bord , & dans le Ut 
de la rivière , & dans la place de Grève. 

Lorfc[u il arrive un débordement d*eau , qui fait 
craindre que les ponts flir lesquels il y a des mai* 
ions bâties , ne (oient emportées , & que Ton ne 
puiffe paffer furement fiir ces ponts , le Lieute- 
nant général de police & les Prévôt des marchands 
& échevins donnent conjointement , concurrem- 
ment , par prévention , tous les ordres nécefTaires , 
pour faire déloger ceux qui demeurent fur ces 
ponts , & pour en fermer les paflàges ; & en cas 
de diverfite de (êntimens , ils doivent (è retirer fut 
le champ vers le parlement , pour y ctre pourvu ; 
& en cas que le Parlement ne fût pas afTemblé , 
ils doivent s'adrefTer à celui qui y préfiee , pour 
y être réglé par (on avis. 

Les teinturiers , dégraifïêurs , & autres ouvriers, 
q^ii font obligés de Ce (èrvir de l'eau de la rivière, 
pour leurs ouvrages doivent Ce pourvoir par-devers 
les Prévôt des marchands & échevins , pour en 
obtenir la permiffion d'avoir des bateaux ; mais 
lorfqu*ils n'ont pas be(bin de bateaux , ils doivent 
fe pourvoir (eulement par-devers le Lieutenant 
général de police. 

Ce magiàrat connoit , à Texclufion des Prévôt 
des marchands & échevins , de ce qui regarde la 
vente & le débit des huîtres , (bit qu'elles (oient 
amenées en cette Ville par eau , ou par terre , 
fans préjudice néanmoins de la iurifdiétion des coni- 
ïnilTaires du Parlement , fur le fait de la marée. 

Cet édit porte auflî , qu'il connoîtra de tout ce 

qui regarde Tordre & la police , concernant h ven. 

te & le commerce du poifTon d'eau douce que l'on 

amènera à Paris. 

Il efl enjoint au furplus par ce même édit de 



5 1 2 Lieutenant de police. 

1700 au Lieutenant général de Poiice , 8c auk 
Prévôt des marchands Se échevins , d'éviter autant 
qu'il leur efl polfible , toutes fortes de confflits de 
Jurifdiâion ; de régler , s'il Ce peut , à l'amiable , 
Se par des conférences entr'eux , ceux qui feroient 
formés , & de les faire enfin régler au Parlement , 
ïeplus fommairement qu'il (è pourra , (ans qu'ils 
puifTent rendre des ordonnances , ni faire de part & 
d'autre aucuns réglemens , au fiijet de ces fortes 
de conteflations , ni fous aucun prétexte que ce 
puifle être. 

Le lieutenant général de police a encore k con- 
fioiffance & jurifdiâion fur les r^commandereffes 
ic nourrices , dans la ville & faii^bourgs de Paris ; 
le préambule de la déclaration du 29 Janvier 17 15 
porte , que l'exécution du règlement que Sa Ma- 
jefté avoit fait fur cette matière , regardoit natu- 
rellement le magiftrat qui eu chargé du foin de la 
police dans Paris , & que Sa Majellé avoit jugé à 
propos de réformer l'ancien ufàge qui , (ans autre 
titre que la pofleffion , avoit attribué au lieutenant 
criminel du Châtelet , la connoiflànce de ce qui 
concerne les fondions^es recommandereflês , pour 
riunir à la police une infpedion , qui en feit vé- 
ritablement partie , & qui a beaucoup plus de rap- 
port a la jurilHiâion du lieutenant général de po- 
lice , qu'à celle du lieutenant criminel. 

Le difpo/îtif de cette décaration porte , entr'au- 
tres cho(ès , que , dans chacun des quatre bureaux 
des recommàndereffes , il y aura un regiflre qui fera 
paraphé par le lieutenant général de police ; que 
chacun de Ces quatre bureaux fera fbus l'infpedion 
d'un des commiffaîres du Châtelet , qui exami- 
nera & vifera tous les mois les régîflres ; & qu'en 
cas de contravention à cette déclaration , il en ré- 
férera au lieutenant général de police , pour y être 
par lui pourvu , ainfi qu'il appartiendra ; & que 

cbaciUi 



Lieutenant de police. 5 1 5 

Ipkacun de ces régiflres lui fera reprélënté quatre 
fois l'année, même plus,fbuvent , s'il le '*uge X 
propos , pour rarrètet & vifev pareillement. 

Les certificats que les tecommanderefles don- 
nent aux nourrices , doivent être reprcfèntcs pat 
celles-ci à leur curé , qui leur en donne un cer- 
tificat ; & elles doivent 1 envoyer au Jieutenant gé- 
néral de police ^ lequel le fait remettre aux re- 
commandereiles. 

En cas que les pereS & mères manquent à payer, 
les mois dûs aux nourrices , 8c de répondre à la^ 
vis qui leur en a été donné , les nourrices doivent 
en informer , ou par elles-mêmes , ou par l'en- 
tremis du curé de leur paroifle , le Jieuteni.nt gé- 
néral de police , qui y pourvoit lur le ch^mp. 

Les condamnations qu'il prononce contre le$ 
pères & mères , font exécutées par toutes voie$ 
dues & raifonnables , même par corps , s'il eft ainfi 
ordonné par ce magiflrat ; ce qu'il peut faire eit 
tout autre cas , que celui d'une impuifLnce connue 
& effèâive : la déclaration du premier Mars 1727 
ordonne la même chofè 5 cette dernière déclara* 
ticvi , qui concerne les recommanderefiês , nour- 
rices , & les meneurs ou meneufès ^ rappelle auffi 
ce qui eft dit dans celle de 1715, concernant la 
jurifHidion du lieutenant général de police Cvlt les 
recommandereflès ; & ajoute , que les abus qui s'é- 
toient gliflcs dans leurs fondions , ont été répri- 
més 1, par les foins que ce magiflrat s'étoit donnés ^ 
pour faire exécuter la déclaration de 171$* 

Il efl enjoint , par celle de 1727 , aux ineneufS 
ou meneufès , de rapporter un certificat de letlt 
curé. Ces certificats doivent être enregifltcs par les 
recommandereflès 9 & mis en liafïè , pour être viTés 
par le lieutenant général de police , ou d*un com- 
mifiaire au châtelet ^ par lui commis. 

Les meneurs ou mençufes de nourrices (ont scuflS 
Tome m. O 



3 14 Lieutenant dé policr 

tenus ) aux termes de cette même déclaïadcifl j 
d'avoir un regiftre paraphé du lieutenant génénl 
de police , ou d'un commlflàire au châtekt par 
lui commis , pour y écrire les £bmmes qu'ils fe-. 
çoivent pour les nourrices. 

La déclaration du 23 Mars 1628 enjoint aux 
ouvriers qui fabriquent des bayonnettes à refibrt, 
d*en faire leur déclaration au juge de police du 
lieu , & veut que ces ouvriers tiennent ua regifbe 
de vente , qui fok paraphé par le juge de police. 

Cette déclaration a été fiiivie d'une autre du 25 
Août 1737, qui eft auffi intitulée, comme con- 
cernant le port d'armes , mais qui comprend de 
plus tout ce qui concerne la police de Paris , par 
rapport aux loldats qui s'y trouvent , l'heure de 
leur retraite , les armes qu'ils peuvent porter , la 
manière dont ils peuvent faire des recrues dans 
Paris ; il eft enjoint , à cette occafîon , aux offi- 
ciers , (èrgens , cavaliers , dragons & fbldats y 8ci 
tous autres particuliers , qui auront commiflion de 
faire recrues à Paris , d'en faire préalablement leur 
déclaration au lieutenant général de police , à peine 
de nullité des engagemens ; enfin , il eft dit que la 
conpoiffance de Pexécution de cette déclaration, 
& des contraventions qui pourroîent y être faites, 
appartiendra au lieutenant général de police de ia 
ville de Paris , (àuf l'appel au parlement» 

Ceft par une (liitè , & en vertu de cette décla- 
^ ration , que le lieutenant général de police connott 
de tout ce qui concerne le racolage , & les enga* 
gemens forcés. 

Ce magiftrat a auûl , concurremment avec les 
tréforiers de France , l'intpedion & |uri(3idion , à 
foccafîon des maifbns & bâtimens de la ville de 
Paris , qui (ont en péril imminent ; celui de ces 
deux tribunaux qui a prévenu , demeure (àîïî de 
la conteftation ; & , fi les affignations font du même 



LïEUtÊNAKT DE POLICÉ. 5 ï 5^ 

^ur , la préférence demeure au lieutenant généra 
de police ; c eft ce qui réfuke de deux déclarations 
tàu roi) Tune & l'autre du iB Juillet 1729. 

Toutes les conteftations cpii (urviennent , à Toc- 
cafion des beitiaux vendus dans les marchés de 
Sceaux & de PoifTy , (bit entre les fermiers 8c les 
marchands forains , & les bouchers & chaire uitiers ^ 
même des uns contre les autres , pour Texécutioit 
des marchés entre les forains & les bouchers , même 
pour caule de refus que pourroit faire le fermier^ 
de faite crédit à quelques-uns des bouchers , (ont 
l>ortées devant le lieutenant général de police y pouÈ 
y être par lui Ibtué fommairement ; Se Ces ordon- 
nances & (es jugemens (ont exécutés par provi-* 
^on , (auf l'appel en la cour ; telle eft la di(po(i^ 
lion de Tédit du mois de Janvier 1 707 , de la dé-» 
datation du 16 Mars 1755, & de l'arrêt d'enré-n 
gîfttement du. 18 Août fuivant, 

Lorfque des gens font arrêtés pouf qtidque léget 
délit, qui ne mérite pas une inftrudioh extraor- 
dinaire , & que le commiiTaire juge cependant k 
propos de les envoyer en pf ifbn , par forme d^ 
torredion , c'eft le lieutenant général de police , 
qui décide du tems que doit durer leur détention. 

On porte . aufil devant lui les conte(tations Git 
ïes faifîes que les gardes des corps & communautés 
font CvLî ceux qui , (ans qualité , Ce mêlent du com- 
merce & de la fabrication des cho(e5 dont ils ont 
le privilège V les di(cu(ïîons entre les différens corps 
& communautés ^ pour tai(bn de ces mêmes pri^. 
Viléges* 

Les commîflaîres reçoivent (es otdtei pour 1*6- 
xécution des réglemens de police , & lui font le 
Rapport des contraventions qu'ils ont conftatées , Sc 
en général de l'exécution de leurs commîffions ; ces 
apports Ce font en Taudience de ta chambre de 

Oij 



5 16 Lieutenant de police. 

police , où il juge ièul toutes les caufès de fà com^ 
pétence. 

A l'audience de la grande police , qui fè tient 
au parc civil , il juge , lur le rapport des commif. 
fiires , les femmes & les filles débauchées. 

Enfin , pour réfiimer ce qui eô de la compé- 
^nce de ce magiftrat , il connoit tout ce qui re- 
carde le bon ordre & la fureté de la ville de Paris , 
de toutes les provifîons néceffaires pour la fubfîf- 
^nce de cette ville , du prix , taux , qualités, 
poids , balances & mefures des marchandifes , ma- 
gafins & amas qui en fcnt faits ; il règle les étaux 
des bouchers , les adjudications qui en font faites , 
il a la vifîte des halles , foires , marchés , hôtelle- 
ries , brélands , tabagies , lieux mal famés ; il con- 
noît des différends qui Surviennent entre les arts 
Se métiers , de l'exécution de leurs flatuts & ré- 
glemens , des manufactures , de l eledion des maî- 
tres & gardes des marchands , communautés d'ar- 
tifans , brevets d'apprentifTage , du fait de Timpri- 
Xnerie , des libelles & livres défendus , des crimes 
commis en fait de police ; & il peut juger feul les 
coupables , lorfqu'il n'échet pas de peine afflidive ; 
^nfin , il a l'exécution des ordonnances , arrêts & 
réglemens. 

Les appell îtlons de (es ftntences Ce relèvent au 
parlement , Se s'exécutent provilbirement , non-. 
obftant oppofîtion ou appellation. 

Le procureur du roi du châtelet a une chambre 
particulière , oà il çonnqît de tout ce qui concerne 
les corps des marchands , arts & métiers , maîtrî- 
iès , réceptions des maîtres & jurandes ; il donne 
£ès jugemens , qu'il qualifie d'avis , parce qu'ils ne 
font exécutoires qu'après avoir été confirmés par 
fentence du lieutenant général de police , lequel 
a le p€>uvoir 4e Ip9 confirmer pu infirmer j maii| 



LlBÛtEHANT DÉ POLICÉ. 3 t^ 

iVL y a appel d'im ayis, il &ut rekyei l'appel aa 
parlement. . 

Le lieutenant général de police e& commiflàîre 
du roi pour la capitation & autres linpo£tions des 
corps d'arts & métiers ; & il fait , en cette partie , 
comme dans bien d'autres, les fonâions d'inten-, 
dant pour la ville de Paris. 

Le Roi commet aui& (buvent le lieutenant s^ 
néral de police , pour d'autres afiàires qui ne (ont 
pas de (a compétehce ordinaire ; de ces (brtes d'af-. 
£iirès y les unes lui {ont envoyées pour les juger 
fbuverainement , & en dernier reilbrt , à la ba(^ 
tîUe , avec d'autres juges conunis ; d'autres , pour 
les juger au chatelet avec le préfidial. Quelques- 
unes , mais en très-petit nombre , (ont jugées par 
lui (eul , en dernier refibrt ; & la plus grande paF: 
lie eft à la charge de l'appdl au conlèîL 




Oliî 



jlit Littérature. 

■ ■■ , , , 5SS»> 

LITTERATURE. 

ÏL Vagît ici d'indi()iier les causes de la décadence 
de la littérature , dont le goût tombe tous les jours, 
davantage , du moins dans notre nation ; & aflii-^ 
xément nous ne nous flattons pas d'y apporter au^ 
cun remède. 

Le tems eft arrivé dam ce pay» , oà l'on ne tient 
pas le moindre compte d'un (gavant qui , pour 
eclircii^, ou pour corriger des paffages difficiles 
d'auteurs de l'antiquité , un point de chronologie ^ 
une quefiton intéreiïante de géographie ou de gram^ 
maire , fait ufage de Ton erudttton. On la traite 
de pcd3nte«e , & Ton trouve par-là le véritable 
moyen de rebuter tous les jeunesgens., qui auroient 
du zélé & des talens , pour réumr dans l'étude des. 
humanités. Comme il n'y a point d'injure plus o£^ 
fen&ite , que d'être qualifié de pédant , on fè garde 
bien de prendre la peine d'acquérir beaucoup de 
fittérature , pour être enAite expofe au dernier 
ridicule. 

Il ne faut pas douter que Tune dçs principales, 
raifbns y qui ont Ëiit tomber les belles lettres , ne 
eonfille en ce que pluiîeurs beaux efprits prétendus, 
ou véritables , ont introduit la coutume de con-> 
damner , comme une (cience de collège , les cita- 
lions de pafTages grecs & latins , & toutes les re- 
marques d'éruditiom Ils ont été aflez injuffes, pour 
envelopper dans leur railleries , les écrivains qui 
avoient le plus de politefle & de connoiflànces de 
la (cience du monde. Qui oCerolt donc , après cela » 
afpirer à la gloire de (gavant , en fe parant, à 
propos de fes, levures. , dfi Û critique ^ flfc dje (pus 
érudition? ' . 



Littérature. 319 

Si Ton s^étoit contenté de condamner les Hé-* 
TiUes y ceux qui citent fans nécefficé les Platons 8c 
les Ariâotes , les Hippocrates 8c les Varons , pouc 
prouver une penfêe coinmane à toutes les fêâes Si 
a tous les peuples policés , on n'auroit pas décou-r 
lagé tant de perfonnes eftimables ; mais , avec de$ 
airs dédaigneux , on a rélégué , hors du beau mon- 
de , & dans la pouffiere des clafTes , quiconque 
o(ôlt témoigner qu'il avoit fait des recueils , ft 
qu'il s'étoit nourri des auteurs de la Grèce 8c de 
Rome. „ 

Ueffet de cette cenfûre méprifânte a été (fautant 

plus grand , qu'elle s'efl couverte du prétexte (pé- 

eleux de dire , qu'il faut travailler à poHr l'efprît , 8c 

i former le jugement , & non pas à entaiïêr dans fa 

mémoire y ce que les autres ont dit Se ont penfê. 

Plus cette maxime a paru véritable , plus elle a 

flatté les elprîts pareffeux , & les a porté à tourner 

en ridicule la littérature 8c le H^avolr ; tranchons le 

«iot : le principal motif de telles gens , n'eft que 

d'avillir le bien d'autrui , afin d'augmenter le prix 

du leur. Incapables de travailler à s'inflruire , ils 

•nt blâmé ou méprifô les (çavans qu'ils ne pou-r 

Toient imiter ; & , par ce moyen , ils ont répandu 

dans la république des lettres , un goût frivole « 

qui ne tend qu'à la plonger dans l'ignorance & danf 

la barbarie. 

Cependant , malgré la critique amere des boufî^ 
fons îgnorans , nous oCons affurer que les lettres 
peuvent feules polir l'efprit , perfedîonner le goût, 
& prêter des grâces aux (ciences. Il faut même , 
pour être profond dans la littérature , abandonner 
les auteurs qui n'ont fait que l'effleurer , & puifer 
. dans les Sources de l'antiquité , la çonnoifîànce de 
h religion , de la politique , du gouvernement y 
des loix , des mœurs , des coutumes , des céré^ 
manies , des jeux, des fêtes , des (àcrifices^ 8c 

Oiv 



520 Littérature: 

des (peâacles de la Grèce & de Roine« Nous pou- 
vons appliquer à ceux qui feront curieux de cette 
tade & agréable érudition , ce que Plaute dit piai- 
fèmment dans le prologue des Menechmes-: la fcene 
eu à Epidamne , ville de Macédoine* ; allei-y y 
Meffieurs ^ & demeurex-y , tant que la pièce du«- 
jera. 

L O U A N G,E. 

C'E s T le dilicours ^ Fécrlt ou Faâîon , pai 
le(quels on relevé le mérite d'une adion > 
d'un ouvrage , d'une qualité d'un homme , ou d'un 
çtre quelcoiiqiie. Tous les hommes défirent la 
louange, ou parce qu'ils ont des doutes fiir leuc 
propre mérite , &■ qu'elle les raffure contre le (en- 
timent de leur foibleflè , ou parce qu'elle contri- 
bue à leur donner promptement le plus grand 
avantage de U fociété y c'eft-à-dire , l'cftime du 
public. Il faut louer les jeunes gens , mais tou- 
|our$ avec refiriâion ; la louange comme le vin ^ 
augmente les forces , quand elle n'enivre pas. Les 
)iommes qui louent le mieux, mais qui louent ra-^ 
cernent , font ceux que le beau , l'agréable & l'hon- 
nête frappent par-tout où ils les rencontrent ; le 
vil intérêt , pour obtenir des grâces ; la pl^te va- 
Siité y pour obtenir de la gloire , prodiguent la 
louange ; & l'envie la refufe. L'honnête homme^ 
relevé dans les hommes ce qu'il y a de bien , net 
l'exagère pas , & fe tait £ùr les défauts, ou (ur les. 
foutes ; il trouve , quoi qu'en difè la Fontaine ^ 
qu'on peut trop louer , non les dieux qu'on ne. 
tromperoit pas., luai? ik njaltrefle. &. fon toi qaojii 
tromperoit*. 



tj V. X e: 32ï 



LUXE. 

LE luxe efl ru(age qu'on fait des riche{Ie$ ô£ 
de rinduârie , pour & procurer une exiflea-: 
ce agréable. 
. Le luxe a , pour caulê première , ce mécontent 
tement de notre état , ce defîr d'être mieux , qui< 
eft ôc doit être dans tous les hommes. U e en^ 
eux la cau(e de leurs pafTions , de leurs vertus 8c 
d<B leurs vices. Ce defîr doit néceflàirement leuc 
faire aimer & rechercher les richeflès ; le defîr de* 
s'enrichir entre donc , & doit entrer dans le nom- 
bre des relTorts de tout gouvernement qui n e(fe 
pas fondé fut Tégalité & la communauté des biens ^> 
or l'objet principal de ce defîr doit être le luxe;> 
il y a donc du luxe dans tous les étata^ dans^ tou->- 
t^s les Ibciétés : le iàuvage a (on hamac , qu il ache- 
té pour des peaux de bctes ; TEuropéen a Ton ca^*- 
napé , (on lit; nos femmes mettent du rouge 8c: 
des diamans ; les femmes de la Floride mettent; 
du bleu , & des boulesde verres 

Le luxe a été , de tout temps , le fujet des dé- 
clamations des moraliftes, qui Font cendiré avec- 
plus de morofité que de lumière ;, & il efl y de- 
puis quelques politiques , qui en ont parlé plus'' 
en marchands &: en commis^ qu'en philo (bphes 8c: 
en hommes d'état. Ils ont.ditque le luxe cûntri— 
buoit à la. population. 

L'Italie , félon Tite-Live , dans le tfimps dm 
plus haut (kgré de. la grandeur 8c du luxe de lai 
république Romaine ^ étoit de plus- de moitié': 
moins peuplée , que lorfqu'elle étoitdivifee en pe^ 
ÂtesL républiques y, prefque Cuis, luxe; &• fans- indJuCr 



J2Z L TT X E^ 

Ils ont dît que le luxe enrîchlflbît lès- Etatjs;. 
Il y a peu d*Etats où il y ait un plus grand luxe- 
qu en Portugal ; & le Portugal v avec les reflôur* 
ces de (on fol , de ù fîtuation , & de (es colonies ^ 
efl moins riche que la Hollande , qui n*a pas le&. 
mêmes an^antages ,. & dans les mœurs de laquel- 
le régnent encore la frugalité & la (implicite» 

Us ont dit que le luxe faciiitoit la circulatloft- 
4es monnoies. La France ed aujourd'hui une des 
nations où règne le plus grand luxe ; & on $*y 
plaint avec railbn du défaut de circulation dans 
tes monnoies qui paflènt des provinces dans la 
capitale t (ans refiuer également de la capitale dans. 
tes provinces; 

Ils ont dit que le luxe adoticiiïbit les m<£ttrs y.. 
9t qu'il rcpandûit les vertus^ privées. Il y a beau- 
coup deluxe au Japon ; & les- mœurs y (ont tou- 
jours atroces. Il y avoit plus de vertus privées dans 
Itome 8c dans Athènes , plus de bienféânce & d'hu- 
manité dans le temps de leur pauvreté , que dans.. 
le temps de leur luxe. 

Ils ont dît que le luxe étoît favorable aux pro- 
grès dés connoifi'ances & des beaux arts. Quels 
l^rogrèsies beaux & les connoiflànces ont- ils &ts^ 
éîhez les Subarates, chez les Lydiens., & chez les. 
Tonquinois?' 

Us ont dit que lè Ittxe augmentoit également^ 
& puiflance dès nations ,. & le bonheur dès cito- 
yens. Les Pèr(ês , (bus Cyrus , avoient peu de lu-^ 
ie ; & ils (ubîuguerent les riches & induHrieiuc 
Aflyriens» Devenus riches , 8c celui des peuples 
©ù le luxé regnoit le plus , les Pèr(es furent (ub- 
jiigués par les Macédoniens , peuple pauvre. Ce* 
fcnt dès (aùvages , qui ont renverf? ou ufùrpéles. 
empîres^ des- Ri) mains , des califes de llnde & de 
Et Chinew' Quand au bonheur du citoye» , (î le?^ 
bxe demie, uo. plus grand nombit de commoditfà 



L u X e;. yzîji 

It de plaifirs , vous verrez en parcourant l'Europe^ 
& TAiie.» que ce n'eâ pas du moins au plus grand, 
nombre des citoyes. 

Les cenCêurs du luxe (ont également contredits- 
par les faits. Ils di(ent quil ny a jamais de luxe,, 
Ètns une extrême inégalité dans lesricheflès, c'eil- 
à-dire , £ans que le peuple (bit dans la mi(ère , & 
un petit nombre d*hommes dans l'opulence ; mais- 
eette disproportion ne le trouve pas toujours dans- 
les pays du plus grand luxe ; elle Ce trouve en; 
Pologne 9 8c dans dautres pays , qui ont moins de* 
luxe que Berne &Genève , ou le penpl&eâ.dans^ 
l'abondance. 

lis di(ènt que le luxe fait facrifiér les arts: utT- 
Les aux agréables , & qu'il ruine les campagnes «, 
en raflèfnblant les hommes dans les Villes. Lai 
Lombardie & la Flandre (ont remplie^ de luxe &: 
de belles Villes ; cependant les laboureurs y (ont' 
ncbes ; les campagnes y (ont cultivées & peuplées*. 
Il y a peu de luxe en E(pagne , & l'agriculture y/ 
ed négligée , la plupart des arts utiles y (ont enr- 
Gore ignorés. 

Ils difent que le luxe contribue à la dépoptda-^ 
fion. Depuis un (iécle , le luxe 8c la populatiom 
de l'Angleterre (ont augmentés dans la même pro-»- 
portion ; elle a. depuis peuplé des colonies immetL'*' 
iès. 

lU dlfent que le luxe amollit le courage v Sons 
les ordres de Luxembourg , de: Villars , St- disi 
Cdmte de Saxe^ les Français , le peuple du pluss 
grand luxe connu , (ê (ont momrés les plu» cou- 
rageux* Soiis Sylla , (bus Cé(àr , (bus liicullrrs ,, 
lé luxe prodigieux des Romains , porté dànsleursi 
armées , n'avoit rien été à leur courage.-. 

Ils di(ent que le luxe éteint les (èntimensd'Iioff** 
neur-, &, d amour de la patrie •.Pour- prouver loi 
«ûBtraire-jjei citerai JIe%it:d'Jionjieur'^5C'- 16-1»^- 



L ir X E. jif 

iâ^Grec»,. dçs Romains , des Arabes , des Chi* 
aois y &€• donc le luxe a augmenté en même- 
temps , que ces peuples ont augmenté de gran*^ 
deur y & qui y depuis le moment de leur plus; 
grand luxe y n'ont cefTé de perdre de leurs vertus 
& de leur pulflànce. Ces exemples ont plus de 
£orce , pour prouver les dangers^ du luxe y que les. 
xailbns de (è» apolosiUes , pour les juftifiear ; aufll 
Topinion la plus, générale aujourd'hui , eu - elle 
que , pour tirer les nations de leur foibleffe & 
de leur obscurité , 8c pour leur donner une for- 
ce, une confiflance , une richeflè qui les élèvent 
iùr les autres nations , il. faut quil y ait du luxe;^ 
U faut que ce luxe aille toujours, en croiflant pouL 
avancer les arts , TinduClrie. , le commerce , &. 
pour, amener les, nations, à ce point de maturité , 
iîiivi néceflairement de leur vieillefTe , & cnfia 
de leur deflrudion* Cette opinion eft aflez gêné- 
Baie ; & même M. Hume ne s'en éloigne pas. 

Comment aucun des philofbphes è des polltîr;^ 
quesquiiont pris le luxe pour objet de leurs (pé- 
oulations , .ne s'efl-il pas dit- ? Dans les commen- 
cemens des nations , on eil &. on doit être plus, 
attaché aux principes du gouvernement; dans le& 
C>ciétés naiflàntes- , toutes les ! loix ,■ tous les ré- 
glemens (ont chers aux membres de cette Socié- 
té,, fi elle se A établie libsement; & fî elle nes'efl 
pas établie librement ^, toutes les loix , tous lest 
zéglemens Cont appuyés de la force du légiflateur,. 
dont les vues n'ont point encore varié \ & dont 
les. moyens < ne (ont diminués ni en force ni en. 
nombre; enfin l'intérêt per(bnnel de chaque cito-?- 
yen , cet intérêt qui combat prefque par-tout l'in- 
térêt. général ,, &. qui tend (ans ceflè à s'en (epa*- 
ïer , a moins eu le temps & les moyens de Ce coin.- 
battre a^ree avantagp^ i il efl plus confondu avec, 
hùy, &.]^r coACéqueitt ,^ daa$.k& fociétés. naiflàa^ 



52(5 L u T R 

les , il doit y avoir , plus que dans les autres (a^ 
ciétcs , un efprit patriotique y des mœuis & des- 
Tertus. 

Mais aufH , dans le commencement des nations,. 
la TzïCon y Tefprit , Tinduôrie , ont fait voir moins. 
de progrès ; il y a moins de richeflès , d'arts , de* 
luxe , moins de manière de fe procurer , par le- 
travail des autres , une exiflence agréable ; il y a 
nécefTairement de la pauvreté & de la fimplicité. 

Comme il eâ dans la nature des hommes & de$ 
chofès , que les gouvememens fë corrompent avec 
le temps ; il efl auffi dans la nature des hommes 
êc des choies , qu'avec le temp^ les Etats s'enri- 
chiflènt , les arts fe perfeftionnent , & le luxe- 
augmente. ^Pa-t-on pas vu comme cau(è , & comb- 
ine effet l'un de l'autre , cé^ qui , (ans être ni l'ef- 
fies ni la caufê l'un de l'autre , fe rencontre en£èm-« 
hle , & marche à-peu-près d'un pas égal ? 

L'intéjét personnel , (ans qu'U foit tourné en-. 
amour des richeflès & des plaifirs , enfin en ces- 
jpaffions qui amènent le luxe , n'a-t-il pas , tantâf 
dans les magidrats , tantôt dans le (buverain oui 
dans le peuple , fait faire des changemens dans la 
conflitution de l'état , qui l'ont corrompu ! Où 
cet intérêt per(bnnel , l'habitude , les préjugés, 
n'ont-ils pas empêché de faire des changemens; 
que les circonflances aVoient rendu nécel&ires t 
N'y a-t-il pas enfin dans la conditution , dans l'adr 
miniflration , des fautes , des défauts qui , très-* 
indépendamment du luxe , ont amené la cprnip- 
tion des gouvememens , & la décadence des emr 
pires ? 

Les anciens Verfes , vertueux &r pauvres (ôus* 
Cyrus , ont conquis l'Afîé , en ont pris le luxe ,8D: 
fe (ont corrompus. Mais (e font-ils corrompus pour 
avoir l'Afîe , ou pour avoir pris (on luxe ? N'efi-- 
$si pa& l'étendue de leur donûnatioç qui a çhs^ng^i^ 



ïékin mteurs ?. hrétoit-il pas irapofible que , dan?» 
un empire de cette étendue , il CuhûMt, un bon? 
ordre , ou un ordre quelconque f La Perfè ne de^ 
voit-elle pas tomber dans rabime du delpotiûne? 
Or , partout où Ton voit le de(potiûne , pourquoi 
€hercher d'autres caufes de corruption l 

Le defpotifîne eA le pouvoir aibicraire d'un (êul 
fir le grand nombre, par le (êcours d*un petit 
nombre ; mais le de(pote ne peut parvenir au pou- 
voir arbitraire, (ans avoir corrompu ce petit nom- 
bre. Athènes , dit-on , a perdu & force & Ces ver- 
tus après la guerre du Péioponnè(ê , époque de 
fes richefïès & de (on luxe. Je trouve une cau- 
& réelle de la décadence d'Athènes , dans la puif^ 
(ince du peuple , & ravilifTement du (enat. Quand; 
je vois la puifTance exécutrice & la puiilance lé- 
giilatrice entre les mains d*une multitude aveu^ 
gie , de que je vois en même- temps l'aréopage (ans. 
pouvoir , je juge alors que la république d Athè- 
nes ne pouvoit con(èrver ni puiflànce ni bon or- 
dre ; ce fut en abaif&nt Taréopage , 8C non pas; 
en édifiant les théâtres , que Péridès perdit Athè- 
nes. Quant aux moeurs de cette république , elle 
les conferva encore long* temps ; & dans la guer-^ 
1^ qui la détruiiit , elle manqua plus de prudence* 
que de vertus , & moins de mœurs que de bon> 
fins. 

L'exemple de l'ancienne Rome , cité avec tant: 
^e confiance par les cen(èurs du luxe , ne m'em^ 
barraflèroit pas d'avantage. Je verrois 'd'abord les. 
Vertus de Rome , la force & la (implicite de (es. 
mœurs naître de (on gouvernement & de (à (îtua-r 
tîon ; mais ce gouver?\ement devoît donner aux. 
Romains de Tin quiétude & de la turbulence ; iiî 
leur rendoit la guerre néceflàire ; & la guerre en* 
tretenoit avec eux la force des mœurs , Se le fa- 
«atifiae de la gatriev h YCiceis , que dai» le waas.. 



giS Luxe. 

^e Giméades vint à Rome , & quW y naniP 
portoit los fiâmes de Corinthe & d'Athènes , il y 
avoit dans Rome deux partis , dont l'un devoit 
' (ûbjusuer l'autre , dès que l'état n'auroit plus rien 
à craindre de l'étranger. Je verrois' que le parti 
vainqueur , dans cet empire immenfê , devoit né- 
ceflàirement le conduire au de^potifine ou à la 
monarchie; & quand même on n'auroit jamais vt» 
dans Rome ni. le. luxe & les richeflès d'Antio- 
chus & de Carthage, ni les philo(bphes & les chefs- 
d'oeuvres de la Grèce , la république Romaine n c- 
tant conftituée que pour s'aggrandir (ans cefle^ 
elle (ëroit troublée au moment de (à grandeur; 
U me (èmble que fi , pour me prouver les dan- 

Î[ers du luxe , on me citcrit l'Afîe plongée dans le 
uxe, lami(ère& les vices, je demanderois qu'on* 
me fit voir dans l'Afie , la Chine exceptée , une 
feule nation où le gouvernement s'occupât des* 
mœurs & du bonheur du grand nombre de CesCu- 
)ets« Je ne (erois pas plus, embarrafle par ceux^ 
qui , pour prouver que le luxe corrompt les mœurs* 
f St afFoiblit les/ courages , me montreroient l'Italie; 
moderne qui vit dans le luxe, & qui , en effet,, 
n'efl pas guerrière* Je leur dirois que,. fi l'on fair 
abfiraâion de l'efprit militaire , qui n'entre pas^ 
dans le. caradere des Italiens , ce caraâere vaut 
bien celui des autres nations. Vous ne verrez nul* 
le part plus d'humanité & de bienÊûfance ^ nulle 
part la (ôciété n'a plus de charmes qu'en Italie;, 
nulle part on ne cultive plus les vertus privées*- 
Je dirois que l'Italie , (bumifè en partie à l'auto- 
TÎté d'un clergé qui ne prêche que la paix ,. & d'u- 
ne république où l'objet du gouvernement eft la- 
tranquillité , ne peut ablôlument être guerrière. 
Je dirois même qu'il ne lui (èrviroit à rien de l'ê- 
tre ; que les hommes ni les nations n'ont que* 
fcihlcment ]es-ve£tu& qpl. leur. (ont. inutiles. ^ que 



Luxe; ^29 

11 étant pas unies (ôus un fèul gouvernement ; en^ 
un y qu'étant iituée entre quatre grandes paiflan- 
ces , telles que le Turc' , la mai(bn d'autriche , là 
France & rÈfpagne , Tltalie ne pourroit , quel- 
les que fuflènt (es moeurs , réiiiier à aucune de 
ces puiflknces ; elle ne doit donc s'occuper que 
des loix civiles , de la police , des arts , & de tout 
ce qui peut rendre la vie tranquille âc agréable. Je 
conciurols que ce n eH pas le luxe , mais la (îtua- 
tion & la nature de Ces gouvernemens , qui em- 
pêchent ritalie d'avoir des mœurs fortes , 8c les 
vertus guerrières* 

Après avoir vu que le luxe pourroit n'avoir pas 
été la cau(è de la chute ou de la profpérité des 
empires , & du caradere de certaines nations , j'e- 
xaminerois fî le luxe ne doit pas être relatif à la 
fituation des peuples , au genre de leurs produc- 
tions , à la Situation & au genre de produâions 
de leurs voifins. Je dirois que les HoUandois , fac- 
teurs & colporteurs des nations y doivent confèr- 
ver leur frugalité ^ l^ns laquelle ils ne pourroient 
fournir à bas prix , le fret de leurs vaiiTeaux , 8c 
tran(porter les marchandifts de l'univers. Je di- 
rois que y fi les Suiflès tiroient de la France & de 
l'Italie beaucoup de vins , d'étoffes d'or & de foie , 
des tableaux , des ftatues & des pierres précleufès ^ 
Us ne tireroient pas de leur fol âériie de quoi ren« 
dre en échange à l'étranger ;. & qu'un grand luxe 
ne peut leur être permis , que quand leur indus- 
trie aura reparé chez eux la difette des produo? 
tions du pays. 

En fuppofant qrfen Efpagne , en Portugal , en 
France , la terre fut mal cultivée , & que les ma- 
miËiâures de première ou féconde nécefGté fuflènt 
négligées , ces nations fèroient encore en état de 
fcutenir un grand luxe. Le Portugal , par fes mines 
iiBréfil^ feivin&& fes colonies d'Afrique &d'Ar: 



^JÔ L" tf X E. 

fie , aura toujours de quoi fournir à rétranger ; S 
pourra figurer entre les nations riches. 

L'Efpagne , quelque peu de travail & de cul- 
ture qu il y ait dans Gl métropole & Ces colonies , 
aura toujours les produâions des contrées fertiles^ 
qui compo(ènt Cà domination dans les deux mondes ; 
Se les riches mines du Mexique 8c du Potozi , (bu- 
tiendront , chez elles , le luxe de la cour , & celui 
de la Hiperdition* 

La France , en laiflknt tomber (on agricultuie 
& Ces manufadures de pfemiere ou féconde néce(^ 
fité , auroit encore des branches de commerce abon* 
dantes en richeitès ; le poivre de l'Inde , le (ticre 
ëc le caffé de Ces colonies , Ces huiles & (es vins ^ 
lui foumiroient-des échanges à donner à l'étranger , 
dont elle tireroit une partie de (on luxe ; elle (bu- 
tiendroit encore ce luxe par Ces modes : cette na- 
tion , lonç-tems admirée de l'Europe , en ed en- 
core imitée aujourd'hui. Si' jamais (on luxe étoit 
excefBf , relativement au produit de Ces terres & 
de Ces manufaâures de premiete ou (èconde Wcelr 
£té , ce luxe (èroit un remède à lui-même ; il 
nourrîroit une multitude d'ouvriers de mode, ôc 
tetarderoît la ruine de l'état. 

De ces obfervations & de ces réflexions , }e con- 
clurois que le luxe eft contraire ou Éivprable à ht 
richeflè des nations , (ek>n qu'il confômme plus 
ou moins le produit de leur fol de de leur induftrîe» 
ou qu'il con(bmme le produit du Col 8c de l'indue 
trie de l'étranger ; qu'il doit avoir un plus grand 
ou un plus petit nombre d'objets , (èlon que ces 
nations ont plus ou moins de richelTes : le luxe ed 
à cet égard , pour les peuples , ce qu'il eft pour 
les particuliers ; il faut que la multitude des joui(r 
i^ces (bit proportionnée aux moyens de jouir. 

Je verrois que cette envie de jouir, dans ceux 
^¥l om des. rlcheflès. , & l'envie de s'enrichir dana 



^ ca^x qui R^ont que le néceflàîre ^ doivent excitei^ 

l^s arts y 8c toute espèce dladuflrle. Voilà le pren 

sisiier effet de Tinflinâ , & des paffîons qui nous me-» 

saent au luxe , & du luxe même ; ces nouveaux 

-^gkTts , cette augmentation d*indufirie , donnent ats 

peuple de nouveaux moyens de (ubfiihnce , & doi-« 

-^r^nt par conféquent augmenter la population ; fans 

Huxe y t] y a moins d'échange & commerce ; Gin% 

c::otnmerce , les nations doivent être moins peu- 

jplées ; celle , qui n*a dans (on Cein que des labou-i' 

areurs , doit avoir moins d^ommes y que celle qui 

entretient des laboureurs , de» matelots , des ou-r 

^riers en étoffes. La Sicile , qui n'a que peu de» 

luxe y ed un des pays les plus fertiles de la terre i 

«lie eu fous un gouvernement modéré ; & cepen-> 

^nt elle n'eft ni riche , ni peuplée* 

Après avoir vu que les paillons , qui înfpirent 
le luxe , & le luxe même , peuvent être avanta-* 
^ufes à la population & à la richeilè des états ^' 
^ ne vois pas encore comment ce luxe & ces pzC- 
fions doivent être contraires aux mœurs. Je ne puis 
cependant me diffimuler que y dans quelques par-« 
ties de l'univers , il y a des nations , qui ont le 
plus grand commerce Se le plus grand luxe , & qu2 
perdent tous les jours quelque chofè de leur popu-; 
lation 8c de leurs mœurs. 

S'il y avoit des gouvememens établis fur l'éga-i 
lité parfaite , fur l'uniformité de mœurs , de ma« 
nieres , & d'état entre tous les citoyens , tels-qu'ont 
été à- peu-près les gouvememens de Sparte , de 
Crète , ôc de quelques peuples qu^on nomme fau" 
vages y il eft certain, que le deiîr de s'enrichir n'y 
pourroit être innocent. Quiconque y defîreroit do^ 
rendre la fortune meilleure que celle de fès con- 
citoyens , auroit déia ceffé d'aimer les loîx dans- 
fcn pays , & n'auroit plUs la vertu dans le cœur^ 
^^ais y dans, nos gouvemeiuens modernes. > où bk 



532 L u X È. 

conHitutlon de Fétat 8c des loix civiles eneburagenC 
& aiTurent les propriétés : dans nos gtands états » 
où il faut des richefles pour maintenir leur gcan^ 
deur 8c leur puifiànce , il (èmble que quiconque 
travaille à s'enrichir , (bit un honune utile à l'état , 
8c que quiconque , étant riche , veut jouir , foit 
un homme raisonnable ; comment donc concevoir , 
«que des citoyens , en cherchant à s'enrichir , & à 
jouir de leurs richefles , ruinent quelquefois l'état ^ 
Se perdent les mœurs i 

Il faut , pour réfbudre cette difficulté , Ce rap- 
peller les objets principaux des gouvernemens. Ils 
doivent afiurer les propriétés de chaque sitoyeii; 
mais y comme ils doivent avoir pour but la con- 
fèrvatiôn de tous , les avantages du plus grand nom- 
bre , en maintenant , en excitant même dans les 
citoyens 'l'amour de la propriété , le defîr d'aug- 
menter Cts propriétés , & celui d'en jouir ; ils doi- 
vent y entretenir , y exciter l'efprit de commu- 
nauté , l'efprit patriotique ; ils doivent avoir atten- 
tion à la manière dont les citoyens veulent s'enri- 
chir , & à celle dont ils peuvent jouir ; il faut que 
les moyens de s'enrichir contribuent à la richeflè de 
l'Etat , & que la manière de jouir fbit encore utile 
à l'Etat ; chaque propriété doit fervir à la com- 
munauté ; le bien-être d'aucun ordre 4^ citoyens 
«e doit être (àtrifié an bien-être de l'autre ; enfin 
le luxe & les paffions qui mènent au luxe , ûoU 
vent être fubordonnés à l'efpsit de communauté ,. 
aux biens de la communauté. 

Les paffions qui mènent au luxe , ne font pas 
les feules nécefTaires dans les citoyens ; elles doi- 
vent s'alliera d'autres, à l'ambition , à l'amour de 
la gloire , à l'honneur. Il faut que toutes ces pa(^ 
fions fbient fubordonnées à l'efprit de communauté; 
lui feul les maintient dans l'ordre ; fans lui , elles 
jKMrterqient à de fréquentes, ii^uilices^ & Croient des 



L U X E. 53 j 

iava|[es. Tl faut qu'aucune et ces paffions ne dé- 
truit les autres , & (jue toutes Ce balancent ; £ le 
luxe avoit éteint ces paffions , il deviendroit vi- 
cieux & (uneâe ; & alors il ne fe rapporteroît plus 
à Teiprit de communauté \ mais il reâe (ubordonné 
à cet efprit , à moins que radminiilratiun ne Fen 
ait rendu indépendant , à moins que , dans une 
nation où il y a des richeflês , de l'induârie & du 
luxe 9 ladminilbration n'ait éteint l'écrit de com-. 
munauté* 

Enfin , par- tout où 'e verrai le luxe vicieux , 
par-tout où je verrai le defîr des richeflês , & leur 
ufàge contraire aux mœurs & au bien de l'Etat ^ 
je dirai que Tefprit de communauté , cette balè né- 
ceflàire , (ur laquelle doivent agir tous les reflorts 
de la* (bcieté ^ s'eil anéanti par les fautes du gou- 
vernement ; je dirai que le luxe , utile (bus une 
bonne adminidration , ne devient dangereux , que 
par l'ignorance , ou la mauvailê volonté des admi- 
niftrateurs j & j'examinerai le luxe dans les nations , 
où l'ordre eil en vigueur , Se dans celles où il s'eil 
affoibli. ' 

Je vois d*abord Tagriculture abandonnée en Ita- 
lie , fous les premiers empereurs ^ & toutes les pro- 
vinces de ce centre de l'empire Romain , couvertes 
de parcs , de maifbns de campagnes y de bois plan- 
tés , de grands chemins ; & je me dis qu'avant la 
perte de la liberté , & le rertverfêraent de la conC- 
titution de l'Etat , les principaux Pnateurs , dévo- 
rés de l'amour de la patrie , & occupés du foin d'en 
augmenter la force de la population , n'auroient 
point acheté le patrimoine de l'agriculture , pour 
en faire un objet de luxe , & n'auroient point con- 
I verti leurs fermes utiles en maifôns de plaifànce : 
je fîiîs même affuré que , (î les campagnes d'Italie 
n'avoîent pas été partagées plufîeurs fois entre les 
(pldats des partis de Silia > de Céfar & d'Augufie, 






534 L U X EL 

|ui négligeoietit de les cultiver, l'Italie mette { 
(bus les empereurs , auroit conservé plus long-tems 
£>n agriculture. 

Je porte mes yeux w des royaumes , où règne 
le plus grand luxe , & où les campagnes derJeiH 
tient des délèrts ; mais , avant d'attribuer ce mal- 
heur au luxe des villes , je me demande quelle t 
été la conduite des adminiiirateurs de ces royaumes; 
& ]e vois de cette conduite naître la dépopulation 
attribuée au luxe ; j'en vois naître les abus du luxe 
même. 

Si , dans ces pays , on a (urchargé d*impots ft 
de corvées des habitans de la campagne ; û l'abfls 
d'une autorité légitime les a tenus (ouvent dans Vink- 
quiétude & dans Taviliflement ; fî des monopoles 
ont arrêté le débit de leurs denrées ; û on "a fait 
ces fautes , & d'autres dont je ne veux point parler, 
'une partie des habitans des campagnes a du les 
abandonner , pour chercher (a fubfî&nce dans les 
villes ; ces malheureux y ont trouvé le luxe ; & ett 
iè confâcrant à (on (êrvice , ils ont pu vivre dans 
kur patrie. Le luxe , en occupant dans les villes 
les habitans de la campagne , n'a fait que retarder 
la dépopulation de l'Etat ; je dis retarder , & non 
empêcher , parce que les mariages font rares dans 
des campagnes misérables , & plus rares encore 
parmi l'elpece d'hommes , qui Ce réfugient de la 
campagne dans les, villes ; ils arrivent , pour ap- 
prendre à travailler aux arts de luxe ; & il leur 
faut un tems confîdérable , avant qu'ils (oient mis 
en état d'aiTurer , par leur travail , la (iibfidance 
d'une famille ; ils laiflent palier les momens où la 
nature (bliicîte fortement a l'union des deux (è^es; 
& le libertinage vient encore les détourner d une 
union légitime. Ceux qui prennent le parti de & 
donner un maître , font toujours dans une (ituatioR 
incertaine ^ ils n'ont ni le tems , ni la volonté de 



Luxe. 335 

fi maner ; mais , fî quelqu'un d eux ^c un eu- 
l>liilêment , il en a Tobligation au luxe , & à la 
prodigalité de Thomme opulent. 

Jlf^oppreffion des campagnes Hiffit pour avoir éta* 
bli Textréme inégalité des richeflès , dont on attri- 
bue Torigine au luxe , quoique lui lèul au con- 
«traire puidè rétablir une (brte d'équilibre entre le$ 
fortunes : le payfàn opprimé cefle d*étre proprié- 
taire ; il vend le champ de les pères au maître qu'il 
VeH donné j & tous les biens de l'Etat pafTent in- 
fênfiblemeht dans un plus petit nombre de mains. 
Dans un pays , où le gouvernement tombe dans 
de (î grandes erreurs , il ne faut pas de luxe , pour 
éteindre Tamour de la patrie , ou la faire haïr au 
citoyen malheureux ; on apprend aux autres , 
quelle eft indifférente pour ceux qui la conduisent ; 
& c'eft affei , pour que perfonne ne Taime plus 
avec pafïîon. 

Il y a des pays où le gouvernement a pris encore 
• d'autres moyens , pour augmenter l'inégalité des 
richefîes , & dans lefvjuels on a donné ; on a con- 
tinué des privilèges exclufîfs aux entrepreneurs de 
plufîeurs manufaéhires , à quelques citoyens , pour 
faire valoir des colonies , & a quelques compa- 
gnies , pour faire (êuls un riche commerce. Dans 
d'autres pays, à ces fautes , on a ajowté celle de 
de rendre lucratives à l'excès les charges de finance 
qu'il falloit honorer. 

On a , par tous ces moyens , donné naiflànce 
à des fortunes odieufès & rapides : fî les hommes 
favorifës y qui les ont faites , n'avoîent pas habité 
la Capitale , avant d'être riches , ils y (erqient ve- 
nus depuis , comme au centre du pouvoir & des 
plaiîîrs ; il ne leur refte à défirer , que du crédit 
;& des jouiflànces ; & cefl dans la Capitale, qu'ils 
• viennent les chercher : il faut voir ce que doit pr<h 



55<5 Luxé. 

duire la réunion de tant d'hommes t>pulens dafil 
le même lieu. 

Les hommes , dans la fociété , Ce comparent 
continuellement les uns aux autres ; ils tentent fans 
. ceflè à établir dans leur propre opinion , & enibite 
dans celle des autres ^ Tidée de leur tiipériorité: 
cette rivalité devient plus vive entre les hommes, 
qui ont un mérite du même genre ; or il n^y a 
qu'un gouvernement qui ait rendu, comme celui 
de Sparte , les richeiîes inutiles , où les hommes 
puiflèht ne pas fê faire un mérite de leurs richeflês; 
dès qu'ils s'en font un mérite , ils doivent faire des 
efforts pour paroitre riches ; il doit donc s'intro- 
duire , dans toutes les conditions , une dépenlè ex- 
cefllve pour la fortune de chaque particulier. Se 
un luxe qu'on appelle de bienféance 2 (ans un îm- 
jnenfè fuperflu , chaque condition Ce croit mi(e- 
rable. 

Il faut obfêrver que , dans prelque toute TEo- 
rope , l'émulation de paroitre riche , & la confidc- 
ratîon pour les richeflês , ont du s'introduire indé- 
pendamment des caufes fi naturelles , dont je 
viens de parler ; dans les tems de barbarie , où le 
commerce étoit ignoré , & où des manu&âures 
groffieres n'enrichiflbient pas les fabriquans , il n'y 
.avoit de richeflês , que les fonds de terre ; les ihuîs 
hommes opulens étoient les grands propriétaires; 
or ces grands propriétaires étoîent des (eigneurs de 
fiefs. Les loix des fiefs , le droit de pofl^er feuls 
certains biens , maîntenoient les richeflês entre les 
mains des nobles ; mais les progrès du commerce, 
de l'induflrîe & du luxe , ayant créé , pour ainfî 
dire , un nouveau genre de richeflês , qui furent 
le partage du roturier , le peuple , accoutumé à 
re(peder l'opulence dans Ces fiipérieurs , la relpeâa 
dans n s égaux ; ceux-ci crurent s'égaler aux grands, 
ea imitant leur fafle j les grands crurent voir tomber 

nûtrarcliie 



Luxe. 337 

Riiérarchie , qui les élevoic au-deflus du peuple ; 
ils augmentèrent leurs dépensés , pour èonfervec 
leurs diftindions ; c*eû alors que le luxe de bien- 
feance devint onéreux pour tous les états , & dan- 
gereux pour les moeurs. Cette fîtuation des hom- 
mes fit dégénérer lenvie de s'enrichir en exce(fiv9 
cupidité ', elle devint , dans quelques pays , la pal^. 
iipn dominante , & fit taire les pafGons nobles , qui 
ne dévoient point la détruire , mais lui commander» 

Quand l'extrême cupidité remue tous les'cœurs^ 
les enthoufîalmes vertueux di(paroifIent ; cette ex-. 
tréme cupidité ne va point (ans Telpri? de propriété 
lé plus exceffif ; l'ame s'éteint alors ; car elle s'é-: 
teint , quand elle le concentre. Le gouvernement 
embarraffë ne peut plus récompenser , que par des- 
(bmmes immenfès ^ ceux qu'il récompen(bit par de. 
légères marques d'honneur. 

Les impots multipliés Ce multiplient encore , Sc 
pefènt fur les fonds de terre & fur l'induflrie né-. 
cefTaire , qu'il eft plus aifé de taxer que le luxe ^ 
f<)it que y par fès continuelles viciffitudes , il échap** 
pe au gouvernement , (bit que les hommes les plus 
riches aient le crédit de s'affranchir des impots ; 
il efl moralement impoffible qu'ils n'aient pas plug 
de crédit , qu'ils ne devroient en avonr ; plus leurs 
Ibrtunes font fondées fur des abus , & ont été ex- 
ceffives & rapides , plus ils ont befbin de crédit 
& de moyens d'en obtenir. Ils cherchent , & réu(^ 
fiffent à corrompre ceux qui (ont faits pour les ré- 
primer. 

Dans une république , ils tentent les magîftrats ^ 
les adminifkateurs : dans une monarchie , ils pré'- 
Tentent des plaifîrs & des richefïes à cette noblefle^ 
dépofîtaire de l'efprit national 8c des mœurs , com- 
me les corps de magiûrature fcnt les dépoiîtaires 
des loix. 

Un des effets du crédit des hommes richçS| 

Tome IIU E 



J38 ^ L'U X £• 
quand tes richeflcs font tnég^ement partagées ,iilf 
effet àe Tutàge fafhicux des richeilês , un eSet éa 
befoln qu'on a des hommes nches y de i'antodté 
qu'ils {Mrennent y des agrémens de leur (bciété ; c'e& 
k confufion des rangs donr f ai. déjà dit un xaot; 
aiors Ce perdent le ton y la décence , ks dtfiinc- 
tions de chaque état , qui (errent , plus qu'on 
ne penft , à coniêrver Véiprit de chaque état; 
quand on ne tient plus aux marques de Con rang y 
on n*eft plus attaché à Tordre général ; c'efl quand 
on ne vent pas remplir les deroirs de fôn état y 
qu'on néglige un extérieur , un ton , des manie- 
ms qui rappelleroient l'idée de ces devoirs aux 
autres , ft à foi-méme. D'ailleurs on ne conduit 
le peuple ni par des raifimnemens , ni par des dé- 
finitions , il faut impo&r à Ces (èijs , & lui an- 
rionce^ , par des marques difHnâives , (on (buye* 
min, les grands , les magiftrats , les minières de 
|a religion ; U faut que hoir extérieur annonce k 
puiiTance , la bonté , la grandeur , la (àinteté , ce 
qu'eA ou oe que doit être un homme d'une ceci-' 
faine daflè , le citoyen revêtu d'une certaine dig* 
Hité : par con(equent , l'emploi des richeflès qui 
donneroit au magiftrat l'équipage d'un jeune (êi- 
gneur , l'attirail de la molleflè , & la parure afîèc- 
téeau guerrier , l'air de la diilîpation au prêtre» 
le cortège de la grandeur au fimple citoyen , af- 
foibkroit néceffairement dans le peuple ïimpie^ 
fion que doit faire (lir lui la préfènce des hom- 
jnes deftinés à la conduite ; & avec les bîenfein- 
€es de chaque état , on yerroit s'eftacer jufqu'à la 
moindre trace de Fordre général ; rien ne pour* 
proit rappeller les riches à des devoirs , 8c tout les 
avertircit de jouir. 

Il eft moralement néceflàire que l'udtge des rî- 

çbeflcs fbit contraire au bon ordre & aux moeurs* 

' (^mi les ù^f(&!^ S^^P ^uifes Cm$ travail , ou 



pan ieÈ àbùs ^ les nouveaux ilches Ce donnent 
ptoitiptement la jouiflânce d*une fortune rapide^ 
t& d*aboird s'accoutument à Ti^aâion ^ & au be» 
€<>in dé$ diflipations ffivoles ï odieux à h plupart 
de leurs citoyens , auxquels ils ont été injufle*, 
iment préférés , aux fortunes de(quels ils ont été 
des obûades , ^s ne cherchent point à obtenit 
d'eux ce qu'ils ne (pourroient en efperer , l'edimâ 
Se la bienveillance ; ce font iûr-tout les fortunes 
des monopoleurs , des adminlArateurs Se receveur^ 
des fonds publics , qui (ont les plus odieuses » 8t 
pat conféquent celles doAt on eu le plus tenté 
d'abufet. Après avoir (âcrifié la vertu & la téputa* 
tîon de probité aux de/îrs de s'enrichir , on ne s'a- 
vi(ê guère de faire de (es richeffes un ufage vet- 
tueux ; on cherche à couvrir , (bus le fade 8c lei 
décorations du luxe y l'origine de Ùl &mille , et 
celle de (àfofturïe; on cherche à perdre dans leil 
plaifirs le (ouvenir de ce qu'on a &it ^ & de ce 
i^'on a été* 

Sous les premlefs empereufs y des honimes ^ 
d'une autre claflè que ceux dont je viens de pa^^ 
1er , étoient failêmblés dans Rome y où ils ve» 
noient apporter les dépouilles des Provinces afiu» 
jetties ; les Patriciens le fùccédoient dans les gou« 
Vetnemens de cet Provinces ; beaucoup memd 
ne les habitoient pas , & (è contentoient d'y faird 
quelques Voyages ; le quefleut pilloit pout lui , ôt 
pour le procon(ul que les Empereurs aimoieçt à 
retenic dans Rome , fur-tout s'il étoit d'une fa- 
mille puîf&nte ; là le patricien n'avoit à efpefet 
m crédit nî part au gouvernement , qui étoit en* 
tfe les mains des affranchis , il Ce livïoit donc à 
la molefle Se aux plaifîfs ; on ne ttôuvoit pliià 
tien de la force Se de la fierté de Tâncienne Ro-»- 
me, dans des (enateuts qiii achetoient la fécurité 
pa« Taviitilèinent ^ ce n étoit pas le luxe qui les 

Pij 



340 L u X î;. 

.avoit avilis , c*étoit la tyrannie ; comme la pa^ 
.{k)n des {peâacles n*auroit pas fait monter fur le 
théâtre les fcnateurs & ies empereurs , fi ToubH 
parfait de tout ordre , de toute décence & de tou- 
te dignité , n'avoit précédé & amené cette paffion. 

S'il y avoit des gouvernemens où le légiilateuc 
.auroU trop fixé les grands dans la capitale , s'ils 
avoient des charges , des commandemens , Sec 
qui ne leur donneroient rien à foire ; s'ils nç- 
toient pas obligés de mériter , par de grands fèr- 
vîces , leurs places & leurs honneurs ; u on n*ex- 
citoit pas en eux Témulation du travail & des ver- 
tus ; fi enfin on leur laifToit oublier ce qu'ils doi- 
vent à la patrie ,. contents des avantages de leurs 
-lîchefles & de leur rang , ils en abufêroient dans 
J'cîfiveté, 

Dans plufîeiirs pays de l'Europe , il y a une for- 
te de propriété , qui ne demande au propriétaire 
m foins économiques , ni entretien, je veux par- 
ler des dettes jiationales ; & cette forte de biens 
cft encore trcs-propre à augmenter , dans les -gran- 
des Villes , les défbrdres qui (ont les effets tiécef- 
iàires d'une extrême opulence unie à la frivolité. 

De ces abus , de .ces /au tes , de cet état des 
cTiofès dans les nations , voyez quel caradere le 
luxe doit prendre , & quels doivent être les ca- 
rabe res des diiférens ordres d'une nation. 

Chez, les habitans de la campagne il n'y a nul- 
le élévation dans les fentimens ; il y a peu de ce 
courage qui tient à l'eflime de (bi-méme , au (èn- 
tîment de fes forces ; leurs corps ne font point 
robuiîes ; ils n'ont nul amour pour la patrie, qui 
n'ed pour eux que ie théâtre de leur avilifTement 
& de leurs larmes : chez les artifàns des Villes , il 
y. a la même bafTefTe d'âme ; îk {ont trop près de 
,jg5ux qui les méprifènt , pour s'eflimer eux-mê- 
?nïes i leurs corps énervés ^ar ks travaux feieiir: 



taires i font peu propres à foutenlr les ^tiguest.- 
Les loix qui , dans un gouvernement bien réglé ^ 
font la fêcurité de tous , dans un gouvernement 
où le grand nombre gémit (bus Toppreffion , ne 
{ont pour ce gfand nombre , qu une barrière , qui 
lui ôte refpérance d'un meilleur état ; il doit de- 
fîrer une plus grande licence , plutôt que le réta»- 
bliflèment de l'ordre ;. voilà le peuple^ jr voici lec 
autres claflès. 

Celle de l'état intermédiaire ^ entre le peuple 
& les grands , compofêe des principaux arti(àn« 
du luxe 9 des hommes de finance & de commer*- 
ce , & de prefque tous ceux qui occupent les (è- 
eondes places de la (bciété y travaille fans celle' 
pour pafTer d'une fortune médiocre à une plus 
grande ; l'intrigue & la fripponerie. font fbuvent 
fes moyens ; lorfque l'habitude des (êntimens honr 
nêtes ne rétient' plus , dans de jufies bornes', la 
cupidité & l'amour effréné de ce qu'on appelle 
plaijirs ; lorfque le bon ordre & l'exemple n'im- 
priment pas le refped & l'amour de Thonnêteté ,. 
le (ècond ordre de l'état réunit ordinairement les 
vices du premier fit du dernier, 
; Pour les grands , riches (ans fondions , décoré»- 
,làns occupations , ils n'ont pour mobile que la 
fuite de l'ennui , qui ne donnant pas même des^ 

Poûts , fait pafïèr l'ame d'objets en objets , qui 
amufent (ans k remplir & (ans' l'occuper ; on a ,, 
dans cet état , non des enthou(îa(mes> , mais dçs 
enjouemens^, pour tout ce qui promet un plaifîr r 
dans ce torrent de modes , de phantaifies , d'amu- 
iemens , dont aucun ne dure , & dont l'un détruit: 
l'autre , l'àme perd jufqu'à la force de joyir , & 
devient aufli incapable de (en tir le grand- & le 
beau , que de le produire ; c'eft alors qu'ilr n'eil 
plus queflion de fçavoir lequel eft le plus eflim** 
blede Corbulon ou de Traféas jamais. fî on do^^rr- 



54^ L V X IL 

nera la préférance à PUade ou à Batytie ; c^eH 
alors qu^on abandonne la Midée d'Ovide , le 
THieâe de Varus , & les pièces de Tércnce pour 
les farces de Labénus ; les talens politiques & mi- 
litaires tombent peu-à-peu , aif»fî que la philofô- 
phie , réloquence , âc tous les arts d'imicadonr 
4es hommes frivoles , qui ne font que jouir , ont 
épuifé le beau , 8c cherchent 1 extraordinaire ; alors 
31 entre de Tincertain , du recherché ^ du puéril , 
4ans les idées de la perfeâion ; de petites âmes 
qu'étonnent & humilient le grand de k fort , leur 
préfèrent Le petit ^ le bouffon , le ridicule , l'a^ 
ftdi ; les talens qui ibnt le plus encouragés , font 
ceux qui flatent les vices êc le mauvais gbût ; & 
9s perpétuent ce dén>rdre général que n'a point 
amené le luxe , mais qui a corrompu le luxe Se 
les mceurs« 

Si le luxe déibrdonné Ce détruit lui-même , it 
ïpui(ê (es (burces , il tarit lès canaux. Les hom- 
mes oififs qui veulent palier , (ans intervalle , d'un 
ebjet de luxe à l'autre , vont chercher les pro- 
duâîoiis Se l'ifiduiirie de toutes les parties du 
inonde : les ouvrages de leurs nations pafl^t de 
mode chez eux ; & les artifàns y font découragés ; 
l'Egypte^ les cétes d'Afrique , la Grèce ^ la Syrie y 
f Efpagne fèrvoient au luxe des Romains , fous les 
premiers Empereurs , & ne lui (uffî(bient pas. 

Le goût d'une dépenfè exceiGve , répandu dans 
toutes les claiïès des citoyens , porte les ouvriers 
à exiger un prix excefHf de leurs ouvrages. Indé- 
pendamment de ce goût de dépende , ils- font for- 
ces à haufïcr le prix de la main d'oeuvre , parce 
qu'ils habitent les grandes Villes ; des^ Villes opu- 
lentes , où les denrées nécelTaires ne font jamais 
à bon marché , bient6t des nations plus pauvres^ 
&, dont les mœurs (ont plus (impies , font les mê- 
lées cho(^s $ 5c 1^ débitsiït à un pri^ fi^s. k^s^x 



\ 



Lux é; ^45 

/tû9 débitent de préférence. L'îndufirie de la 
nacîofi méine , Tinduikie du luxe diminue , Ùl pui(^ 
iânce safoiblit ^ &s Villes £é dépeuplent , (es ri^ 
dieflês paiTent à Tetranger ; & d*ordinaire , il lui 
leâe de la oioUeâè . de la langueur , & de rha«> 
bitude à i*efciavage. 

Après aroir m quel efl le caraâere d'une na-* 
tîofi , où régnent certain abus dans le gouverne^ 
ment ; après avoir vu que les vices de cette na- 
tion font moins les effets du luxe , que de ces 
abus y voyons ce que doit être Telprit national 
d'un peuple qui railemble cbez. lui tous les objets 
poflibles du plus grand luxe , mais qui f^ait main- 
tenir dans l'ordre un gouvernement (kge 8c vigou- 
reux , également attentif à conserver les véritabiesi 
xicheflès de TEtat , & les mœurs. 

Ces richeflès & ces moeurs font le fruit de l'aï- 
Xànce du grand noAibre , & fîir-tout de l'atten- 
tion extrême de k part du gouvernement , à di- 
riger toutes Ces opérations pour le bien général , 
&is acceptions ni de clallès , ni de particuliers , êc 
de Ce parer (ans ceflè , aux yeux du public , de 
ces intentions vertueu(ès. 

Par-tout ce grand nombre eft , ou Hoît être 
compo(e des habitans de la campagne , des cul * 
vatevirs ; pour qu'ils (oient dans rai(ânce 9 il fl 
qu'ils (oient laborieux ; pour qu'ils (oient JUb 
rieux , il faut qu'ils aient l'efpérance que leuir 
travail leur procurera un état agréable ; il faut aui^ 
fi qu'ils en aient le defir. Les peuples tombés dans 
le découragement , fe contentent volontiers du 
(impie néceflàire , ainfî que les habitans de ces 
montrées fertiles , où la nature donne tout , & où 
tout languit , fi le légiflateur ne (çait point intro- 
>^uire la vanité , & à la fuite un peu de luxe. ^ 
V faut qu'il y ait dans les villages , dans les plus 
'petits bourgs , des manufaâures d'ufienciies y d'é- 

Piv 



cire 
Ubo- 



^44 Luxe. 

roncs , &c fiéceiizires a Fentretien , & même I 
la parure grc&ere des hahiians de la camp^ne: 
ces ntznutkàarts y augmenccroiit eocore Tai^ace 
& ia ^^puktion. Cétoit le projet da gcand Col- 
bert , a Son. a trop accaie d*avoir vobId faire des 
Frip.^z^s une nation (êalemeiit ciuiinierçante. 

Lorfqoe les habitafis de la campagne (ont bîea 
t -aires , inlên/iblement le nombie des propriéta^ 
Tes s'augmentent panni eux : od y voit diminuée 
rextrême diihnce & la Tile dépendance du pau- 
vre au riche ; de-lâ ce peuple a des (êntiiiiens éle- 
vas , du courage , de la force d'âme , des corps ro- 
buÛes , Tamour de la patrie , du cefpeô , de Fat^- 
tachement pour des magiihats , pouF un Prince ; 
un ordre , des loîx auxquelles il doit (on bien être 
& fcn repos : il tremble moins devant (on (êi- 
^eur ; mais il craint (à conicîence , la perte de 
les biens , de (on honneur & de (à tranquil- 
lité. Il Tendra chèrement fan travail aux riches; 
Se on ne verra pas le fils de llionorable Faboa- 
xeur quitter û Êicilement le noble métier de Ces pe- 
Tes , pour aller fe (ôuiller des livrées & du mé- 
pris de Fhomme opulent» 

Si Fon n'a point accordé les privilèges exchiâfs 
dont j'ai parlé ; fi le (yiléme des finances n'entaf- 

S oint les richefîês ; fi le gouvernement ne £zyo- 
1^ la corruption des grands , il y aura moins 
d'hommes opulens fixés dans k capit^e ; & ceux 
qui s'y fixeront , n'y feront pas oififs ; il y aura 
peu de grandes fortunes , & aucune de rapide : les 
moyens de s'enrichir , partagés entre un plus grand 
nombre de citoyens , auront naturellement divî' 
fé les richefîês ; Fextréme pauvreté & l'extrême 
richefTe feront également rares. 

Lorfque les nommes accoutumés au travail , 
font parvenus lentement & par degrés à une gran- 
de fortune , ils confèrvent le goût du travail 5 p^ 



L U X E^. ^ 345 
ie ptaîfir les délafle , parce quîls jouiflent du 
travail ménie , & qu'ils ont pris long- temps , dan« 
les occupations affidues , & Técononiie d'une for- 
tune modérée , Tamour de Tordre , ôc la modéra*' 
ration dans les plailir^» 

Lorfque les hommes font parvenus à la fortune ,« 
par des moyens honnêtes , ils confèrvent leur hoa- 
néteté ; ils confcrvent ce re(ped pour (bi-méme y . 
qui ne permet pas qu'on Te li^fre à mille, phan-r 
taifîes délbrdonnées'; lorfqu'un homme , par l'ac- 
quifition- de Ces richefTes ,i Cervir Ces concitoyens , , 
en apportant de nouveaux fonds à Té^at , , ou en 
feKant fleurir un genre d'induftcie utile , il (qait 
que ùi fortune eft moins enviée qu'honorée , & 
comptant Cvlt- TefUme & la bienveillance de . £è$- 
concitoyens , i^ veut confèrver l'une & l'autre. 

Il y aura, dans le peuple des Villes , & un pea' 
éeiiis celui des campagnes, une certaine recherche 
de commodités , & même un luxe de bienséan- 
ce , mais qui tiendra toujours à l'utilité ; & l'a^ 
mour de ce luxe ne dégénérera jamais en une fol» - 
le étmilatiom 

Il y régnera , dttns la féconde clafîe des cîto-*' 
yens un- esprit d'ordre , & cette aptitude à la dil^ 
cuffion que prennent naturellement les hommes 
qui s'occupent de leurs: affeires : cette clafîe de ci- 
toyens cherchera du folide dans lès amufemenf 
même : fiere , parce que de mauvaises mœurs ne 
l'auront point avilie ; jaloufe des grands , qui ne- 
lauront pas corrompue , elle veillera fur leur con- 
duite ; elle Cent flatée de les éclairer ; & ce fera ' 
d'elle que partiront des lumières qui: tomberort" 
ftr le peuple , & remonteront vers les grands. - 

Ceux-ci auront des devoirs ;. ce fera dans lesar* 
mces & fur la frontière ^ qu'apprendront -la guerre 
«eux qui Ce consacreront à ce métier , qui e3 leuf ' 
écafc^. ceux ^ui.fo. deûinerout à. quelques piirties 



34^ L tf ï E. 

.du gouverttèment , s'en Inûruiront long-tempt-aie^ « 
aifiduité , avec application ; & (î des récompenfes j 
pécuniaires ne font }amais entaflee^ lur ceux mér 
«ne qui auront rendu les plu» grands fèrvices ; fi 
)es grandes places ^.les gouvernement , les. coat- 
snandemens , ne (ont Jamais donnés a la naiflânce 
£uis les fèrvices ; s'ils he (ont jamais, (ans fonc- 
iâonsy les grands ne perdront- pas dans un luxe ci- 
⣠âc frivole , leur (èntiment & la faculté de s'é- 
ckirer : moins tourmenté» par i!enmii y. ilsn^puL 
firent ni leur imagination y ni celle dé leurs âa- 
fteurs y à la. recherche des plaifirs- puérils ^ 8c de^^ 
modes. fantafiiques^ ilin*étaleront pas un fade ex— 
seÛSf y parce qu'ils auront des prérogative» réel- 
les ^ & un mérite véritable ^ dont le public leur 
tiendra compte. Moins rafièmblës ^ & voyant à 
^oté d'yeux moins d'honunes opulens , ils ne por^*' 
feront point à l'excès leur luxe de biehfêance : té- 
moins de Tintérét que le gouvernement prend ai|t 
maintien de l'ordre & au bien de l'état, ils feront 
attachés à l'un & à laùtre ; ils^ inQ>ireront l!amour' 
es la patrie, &. tou» les fèntimens d'un honneur 
«enueux & (evère; ils feront attachés» à la décen- 
ce^ des moeurs y ils auf ont le maintien Se le ton de^ 
fcttr état. 

Alors , m la mifere ,. ni lèbefoin d'une dépens 
ie exceffive , n'empêchent point les mariages ; Se 
la population augmente ^on- le fbutient^, ainfique 
ie inxe 8c les ridieflès^ de la nation : ce luxe eik 
de< représentation^ , de commodité' 8t de phantaifîe r 
ili raflêmble , dans ces: differens genres^, tous le» 
«iTts» amplement iitiles., 8t tous les beaux artsf 
mais retenir dans de juftès bornes par Tefprit de 
communamé,. par l'application- aux devoirs- & par 
dbs: occupations qui ne laifiènt personne dans.lr 
lielôln continxr des pbifirs , il eil divife , ainfî que: 
le&ri;cyËdIk9^ & toutfs&les^mahicaie&deîavîrji tca«: 



L IT X ÏT^ ^ 3f47 

les oi>[ets les plus oppofés , ne font point ràfiem- 
blés chez le même citoyen Alors les diflérentes 
branches de luxe , fès différens objets , Ce placem 
felon la différence des états : le militaire aura de 
belles armes , 8c des chevaux de prix ; il aura de 
la recherche dans Téquippement de la troupe qui 
kii fera confiée : le magiftrat confèrvera dans fon 
luxe , la gravité de fbn état ; fbn luxe aura de la 
dignité , de la modération : le négociant , Thom- 
me de finance , auront de la recherche dans les 
commodités : tous les états fèntiront le prix des^ 
beaux arts , 8c en jouiroint ; mais alors ces beaux» 
arts ramènent encore Tefprit des citoyens aux fen- 
timens patriotiques , & aux véritables vertus : ils- 
fie font pas feulement pour' eux des objets de dif^ 
fipation ; ils leur préfêntent des lettons & des mo- 
dèles. Des hommes riches dont Tame eft élevée ,. 
élèvent Tame des artifles ; ils ne leur demandenr 
pas une Galatée maniérée ^ de petits Daphnis^ ^ 
«ne Madekine , uff Jérôme ; mais ils leur propa- 
fent de repréfenter S, Hilaire bleflTé danorereufe- , 
ment , qui montre à fbn fils le grand Turenne; 
perdu pour la patrie* 

Tel fut remploi des beaux arts dans la Grèce 
avant que les gouvernemens s'y fuflfent corrom— 
pus : c^efl ce qu'ils font encore fouvent en Europe- 
«hei. les nations éclairées , qui ne font pas écar-^ 
jses des principes de leur conâitution. La Fran^ 
ce fait faire un tombeau par Pigalle au généraC 
qui vient de la couvrir de gloire : fes temples^ 
&nt remplis de monumens^ érigés en faveur' des; 
citoyens qui l'ont honorée , fie fès peintres*pnt foif- 
¥ent' fanâifié leurs^ pinceaux , par les portraits^ 
des hommes vertueux* L'Angleterre a fait bâtir 
Je château dé Bleinheim- ^ à la gloire du Diic dh 
Malbourg : fes poètes- & fes orateurs célèbrent 
«ootimieliemeiM^ kur». çonùtoxeo^ iUuflres ,^ d%.(2 

Evjj 



T 



548 L u X ïf. 

rccompcnfes par le cri de la nation , & par les 
honneurs que leur rend le gouvernement; Quelle 
force ! quels fentimens patriotiques ! quelle éléva- 
tion ! quel amour de Thonnéteté , de Tordre & de 
rhumsnité , n'infpirent pas les poëfîes des Corneil- 
les , des Adiflbn , des Pope , des Voltaire ! Sî 
quelque poète chante quelquefois la mollefle & la 
volupté , Ces vers deviennent les exprefïîons dont 
^e (êrt un peuple heureux dans les momens d'une 
îvrefle paffegere , qui n'ote rienàrfès occupations 
& à ies devoirs. 

L'éloquence reçoit des (êntîmens d'un peuple 
bien gouverné ; par fa force & (es charmes , elle 
railumeroit les fentimens patriotiques , dany les 
momens où ils (croient prêts à s'éteindre. La phi- 
lo (bphie , qui s'occupe de la nature de l'homme ; 
de la politique & des mœurs , s'emprefTe à répan- 
dre des lumières utiles fîir toutes les parties de 
Tadminidràtion , à éclairer (tir les principaux de- 
voirs , à montrer aux fbciétés leurs fondement fo- 
Vides , que Terreur feule pourroit ébranler. Rani- 
mons encore en nous Tamourde la patrie , de 
Tordre des loix ; & les beaux arts cefîeront de Ce 
profaner , en fê dévouant à la fùperflitîon & au 
libertinage ; ils choifîront des fujets utiles aux 
moeurs ; & ils les traiteront avec force , & avec 
•noblefïè. 

L'emploi des rîchefles , difté par Tefprit patrio* 
tique , ne fe borne pas au vil intérêt perfonnel , 
& à de fauiïes & de puériles jouifTances : le luxe 
alors ne s'oppofe pas aux devoirs de père, d'époux, 
d'ami & d'homme. Le fpedacle de deux jeunes 
gens pauvres , qu'un homme riche vient d'unir pat 
le mariage , quand il les^ voit contens- fur la porte 
de leur chaumière , lui fait un plaifir plus fènlî- 
ble , plus pur & plus durable , que le fpeélaclé du 
grouppe de Sahnacis.& d'Hermaphrodite place dans 



L u X Ë. j49^ 

îes îardîns. Je ne crois pas ^ue , dans un état bien 
adminiftré^ & où, parconfépent , règne lamouc 
de la patrie , les beaux magots de la Chine ren- 
dent auffi heureux leurs porfelTeurs , que le feroit 
Te citoyen qui auroit volontairement contribué de 
festrélbrs à la réparation- d'un chemin public» 

L'excès du luxe n eft pas dans la multitude do 
fes ob'ets & de fès moyens ; le luxe eu rarement 
exceffif en Angleterre , quoiqu'il y ait chez cette 
natiorf tous les genres de piaifîrs que rinduftrie peut 
ajouter à la nature , & beaucoup de riches parti- 
culiers qui fê procurent ces piaifîrs. 11 ne Teft de- 
venu en France ^ que depus que les malheurs de 
la guerre de 1700 ont mis du dé(brdre dans les 
finances , & ont été la caufe' de quelques abus. Il 
y avoitplus de luxe dans les belles années du fîé- 
cle de Louis XIV, qu'en 1720 ; & en 1720 ce 
luxe avoit plus d'excès. 

Le luxe eft excefïîf dans touterles occafîons où 
les particuliers ûcrifient à leur fafte , à leur com- 
modité , à leur phantaifîe, leurs devoirs ou les in- 
térêts de la nation ; & les particuliers ne (ont con- 
duits à cet excH que par quel:jues défauts dans la 
conftitution de l'Etat , ou par quelques fautes dans 
Tadminiftration. Il n'importe i cet égard, que les 
nations fbient pauvres ou riches , éclairées ou bar- 
bares , quand on n'entretiendra point chei#. elles 
l'amour de la patrie , & les paflîons utiles ; les 
mceurs y feront dépravées , & le luxe y prendra 
lé caradere des mœurs : il y aura dans le peuple ^ 
foibleiïe, parefle, langueur, découragement. L'em- 
pire de Maroc n'eft ni policé , ni éclairé , ni riche y 
-& quelques fanatiques ftipendiés par l'empereur , 
eht opprimant le peuple en ion nom & pour eux , 
ont fait de ce peuple un vil troupeau d'e(claves. 
Sous les regnes^ foibles & pleliîs d'abus de Philippe 
III, Philippe ÏV & Charles II, les*Efpagnok.étoient 



550 Luxe. 

ignoians 8c pauvres , (ans force de moeurs, eem^ 
me (ans induHrie ; ils n'avoient confèrvé de vertus , 
que celles que la religion doit donner; & il y avoit ^ 
(iilques dais leurs armées , un hiSè (ans goût , & 
«ne extrême miCère. Dans les pays où règne un 
luxe groiSer , &ns art & (ans lumières , les trai- 
lemens injuâes & durs que le plus foible efiuie par-^ 
tout dû plus fort y font plus atroces. On (çait queiies 
ont été les horreurs du gouvernement féodal , & 
quel fut dans ce tems » le luxe des feigneurs. Aux. 
bdrds de TOrénoque , les mères (ont remplies de 
joie , quand elles peuvent en (ècret noyer ou em- 
poifbnner leurs jeunes filles, pour les dérober aux 
travaux auxquels les condamnent la pareilè féroce^. 
êc le luxe (àuvage de leurs époux. 

Un petit émir , «ur nabab , & leurs principaux, 
officiers , écra(ènt le peuple , pour entretenir des. 
ièrails nombreux : un petit (buverain d'Allemagne 
ruine l'agriculture , par la quantité de gibier qu'il, 
entretient dans (ês^ états. Une femme âuvage vend' 
ies enfans , pour achetez quelques ornemens 8c de- 
rèau-de-viefc Chez les. peuples policés , une mère' 
tient ce qu'on appelle un grand état , & laifTe fe» 
enfans (ans patrimoine. En Europe , un jeune fei" 
gneur oublie les devoirs de (on état , & (è- livre i 
nos goûts polis & à nos arts«.£n Afrique , un jeune- 
prince nègre pafle les jours à (èmer des.ro(èaux 8c. 
à dan (en Voilà ce qu'eft le luxe dans les pays ouf 
les mœurs s'altèrent;, mais il prend le caraderedes 
nations ; il ne le fait pas : tantôt efféminé comme 
elles , & tantôt cruel & barbare. Je crois que , pour- 
lés peuples , il vaut encore mieux obéira dès Epi» 
cùfiens frivoles , qu'à des (àuvages guerriers , &. 
nourrir le luxe des fripons voluptueux & éclairés,, 
que celui des voleurs héroïques Se ignorans. 

^"Â(que le deCir de s'enrichir, & celui de jautf- 
Jfc (es 'xicbef&s>(Qiit dans la fiAtiirg l ^i^m^^ ^yi ^^ ^ 4^ y 



Luxe.. 55 1 

^"e^s ed en (ôciété ; puisque ces defîrs fbittien- 
jient, enrichiflènt' vivifient toutes les glandes Co- 
ciétés ; puilque le luxe eâ un bien , & que par 
lui-même il ne fait aucun mai , il ne faut donc y, 
m comme philosophe , ni comme Souverain , atta- 
quer le luxe en hii-méme» « 

Le Souverain corrigera les z\^ qu'on peut eit 
feire , de l'excès où il peut être parvenu ^ quand. 
E reformera dans Tadminidration ^ ou dans la conP 
titution, les fautes ou le& défauts, qui ont amené, 
cet excès ou ces abus» 

Dans un pajfs. où les richeiles Ce Ceroîent en- 
laflees. en mailè dans une capitale , 8c ne Ce par^ 
tageroient qu'entre un petit nombre de citoyens y. 
<he£ lesquels regneroit Sans doute le plus grand: 
laxe , ce (êroit une grande abSurdité de mettre 
tout-à-coup les hommes opulens dans la nécefTité 
de diminuer leur luxe ;:ce (èroit fermer les canaux 
far ou les richeffes peuvent revenir du riche au 
pauvre ; Se vous réduiriez au déSelpoir une multir 
tttde innombrable de citoyens, que le luxe fait vL- 
»re ; ou bien ces citoyens étant des artifans moins. 
attachés à leur patrie qu'à l'agriculture , ils paflè- 
Toient en foule chei Tétrangen 

Avec un commerce auffi étendu , une îhdudrîè 
WSL& univerielle, une multitude d'arts perfedion^ 
nés y n'eSpétez pas aujourd'hui ramener l'Europe 
à l'ancienne (implicite ; ce fëroit la ramener à la* 
foibleflè & à la barbarie. Je prouverai ailleurs com- 
bien- le luxe ajoute au boi^ieur de rhumanité ; je* 
me flate qu'il réSulte de cet article, que le luxe 
contribue k la grandeur & à là force des états , fié 
^'il faut Pèttcourager , l'éclairer & le diriger; 

Il n'y a qu'une efpece de îôix (bmptuaires , quî^ 
«e (bit pas abfurde ; c'cft une loi qui charge- 
«oit d'impocs «ne branche de luxe qu-'on tireroit 
ife fétraoger^ ou une branche, de^ luxe qui ^xlcI^ 



t<^i Luxe: 

^^roit trop un genre d'induftrie aux dépens dé plii»^ 
^urs autres ; il y a même- dés tems où cette loi 
Pourroit être dangereu(e. 

Toute autre loi (bmptuâire ne peut être d'aucune 
Utilité ; avec des ritheffes trop inégales, de Foir 
fîveté dans les riches , & Textindion' de Telprit par 
triotique , le luxe paffera fins cefïè d'un abus^à un 
autre ; fi vous lui otez un de Ces moyens , il iè 
remplacera par un autre également- contraire au 
bien général; - 

Des princes qui né voyoîent pas les 'véritables 
caufès du changement dans- les moeurs , s*en font 
pris , tamot à un objet de luxe , tantôt à 4'autre« 
commodités, phantaifîes', beaux arts ,- philo{b'^ 
phie, to\it a été profcrit tour-à-tour par lesem^ 
pereurs romains '& Grecs ;; aucun n'a voulu voit 
que le luxe ne faifbit pas les moeurs ^ 4nais qu'il 
en prénoit le caradere & celui du gouvernements 
La première opération à faire pour remettre le 
Itixe dans Tordre , & pour rétablir '^équilibre des 
richefTes ^ c'ëft le foulagement des campagnes. Un 
prince de nos* jours a fait , félon moi', une très-* 
grande faute , en défendant aux laboureurs de Ton 
p^ys de. s'établir dans les villes ; ce n*ejft qu'en leur 
rendant leur état agréable , quMl efl permis de le 
leur rendre néceiïâire ; & alors on peut iàns confé* 
quence , charger de quelques impôts le fuperflu des 
artifàns du luxe , qui reflueront dans les cam« 
pagnes. 

Ce ne doit être que feu«à -peu , & feulement 
en forçant les hommes en place à s'occuper des 
devoirs qui les appellent dans les provinces , qu« 
vous devez diminuer le nombre des habitans de l^ 
Capitale. 

S'il faut réparer lès riches , il faut divifèr les ri*» 
chefïês ; mais je ne propote point des loix agraires^ 
!ttn nouveau partage des bifius^ des moyens violens:^ 



L tJ X É. ;j53 

qu'il n'y aît plus de privilèges exclufifs pour cer- 
taines manufadures & certain» genres de commerce.;' 
que la finance (bit moins lucrative ; que les char- 
ges , les bénéfices • foient moins entalïes fut les 
mêmes têtes ; que Toilivété fbît punie par la honte ,. 
ou par la privation des emplois ; & fans attaquée 
le luxe en lui-même , (ans même trop gêner les 
riches , vous verrez, infenfîblement les richeffes fe 
àîvïCet 8c augmenter , le luxe augmenter & (è di- 
viler comme elles ; & tout rentrera dans Tordre. 
.Je Cens que la plupart des vérités renfermées dans 
cet article , devroient être traitées avec plus d'é- 
tendue ; mais j*ai refferré tout , parce que je fais 
un article , & non pas un livre : je prie les leâeurs 
de Ce dépouiller également des préjugés de Sparte 
& de ceux de Sybaris ; & dans l'application qu'ils 
pourroient faire à leur fîécle , ou à leur nation de 
quelques traits répandus dans cet ouvrage, je les 
prie de vouloir bien , aitifî que moi , voir leur na- 
tion & leur fîécle , fans des préventions trop ou 
trop peu 6civorables, &fâns enthoufiafhie , comme 
fans humeur» 




354 Magie. 



magie; 

LA magie efi la (cietice occulte , qaî apprenâ 
à. faire des cbo&s qui paroiifent au^efHK du 
pouvoir humain. 

La magie , confidcrée comme la Cdmce des pie* 
miers mages , ne fut autre cho& , que l'étude de 
la (àgeflè ^ pour lors elle & preaott en bonne part; 
mais il eâ rare que Thoaune (ê renferme dans les 
bornes du vrai ; il eu trop £mp]e pour lui* Il eà 
prefqu impoffible qu'un petit nombre de gens ini^ 
truits , dans fiécle & dans un pays en proie à une 
crailè ignorance , ne fiiccombent bientôt à la ten^ 
tatîon de paflèr pour extraordinaires , 8c plus qu'hu- 
snains : ainfî les mages de Chardée & de tout VO- 
tient , ou plutôt leur di(ciples ( car c*eâ de ceux- 
ci que vient d'ordinaire la dépravation dans les 
idées ; ) les mages , dis-je , s'attachèrent à l'aftr^ 
logie , aux divinations , aux enchantemens , aux 
maléfices ; & bientôt le terme de magie devint 
odieux , & ne (èrvit plus dans la ftite qu'a défigner 
une Cçience également illusoire & mépri(able : fille 
de l'ignorance & de l'orgueil , cette fcience a dà 
être des plus anciennes ; il (èroit difficile de déter- 
miner le tems de (on origine : ayant pour objet d'al- 
léger les peines de l'humanité ; elle a pris naiffance 
avec nos mifêres. Comme c'ed une fcience téné- 
breufè , elle eft fur Con trône dans les^ pays ou ré- 
gnent la barbarie 8c la groffiereté. Les Lapons ^ 
8c en général les peuples lâuvages cultivent la ma« 
gie , & en font grand cas« 
. Pour faire un traité complet de magie , à la 
confidérer dans le Cens le plus étendu , c ed-à-dire 
dans tout ce qu'elle peut avoir de bon 8c de maii- 



« M A G I s. 355 

'^î$ , on devroît la dlâînguer en magie divine , 
inagîe naturelle ^ 8c magie fumatureUe. 

i** La magie divine n eô autre chofe , que cette 
connoiflance particulîëra des plans ^ des vues de la 
ibuveraine lagefie , que Dieu ^ dans & grâce , ré- 
vèle aux £aints hommes animés de (on efprit , ce 
pouvoir {urnaturel qu'il leur accorde de prédire 
l'avenir , de faire des miracles , 8c de lire , pour 
ainfî dire , dans le cœur de ceux à qui ils ont à 
faire* H fut de tels dons , nous devons le croire ; 
fi même la pkilo(bphie ne s en Eut aucune idée 
jaûe , éclairée par h foi , elle les révère dans le 
filence. Mais en efi^il encore f Je ne (^ais ; & je 
croîs qu'il eu permis d en douter. Il ne dépend pas 
de nous d'acquérir cette déiirable magie ; elle ne 
vient ni du courant , ni du voulant ; ceâ un don 
de Dieu. 

2^ Par la magie naturelle , on entend l'étude 
un peu apprc^oodie de la nature > les admirablesL 
iècrets qu'on y découvre; les avantages ineftima- 
' bks , que cette étude a apportés à l'humanité dans 
pre(que tous les arts 8c toutes les (ciences ; physi- 
que , ailronomie , médecine , agriculture , navi- 
gation , méchanique , Je dirai même éloquence ;; 
car c'eâ à la connoiflànce de la nature 8c de fè£^ 
prit humain en particulier, 8c des relTorts qui les 
remuent , que les grands maîtres font redevables 
de rimpremon qu'ih font fur leurs auditeurs , des 
paffions qu^ils excitent chez eux ^ des larmes qu'ils 
leur arrachent , Sec, &c , &c 

Cette magie très-louable en elle-même , fut pouC 
iee a{ïèz loin dans l'antiquité : il paroît même par 
le feu grégeois , & quelques autres découvertes 
dont les auteurs nous parient , qu'à divers égards 
les anciens nous ont furpaffés dans cette efpece de 
magie , mais les invafions des peuples du Nord 
lui firent éprQUver les plus funeiles^ révolutions;,^ 



^ jS Magie. » 

&laieploirgétent dans cet affreux chaos, doutiez 
fciences & les beaux arts avoient' eu tant de peine 
à foTÛT dans notre Europe. 

Ainfî , bien des fîécles après la (phere de" verte 
d*Archimedc , la colombe de bois volante d'Ar- 
chitras , les oifeaux d'or de Tempereur Léon , qaî 
chantoient ; les oifeaux d*airain de Boëce -, qui 
chantoient & qui- voloîent ; les (erpens de même 
matière, qui fîfloîent, Scc, Il fut un pays en Eu- 
rope, ( mais ce n'étoit ni le fiécle ni la patrie de 
Vaucanfbn ; ) il fut dis- je , un pays dans lequel on 
fut fur le point de brûler Brioche & (es marion- 
nettes. Un cavalier Framçaîs , qui promenoit & 
faifbit voir dans les foires , unç jument qu'il avoit 
eu rhabilcté de drefïer à répondre exadcment à Ces 
fignes , comme nous en avons tant vus dans la 
fiiite , eut la douleur en Efpagne de voir mettre à 
rinqui/ition un animal qui failbit toute (k refTburce » 
& eut alTez de peine à Ce tirer lui même d'affaire. 
On pourroit multiplier (ans nombre les exemples 
des choies toutes naturelles , que l>gnorance a 
voulu criminalifer & faire paiïerpour les ades d'une 
magie noire & diabolique : à quoi ne furent pas 
expo(es ceux qui les premiers oferent parler d'anti- 
podes & d'un nouveau monde f 

Mais nous reprenons in(ènfiblement le défïus; 
& Ton peut dire qu'aux yeux même de la multi- 
tude , les bornes de cette prétendue magie natu- 
relle Ce rétrécifîent tous les jours ; parce qu'éclai- 
rés du flambeau delà philosophie y nous faifons tous 
les jours- d'heiïreufes découvertes dans les Cecrets 
de la nature , & que de bons (yûémes (ôutenus ptr 
une multitude de belles expériences , annoncent à 
Fhumanité de quoi elle peut être capable par elle- 
même & (ans magie. Ainfî la boufTole , les thélef- 
copes , les microfcopes, &c*, &dè nos jours, les 
polypes,, téledricité j ;dans la chymie , , dans la mir 



Magie. 35:7 

dianlqne 9c la ôatl(^ue , les découvertes les plus 
belles les plus utiles vont immortalifêr notre fiâde ; 
& il l'Europe retomboit jamais dans la barbarie dont 
elle eà enfin (brtie , nous pailèrons chez de barba- 
res (ucceflèurs , pour auunt de magiciens, 

j^ La magie Himaturelle eu la magie propre- 
ment dite ; cette magie noire , qui fè prend tou- 
jours en mauvaifê part , que produKènt l'orgueil , 
Fignorance & le manque de philofbphie : c'eâ elle 
qu'Agrippa comprend (bus les noms deCxleJiialis 
& Ceremo/iialis j elle n'a de fcience que le nom , 
& neft autre chofè, que Tamas confus de princi- 
pes ob(curs , incertains & non démontrés ; de pra- 
tiques la plupart arbitraires , puériles , & dont l'i- 
nefHcace (h prouve par la nature des chofès. 

Agrippa , auffi peu philosophe que magicien^ 
entend par la magie qu'il appelle Cdekjlialis , VzC- 
trologie judiciaire , qui attribue à des e(prics une 
certaine domination fiir les planètes , & aux pla- 
nètes fur les hommes , & qui prétend que ies di- 
verfes conflellations influent fur les inclinations, 
le fort, la bonne ou mauvaifè fortune des humains , 
& fur ces foibles fondemens , bâtit un (yftème ri- 
dicule , mais qui n'oie paroitre aujourd'hui que 
dans l'almanach de Liège, & autres livres fèm- 
Wables ; trifles dépôts des matériaux qui fervent à 
nourrir des préjugés 8c des erreurs populaires. 

^ La magie Ceremonialis ^ fuiyant Agrippa , eS 
bien (ans contredit , xe qu'il y a de ^us odieux 
dans ces vaines fclences : elle coni^fte.dans l'invo- 
cation des démons^ & s'arroge , enfiiite d'un paâe 
exprès ou tacite , fait avecles puiffances infernales, 
le prétendu pouvoir de nuire à leurs ennemis , de 
produire des effets mauvais & pernicieux , que ne 
f^auroîent éviter les malheureujfes vidimes de leur 
fur.-ur. 

: £Ue & pz^tage len plufîeurs JDranches , ^W^ 



2^8 M A 1 r. 

tes divers objets Se opérations , la cabale ^ le &r» 
tilege ;' l'énchaiitement , i cvocatioiî des morts ou 
des malins eiprits ; la découverte des tréfbrs cachés ^ 
des plus grands iècrets ; la divination , le don de 
prophétie , celui de guérir , par des pratiques myf^ 
térieulês , les maladies les plus opiniâtres ; la firé- 
quentation du làbbat , &c. De quels travers n^efi 
pas capabje Tefprit humain ? On a donné dans tou- 
tes ces rêveries ; c'eft le <iemier effort de la philo- 
(bphie, d'avoir enfin déiàbufe Thumanité de ces 
humiliantes chimères ; elle a eu à combattre la (ii« 
perdition , & même la théologie , qui ne fait que 
trop fouvent caufe commune avec elle. Mais enfin, 
dans les pays où Ton fçait penlêr , réfléchir & dou- 
ter , le démon £ût un petit rôle , & la magie dia*^ 
bolique refie ians efiime & fans crédit. 

Mais ne tirons pas vanité de notre fa<;on: de 
penfèr ; nous y femines venus un peu tard ; ou- 
vrez les regiflres de la plus petite cour de juflice» 
vous y trouverez d^immenlès cahiers de procédures 
contre les fbrders , les magiciens 8c les enchanteurs» 
L.es <èi|neuTs de juri^diâions Ce (ont enrichis de 
leurs dépouilles ; & la conéfcation des biens ap- 
partenans aux prétendus fbrciers a petît-etre allu- 
mé phis d*un bûcher ; du moins eâ-il vrai que fou- 
vent la paffionaf^tt tirer un grand parti de la cré- 
dulité du peuple , Se &ite regarder comnse un fbr- 
cter & doâeuF en magie , ceint qu'elle voubk per- 
dre , dans le tems même que , fbivant b judî- 
cteufê remarque d'Apulée , accufe autrefois de ma- 
gie , ce crime , dit-il , n eà pas même cru par ceux 
qui en acçjïfènt les autres ; car fî un homme étott 
Hen perfuadé qu'un autre homme le pût foire mou- 
rir par magie , il appréhenderoit de l'irriter , en 
Taccufânt de ce crime abominable» 

Le fameux maréchal d'Ancre , Léonora Gali- 
gat fan épouiê, Cmt des exemples ittémocables dt 



r 



M A -6 I E. 559 

19 que peut la fîinefie accu&tion d*un crime chi-^ 
mérique , fomentée par une paffion fècrette , Se 
poullee par la dangereufê intrigue de cour. Mak 
il eu peu d'exemples dans ce genre ^ mieux cons- 
tatés que celui du célèbre Urbain Giandier , Curé 
& Chanoine deLoudun » brûlé vif comme magir 
cien , Tan 1620. Qu'un philofbphe , ou Seulement 
un ami de rhumanité foufifrè avec peine Tidée 
d'un malheureux immolé à la implicite des uns ^ 
& à la barbarie des autres ! comment le voir , de 
ùng froid , condamné comme magicien à péric 
par les âanunes , jugé (ur la dépoiition d*Aâaroth ^ 
diable de Tordre des Séraphins ; d'Eadis , de Cel* 
fus y d*Âcaos , de Cédon , d'Alkiodée , diables de 
Tordre des Trônes ; d^Alex , de Zabulon , de Nepl>« 
talim , de Cham , d'Uriel , d*Ahas , de Tordre des 
principautés f Conunent voir ce malheureux cha- 
noine jtigé impitoyablement fut la dépofition de 
quelques religieu&s qtii difoient qu'il les avoit li- 
vrées à ces légions d elprits infernaux f Comment 
n'eû-on pas mal à ûm ai(è , lorfqu'on le v^ brù« 
lé tout vif , avec des caraâeres prétendus magi-* 
ques , pourHiivi & noirci comme magkien jufques 
fur le bûcher niéme , où une mouche noirâtre de 
Tordre de celks qu'on appelle des bourions , fie 
^i rodoit autour de la tête de Grandîer , fut 
prife par un moine qui , (ans-donte j avoit lu dans 
le concile de Quiètes , que les diables Ce trou- 
voient toujours à la mort des hommes pour les 
tenter ; fut prife dis-je , pour Béelzébut , prince 
des iHouches , qui voloit autour de Grandîer , 
pour emporter fbn ame en enfer/Obfervation pué- 
rile , mais qui , dans la bouche de ce moine , fut 
peut-être Tun des moins mauvais argumens qu'une 
barbare politique fçut mettre en uuge pour jufti^ 
Éer Tes excès , & en imposer , par des contes ab- 
ordes I à la funeA? crédulité -de$ amples. Que 



5<$o M A e I E. 

d'horreurs 1 & où ne fè porte pas Tefprlt humain » 
lorfqu*il -efl aveuglé par les malheureufês pafTions 
de 1 envie 6c de lefprit de vengeance ! L'on doit, 
fans doute , tenir compte à Gabriel Naud , d avoir 
pris généreufèment la défenfè des grands hommes 
accules de magie ; mais je penfê qu'ils ont plus 
d'obligations à ce goût de philofophie , qui a fait 
fentir toute la vanité de cett^ accufation , quau 
zélé de leur avocat , qui a peut-être marqué.plus 
de courage dans fbn entreprifè, que d'habileté dans 
l'exécution , & de forces dans les raiix)nnemens 
qu'il emploie. Si Naudé a pu juflifier bien des 
grands hommes d'une imputation qui , aux yeux 
du bon Cens & de la rai(bn , fe détruit d'elle-mê- 
me ; malgré teut fon zèle, il eut (ans-doute échoué , 
s'il eût entrepris d'innocenter entièrement , à cet 
égard , les (âges de l'antiquité , pui(que toute leur 
philo(bphie n'a^pu les mettre à l'abri de cette gtoC- 
fiere fuperdition , que la magie tient par la main. 
Je n'en citerai d'autre exemple que caton. Il étoit 
dans l'idée qu'on peut guérir les maladies les plus 
fërieu(ès par des paroles enchantées : voici les pa- 
roles barbares , au moyen delquelles , fuivant lui , 
on a une recette très-aflurée pour remettre les 
membres démis : Incipe cantare in alto S. F. mo^ 
tas danata ejiolarîes ; die unâ parité uf que dutn 
cajite , &c. Ceft l'édition d'Aide manuce que je 
lis ; car celle d'Henri Etienne , revue & corrigée 
par Vidorius , a été fort changée fur un point , 
où la grande oblcurité du texte ouvre un vaûe 
champ a la manière des critiques. * 

Chacun (çait que les anciens avoient attaché 
fes plus grandes vertus au mot magique Ahraca' 
dabra. G* Serenus , célèbre médecin , prétend que 
ce mot vuide de (ens , écrit (iir du papier , & pen- 
du zvL cou , étoit un sur remède pour guérir la 
fièvre quarte; fens- doute qu'avec de tels princi- 
pes, 



Magie. ^6t 

fèi , !a fuperilition étoit toute Ta pharmacie , & la 
foi du j>atient ùl meilleure relTource. 

Cefl à cette foi , qu'on peut & qu'on doit rap- 
porter ces gûérifons fi extraordinaires dans le ré^ 
cit , qu'elles Semblent tenir de la magie ; mais 
qui , approfojijdies , font prèfque toujours des frau- 
des pieufes : ou les fuites de cette fuperflition ^ 
qui n'a que trop fbuvent triomphé du bon Cens f 
de la raifbn , & même de la philofophie. Nos pré- 
jugés , nos erreurs & nos folies (è tiennent par la 
hiain. La crainte efl fille de l'ignorance ; celie-cî 
a produit la fupefflition , qui eft à fon tour la mère 
du fanatise , fource féconde d'erreurs , d'illtt- 
fions ^ de phantômes , d'une imagination échauf- 
fée qui change en lutins, en loups garoux , ert 
ïevenans , en démons même tout ce qui le heur- 
te; comment, dans cette difpofîtion 4'efprit , nô 
pas ctoire à tous les rêves de la magie ? Si le fa- 
natique eft pieux & dévot, ( ceft prefque toujours 
le ton CvLt lequel il eft monté ^ ) il fe croira ma- 
gicien pouf la gloite de Dieu ; du moins s'atribue- 
ta-t-il l'important privilège de fauver & damnet 
fens appel? Il n'eft pire magie que celle des faux 
dévots. Je finis par cette remarque. ; c'efl qu'oit 
pourroit appeller le fabbath l'empire des Amazo- 
nes foutetaines ; du moins il y a toujours eu beau- 
coup plus de foTcieres qtie de forcîers : nous fat- 
tribuons bonnement à la foibleiTe d'efprit ou à la 
trop grande curiofité des femmes ; filles d'Eve, el- 
les veulent fè perdre comme elle , pour tout f^a- 
Voif, Mais uft anonyme qui voudfoît perfiiadet 
au public , qu'il eft urt des premiers côrifidens de 
Satan , ptéteaux démons un efprit de galanterie , 
qui juftifie leur ptédUeaîon pour le fexe , & les 
faveurs dont ils l'honotent : par-là même , le lufte 
ïetour de cette moitié du genfe-humairt , avec la-. 

Tome m. Q 



3($2 Maléfice. 

quelle , pour Tordînaire » on gagne plus 
perd. 



qu'on né 



MALEFICE. 

CE qu'on appelle maléfice ou fafcînation , n'eil 
pas (ans fondement. Il y a fur cette matière 
une infinité d'exemples & d'hiftoires qu'on ne doit 
pas tejetter précilement , parce qu elles ne s'ac- 
cordent pas avec notre philo(bphie ; il femble mê- 
me qu on pourroit trouver dans la philofbpliie de 
quoi les appuyer. 

Tous les êtres vivans que nous connoiflbns , 
voient des écoulemens , Coït par la respiration , 
fbit par les pores de la peau. Ainfî tous les corps 
qui Ce trouvent dans la (phère de ces écoulemens, 
peuvent en être aiTedés , & cela , d'une manière 
ou d'une autre , fiiivant la qualité de la matière 
qui s'exhale , & à tel ou tel cirgré , fuivant la diïpo/î- 
tion des parties qui envoient les écoulemens , & 
de celles qui les reçoivent. 

Cela eft înconteftable ; & il n*efl pas befôîn j 
pour le prouver , d'alléguer ici des exemples d'a- 
nimaux qui exhalent de bonnes ou de mauvaifês 
odeurs , ou des exemples de maladies contagieu-» 
(es , cemmuniquées par ces Cônes d'écoulemens , 
&c. Or , de toutes les parties d'un corps animal , 
l'œil paroît être celle qui a le plus de vivacité. 
11 Ce meut en effet avec la plus grande légèreté ^ 
& en toutes fortes de diredions. D'ailleurs fes 
itiembranes & fes humeurs (ont aufïi perméables 
qu'aucune autre partie du corps ; témoin les ra- 
yons du (oleil qu'il reçoit en fi grande abondani 
ce. Ainfî il ne fi^ut pas douter que l'oeil iCçmQA 



[ 



Maléfice. 36^ 

3cs écoulemens , de même que les autres parties* 
hes humeurs {ubtililees de cet organe doivent s en 
exhaler continuellement ; la chaleur des rayons 
-qui les pénétrent , les atténue & les raréfie ; ce 
qui étant, joint au liquide (ftbtil ou aux e(prits du 
nerf optique voifîn , que la proximité du cerveau 
fournit abondamment , doit faire un fond de ma- 
tière volatile , que l'œil diflribuera , & , pour ain- 
ii dire , déterminera. Nous avons donc ici le trait 
à la main pour le lancer ; ce trait a toute la 
force ■& la violence , & la main toute la vitefle Sc 
Tadivité néceifaires : il ned donc pas étonnant , 
il leurs effets font prompts & grands. 

Concevons Toeil comme une fronde capable 
des mouvemens & des vibrations les plus promp' 
tes & les plus rapides , & outre cela , comme ayant 
communication avec la (burce d'une matière telle 
que le Hic nerveux qui Ce travaille dans le cer- 
-^eau ; matière fî (ubtile & (î pénétrante , qu'on 
croit qu'elle coule en un iniJant à travers les filets 
Solides des nerfs , & en même -temps , (î adive 8c 
fi puilîante , qu'elle diftend (pafinodiquement les 
>îierfs , feit tordre les membres , & altère toute l'ha- 
bitude du corps , en donnant du mouvement & de 
iadion à une maflè de matière , naturellement 
Jourde & fans adivité. 

Un trait de cette efpece ^ lancé par ufte ma- 
chine telle que l'oeil > doit avoir fon efïèt par- 
tout où il frappe ; & l'effet fera plus ou moin 
grand , fuivant la diflance , l'in pétucf té de VatlX 
la qualité , la fiibtllité , l'âcrimoni^ des fèns ^ la 
délicateflè ou la groffiéreté de l'objet qui efl frappé. 

"Par cette théorie , on peut , à mon avis , rendre 
raîfbn de quelques-uns des phénomènes du malé-^ 
fice , & particulièrement de celui qu'on nomme 
fafcinatîon* Il eft certain que l'œil a toujours été 
regardé «onyne le fiége çrii>çîpal , ou plutôt l'oi^i 



^(r4 Maléfice. 

gane du maléfice , quoique la plupart de Ceux ifA 
en ont écrit ou parlé , ne (^ufiènt pas pourqiioL 
On attribuoit le maléfice à l'œil ; mais on n ima- 

E'noit pas comment il operoit cet efilèt. Alnfi , Ce- 
n quelques-uns , avoir mauvais œil , eft la mê- 
me chofe qu être adonné aux maléfices : de-là cet 
^e expreffion d'un berger dans Virgile: 

Nefcio quis teneros oculus mihifafcinat agnou 

De plus , les perlônnes âgées & bilieu&s font 
celles que i*on croit ordinairement avoir la vertu 
de maléfice ; parce que le fiic nerveux eft dépra- 
vé dans ces peribnnes par le vice des humeurs 
qui , en l'irritant , le rendent plus pénétrant , Se 
d'une nature maligne. C'eft pourquoi les jeunes 
gens , & fur-tout les enfans , en font plutôt af- 
fedés , par la raifon que leurs pores font plus ou- 
verts , leurs Aies fans cohérence , leurs libres dé- 
licates & très - fènfîbles : auffi le maléfice , dont 
parle Virgile , n'a d effet que fiir les tendres ag- 
neaux. 

Enfin le maléfice ne s'envoie que par une per- 
sonne fâchée , provoquée y irritée , &c ; car il faut 
un effort extraordinaire & une vive émotion d'ef^ 
prit , pour lancer une fîiffifànte quantité d ecoule- 
mens avec une împétuofité capable de produire 
(bn effet à une certaine difhnce» C'«fl une che-^ 
fê înconteflable , que les yeux ont un pouvoir ex- 
traordinaire. Les anciens Naturalifèe9 affiirent que 
le bafilic 8c Vopoblepa tiennent les auti«s animaux 
par leur ftul regard. On en croira ce qu*bn vou- 
dra; mais un auteur moderne affure avoir vu une 
ïburîs qui tournoit autour d'un gros crapaud, le- 
quel étoit occupé à la regarder attentivement la 
gueule béante ; la fburis faifbit toujours des cer- 
tes de plus petits eu j^us petiu autour du ctar: 



Mal ÉPI ce: j^f 

paxkà , èc crîoît , pendant ce temps-là , comme fi 
die eut été poufTée de force à s'approcher de plus 
en plus du coté du reptile. Enfin , nonobfiant b 
grande réfiilance qu elle paroiiToit hm , elle eà- 
tra dans la gueule béante du crapaud , 8c fut aufr 
ïî-tôt avalée : telle efl encore Fadion de la cou-»- 
leuvre , à Tégard du crapaud qu elle attend la gueu- 
le béante ; Â le crapaud va de lui-même s'y pré^ 
cipker. On peut rapporter à la piéme cau(ê c« 
que raconte un phyficien. Il avoit mis (bus un 
récipient un gros crapaud , pour voir combien il 
y vivroit (ans aucune nourriture ; & ij robjfènroîj; 
tous les jours : un jour , entr'autres , qu'il avoit 
les yeux fixés fiir cet animal , le crapaud , en s'en- 
flant y dirigea les fîens fiir ceux de l'oblèrvateur , 
dont inlènfiblement la vue Ce troubla , & qui tom- 
ba enfin en (yncope. Qui câ-ce qui n'a pas obfèr- 
vé un chien couchant , & les eâèts de (on œil 
fur la perdrix i Dès qu'une fois les yeux du pau- 
vre oiieau rencontrent ceux du (J^en , la perdrix 
s'arrête , paroi't toute troublée , ne peukiè plus à (â 
con(èrvation , & (ê laiilè prendre facili^ment* Je 
me (buvîens d'avoir lu qu'un chîen,^ en regardant 
fixement des écureuils qjii étoient (Itrdes arbres, 
les avoit arrêtés*, idapéfiés y & bit tomber dans (à 
gueule* 

Il eH aî(e d*obfèrver que l'homme n'efî pas î 
couvert de (èmblables impreflions. Il y a peu de 
gens qui n'aient quelquefois éprouve tes effets 
d'un œil colère , fier , impolânt , dédaigneux , hC^ 
cif ^ (iippliam , &c« Ces fortes d'effets ne peuvent 
certainement venir que des différentes éjaculations 
de l'œil , & (ont un degré de maléfice. Voilà tout 
ce qu'une mauvai(e phil0(bphie peut dire de moins 
pitoyable. 

Les démonographes entendent par maléfice ç 
ime e(pece de magie , par laquelle une per(bnney 

Qui 



^6^ Maiéficè, 

par le moyen du démon , caufê du mal k Hflé &f^ 
^re. Outre la fafcination dont nous venons de par- 
ler , ils en comptent plufieurs autres efpeces , com^ 
tne les philtres y les ligatures ; ceux qu'on donne 
dans un breuvage ou mets ; ceux qui fe font par 
ïhaleine , &c dont la plupart peuvent être rappor- 
tées au poilbn ; de Cotte que , quand les juges ie- 
culiers connoiflent de cette efpece de crime , Se 
condamnent à quelque peine amiâive ceux qui en 
iCbnt convaincus , le dilpofîtif de la (èntence porte 
4?oujours quec'efi^pourcaulè d'omitoifoimeme^ â: 
de maléfice» 




MAKtÉtlE?. 3Ç7; 



MANIERES. 

LE S manières, dans un fens le plus généralement 
reçu , (ont des ufàges pour rendre plus doux le 
commerce que les hommes doivent avoir entr*eux* 
Elles font Texpreffion des moeurs , ou feulement lefFet 
de la foumiffion aux u(àges. Elles font , par rappott 
aux mœurs , ce que le culte eft par rapport à la relî», 
gion ; elles les manifeftent , les con fervent ^ ou en 
tieRneni lieu ; & par confëquent , elles font dan» 
les fociétés d'une plus grande importance que le» 
Moralises ne Font penfë. 

On ne (^ait pas aflèz combien Thabltude ma- 
chinale nous a fait faire d'adiohs dont nous n*avon« 
plus en nous le principe moral , & combien elle 
Contribue à conferver ce principe. Lorfque cer- 
tains mouvemens (è font Kés dans notre efprit avec 
les idées de certaines vertus , de certains fonti- 
mens, ces aâ;ions|- ces mouvemens rappellent ea 
nous ces fontimens , ces vertus. 

A la Chine , les enfans rendent d'extrêmes hon-^ 
tueurs à leurs parens ; ils leur donnent (ans ceflê 
des marques extérieures de refped & d'amour. Il 
efl vraifemblable que ,dans ces marques extérieures , 
îl y a plus de démonfiration , que de réalité ; maie 
le refpeft & l'amour pour les parens , font plus 
continus à la Chine , qu'ils ne le font dans les pay» 
où|ces mêmes fontimens font ordonnés , (ans que 
les loîx preforivent la manière de les manifefter« 
11 s'en manque bien en France , que le peuple red 
pede tous les grands qu'il (âlue ; mais les grandjî 
y font plus refpedés , que dans les pays o»i les 
manières établies n'impofont pas pour eux des mar-r 
gués de lefpeiu 



^6È Manière! 

Chez les Germains , & depuis , parmi ntjus' j 
dans les fiécle de chevalerie , on honoroit les fei»- 
fnes comme les dieux. La galanterie étoit un culte ^ 
& dans ce culte , comme dans tous les autres y 
il y avoit des tiédes & des hypocrites ; mais ils 
honoroient encore les femmes ; & certainement ils 
les aimoient & les rerpedoient davantage , que le 
Cafre qui les fidt travailler , tandis qu il Ce repofè ^ 
9c que TAfiatique qui les enchaîne & les carefiè y 
comme des animaux deilinés à (es plaifirs. 
* L'habitude de certaines aâions , de certains gefles,^ 
ée certains mouvemens , de certains fignes exté- 
xieurs , maintient plus en nous les mêmes fenti- 
fliens , que tous ks dogmes 8c toute k métaphyfw 
que du monde. 

J'ai dit que l'habitude madiinale nous faifoît 
faire les aétions dont nous n'avions plus en nous 
ie principe moral j j'ai dit qu'elle confèrvoit en 
sous ce principe : elle fait pkis ; eileTaugmentei 
ou le fait naître. 

Il n'y a auciuie paflîon de notre ame , aucune 
affeétion , aucun (èntiment , aucune émotion qui 
«'ait (on effet (ùr le corps y qui n'élevé , n'aflfaifle ^ 
ne relâche ou ne tende quelques mufcles , & n'ait 
du plus au moins , en variant notre extérieur, une 
cxpreflîon particulière. Les peines & les plaifirs ^ 
les defîrs & la crainte , l'amour ou l'averiîon , quel- 
que morale qu'en (bit la caufè , ont plus ou mo'ws^ 
«n nous des. effets phyfîques qui Ce manifeflent par 
des fîgnes plus ou moins (ènfîbles. Toutes lès af- 
fedions (e marquent (ur le vifage , y donnent^ une 
certaine exprefïîon font ce qu'on appeDe la phi^ 
Jionomie ; changent l'habitude du corps , donnent 
& otent la contenance ;- font faire certains gef^es , 
certains mouvemens : cela efi d'une vérité qu'on 
ne con teiîe pasi 

Mais il n*en efi pa$ moixi& vm que le.s loouy^ 



M A in ERE*. ^6p 

mens des mufcles & des. nerfs , qui (ont d^ocdinaire 
les effets d'une certaine paffion , étant excités , ré-* 
pétés en nous , fzns le îecours de cette paffion , 
s'y reproduilent jufqu'à un certain point. 

Les effets de la mufîque fur nous , font une 
preuve (èniible de cette vérité ; fimpreffion du 
corps (ônore fur nos nerfs , y excite diffécens mou» 
vemens , dont plufîeurs (ont du genre des mou<^ 
Vemens ou'y exciteroit une certaine paffion ; dc 
bientôt , n ces mouvemens (ê (ûccédent , fi le mu-> 
ficien continue de donner la même forte d'ébr^iii- 
lement au genre nerveux , il fait paifer dans Tame 
telle ou telle paffion , la joie , la trifleflè , Tinquié- 
tude , &c. Il s'enfuit de cette oWèrvition , dont 
tout homme doué de quelque délicatefle d'organe , 
peut conflater en Coi la vérité , que û certaines 
paffions donnent au corps certains mouvemens ^ 
ces mouvemens ramènent l'ame à ces paffions : or 
les manières confîflant , pour la plupart , en geftes ^ 
habitudes de corps , démarches , adions qui font 
les fîgnes , l'expreflîon , les effets de certains (en- 
timens , doivent donc non-feulement manifefîer ^ 
conferver fès (èntimens , mais quelquefois les faire 
naitrew. 

Les anciens ont fait plus d'attention que nous 
à l'influence des manières fur les moeurs , & au 
rapport des habitudes du corps à* celle de l'ame» 
^laton diftingue deux (brtes de danfè , lune qui 
cil un art d'imitation , & , à proprement parler , 
la pantomime , la danfe & la (eu le danfè propre 
au théâtre ; l'autre , l'art d'accoutumer le corps aux 
attitudes décentes , à faire avec blenfeance les mou- 
vemens ordinaires. Cette danfe s'efi confêrvée chez 
les modernes , '& nos maîtres à danfèr font pro- 
fefTeurs des manières. Le Maître à danfer de Mo- > 
Kere. rfavoit pas tant de tort qu'on le penfè y £■* 



'37* Man IERBS* 

non de & préférer , du moins de fè comparerait 
maître de philoibphîe. 

Les manières doivent exprimer le re(peâ & la 
ibumiflion des inférieurs» à Tégard des fupécieurs, 
les témoignages d'iiumanité & de condelcendance 
des Supérieurs envers les inférieurs , les {êntimens 
de bienveillance & d'eftime entre les égaux. Elles 
règlent le maintien ; elles le prescrivent aux dif- 
férens ordres , aux citoyens àts difiérens états. 

On voit que les manières , ainfi que les mœurs , 
doivent changer , Céion les différentes formes de 
gouvernement. Dans le pays de deSpotidne , le» 
marques de foumiffion font extrêiaes de la part 
des inféffeurs : devant leurs rois , les fàtrapes de 
Per(e Ce proflemoient dans la pouffiere ; & le petir- 
ple , devant les Satrapes , Ce profternoit de mémô$ 
TAfie neft point changée. 

Dans le pavs de defpotidne , les témoignages 
d'humanité de condefcendance de la part des fii- 
pérleurs » Ce réduifênt à fort peu de choie. Il y 
a trop d*intervaUe entre ce qui eô homme ^ & ce 
qui efl homme en place , pour qu'ils puiflènt Ja- 
mais Ce rapprocher. Là , les fupérieurs ne mar- 
quent aux inférieurs que du dédain , & quelque- 
fois une infultante pitié. 

Les égaux , efclaves d'un commun maître , n'ayant 
tii pour eux , ni pour leurs (èmblables , aucune 
eôime , ne s'en témoignent point dans leurs ma- 
nières. Ils ont foiblement l'un pour l'autre les fen- 
timens de bienveillance ; ils attendent peu l'un de 
l'autre ; & les efclaves élevés dans la lèrvitude , 
ne fçavent point aimer ; ils font plus occupés à 
iè rejetter l'un fiir l'autre le poids de leurs fers ^ 
qu'à s'aider à les (iipporter ; ils ont plus l'air d'im- 
plorer la pitié , que d'exprimer de la bienSeance^ 

Pans les démocraties , dans les gouvernemens 
•ù la puiiTance légiûative réiide dans Je corps de 



Manières. ^71 

& nation , les manières marquent foiblement les 
rapports de dépendance ; Se en tout genre même» 
îl y a moins de manières & d'u(àges établis « que 
d expreflions de la nature ; la liberté & manifeûe 
dans les attitudes , les traits & les aâions de. cha- 
que citoyen. 

Dans les ariâocraties , & dans les pays où la ll-i 
berté publique n'eft plus , mais où Ion jouit de 1» 
liberté civile ; dans les pays où le petit nombre 
fait les loix » & fur - tout dans ceux où un feul 
règne , mais par les loix , il y a beaucoup de ma* 
aieres & d'uîages de convention. Dans ce pays ^ 
plaire eâ un avantage ; déplaire eft un malheur« 
On plaît par des agrémens , & même par des ver- 
tus , & les manières y (ont d'ordinaire nobles & 
agréables. Les citoyens ont befbin les uns des au- 
tres pour fe conferver , Ce (ècourir , s*clever ou 
jouir. Us craignent d*éloigner d'eux leurs concitor 
yens , en laiflant voir leurs défauts. On voit par-; 
tout Thiérarchie & les égards , le refped & la U-ij 
berté , l'envie de plaire & la franchife. 

D'ordinaire , dans ces pays , on remarque , au 
premier coup d'œil , une certaine uniformité ;'les 
caraâeres paroiflènt fe reilèmbler , parce que leur 
différence eu cachée par les manières ; & même 
on. y voit beaucoup plus rarement , que dans les 
républiques , de ces caraâeres originaux qui (êm« 
blent ne rien devoir qu'à la nature , & cela , non*^ 
feulement parce que les manières gênent la na^ 
ture 9 mais qu elles la changent. 

Dans les pays où règne peu le luxe , où le peu- 
l^le eu, occupé du commerce & de la culture des 
terres » où les hommes le voient par intérêt de pre^ 
miere néceffité , plus que par des raifbns d'amb^ 
tton , ou par goût de pl^ifir , les dehors (ont am- 
ples & honnêtes ; & les manières (ont plus Czge$ 
^uW^âueufest II n'eft pas là queftion de trouYCiî 



^72 MAVIEKZSé 

des agrémens & d'en montrer , on ne ptamstêt 
on ne demande que de la juâice. En général » das .• 
tous les pays où la nature neâ pas agitée par des ! 
mouvemens imprimés par le gouvernement , ou le 
naturel eil rarement forcé de (e montrer , & con- 
fioit peu le befbin de Ce contraindre , les manières 
ibnt comptées p#ur rien ; il y en a peu , à moins 
que les loix n*en aient inûitué, ^ 

Le président de Montesquieu reproche aux lé* 
gîflateurs de la Chine d'avoir confondu la reli- 
gion , les moeurs ^ les loix & les manières ; mais 
n'efl-ce pas pour étérnifer la légiflation qu'ils vou- 
loient donner, que ces génies fiibiimes ont lié entr- 
elles des cho(ês , qui , dans les gouvememens , font ' 
oppofees ? Ceft en appuyant le moral du phyfîque , 
le politique du religieux , qu'ils ont rendu la conG- 
titutîon de TEtat éternelle , & les moeurs immua- 
bles. S'il y a des circonôances , fi les fîécles amè- 
nent des momens où il feroit bon qu'une nation' 
changeât (on caraâere , les législateurs de la Chine 
ont eu tort. ^ 

Je remarque que les nations qui ont conlêrvé 
le plus long-tems leur eC\mt nationnal , font celles 
où le légîflateur a établi le plus de rappport entre 
la conftitution de l'Etat , la religion , les moeurs 
ëc les manières y 8t fur-tout celles où les manières 
ont été infèitufes par les loix» 

Les Egyptiens (ont le peuple de ranti^uité , qui 
a changé le plus lentement ; & -ce peuple étoît con- 
duit par des rites ^ par des manières. Sous l'em- 
pire des Perfes & des Grecs, on reconnut lesfîi- 
jets de Piàmmétique & d'Apriès ; on les reconnut 
fous les Romains & fous les Mamelucs. On vok 
même encore auiourd'hul , parmi les Egyptiens 
modernes , des vefiiges de leurs anciens ufàges ; 
tant eft puiflante la force de l'habitude. 

Après les Egyptiejns y les Spartiates font le pe^ 



J 



M ANI ERES. 379 

fié qtû a confèrvé le plus lone-tems Cofk caraâer^w 
Ils avoient un gouvernement oti les moeurs , lesmar 
fiieies , les loix & la religion s'uniflbient , Ce forû- 
fioient , étoient faites Tune pouri'autre* Leurs nia- 
nîeres étoient inâituées ; les (ujets & la forme de la 
converfàtioH, le maintien des citoyens , la manière - 
dont ils s'abordoient , leur conduite dans leur repas, 
ies détaih de bienféance j de décence , de Texté*- 
rieur , enfin , avoient occupé le génie de Lycur- 
gue , comme les dev oirs effentiels & la vertu. Auffi , 
fous le règjie de Nerva , les Lacédémoniens , qui 
n'étoient plus un peuple libre > étoient encore un 
peuple vertueux. Néron allant à Athènes pour Ce 
purifier , après le meurtre de -Cz mère , n'olbit 
pafler à Lacédémone ; il craignoit les regards de 
ces citoyens ; & il n'y avoit pas là des prêtres qui 
expiaffent des parricides. 

Je crois que les François (ont le peuple de l'Eu- 
rope moderne , dont le caraftere eu le plus mar- 
qué , & qui a éprouvé le moins d'altécation* n Ils 
fcnt , dit M. Duclos , ce qu'ils étoient du tem» 
des croifades , une nation vive , gaie , généreulè, 
brave , fincere , prélbmptueufè , inconfiante , avan- 
tageule , inconfidérée. Elle change de modes & noa 
de mœurs. Les manières ont fait autrefois , pour 
ainfi dire , partie de (es loix. Le code de la che- 
valerie , les u(àges des anciens preux , les règles 
Ae l'ancienne courtoîHe ont eu pour objet tes ma- 
nieresv Elles (ont encore en France , pins que dans 
le refle de l'Europe , un des objets de cette fé- 
conde éducation qu'on re^^oit en entrant dans le 
inonde , & qui , par mallieur , s'accorde trop peu 
avec la première. 

Les manières doivent donc être un des objets 
de réducation , & peuvent être établies , même par 
des loix , auffi (bu vent , pour le moins , que pac 
des exemples, Les moeurs font Tintérieur de i'hoab 



:^74 Manières. 

«ne : les manières en font rextérieur. Etablir les msfi 
nieres par des loix , ce n eil que donner un culte 
à la vertu* 

- Un des efïèts principaux des manières y c efi de 
gêner en notts les premiers mouvemens ; elles otent 
i elTor & Fénergle à la nature ; mais aufli , en nous 
donnant le tems de la réflexion , elles nous empê- 
chent de ficrifier la vertiv à un plaifîr préfent , 
c eft-à-dîre , le bonkeur de la vie , à l'intérêt d'un 
moment. 

Il ne faut point trop tenir en compte dans les 
arts d*imitation. Le poète ft le peintre doivent don- 
ner â la nature toute fa liberté ; mais le citoyen 
doit (b^vent la contraindre. 11 efl bien rare que celui 
qui , pour de légers intérêts , fè met au-defîus des 
manières , pour un grand intérêt , ne fe mette au: 
deflus des mteurs. 

pans un pays où les manière» (ont un objet înî- 
portant , elles (urvivent aux moeurs ; & il faut mê- 
me que les mœurs (oient prodigieusement altérées, 
pour qu'on apperçoive du changement dans les mi- 
nières. Les hommes Ce montrent encore ce qu*ils 
doivent être , quand ils ne le font plus. L'intérêt 
des femmes a confervé long-tems en Europe les 
dehors de la galanterie ; elles donnent même encore 
aujourd'hui un prix extrême aux manières polies! 
aufli elles n'éprouvent jamais de mauvais procédés , 
Se reçoivent des hommages ; & on leur rend encore, 
avec empreflèment , des (èrviçes inutiles. 

Les manières font corporelles , parlent aux Cens , 
à l'imagination , enfin (ont fenfibles : voilà pour- 
quoi elles les con(èrvent plus que les préceptes & 
les loix, Ceû par la même raifôn , que , chez tous 
les peuples , il refle d'anciens ufàges , quoique les 
'motifs , qui les ont établis , ne fe conservent plus. 
• Dans la partie de la Morée , qui éioît autrefois 
laLaconie^ ks peuples s'affembieiU encçre cçr^ 



MANIERES. 5751 

%ias jours de Tanné:?, & font des repas publics,^ 
quoique Fefprit , qui les ôt inâîtuer par Lycurgue , 
foit bien parfaitement éteint en Morée* Les chats 
ont eu des temples en Egypte ; on ignoreroit pour^ 
quoi ils y ont aujourd'hui des hôpitaux ^ s'ils s'y 
avoient pas eu des temples* 

S*il y a eu des jpouples policés arant Finventioi» 
de récriture , je fuis perlùadé qu'ils ont confèryé 
long-tems leurs moeurs , telles que le gouverne* 
ment les avoit iniiituées , parce que n'ayant point 
le fecours des lettres , ils étoient obliges de per-^ 
pétuer les principes de mœurs par les manières , 
par la tradition , par les hiéroglyphes , par des ta- 
bleaux , enfin par des (îgnes fèniibles , qui gravent 
plus fortement dans le cœur que l'écriture , les li-^ 
vres & les définitions : les prêtres Egyptiens pré- 
choient rarement , & peigno.ient beaucoup. 

Manières , façons , ( fynon. ) Les manières font 
Fexprelfion des mœurs d* la nation ; les façons 
(ont une charge des manières , ou des manières 
plus recherchées dans quelques individus. Les ma-* 
ni ères deviennent faqons quand elles font afFedées. 
Les façons font des manières qui ne font point gé- 
nérales y & qui font propres à un certain caradere 
particulier , d'ordinaire petit & vain. 

Manière, grandeur de ( architedure,) La grandeur," 
dans les ouvrages d'architedure , peut s envilagec 
de deux façons ; elle fe rapporte à la maffè & au 
corps de l'édifice ; ou à la manière dont il eâ bâti. 
À l'égard du premier point , les anciens monu- 
mens d'architedure , fur-tout ceux des pays orien- 
taux ^ Temportoîent de beaucoup flir les moder- 
nes. Que pouvoit-on voir ^e plus étonnant , que 
les murailles de Babylone , que fes jajrdins bâtis fut 
. des voûtes , & que fon temple dédié à Jupiter- 
Belus y qui s'élevoit à la hauteur d'un mille , où 
\i y avoit huit différens étages , chacun haut d'unt 



3y6 Manières. 

' fiade, { 125 pas géométriques, \ & au fofmnêt î 
roblêrvatoire Babylonien i Que dirons-nous de ce I 
prodigieux baffin , de ce rélêrvoir artificiel qui !• 
contenoit . l^Euphrate , julqu'à ce qu'on hii eût ■ 
drefie un nouveau canal , êc de tous les fofles , a 
travers lesquels on le fit couler f II ne faut point 
traiter de êibles ces merveilles de Tart , parce que 
nx)us n*avons plus aujour d'hui dà pareils ouvrages. 
Tous les hiâoriens , qui les décrivoient , n'étoient 
ni fourbes ni menteurs. La muraille de la Chine 
efl un de ces édifices orientaux , qui figurent dans 
la mappemonde , & dont Ja defcriptîon paroîtroit 
fabuleu(e ^ fî la muraille elle-même ne fizbfîfloit 
aujourd'hui. 

Pour ce qui regarde la grandeur de manière , 
dans les ouvrages d'architedure , nous fommes bien 
éloignés d'égaler celle des Grecs & des Romains. La 
vue du Ceul Panthéon de Rome AilEroit pour dé- 
fabufer ceux qui penfèroient le contraire. Je n'ai 
pas trouvé de juge qui ait vu ce fiiperbe temple^ 
fans reconnoître qu'ils avoient été frappés de (à no- 
bleflê &: de fà majeflé. 

Cette grandeur de manière , en archîteâure , â 
tant de force fiir l'imagination , qu'un petit bâti- 
ment , où elle règne, donne de plus nobles idées 
à Tefprit , qu'un autre bâtiment vingt fois plus 
étendu à l'égard de la maffe où cettç manière eft 
commune. Ceft ainfi , peut-être ^ qu'on auroit été 
plus furpris de l'air majeflueux qui paroiflo/t dans 
Une ftatue d'Alexandre =, faite par la main deLy- 
fippe , quoiqu'elle ne fût pas plus grande que le 
naturel , qu'on ne l'auroit été à la vue du moiit 
Athos , fi , comme Dinocrate le propolbit ,. on 
l'eAt taillé pour repréfenter ce conquérant , ay^ 
une rivière fur l'une de Ces mains , & une vUle fiir 
l'autre- 

M« de Chambr^y , dains fon Parallèle de l'arclu- 

tçÔur« 



M A N I È R E^ S. J79i 

^, ttôure ancienne avec la moderne , recherche le 
:; principe de la différence des manières , & d*où vient 
-;j qu en une pareille quantité de fuperficies y Tune 
i'. émble grande & magnifique, & l'autre paroit pe- 
5fc, tite & raefquine : la raifon qu'il en donne eft fort 
5: fimple. Il dit que pour introduire dans Tarchîtec- 
f ture cette grandeur de manière , il faut faire en-- 
•rî forte que la divifîon des principaux membres des- 
li: ordres ait peu de parties , & qu'elles foient toutes. 
^ grandes & de grand rdief , afin que l'oeil n'y voyant: 
f. rien de petit , l'imagination en foit fortement tou- 
f^ chée. Dans une corniche , par exemple , fi la 
]!; doucine du couronnement, le larmie , les modil-> 
Ions ou les denticules viennent à faire une belle 
p montre avec de grandes faillies , & qu'on n'y re- 
r marque point cette confufion ordinaire de petits- 
; cavets , de quarts de ronds , d'aAragales , & je ne 
:: fçais quelles autres particularité» entre-mêlées, qui , 
l' loin de faire bon effet 'dans les grands ouvrages,, 
^ occupent une place inutilement , & aux dépens des^ 
principaux membres , il eil très-certain que la ma- 
nière en paroitra fiere 8c grande ; tout au contraire , 
t. elle deviendra petite & chétive , par la quantité 
de ces mêmes ornemens qui partagent l'angle de 
' la vue en tant de rayons û preiïea, que tout luii 
f ftmble confus. 

' En un mot , fins entrer dans de plus grands dé- 

tails , qui nous meneroient trop loin , il fuffit d'ob*- 
ferver qu'il n'y a rien dans l'architedure. , la pein- 
I ture , la (culpture , & tous les beaux arts , qui 
plaifè d'avantage que la grandeur- de manière ; tout: 
I ce qui eu majeflueux frappe , imprime du re(ped 5|-> 
Ik: fympatilè avec la grandeur naturelle de rdine^. 

Fin dà Tome im^ 



[yoLT.] 




J. -rt l" t.» » i 



I 



t?. 



J 






%